MY2 APERÇU D'UN PLAN
sant (>our cet objet, par son exiension aux matières politiques. Il n'a pas eu plus de succès dans cette seconde application , pour laquelle il n'était pas convenable.
Il en est résulté que les crimes vulgaires se sont multipliés dans une proportion inconnue à Paris depuis longues années, et que la scène politique est demeurée dans une agitation continuelle.
De là aussi les inquiétudes croissantes de la famille royale, qui, ne devinant pas que sa sûreté n'était compromise que par l'impéritie de son ministre de la police, a cru trouver sa sécurité dans le redoublement de précautions qui gênaient et humiliaient de plus en plus la population, sans que le motif dé ces rigueurs fût atteint.
Toutes les polices incohérentes que l'on voit à Paris, et qui rivalisent de puériles et ridicules mesures, sont impuissantes à garantir la sûreté de la personne du roi. Les attentats se suivent de près, et l'on conçoit facilement l'anxiété incessante de
sa famille, quand on se rappelle qu'Henri IV, le
seul. roi de France , a dit Voltaire , dont le peuple ait gardé le souvenir , na succombé qu'à la dixneuvième tentative essayée contre lui.
Fa cependant, que de sommes sont absorbées tous les ans par les directions que l'on croit être (le la haute police, sans que tant de meneurs soupçonnent inëme les moyens qui écarteraient les dangers, et rendraient inutiles des mesui-es qui
UK \K)UisK CÈNÉliALK. M}:\
J wèleril les crainles, el constituent la population «ie la première ville du monde en état de suspicion ï>ermanente !
La famille royale , qui serait si puissante si elle ^^vait confondre ses intérêts avec ceux de la na- *^on , se trouve isolée et sans autre appui que des courtisans , de la valetaille et des fonds secrets , ' ^tt milieu de la nation qui l'a placée sur le trône.
Elle n'excite pas plus de sympathies chez les ^^ rangers. On Ta vu par les difficultés rencontrées ^^n& les poursuites pour l'établissement de Théri- *^^ présomptif de la couronne.
^^la tient à la déconsidération où la France est
^•^l)ce au-dehors, et au piloyable choix des bom-
*^^s qui l'y représentent. Les choix n'étant pas
^^îlleurs en France, on en conclut qu'il n'y a rien
^ iDien assuré dans l'iniérieur de ce pays. Aussi,
^^' ^^i de rechercher son alliance, on ne songe qu'à
^nettre en mesure de profiter des désastres qui
^vent l'assaillir.
*Ton8 les systèmes de police en vigueur en Eu- '^ïe, dont l'exposé précède, ne peuvent convenir ^ %a Turquie.
La civilisation n'y est pas assez avancée, et il y '^ Une absence si totale d'esprit public, qu'il n'est ^% permis de songer à y introduire le système ^ui est suivi en Angleterre.
Il ne convient nullement de se modeler sur le { mode tracassier de l'Aulrirhe, ni sur les usages
'lOi APEKCl niJN PLAN
ilospotiqucs (te la Russie, ni enfin sur les préférences dynastiques qui dominent toutes choses en France.
La Turquie est dans une catégorie différente de (*elle des autres états. Le peuple musulman a une constitution morale qui le distingue de toutes les nations européennes. Sa vénération pour son maître se confond dans son cœur avec les sentiments pieux qui raniment. Il voit en lui l'image et le successeur du prophète.
Le Turc tient à ses devoirs religieux, à ses lois, à ses usages. Il sait qu'il ne peut en jouir que sous le sceptre de la dynastie à laquelle il obéit depuis tant de siècles. Aussi nulle tentative n'est à craindre de sa part pour passer sous une autre domination.
Ce n'est pas que la personne des sultans soit à l'abri de toute appréhension. Les deux princes qui ont occupé le trône avant l'empereur actuellement régnant ont péri de mort violente. Mais ces catastrophes mêmes constatent que la couronne est inébranlable dans la dynastie qui la porte. On sacrifie quelquefois le titulaire, mais c'est toujours en consacrant les droits de celui qui le suit dans Tordre successif.
Des complots ayant pour motif le regret du régime renversé par les réformes, et l'espoir de l(' rétablir, peuvent encore agiter l'état ;. mais jamais les mécontents n*attaqueront la stabilité de
'a couronne dans la tamillo dos Ottomans, (rpsl donc contre ces perturbations intérieures et les intrigues de l'étranger que TinsUtution d'une haute police doit être dirigée.
Elle devra surveiller, prévenir et réprimer 'oute tentative contre le nouvel ordre de choses, et exercer surtout sa vigilance à Té^rd des étrangers. En se mettant en garde contre ces ^eux sources de perturbation , on aura pourvu ^ux besoins les plus pressants.
Après avoir résumé ainsi l'action de la haute
police dans ses conditions essentielles , il est bon
*^ faire remarquer que l'auteur ne s'est point
^ca-rté de l'engagement qu'il a pris , do baser sur
'^ I>lus stricte économie toutes les propositions
^^*il soumettrait à l'appréciation du ministère
^man.
l^ haute police est d'une exploitation ruineuse
. ^ Autriche, en Russie, en France. Les finances de
^ 'ï'urquie ne lui permettraient pas de semblables
'^^''Oligalités ; il faut y pourvoir par d'autres voies.
le moyen est simple. Il consiste à faire contri-
^w tous les éléments de la société à fournir à la
^^ute police les moyens de remplir sa destination.
On a vu dans la première partie du présent
^^vail que rétablissement de ht police locale
^'exigeait que la création de quatre-vingt-un
fonctionnaires. Ces mêmes agents deviennent
ceux de la haute police. De là, nulle obligation de
iir
\m APKRÇL D UN PLAN
former un personnel constitué pour ce dernier service.
Mais la création de ces quatre-vingt-un emplois entraîne nécessairement des suppressions dans les agents qui remplissaient les attributions que Ton donne aux nouveaux fonctionnaires. Il doit en résulter une économie, si ce n'est même une compensation entière, des frais exigés par l'oi^nisation du nouveau personnel.
Quant aux auxiliaires , qui devront servir de moyens d'exécution aux chefs de la police, tels que les gendarmes ou kavasses, les préposés à la vérificalion des poids et mesures; les chefs d'é-* chelles sur le port, les veilleurs aux incendies, etc. , tous ces gens sont déjà payés par le trésor. Ils continueront à Têtre comme par le passé. Leur condition ne changera qu'en ce sens, qu'ils appartiendront au service do la police, au lieu de relever de chefs particuliers.
La haute police n'exige aucune nouvelle disposition, aucune dépense permanente.
Les éléments de la police locale deviennent les siens. Le même chef, les mêmes fonctionnaires , les mêmes auxiliaires, font les deux services.
La haute police n'a que des dépenses accidentelles. Elles sont motivées et réglées par les besoins, et suivant l'importance des faits. Le gouvernement est toujours libre de les accorder ou de les refuser.
On n'improvise pas une haute police à un élai par&it d'organisation. La raison en est, que l'ayant rien de matériel, ce service ne peut se fonder et s*appuyer que sur des éléments préexistanis.
Ces éléments doivent être ceux qui constituent 'a police locale. De l'emploi de ceux-ci y de leur ^^^ombinaison y de Tintelligence avec laquelle ou ^u fera Tapplication , se formera la hante po-
Il faut donc créer d'abord la police locale. Rien ^ est plus facile, comme on a pu le voir dans la lière partie du présent travail, jour où celle-là entrera en activité, le divan irra dire : J'ai au$si une haute police; car les mes ressorts pourront faire mouvoir le lende- An les deux machines.
ïllles ne fonctionneront d abord qu'en tâtonit ; car Ton n'arrive pas tout d'un coup à la Tection quand on heurte , dans son che- , tant d'intérêts divers. Mais chaque jour ^^^^ënera des perfectionnements et de nouveaux ^^sultats.
Pendant que la police locale introduira Tordre
^^ns toutes les branches de communications entre
^^ habitants ; qu'elle remédiera à tout ce qui est
^n souffrance ; qu elle créera de nouvelles facilités
dans les relations, en même temps qu'elle donnera
des garanties à la sûreté des personnes et des
tiM APfiRCL bXS
choses , la lûule police marchera à des résultais |iius élevés par la nature de sa mission.
Ce sera au chef supérieur de ces deur administrations à veiller sur les hauts intérêts de Tétai, sur la stabilité du trùne, sur les tentatives dirigées contre la sûreté du pays. Il devra ouvrir, tant audedans qu'au-dehors de l'empire , des rebtions qui le mettent en position d'éclairer son gouvernement sur ce qu'il n'est plus permis à un ministère d'ignorer.
11 s'attachera à connaître le caractère personnel y les antécédents « les opinions . le genre de talent des envoyés des puissances étrangères auprès de la sublime Porte.
Il sera important qu'il étende ces mêmes investigations sur les étrangers de toute nation et de tout rang qui ailluent siu* le sol ottoman.
Il sera encore bien essentiel qu'il ouvre des corres(iondances à l'extérieur, pour apprendre quelles sont les publications les plus en vc^ue dans les fiays étrangers ^ dans quel esprit elles sont écrites, et de quelle manière elles envisagent les faits relatifs à la Turquie.
Il est im|iossible d'énumérer ici tous les points qui devront exciter la sollicitude du chef des deux |iolices. Tout se développera avec le temps, et sera rendu facile par les instructions rédigées a l'appui du piesent Mémoire.
Le chef, ou ministre de la police, aura en ou-^
DE IK)L1CE GËNÉliALE. UIO
Ire à fournir chaque semaine au chef de 1 eiai , ou au ministre avec lequel îL travaillera, un tableau conforme au modèle qui accompagne le présent Mémoire.
Plan de défenie de CSonstantînople , en répoAie au plan d'ooeupatîoB milîtaîre de oette capitale traeé par le général pnusica Valenfinî , et révélé par le Pobto • Foouo , dans les léroi 20 et 21.
(Remis, en avril 1887, à Pcrtex-Pacha, à cette époque miniitre dirigeant.)
Le plan sur roccupaiion de Constantinople, rédigé et oflerl à la cour de Russie par le général {irussien Yalentini^ repose sur trois données.
La première, que la Turquie n'aura pas d'armée régulière ; la seconde , qu'aucune des puissances du premier ordre n'interviendra pour empêcher la chute de l'empire ottoman; la troisième, que la Russie trouvera , moyennant partage des pays conquis , des gouvernements européens qui consentiront à appuyer ses projets ambitieux.
Ces trois données sont également fausses.
Grâce à la sollicitude du sultan régnant, la
U'2 l'LAM DL DËFEiNSL
Turquie a une année nationale sur pied. Les cadres peuvent en être facilement doublés , el présenter alors , dans un système de guerre défeusive y des forces sutïisantes pour repou^^ser toute agression.
La France et l'Angleterre, ce dernier royaume surtout, ssms parler des états maritimes secondaires , ont un intérêt trop majeur à s'opposer à l'établissement des Russes sur le Bosphore, pour que l'on puisse révoquer en doute Tempressement ({u'elles mettraient h répondre à un appel du sultan, pour la défense de cette clef de la Méditerranée.
Le général Valentini n'a pu avoir en vue, dans sa troisième donnée, que l'Autriche et le vice-roi d'Egypte. Si le nouvel état de la Grèce eût existé h ré|K)que où il écrivait , il y aurait sûrement fait allusion. On peut lui concéder cette pensée.
Mais d'abord TAutriche a, au moins, tout autant . h redouter que le reste de l'Europe les agrandissements des Russes aux dépens du sultan. Dans une distribution des domaines de ce prince, quelle part pourrait-on faire à TAutriche qui balançât la valeur des acquisitions que s'adjugerait son insatiable voisin?
Depuis la destruction de la nationalité [loloiiais4'. les peuples d'origine slave semblent destinés , el l'Eui'ope ne dissimule pas ses craintes à cet égard, à ôti'e réunis sous le scepln» des tzars.
DE CONSTAMTINOPLE. U:\
l^n quarl des sujets actuels de l'Auiriche appar-
itont à celte catégorie. Le Servie, la Bosnie, l'Al-
bunÎG , ont la inème origine et pai*lent presque la
mêtue^ langue. Dans le système prévu d'envahis-
seui&Myi de la Russie, ces provinces ne seraient
livrées à l'Autriche, dans un plan de partage, que
pour M ui échapper bientôt.
£t Kne connait-on pas les sympathies de la Grèce pouv^^lle pour la Russie, lesquelles aideraient tant aU p^^^ssage de ce pays sous la domination de Taulocv'^ ^<, aussitôt qu'il serait maître de la Roumélie ^l Jti Sosphore ?
îic^M, l'Autriche ne peut être soup<,:onnée de
l'ini^rition de favoriser les vues de la Russie.
O^s diverses hypothèses posées par le général
y^leutini, il ne reste donc d'appui présumable aux
ptO)^ts du tzar, que les états du roi Othon, et les
pi*ovinces qui obéissent en ce moment à Méhem-
giiei*Ali. Les inclinations de la Grèce ne tiendraient
pas contre un veto de la France et de l' Anglelc^rre,
agissant de concert avec la sublime Porte; et
Mehemmet-Ali, sur son déclin, ne doit plus songer
qu'à ménager son auguste maître. Tout s'affaisse
chez lui : ses moyens physiques , sont influence et
ses ressources, dont il a trop abusé '.
Avoh* démontré l'erreur des bases sur lesquelles
' CéUii la l'opinion que répandait le divan sur le romptc du vice-roi. Rii^ n*fst plut» éloii;ni^ delà vérité.
Wi PLAN D£ DÛ^ENSE
le général Yalei^tini a établi son plan relatif à 1' cupation militaire de Constant inople, n'estpce l'avoir ruiné ? Il deviendrait superflu d'en po suivre Texamen, s'il n'était aussi facile qu'ulik prouver que ses moyens d'action n'ont pas fondements plus solides que ses prémisses. C d'ailleurs de cette seconde discussion que doii partir les propositions^ objets du présent Mémo Le stratographe prussien est tellement pleîi mépris pour l'ennemi dont il s'occupe , qu'il égard, ni à la résistance que celui-ci peut oppoi ni aux obstacles naturels, ni aux mille chan
qui peuvent contrarier une entreprise aussi gig tesque.
C'est un peuple vaillant , nombreux , qui à brillants souvenirs dans ses annales , qu'il 8* de chasser de l'Europe, du Bosphore et de Xh Mineure , en le reléguant au-delà du Taun» général Yalenlini marche à ces résultats , oo si , sur le terrain , tout devait fléchir avec ^ de facilité qu'il en trouve à consigner ses sur le papier. C'est tout au plus s'il adme ques eflbrls de la part des Turcs , pour la c de Constantinople.
Le chemin qui mène droit à la capiU être préféré à tous les autres. Cette obs* suffit à l'auteur du plan pour qu'il dirige [>rincipale russe par Andrinople, sur la m
Mais il faut en ni^nio temps empêchet^
DE COiNSTANTlNpPLE. 415
de fuir en Asie avec ses trésors , qui doivent servir
à indemniser des frais de la guerre. Cette consi-
démtioD exige que la flotte qui doit suivre les mou-
^^^menls de la principale armée le long des côtes
^ da mer Noire^ transporte directement vers rem-
àotdchure du Bosphore les troupes qui, sous la
P^cMection des vaisseaux, devront débarquer en
^^€e et y former un camp retranché.
Dans sa contiauce illimitée^ le général ne pense P^^que les châteaux construits, en 1773, par le ****^n de Tott , sur les deux côtes d'Asie et d'Eu- '^ffte , pour la sûreté du Bosphore , puissent tenir ^**:ilre l'artillerie supérieure des vaisseaux russes, ^ il ne s'inquiète nullement des forts bâtis \^t *^^ liomet II, à deux lieues en dedans de l'euibou- ^«^^jre du canal.
défenses dispai*aissant comme par enchaaînt, rien ne s'oppose plus à ce qu'il fasse oc- ^^'^ .K)er Scutari , ville située en face de Constanti- \^le et habitée par 70,000 individus , la plupart
Tcs , mais qui n'a qu'une mauvaise enceinte.
^ar pure précaution, il porte aussitôt des chas-
^ars à pied et des cosaques sur quelque point
^^"^^ vé, en Asie, d'où l'on puiss^e découvrir au loin
"^ marche des troupes asiatiques qui voudraient
^^ Air au secours de la capitale.
C'est après ces opérations préliminaires , que ^ ^^liteur du plan fait assiéger Constant inople. Cette ^Mtreprîse lui parait si simple, qu'il n'indique que
FLA.N DE DEFËNSIi:
^uoïK'ui les opérations d'investisseinenl et d'aï- ..viuv\ .liiiHt que les précautions à prendre pour la ^luoic de l'armée assiégeante.
U est tout aussi laconique dans l'exposition du i i'sto de la campagne, ou, pour mieux dii*e, de la guerre qui doit avoir i>our résultat de rejeter les Ottomans sur les sources du Tigre et de VEuphrale, et même, pendant qu'on y sera, dans la presqu'île de V Arabie.
(]e n*esi pas prudence chez le général Valentini, s il n'a pas donné plus de développement à ses idées, car il dit quelque part : En publiant ces conn seilSy je ne crains pas de donner ici aux Turcs des idées qui serviraient à leur défense;. car , d'abordy en général y ils ne lisent guère, et puis, si jamais tm bon conseil venait à leur coniiaissance, ils Vexéeuleraient si mal , que loin d'en tirer profit eux-mêmes , ils n'offriraient par-là que de nouvelles chances de succès à leurs adversaires.
Cette seconde partie du plan du général Valentini ne mérite pas une discussion sérieuse. Klle ne repose , c^omme la première , que sur des données évidemment erronnées. Elle ne consulte d'ailleurs ni des études statistiques, ni une (H)nnaissance entrainan|e des situations respectives. Comment une conception aussi mal digérée a-t-elle. pu se produire sous le patronage de la Prusse? (]oniment la Russie a-t-elle pu l'accepter <'ainme un hommage pré<'ieux? Il suffit pour en
|»ulirériser reuseiiible, de <Jéiiion(rcr quo, dès It» ilëbut, tout est obstacle à rexéciition. Ce sern f'objet de la réfutation qui suit.
Les troupes russes peu coûteuses, siussi longtemps qu'elles sont réparties dans leurs cantonnements de rintérieui* de l'empire , deviennent , dès qu'elles sont réunies en corps d'armée, des Marges pesantes , intolérables même pour !<* ^'"ésor public j si la situation se prolonge , sans îue les ressources du pays qu'elles occupent alors ^teunçnt en partager le poids.
Dans une guerre contre la Turquie , les |>répa- '^••ifs doivent être faits de longue main. Le rassimi- Wetiient a lieu en Bessarabie. Il faut y attirer <le •oir^ ^ et à grands frais, les approvisionnements l^ttmaliers et les mille objets nécessaires aux be- ^^^ïis d'une armée destinée à faire campagne.
tJ'après le plan Valentini, cette armée serait
*^^^ilabreuse ; car, outre le corps principal , dingo
*^^ Andrinople, ce plan exige un cor[)S de débar-
^^^ment pour occujyer les châteaux du Bosphore,
^^ vijles de Scutari et d'ismid , et pour bloquer
^*^^ii8tantinople du côté de l'Asie ; et enfin, une
•^^isième armée de 50,000 hommes, devant opé-
r^r dans l' Asie-Mineure.
Observez d*abord, que jamais la Russie, malgré
'VîDorme état militaire qu'elle s'attribue sur le
Vi'ipier, n'a en plus de 50,000 .hommes, à la fois,
en campcigne, soil qu'elle ait agi contre les Turcs,
418 PLAN DE DFENSEÉ
soit conlre Frédéric ou Napoléon, si ce n'esl lorsqu'elle défendait ses propres foyers. Sa consommation en hommes a toujours été énorme, et ses envois successifs de renforts, à la suite de ses armées, ne parviennent même pas à remplacer les vides occasionnés par les fatigues, les maladies et les pertes de guerre.
Qu'on admette cependant , qu'entraînée par la beauté et Timportance du lot en vue, elle fasse un effort et se montre supérieure sur le Pruth à ce qu'on l'y a vue depuis Pierre I*'' : plus elle aura accumulé de forces, plus les difficultés de locomotion prendront d'intensité.
Les pays que la principale armée devra parcourir, du Danube à Ândrinople, sont à peine cultivés ; la population y est clair-semée , les routes presque impraticables.
Elle ne pourra y subsister qu'au moyen des approvisionnements venus de Sébastopol et de la Crimée. C'est par la même voie que devront lui arriver son artillerie, ses munitions, son matériel, et que devront être évacués ses malades et ses blessés.
Il est dès lors évident que la libre disposition de la mer Noire est la condition nécessaire, indispensable de toute aggrcssion contre l'empire ottoman.
Supposez cotte mer interdite aux flottes russes, et le plan de Valentini est annulé dans sa base ; car l'armée principale ne pouvant plus se porter sur Andrinople, les mouvements corrélatife des corps
qui devront opérer sur le Bosphore et dans T Asi<^- Mîneure deviennent sans objet, et sont d'ailleurs impraticables ; car ces mouvements aussi ne Pavent s'exécuter qu'autiint que la mer reste ouverte aux Russes.
La. question ainsi posée se résume dans le fail
^^ la libre navigation de la mer Notre. Si la Russie
'obtient , des chances de succès s'ouvrent pour
^"^. A défaut, elle ne peut rien entreprendre de
^^teux contre les états du sultan.
Henversez les termes de cette question, et vous ^^^% pour résultat que les domaines de l'islamisme *^^t à l'abri de tout risque, si les Russes ne peusortir librement de leurs ports; tandis qu'ils tout à craindre d'une invasion par terre, ap- ^^^ée par les flottes de leur adversaire.
Tout se réduit donc, pour chacun des rivaux, à
ler la prépondérance maritime sur l'Euxin. la flotte turque, supérieure dans le matériel de armements, n'est malheureusement pas aussi ^*^n partagée quant à son personnel. Livrée à ^■le-même, elle ne saurait lutter avec avantage ^^ntre l'escadre de l'autocrate. Il n'en serait pas ^insiy si elle était appuyée par deux divisions natales française et anglaise, ou fournies par l'uiie de ces deux nations.
lia déjà été expliqué, au commencement du présent Mémoire, qu'un intérêt impérieux commandait celte coopération à ces deux puissances. Le sort de
i20 PLAN DK DÉFENSE
rAn}j!leteiTe , surloul, liont à ce que la Russie ne (misse faire de nouveaux progrès vers le sud. Chaque nouvelle acquisition de cette puissance , dans cette direction, devient une menace plus directe, un danger plus pressant pour les établissements britanniques dans les Grandes-Indes , auxquels elle emprunte sa prépondérance en Europe.
D'après des besoins aussi bien constatés, la sublime Porte est donc fondée à compter sur des auxiliaires puissants au moindre signe d'agression de son ambitieux voisin. 11 est conséquemmenl permis d'asseoir sur cette donnée le plan de défense de l'empire ottoman, dans le cas d'une rupture possible et probable, dans un temps donné, avec la Russie.
On l'a déjà dit : dans l'hypothèse d'une guerre, la question se renferme dans la possession de la mer Noire. La Turquie est admirablement située lK>ur se rassurer. Ses vaisseaux, s'élançant du Rosphore, peuvent, d'une même bordée, se porter ou masse sur les ports russes , et revenir avec la même facilité à leur point de départ pour renouveler leurs vivres et leurs munitions. Dans ce. trajet, Varna et Sizei>oli leur offrent des points de relâche , et aussi des stations pour les bâtiments légers devant rester sans cesse en observation.
En supposant les auxiliaires anglais et français
DE CONSTAxNTINOPLE. 421
réuK^ js dans le canal, et prêts à seconder l'escadre lurCK^mje^ celle-ci doit, de concert avec eux , prendre la mer dès l'ouverture des hostilités.
^i> les Russes viennent à sa rencontre, la supé-^ riorité acquise à la flotte ottomane par la présence d^ ses alliés, lui promet le triomphe.
&i les Russes se renferment dans leurs ports, ils
y sont paralysés, et n'y sont pas à l'abri des bi'û-
'^Is et des autres moyens de destruction que l'on
P^Ut employer pour écraser leurs établissements
^^ leurs vaisseaux.
Dans l'un et l'autre cas, que devient le plan de **^lentini? L'ennemi, sans l'appui de sa marine, ^^ peut marcher sur Andrinople avec son armée P'^i ncipale. Encore moins peut-il venir occuper le "^^sphore, Scutari, Ismid, et jeter cinquante mille '^^^^iimes en sus dans l' Asie-Mineure, avec la mis- ^*^^» de refouler l'empire du croissant sur les s^'^^rces da Tigre et de l'Euphrate.
CDn pourrait, h la rigueur, borner à ce premier
^^suien la réponse au système du général prus-
&^^ K : car il est déjà anéanti dans son principe. Mais
^^■3ame le gouvernement russe peut avoir établi
dst^tres combinaisons, et que le divan a aussi
d'a^tiires ressources , il convient d'apprécier les
^àxke& et les autres.
apposez que, malgré la privation du concours d^ sa flotte, le tzar, enflé de ses succès passés, et ^^ï^ôanl dans la supériorité de ses troupes , n'en
porsislc \>as moins dans rarcoinpiisseniont de ses vues , et se décide à entreprendre la conquête de Constantinople avec ses seules forces de terre : (*'est une donnée possible, contre laquelle le divan doit se prémunir.
L empire ottoman a, du côté de la Russie, deux barrières qui seraient infranchissables, si la qualité de ses ressources répondait à leur étendue. Malheureusement, son état militaire est loin d'avoir acquis le degré d'instruction et de consistance que devait lui assurer la constante sollicitude de son maître. L'infanterie, surtout, qui fait la force principale des armées, soit en campagne , soit derrière des retranchements, est encore dans un état de noviciat désespérant, si l'on considère le rôle important qui lui est dévolu.
Le plan d'instniction pour cette arme, présenté a Sa Hautesse le 9 avril dernier, peut remédier à ce vice dans un assez bref délai. En attendant, il convient de voir ce qu'il est à propos de faire avec les moyens existants.
Les deux lignes de défense dans le nord de l'empire sont : l'une, le Danube ; l'autre, le Balkan.
Dans l'état actuel des choses , la première ne peut être considérée que comme un moyen de retarder la marche de l'ennemi, et de rendre efficace la résistance sur la seconde.
A cet effet, il faudra, en premier lieu , mettre des forteresses sur le fleuve, et principalement
(coir Silisirîo en mesure de (aire une longue ré-
^stance. Il n'importe pas que leurs garnisons
^îent nombreuses; car elles seront renforcées
P^f* toutes les troupes stationnées sur le fleuve y
V^ devront s'y retirer devant l'ennemi , lorsqu'il
^^"^ parvenu à le firandiir.
H sera donc nécessaire que les approvisionnements soient combinés en raison de celte augmentation prévue de forces. Celte agglomération aura "^Ux objets : l'un , d'obliger l'ennemi à laisser de "^its détachements devant ces places lorsqu'il '^^^rchera sur le Balkan ; l'autre , de permettre à '^iirs gouverneurs de faire de fortes sorties sur les ^^11 X rives du Danube, autant pour inquiéter Tar- "^^ée manœuvrant sur la rive droite , que pour in- •■^fcepter les convois lui venant de la rive gauche. En même temps que l'on pourvoira à la sûreté ^^s places fortes, l'armée ottomane prendra po- ^•-îon sur la rive droite du fleuve, pour essayer ^ ^n disputer le passage à l'ennemi. Si elle peut *^ saisir en flagrant délit au moment où il Tef- ■'^Cîtiiera, il ne faudra pas laisser échapper l'occa- ^^On de le combattre pendant son mouvement. ^-•^ opérations de ce genre entraînent toujours ^D certain désordre dont on doit profiter. Mais si ^% Russes sont parvenus à T exécuter sans qu'on ait pu les entamer, il ne conviendra pas d'en venir aune bataille. Avec des troupes novices, ce serait trop hasarder.
\2ï PLAN lii: DÉFKNSE
L'ai'iiiôc eu i»osilion sur Ir Danuiie lieiulra, par des délachoiiionls, avec do l'arlillcrie légère, tons les points où ce fleuve peut èlre franchi. Ces corps détaches auront |u>ui' mission de surveillei* les mouvements de l'ennemi , de les faire connaître au (juarlier-gén(»ral,et d'opposer quelques obtacles aux tenUitivos do passage. Ils se replieront sur les forier(»sses lo plus à porté(\ dès qu'ils ne pourront plus tenir la campagne.
Le Danube passé par iarméo russe , la cami)agne connnence sérieusenienl , et c'est de ce nioment que loules les ressources doivent ôlre mises il profit avec inlelligence, pour relarder sa marche jusqu'au Balkan , où la nature a placé la seconde ligne de défense.
C'est à une guerre de chicane qu'il faudra alors s'attacher. Les Russes, privés de comnmnications maritimes, opérant dans des pays peu fertiles, ne s'approvisionnant que difficilement par la voie de terre, et s'aflaihlissant chaque jour par les maladies, ne négligeront rien pour arriver à une hat;iille décisive.
Les causes qui la leur feront désii'cr sont précisément celles qui doivent Li faire refuser par l'armée turque.
Celle-ci devra se retirer, mais lentement et en se portant successivement dans des ()ositions qui auront été reconnues à l'avance, et fortifiées, autant que possible, par des rot ranchementsde campagne.
DE COSTANTINOPLK. V2.j
il sera essoiiltel de porter le ravage sur tous les |M>iob> que l'on devra abandonner , de détruire tout ce dont rennenù pourrait profiter, et d'exciter (^ habitants à aider eux-mêmes à ces dévastations. Ce sont là de dures nécessités ; mais elles ^mi commandées par le premier des besoins : '^ salut de Vélat. Que l'on se rappelle que les dusses n'écliappèrent à la vengeance de Napoléon 9^'en incendiant eux-mêmes Moscou , leur ville s^nie.
On peut prévoir que les Russes ne résisteront P^^ longtemps à des mesures aussi énergiques ; ®*^ tous cas, ils n'arriveront devant le Balkan que ^«■es^affaiblis.
Cl'est dans les gorges de ces montagnes que la
^^fense doit déployer tous ses moyens. Tous les
'^^^ssages difficiles devront avoir été étudiés et foi'-
^*tî^s, les chemins dégradés, les obstacles accu-
**^^lés- Peu d'hommes suffisent dans des positions
^^Xiblables pour arrêter des corps d'armée. Le
^^^^t agissant à couvert et en pleine liberté n'a
W^s besoin d'instruction pour combattre l'ennemi
^^i l'attaque.
Que les Russes surmontent ces difficultés ; Qu'ils forcent le Balkan et qu'ils pénètrent dans la plaine d'Andrinople, ils y auront été devancés par Vannée ottomane , fraîche , disponible et encore entière , qui aura eu le temps de choisir et de ibriifier le point où elle acceptera le combat contre
Ï'J6 PLAN DK DÉFENSi:
un ennemi exténué de souHrances, ei nécessain ment affaibli par ses pertes et par lesdétachemen laissés à la garde de ses derrières.
Il résulte de ce rapide exposé y que la Timpi peut oppose I* au plan fantastique du général Vs teutini, un premier, obstacle qui le rend inexéa table : l'interdiction de la mer Noire.
Que si la Russie persiste, trois difficultés o vrant des chances de triomphe aux Musulmai lui sont opposées : la défense de la ligne du D nube y la guerre de chicane entre ce fleuve ei Balkan, la défense de cette montagne.
Les a*-t-elle surmontées? 11 lui reste, ava que ses troupes ne pénètrent à Andrinople^ où général Valentini les conduit du premier bond , battre l'armée turque, intacte, et Tattendant dai une position choisie.
Tels sont les moyens patents par lesquels sultan peut repousser Tinvasion dont on le mi oace. D'autres mesures, qui seront indiquées < vive voix, n'auront pas moins d'elficaeité.
Pîèee faÎMUit suite à la 'préoédenie.
Le plan d'occupation militaire de Constantin pie, remis à la cour do Russie par le généi prussien Valentini, et puhlir dans les numér
DE COMSTANTliNOPU:. i27
20 ei 21 du Porlo-FogUih avait été précédé, dans ie 10« numéro de ce journal , par un article sur 'e même sujet, qui lui sert, en quelque sorte, ^'intioduction.
La réfutation, mise sous les yeux de la sublime
Porte le 20 avril 1837, bien qu'il n'y soit parlé
me du plan Valentini , répondait cependant à ces
^^ux documents. La matière, quoique non épuisée
P^r cette discussion, semblerait donc suffisam-
'^ent éclaircie, s'il n'existait dans la publication
"^ ce 10* numéro quelques faux aperçus qu'il ini-
poi*te de relever.
Valentini a écrit par suite d'impressions prises
les lieux ; l'écrivain du Porto-Foglio ne s'est
ùré que de données d'emprunt. De là, les
^^^€urs qui fourmillent dans son travail. On ne
*^"^rait lui en faire un crime; car ce travail est
isciencieux, et la tendance évidente du recueil
lequel il est consigné, invariablement favo-
"^ble aux intérêts ottomans. On peut errer ave<î
*^S intentions les plus pures.
Pour aborder sans hésitation les vues de Tau- *^^r, il suffît de lui emprunter deux citations *^xtuelles, qui résument sa i)ensée, et renferment ^^ bases de sa discussion.
Frappé des dangers sérieux qui menacent sans Cesse l'empire du croissant . et de rindilVérence européenne à la vue du péi'il, il s'o<*rio ( page 8) : ia Turquie f^ouvant èlrr rnlevée d^un coup (h
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main y un projet contre elle, s'il est bien masqué^ réussira , et ne sera connu qu'après le succès j et lorsqu on n'en craindra plus les conséquences.
Plus loin ( page 12) ^ prévenant robjectioo que les plans et les moyens que Ton prête à la Russie ne doivent pas être ce qu'on les suppose , puisqu'elle ne s'est point encore emparée de Constantinople, il se hâte de répondre : La Russie n'a pas occupé Constantinople y parce que jusqu'ici elle n'en avait pas les moyens.
Ces deux assertions, qui semblent s'entre-détruire, sont pourtant également exactes. Elles sont même le résultat d'une grande finesse d'observation.
L'auteur reconnaît , dans le cours de son Mémoire y que Ih Russie , malgré l'immensité de ses ressom*ceS; ne peut facilement en étendre l'action matérielle eu dehors de son territoire. Aussi la Russie cherche -t-elle à suppléer par des moyens d'influence à l'insuffisance des forces qu'il lui est possible de porter au-delà de ses frontières.
C'est la tactique qu'elle suit constamment visà-vis des états du sultan. Sur ce territoire , les croyances religieuses lui assurent des sympathies; avec son or, elle s'y fait des partisans, et par ces auxiliaires elle sème la discorde et entrave les< améliorations. C'est ainsi qu'en aflaiblissant Vi torité légitime , elle sape la résistance qu'elle devrait rencontrer clans un gouvernement ferme ^
DE COiNSTANTINOPLK. 4-29
^t se prépare un triomphe facile avec des moyens ^^streints.
L'auteur, qui a pu^ connue tous les hommes ^Cilairés, reconnaître et apprécier ce système de ^^<^rruplion, familier au cabinet de Pétersbourg, ^Skl donc fondé à admettre et à redouter Tévé- ^^^ment qu'il indique comme possible : la brus- ^^^e occupation des parties des domaines de l'is- *^^misme que convoite cette puissance.
11 ne se met point en contradiction avec lui- ^^éme quand il établit, un peu plus loin, que si la ^^ussie n'a point occupé Constantinople, c'est que Jusqu'ici elle n'en avait pas les moyens.
11 est certain, en effet, qu'elle n'a pas, en temps ordinaire , les moyens nécessaires pour l'exécution de ce plan. Ce n'est pas la Turquie seule que froisserait la brusque occupation de Constantinopie et des Dardanelles. L'Europe entière serait frappée du même coup; et quelle qu*ait été jusqu'à ce jour son inconcevable apathie, on ne saurait admettre qu'elle poussât l'abnégation jusqu'à tolérer cette occupation.
Le cabinet de Pétersbourg est convaincu qu'une tentative semblable soulèverait les plus vives sympathies en faveur des Turcs, et il sait, mieux que personne, qu'une lutte sérieuse, en dévoilant son impuissance, le forcerait à abandonner sa proie. Aussi ne compte-t-il , pour l'accomplissement des vues léguées par son premier empereur.
\dO PLAN DE DÉFENSE
le tzar Pierre, que sui*«un concours de circonstances qui en favorise rexéculion et en assure le succès. La cour de Russie sait attendre : c'est en cela que se montre son habileté.
Après avoir justifié l'écrivain du Porlo-Foglio de ses apparentes contradictions, il convient encore de jeter un coup d'œil sur le reste de son alimentation.
S'il était permis de mettre en doute les bonnes intentions de cet auteiu*, on serait tenté de lui su})- I)Oser un projet de dénigrement des ressources ou des capacités turques , ou une profonde ignorance de leur étendue. Il est plus raisonnable ll'attribuer les erreurs dans lesquelles \ï tombe à la noble tâche qu'il suit avec constance, celle de réveiller l'Europe sur ses intérêts en péril en Orient.
C'est évidemment dans ce but que, rapetissant, annulant même les moyens des Ottomans , il admet de si faibles exigences de la part de la Russie, pour raccomplissement de ses projets, qu'une lutte entre deux grands empires, dont l'issue doit être l'engloutissement de l'un par l'autre, se trouve réduite h des proi>ortions lilliputiennes.
L'écrivain se pose les trois questions suivantes :
1 " Quel est lo montant des forces nécessaires pour VocTupation <le Coiistantinoi>lo oi dos Dardanelles ?
DE CONSTÂNTINOPLË. m
Quel nombre de troupes la Russie peut-elle Irsmnsporter par mer ?
3^"" Quels moyens l'Angleterre possède- 1- elle pouir prévenir ou repousser Toccupation dont il s agit î
la première, il répond que trente mille homs pour Gonstantinople , et quatre à cinq mille
les Dardanelles sont suffisants.
la seconde, que la Russie dispose dans la mer ^c^mre de quatorze vaisseaux de ligne , de six fré- <s, et de nombre de bâtiments de moindre
i la troisième, que deux ou trois vaisseaux de ae anglais, embossés dans le Bosphore, sulïint pour déjouer les projets de la Russie, moins la puissance de leurs bordées que par le senent de confiance qu'une pareille démarche ^i^luirait sur les Turcs.
^)n voit que si, suivant l'écrivain du Porto-FogliOj e faut aux Russes que trente et quelques mille ^nunes pour déposséder le sultan de ses plus Blés possessions ; en échange, leur conservation ^s ses mains ne coûterait à l'Angleterre que ornement de deux ou trois vaisseaux.
Si ces données étaient exactes , il faudrait bien ^^^:iivenir que jamais question plus importante exigea de plus faibles enjeux de la part des in- ^venants.
Il serait superflu de s'attacher ici à discuter et
432 PLA:N DE bÊKENSE
ii reciiiier ces évaluations de l'auteur, couioio aussi (le le suivre dans les vues d'attaques contre (x)nstantinople, qu'il suppose dans les plans des Russes. Que ceux-ci embossent des vaisseaux devant le sérail et dans la baie de la Corne-d*Or; ({u'ils occupent les grandes casernes de Ramicli* Schiflik et de Daoud-Pacha, au sud et au nord de la capitale; et que^ de tous ces points, ils foudroient la ville et portent l'incendie dans ses maisons, après avoir détourné les eaux qui lui viennent du dehors , ce sont là des dispositions plus ou moins rationnelles, et même d'une eflicacité à peu près certaine.
Mais ce n*est pas là que réside la didiculté pour les Russes. Pour prendre ces mesures, il faudrait avoir traversé la mer Noire avec la flotte portant les troupes de débarquement ; forcé les bouches du Bosphore, repoussé en Asie ou détruit l'armée régulière turque, et n'avoir plus à combattre que la [)opu1ation de Constanlinople et les troupes que^ renfermerait cette capitale.
11 a été établi dans la réfutation du plan de Va — lentini : 1° que la principale défense de Constan — tinople, des Dardanelles, et, en général, des plus précieuses possessions du sultan, devait être placée» dans la mer Noire ;
2"" Que s;ms la libre disposition de cette mer, non-seulement la Russie ne pouvait rien tenter contre les défenses du Bosphore, mais (ju'il lui
elait interdit , par des (lilïicultés de loioinoiion et
«te subsistance, de diriger une armée de terre à
/ravers le Danube et le Balkan , sur Andrinople;
3** Que la nature avait tout disposé 'pour qu'une
armée turque , vaillante sinon instruite , opposât
une longue suite de résistances dans les 80 ou
*0 lieues qui séparent la capitale des frontières de
''^lïipire.
I^ourqiioi s'attacher à examiner sérieusement Jos éventualités, presque impossibles à réaliser, telles que celles de Foccupation de Constantinople ^^ des Dardanelles, lorsque tant d'obstacles nalurols^ et tant d'autres qu'une sage prévoyance f^^l créer, doivent non-seulement retenir les **Usses sur leur territoire et dans leurs ports, *^^îs encore les y contraindre à veiller a la con- ^'^^^tion de leurs arsenaux, qu'il serait si facile à '^^ flotte combinée d'aller détruire ?
^ti le reconnaît avec plaisir, ce n'est point dans
'"^ ^^sprit de malveillance que l'écrivain du Porto^
^Otio soulève, sur l'avenir de l'empire ottoman,
^ motifs d'inquiétude qu'il ne partage pas. Son
*- ^st patent : il veut tirer l'Europe de sa léthargie,
^^i montrant comme imminents les dangers que
indifférence prolongée peut produire.
- ^e sultan a des ressources telles que le plus
^r concours étranger, une division navale seule,
t les élever à l'état de résistance le plus certain.
"Virons que le génie et l'énergie de ce prince