CHAPITRE PBimiIBR
H est temps d'examiner le résultat des innovations introduites par le sultan Mahmoud dans le régime de ses états, et de mettre le public, par un exposé sincère des faits déjà accomplis, en état déjuger ce qu on peut attendre de la continuation de ces importantes mesures.
L'œuvre de Sa Hautesse ayant commencé par la destruction des janissaires, qui formaient Tarmée principale et permanente de l'empire , il est rationnel de porter les premières investigations sur les forces régulières par lesquelles on a remplacé cette milice. C'est de ce début que vont partir les tristes révélations que l'on ne saurait
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soustraire plus longtemps à la connaissance de l'Europe.
Mais avant d'entrer dans cet examen, il y a utilité à donner une idée générale des forces de terre des sultans, telles qu elles ont existé depuis la fondation de leur empire jusqu'à Tépoque des réformes.
Dès les temps les plus reculés de Tirruption de Tislamisme dans les pays qui subirent son joug, et dont une partie importante forme encore Tapanage des sultans, tout Musulman en état de porter les armes fut soldat.
Les institutions, les usages, l'éducation que les successeurs des califes introduisirent partout oii leurs armées triomphèrent, portèrent l'empreinte de cet esprit militaire inspiré par le Coran, qui devait leur soumettre l'universalité des peuples professant une autre croyance que la leur.
Pendant longtemps, ces conquérants campèrent sur les terres acquises ; ils ne se fixèrent dans les villes que lorsque la résistance des chrétiens eut mis un terme à leurs envahissements.
Ce séjour forcé entre des murailles ne fut encore considéré par eux que comme une halte , en attendant des moments plus favorables pour recommencer les hostilités. La preuve s'en trouve dans les usages , les protocoles , les termes mémo qui se sont perpétués dans la langue officielle jusqu'aux temps actuels..
Les sultans , quoique fixés depuis trois siècles dans leur métropole, sont toujours censés sous la tente ou sur leur cheval de bataille. C'est de la porte de cette tente et de l'étrier de leur selle que leurs ordonnances prennent date.
S'ils disposèrent en faveur de leurs guerriei^s des terres des vaincus , ces donations n'eurent lieu que sous la condition d'un service militaire, sans autre fin que le décès ou des infirmités constatées.
Ceux qui en furent pourvus jurèrent d'être incessamment prêts à marcher sur l'ordre du souverain, et s'engagèrent à traîner à leur sùile autant d'hommes armés qu'en comportait l'impoitance de la dotation.
Ces donataires , sous le nom de timars et de timariotes , et les gens qui les suivaient , sous la dénomination de spahis, constituèrent la cavalerie régulière, des Turcs jusqu'aux temps des réformes.
L'infanterie prit naissaqce dans un tribut d'enfants mâles» levés annuellement sur les populations non musulmanes soumises par la victoire. On les enlevait à leurs parents, on leur faisait embrasser l'islamisme, et, par l'éducation qu'ils recevaient, ils ne conservaient d'affection que pour leur nouvelle loi et leurs nouveaux maîtres.
Soldats avant tout, ils ne connurent les douceurs de la famille et de la paternité que lorsque
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des trêves aux combats leur permirent de former des établissements stables. Mais, alors même, ils ne cessèrent point d'être astreints au service, et leurs enfants furent enrôlés et soldés dès leur naissance.
Cette formidable institution reçut le nom de jeni tzeri (nouvelle milice), d'où, par corruption, on a formé le nom de janissaire.
Ainsi, les hommes des fiefs composaient la cavalerie , et les enfants de tribus, l'infanterie des armées des sultans.
Cette armée se fortifiait en temps de guerre d'une multitude d'auxiliaires , levés et conduits, sur les ordres de la Porte, par les hommes pourvus d'emplois dans ses domaines.
Mais ces levées, mal équipées, mal armées, sans discipline et sans insti\iction, ne furent jamais d'un grand secours. Le moindre revers les dissipait ; le succès, en leur offrant des moyens de pillage, était une autre cause de dispersion.
Depuis le règne de Mustapha III , ces troupes n'avaient plus aucune sorte de consistance. Les janissaires n'étaient encore redoutables que pour leur maître et pour ses sujets chrétiens. Leur destruction était devenue une nécessité. Le sultan Mahmoud l'a exécutée avec beaucoup de résolution. Voyons où ses efforts ont abouti.
La Turquie n'a qu'à montrer son ai'mée pour signaler sa nullité comme puissance. Si ses troupes
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actuelles n'inspirent plus, comme autrefois les janissaires, des craintes sans cesse renaissantes pour la tranquillité de Télat et la sûreté du monarque, en échange , elles ne sont pas animées, comme l'était cette milice, du double véhicule du fanatisme religieux et d'un ardent amour du pays, qui en faisait, vis-à-vis de l'étranger, des défenseurs non équivoques du sol et de ses institutions, telles que la conquête les avait produites.
La nouvelle armée est privée de ces sentiments. Aucun principe n en réunit les membres. Les janissaires avaient à conserver des privilèges , des droits, des fondations, des positions lucratives , etc. Les troupes actuelles ne connaissent aucun de ces avantages. Officiers et soldats, également malheureux, paiement mécontents, ne servent que par obéissance; ceux-ci ayant cédé à la violence , ceux-là au besoin de faire quelque chose pour subsister. Quel fond établir sur un pareil amalgame dépourvu de tout stimulant ?
On pourrait suppléer à l'absence des mobiles religieux et patriotiques , que Ton essaierait vainement d'excitef dans cette armée , par une bonne organisation et par Tinstruction qui manquait à Tancienne. On y a vraisemblablement songé; mais combien les moyens pris pour sa formation sont éloignés de pouvoir réaliser cette pensée!
Le sultan veut avoir des troupes formées et
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exercées à l'européenDe ; et y cédant aux susceptibilités de ses coreligionnaires , il ne permet pas que les très-rares officiers chrétiens, entretenus dans ce double objet, aient la moindre autorité sur les hommes qu'ils sont chaînés d'instruire. On leur refuse même des grades effectifs. Ils n'apparaissent que comme des démonstrateurs, dont le soldat, guidé par Tofficier musulman tout aussi neuf que lui , doit imiter les mouvements.
Quant à l'organisation , au lieu de prendre des modèles chez les nations les plus avancées, on empininte de tous côtés, et plus particulièrement à la Russie, depuis qu'un général turc (Hallil-Pacha, premier gendre du sultan) a rempU l'ambassade de Pétersbourg. Il en résulte une divergence de principes qui n'aboutit qu'à la confusion.
L'état militaire ottoman est loin de réunir tous les services nécessaires à la formation d'une armée propre a faire la guerre. Il est composé d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie de ligne ; mais il est privé de troupes légères, avec lesquelles on s'éclaire en campagne.
Il n'a ni ingénieurs, ni mineurs, ni pontonniers. On ne se doute pas en Turquie qu'il doive y avoir des services administratifs pour les hôpitaux, les vivres, les transports, etc. Tout est incomplet, et ce qui existe est à l'état d'enfance.
La vue de l'infanterie, qui partout est la force principale des armées, décèle, chez les Turcs, la
négation de toute consistaDce. Dans les corps les plus avancés et stationnés dans la capitale et ses environs , sans même en excepter la garde impériale , un tiers des hommes y tout le second rang^ est composé d'enfants de 15 et 16 ans, qui plient sous le poids de leurs armes et de leurs sacs y et que Ton use avant qu'ils aient acquis toute leur force et toute leur croissance.
Lies troupes se ressentent de Tinsuffisance des rations de vivres^ auxquelles Texiguité de la solde* ne permet pas de suppléer. Les vêtements sont faits d'une étoffe sans solidité tellement légère , qu'elle ne garantit ni du froid^ ni de l'humidité.
Employées avec parcimonie par des fournisseurs qui n'obtiennent leurs marchés qu'au moyen de grandes largesses envers les chefs, ces étoffes cèdent au moindre effort de ceux qu'elles couvrent. Chaque partie de l'habillement est bientôt lézardée par des trous dans le canevas ou par le relâchement des coutures. La ville de Marseille a eu, en 1837, dans l'équipage d'une corvette turque qui avait relâché dans ce port , le tableau de cette pénurie dans les vêtements, qui constate la lésinerie et l'incurie de l'administration ottomane.
La chaussure est encore, s'il est possible, dans un plus triste état. Au total, le soldat turc offre le spectacle du dénuement et de la misère poussés au dernier degré.
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L'instruction de ce soldat s'est élevée imparfaitement jusqu'au maniement des armes.
Il n'y a pas de compagnies d'élite : aussi, pas d'émulation parmi les hommes.
L'instruction des officiers ne dépasse pas les éléments de l'école de peloton, et ils n'y sont pas très-avancés. Il ne faudrait pas en exiger des mouvements d'un degré au-dessus , et moins encore un service de campagne ou de place forte : ils n'en ont pas la première idée.
La tenue de la cavalerie n'est pas plus satisfaisante que celle de la troupe à pied. Vêtue de la même élofle que l'infanterie , les inconvénients de sa mauvaise qualité deviennent plus sensibles en raison du plus de fatigue des hommes.
Au commencement de Tannée 1838, les bottes y étaient encore fort rares. Il y était suppléé par de misérables chaussures qui laissaient à nu les chevilles des pieds, sur lesquels portaient le ou les éperons ; car tous les hommes n'en avaient pas deux.
La lance est l'arme ordinaire de la cavalerie turque. Mais ce n'est que depuis peu qu'un officier instructeur est parvenu , après dix-huit mois de représentations et d'instances, à faire réduire à 14 pieds la longueur des hampes.
Les Turcs ayant emprunté cette arme des Arabes du désert, lui avaient laissé une étendue de 17 pieds. Ils n'avaient pas calculé qu'avec cette di-
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mension elle ne pouvait servir qu'à pointer en avant, ce qui suffit à l'Arabe attaquant ou poursuivant l'ennemi isolé qu'il rencontre dans ses solitudes. En Europe j la lance doit servir tout à la fois à Tagression et à la parade dans toutes les directions.
Les chevaux turcs sont beaux et bous. Mais le peu de soin qu'en prennent des hommes novices à(mi on néglige l'instruction^ et l'insuffisance des rations, ne leur laissent que l'apparence de rosses épuisées.
L'ancienne forme des selles, dans lesquelles rbomme semblait encaissé,et la largeur des étriers, favorisaient son assiette ; avec le mors à gourmette fixe, il était maître de son cheval. Depuis que tout a été ramené sans intelligence à des formes européennes, le cavalier a perdu de son ancienne assurance. Les mors n'ayant pas reçu une gourmette flexible à la place de celle fixe qu'on a supprimée , le cheval n'obéit plus.
Aujourd'hui, le cavalier est plus occupé à conserver son équilibre et à gouverner sa monture , qu'à exécuter les mouvements qu'on lui ordonne. Gomment, si on ne remédie pas à ces vices de constitution, se tirera-t-il d'affaire devant l'ennemi, surtout lorsqu'il sera détaché en tirailleur?
On a donné plus de soin à l'artillerie quant à son matériel ; mais pour la composition et Tinsiruction du personnel, tout est pitoyable comme
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dans les autres armes. La moitié du corps principal, qui occupe dans Gonstantinople les casernes du faubourg de Tophana, est composée d'enfants incapables de prendre part à une manœuvre de force. Us seront épuisés avant qu'on en retire de véritables services.
Le sultan s'est convaincu par lui-même, vers la fin de 1837, du peu de progrès qu'ont fait ses artilleurs. Il avait tant entendu parler de leur habileté, qu'il voulut s'assurer si elle était réelle: il ordonna un grand exercice dans la plaine qui avoisine la grande caserne de Ramich-Schiflicte , hors de l'enceinte nord de la capitale.
Le sultan s'y rendit en grande pompe le jour indiqué par son ordre. On avait naturellement choisi les canonniers les plus habiles pour les faire exercer devant lui; mais quand, après le cent-dixième coup, ce prince vit que pas un boulet n'avait approché du blanc, il se leva et s'éloigna avec un dépit marqué. On n'a rien fajt depuis pour rendre l'instruction plus efficace.
La plus risible déraison préside au recrutement; il se fait avec violence, surtout dans les provinces de l'Asie -Mineure. Tout ce qui est atteint par les racoleurs, les adolescents comme les hommes^d'un âge mûr, mariés ou célibataii*es, doit marcher pour compléter les contingents exigés. Arrivés au corps , ceux qui sont trouvés impropres au service, sont envoyés dans les aie-
Uers du gouvernement. Là, leur situation est phis malheureuse que dans la caserne, parce qu'on ne leur donne que le pain et la soupe , sans solde et sans effets d'habillement, tandis qu'ils sont soumis aux plus rudes travaux et aux plus mauvais traitements.
Le reste des recrues reçoit une destination immédiate. Hais il n'y a nul ordre dans la répartition des hommes. Les plus beaux et les mieux constitués devraient être réservés jiour la garde et pour Tartillerie. Eh bien ! jusqu'à la disgrâce de Hallil-Pacha , premier gendre du sultan ( mars 1838 ) , qui était séraskier ( généralissime ) des troupes d'Europe , ces deux corps n'ont reçu que le rebut de la levée. C!e prince, profitant de l'idiotisme de Said-Pacha, époux de la seconde fille du sultan , et^ à ce titre , chef supérieur de la garde impériale , retenait pour ses régiments de ligne la fleur du rec;rutement.
Le service ordinaire des troupes est réglé en dépit du sens commun. Un usage bizarre, empnmté à l'armée russe , fait que chaque factionnaire est gardé par un^ous-officier armé de son fîisil.
Dans les états de Tauiocrate, c'est peut-être une précaution contre la désertion. Quoi qu'il en soit, cette dispositicm doit nécessiter dans chaque corpsde-garde un nombre de sous-officiers égal à celui des soldais ; car les premiers ne peuvent pas être
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tenus à des factions plus longues que les derniers.
Mais voici ce qu'il y a de plus curieux dans ce singulier amalgame • Un officier subalterne vient-il à passer devant le corps-de-garde, c'est le caporal qui commande le salut. Est-ce un officier supérieur, on avertit le sergent, qui sort du poste pour venir faire ce commandement. Aperçoit-on un officier-général , c'est alors à l'officier du poste à venir en personne ordonner au factionnaire de porter et présenter l'arme. Quel esprit de travers a pu prescrire ces variantes ?
C'est avec la même inintelligence que l'on tire partie des différentes armes.
Les rues de Gonstantinople sont étroites, tortueuses; à peine si on peut les dire pavées. Quelques-unes sont de véritables escaliers. Le défaut d'entretien y occasionne quelquefois des enfoncements de terre , et presque toujours les abords des boutiques sont obstrués par des objets entreposés sur la voie publique.
À la suite d'une petite conspiration de janissaires que Ton découvrit en 1837, pendant le voyage que le sultan faisait dans le nord des ses états , et dont tous les acteurs furent noyés de nuit et sans bruit , on crut devoir prendre des précautions de sûreté , lorsque le danger , qui au reste n'avait pas été bien réel , était déjà passé.
Il fut décidé que des patrouilles circuleraient
de jour et de nuit. La nature des lieux indiquait l'infanterie comme propre à ce service ; ce fut à b cavalerie qu'on l'assigna. On vit alors de petits pelotons de cavaliers, les armes chargées et la carabine au poing, sillonner les rues de la capitale.
On ne pouvait se défendre de rire et en même temps de s'apitoyer, en voyant ces pauvres soldats tout occupés à soutenir leurs chevaux à chaque descente un peu rapide, ce qui ne les empêchait pas de s'abattre quand ils rencontraient des excavations dans le sol. Cette folie dura six semaines.
Enfin , Ton fit remarquer au séraskier que ces patrouilles seraient inutiles contre un mouvement populaire , puisqu'il suffirait de bancs , de barriques ou de tout autre objet d'encombrement, jetés dans la rue , pour les paralyser et leur couper toute retraite. Cette observation et les plaintes des chefs de corps , dont les chevaux rentraient garrottés, firent cesser cette ridicule parade.
On ne finirait pas si l'on voulait exposer tout ce qu'il y a de défectueux et d'irréfléchi dans l'oi^nisation , l'instruction et le régime de cette [Hrétendue armée, que des relations mensongères donnent pour un élément de puissance.
Les états de Mahmoud sont confinés au nord et an sud par deux adversaires qui menacent sans cesse leur existence. Au nord, ce sont les Russes,
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et lou sait, pai* expérience, quelle supériorité immense ce peuple s'est acquise sur les Musulmans.
Au sud , c'est Méhenunet-Ali. Biea qu'adversaire plus nouveau, ce pacha a déjà fait à l'empire ottoman autunt et plus de mal que son ancien ennemi. Il n'a procédé encore vis-à-vis de son suzerain que par victoires et par conquêtes , et il n'y a au monde qu'une vigoureuse assistance étrangère qui puisse empêcher le vice-roi devenir planter ses drapeaux sur les rives de la mer de Marmara , si , dans une lutte, le sultan reste livré à lui-même.
Du côté de la frontière russe , la configuration du sol ottoman offre plusieurs lignes de défense, qu'une bonne armée pourrait rendre inexpugnables. Du côté de la Syrie , le Taurus franchi, il se trouve bien quelques bonnes positions entre cette ligne et le Bosphore, mais elles peuvent être tournées. Il faudrait, au reste, de bonnes troupes et des généraux expérimentés pour arrêter les %yptîens dans ce trajet , et ce sont deux choses qui manquent à la Turquie.
Une reste donc au sultan, pour la sûreté de ses possessions , que la garantie de l'étranger. Mais pour que la France et l'Angleterre se décident à une intervention, et qu'elles puissent la rendre efficace, il faudrait que la base de la résistance se trouvât dans les ressources de ce prince , et que
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ses alliés ne fussent lenus qu'h |>araltre en auxiliaires. Où sont ses moyens ?
Si ces puissances étaient forcées, dans une guerre engagée pour le triomphe des droits du sultan, à devenir parties principales, et à suppor* ter toute la dépense , s'y décideraient -eUes ? Ne seraient-elles pas retenues par la considération de rénormité de ces frais, des inconvénients d'hostiUtés soutenues dans un pays éloigné, où l'entretien, les ravitaillements, les renforts, devraient arriver par mer ?
Si le sultan se manque à lui-même, sa perte est inévitable. Qu'attendre, cependant, du degré^i'épuisement où on le voit descendu ?
Cette malheureuse situation n'est pas encore ce qu'il éprouve de plus fâcheux. Son mal le plus sérieux se rencontre dans l'incapacité et la perfidie de ses ministres. On ne saurait trop le répéter : il faut que lËurope se persuade bien que là est la source des désastres passés, et la cause durable de ceux que Ion peut encore prévoir.
Nulle pensée rationnelle et généreuse ne peut pénétrer dans ces esprits étroits autant que mal intentionnés. Ils sont contraints de reconnaître la supériorité des étrangers. Dans toutes choses, ils invoquent leurs lumières ; mais quand on en vient à l'action, leur basse jalousie ne trouve plus que des obstacles à leur opposer.
Les charlatans seuls sont bien accueillis en
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Turquie. Réchild-Pacha est la provideuce de ces aventuriers , de talent et de probité plus qu'équivoques. Les ministres turcs se laissent facilement séduire par leurs propositions, et comme le néant en est bientôt à jour, ils restent honteux d'avoir été dupes* Mais au lieu de reconnaître que leur déception tient à de mauvais choix, ils en prennent occasion de défiances générales envers les Européens. Avec ce système, ils n'échappent jamais à Tabsurde dans lequel ils sont encroûtés.
En 1836, un Français fut appelé auprès de la sublime Porte , avec la mission de lui fournir des plans de rectifications sur les parties de l'ordre public mal comprises et plus mal dirigées : c'était dire sur toutes.
Pour rendre le public juge tout à la fois des besoins de l'empire turc, et des moyens proposés par ce Français pour les satisfaire, nous donnerons , ainsi que nous nous y sommes engagés , textijfêllement ou par aperçu à mesure que les matières traitées dans cet ouvrages se présenteront, les notes qu'il a fournies au divan pendant un contact de dix-huit à vingt mois avec les ministres de Sa Hautesse.
L'armée étant d'abord Tobjet qui saisit l'attention de l'étranger , et la première impression qu'elle excite étant pénible , ce fut sur cet objet que le nouveau-venu dut d'abord porter ses soins.
Trois vices principaux se révèlent à ta première
vue du militaire turc : mauvaise tenue j absence d'instruction , inintelligence dans les règlements du service. Il convenait avant tout de rectifier ces trois éléments de l'organisation de Tai^mée; mais il ne fallait pas perdre de vue qu'une susceptibilité jalouse veille sans cesse à maintenir les Ottomans dans leur honteuse dégradation. De là l'obligation d'opérer le bien le plus secrètement possible, pour éviter les entraves qu'un voisin puissant ne manque pas de créer contre toute tentative d'amélioration.
Une autre considération qu'il ne fallait pas négliger une seuie minute, c'était la détresse du trésor. Toute combinaison devait en conséquence être appuyée sur la plus stricte économie.
Ces bases reconnues, le plan proposé devait avoir pour résultat d'introduire runiformité dans k tenue des hommes, dans leur instruction, dans k service, et même dans les marches des tambours et des trompettes. C'étaient là autant de besoins à remplir, avant de songer à aucime espèce de pei*^ fectionnement.
Tout dans l'armée turque s'éloigne de ce principe d'uniformité, et l'on ne saurait en être surpris quand on apprendra que sa constitution a été livrée en détail à des officiers venus de différents pays, avec des errements divers, qu'ils n'ont été soumis à aucune autorité centrale , que chacun a agi comme il Ta entendu dans le corps qui lui
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esl échu , et qu'ainsi qu'on l'a déjà remarqué , il ne leur a jamais été délégué aucune autorité.
Voici un aperçu du plan rédigé en vertu de ces considérations^ qui fut présenté à Hallil-Pacha, en sa qualité de général des troupes stationnées en Europe. Il ne s'appliquait qu'à l'infanterie ; mais il était facile^ s'il eût été accepté, de l'étendre aux autres armes. On verra qu'au mérite de la simplicité il joignait l'avantage de la célérité, de l'économie et du secret, autant qu'il était possible de l'obtenir.
On proposait de confier à un officier distingué de l'armée française, un bataillon de 500 hommes de choix , qui seraient réunis à Rhodes , ou dans tout autre site éloigné de Constantinople , oii la surveillance des Russes serait moins exactement établie.
Cet officier eût instruit ces hommes et les eût initiés à toutes les parties du service et de la discipline , de manière à ce qu'ils devinssent euxmêmes des maîtres capables de communiquer à d'autres les enseignements qu'ils auraient reçus dans ce bataillon-modèle. Leur éducation finie, et six mois devaient suffire, ils eussent été répartis dans les divers régiments. Par ce moyen , on obtenait d'un seul coup Tinstruction et l'ensemble dans le service, dont l'armée ottomane est totalement dépourvue.
Un autre personnage devait , dans une sphère
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moins élevée, mais plus imporlanle <)ue les Turcs ne peuvent le concevoir , contribuer à une heureuse révolution dans leur régime militaire, dont Vofficier eût été le promoteur. C'était un mattre tailleur que celui-ci eût été chaîné d'enrôler et d'amener avec lui*
Les soldats de l'empereur Mahmoud , généralement arrachés aux travaux rustiques , ne peuvent être difficiles quant au costume dont on les afiuble à leur arrivée dans les casernes ; ils sont seulement peines de se voir transformés en chrétiens. Mais, ce scrupule dompté, ils ne seraient pas indifférents à ce que leurs habits fussent commodes, que les mouvements de leur corps s'y fissent sans gêne et sans déchirement dans les étoffes, et qu'ils eussent en outre une coupe gracieuse et propre à les faire paraître avantageusement aux yeux de la multitude. Ce sentiment d'amour-propre se manifeste à tous les âges et dans to\is les rangs ; il est surtout dans les goûts militaires.
De son côté , le maître tailleur eût dirigé une école de son métier , qui eût fourni à l'armée des artistes en ce genre, qui lui manquent. Il faut remarquer que, par l'effet de la coupe en usage en France, on eût obtenu une économie sensible dans les draps , qui sont gaspillés par les tailleurs grecs et arméniens.
Rien n'était , on en conviendra , plus simple et