‹ La Turquie nouvelleChapitre 3 sur 79 · DE L ARMÉE · texte numérisé non relu

DE L ARMÉE

plus en ^hai'moiiie avec les besoins et la situation que ce plan. Célérité y économie y mystère , tout s y rencontrait. L'a-t-on adopté ? Lui a-t-on substitué d'autres mesures ? Nullement.

Le généralissime Hallil-Pacha , qui l'avait demandé, et qui n'y comprit pas un mot, fit répondre à l'auteur que ce travail était du ressort du ministre de Vintérieur.

L'armée ottomane est restée ce qu'on la voit; elle n'a de consistance que dans les rêveries des écrivains. Ou s'en convaincra si elle passe le Taurus, ou si Ibrahim-Pacha^ fatigué de ses jactances y vient la chercher dans les plaines de l'Anadolie.

Les réformes du sultan Mahmouh ont-elles , sous ce premier rapport , profité à son empire ? Nous laissons au lecteur à résoudre cette question, d'après les notions qu'il aura prises dans l'exposé qui précède. Nous nous bornons à lui en garantir la sincérité et l'exactitude.

Quelques réflexions auxiliaires réclament une place à la suite de cette notice sur l'armée turque.

Le Musulman est , de sa nature , indolent , insouciant et ennemi de toute prévision. Il est enclin à voir venir les événements, et regarderait conmie une faiblesse et une dérogation à sa dignité de les prévenir. Il n'est pas étonnant que dans cette disposition d'esprit /que le militaire turc porte avec

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lui à rarmée, il oblige les précautions propres à le garantir des surprises ménagées par un ennemi qui le connaît bien.

Avant la perte de la Crimée, et pendant la guerre qui fit passer cette belle contrée sous le joug de l'autocrate , le kan des Tartares qui la gouvernait , sons la suzeraineté de la Porte , fournissait un contingent «considérable de cavalerie légère aux armées du sultan.

Ce service n'était point onéreux pour ce prince, et il n'avait nul besoin de se mettre en frais pour remplir les réquisitions du divan.

L'espoir du pillage , la perspective de faire des esclaves, et le goût atvenluriër de ses sujets, amenaient autour de lui plus de guerriers qu'il n'en Youlait.

U n'avait à s'occuper ni de leurs montures , ni de leur armement et équipement, ni même de leur entretien. Chaque Tartare était en tout temps, et depuis l'âge où il commençait à monter à cheval , muni de tout ce qui lui était nécessaire pour faire la guerre.

Un petit sac de farine, ayant reçu quelques préparations en usage chez ce peuple, pendait à l'arçon de la selle et formait son approvisionnement d'un mois. A l'heure du repas, il délayait dans de l'eau, avec un peu de sel, une poignée de cette farine, et se suffisait avec cet aliment.

Le pillage tenait lieu de solde aux Tartares,

» W, VàSHÊÉE

Ce n'est point avaDoer une hérésie que de prélendre que nul gentiment patriotique ne n^tache ces infortonés à nne fiaunille qu'ils ne doirent plus reTOtr, à une patrie qm est pour eux nne mintre^ à un sourerain qui brâe toutes leurs allieo fions.

Dans leur abn^ation de toute chance de bonheur, ridée de la d^erticm doit leur sourire, comme ouvrant ime porte à une ecmdition plus heureuse.

Et, cependant, dans leurs guerres avec les Turcs , la désertion est extrêmement rare. Gomment expliquer cette retenue? Par la raison toute simple du préjugé reli^enx. Le soldat russe est persuadé que s'il passait aux Turcs , on l'enloTerait au culte de ses pères, qu'on le soumettrait à la circondsîon, signe indélébile d'apostasie, qu'on l'obligerait, en un mot, à se montrer zélé Musulman.

Ces considérations le retiennent sous le drapeau du tzar. Détruisez ces craintes , et vous le Terrez fuir en grand nombre l'oppression qu'il y supporte. Ce qui se passe dans le Caucase en est la preuve évidente.

Parmi les hommes - machines que la Russie pousse en si grand nombre contre les habitants des montagnes de la Circassie, se sont trouvés des Polonais enlevés isolément de leurs foyers. Plus molestés que les soldats russes, et plus

DE TERRE. h:^

éclairés qu'eux, ils ont préféré courir les risques qui effiraient les premiers , à supporter plus longtemps les horribles traitements qui étaient leur partage. Les gens du Caucase les ont accueillis , les ont bien traités , et les ont autorisés , en leur fournissant des armes, à s'organiser en compagnies firanches.

Dès que la nouvelle en a été répandue dans les quartiers des troupes de l'autocrate, d'autres Polonais, des Russes même, ont été rejoindre ces déserteurs et grossir leurs rangs. On peut prévoir quels ravages fera dans l'armée ennemie la contagion de cette nouvelle, quand elle sera plus connue.

On citait à Gonstantinople , au mois d'avril 1838, une lettre de M. Longwood, agent anglais au Caucase, qui portait à cinq mille le nombre des déserteurs russes, ralliés depuis cinq ou six mois aux défenseurs du Caucase.

Cet exemple a été cité aux ministres turcs. On leur en a expliqué toute la portée ; il leur a été proposé d'oi^niser quelques bataillons de rajas ( sujets non musulmans ), devant, en cas de rupture, servir de point de ralliement aux transfuges russes. Peine perdue ! Et l'on croit à leur probité I et Von admettrait qu'avec de tels auxiliaires le sultan pût réaliser les réformes qu'il a entreprises! Il y a du délire dans de semblables erreurs.

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