‹ La Turquie nouvelleChapitre 4 sur 79 · DE L'ARMEE · texte numérisé non relu

DE L'ARMEE

Les nouvelles de Constantiaople ont annoncé, à plusieurs reprises^ l'arrivée dans cette ville d officiers prussiens instructeurs , qui ont été immédiatement dirigés sur le Taurus; d'autres lettres plus récentes font mention de nouvelles demandes du même genre, adressées par le divan au cabinet de Berlin.

Lorsqu'il fut proposé, à la fin de 1836, aux ministres de Sa Hautesse de confier l'instruction de la nouvelle armée turque à un otficier firançais, au moyen d'un bataillon qu'il rendrait modèle pour l'arme de l'infanterie, ces hauts dignitaires s'informèrent avec inquiétude des irais qu' entraînerait cette mesure.

Il leur fut répondu qu'il conviendrait d'allouer à cet officier, pour son voyage de France à Gonstantinople 6,000 piastres.

Pour son retour en France. 6,000 »

Pour son séjour pendant six »

mois, à raison de 4,000 chaque. 24,000 »

En tout. 36,000 piastres.

Faisant 9,000 francs, sauf la gratification de licenciement, que Sa Hautesse réglergit elle-même sur les services qui lui auraient été rendus.

Ces ministres se récrièrent. Les fixations leur parurent exorbitantes. Le traité n'eut pas lieu.

Quelques mois après on vit arriver trois offi* ciers prussiens. Ils furent comblés. On sut qu in-

dépendamment d'une maison meublée avec quelque luxe, de valets et de chevaux mis à leur disposition, il leur était accordé 6,000 piastres (1 ,500 fr.) par mois, pendant toute la durée de leur service, qui n'était pas limité ; qu'on avait largement pourvu aux frais de leur voyage, et que d'amples indenmités leur étaient garanties à l'époque où la Porte les remercierait de leurs services.

Faut-il s'étonner de cette différence d'appréciation dans des positions identiques ? Elle s'explique tout naturellement par l'abandon où sont les intérêts français en Turquie, et la déconsidération où la France est tombée dans ce pays, où elle domina pendant près de trois siècles.

Ses droits y sont sacrifiés de toutes les manières. Le ministère du 1 5 avril a été mis en demeure, dès le mois de juin 1838 , de remédier à une aussi déplorable situation. Que pouvait-on attendre d'une aussi lâche camarilla ?

En ce moment (mars 1 839), la chambre des députés est saisie des mêmes avis, par une pétition enregistrée sous le n"" 34. Nous la reproduirons à la fin du présent ouvrage, si l'on parvenait à la soustraire %la vue des nouveaux députés des départements.

A ce premier motif de [)référence accordée par le divan aux officiers prussiens sur lo Français, à qui manquait l'appui de son gouvernement, nous en ajouteix>iis un non moins puissanl : c'est que

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ces militaires ne sont rien moins que ce qu'ils paraissent.

La Russie possède plusieurs provinces dites ei]h core allemandes^ à cause de leur origine et de leur langage, tels que l'Ingrie, la Livonie, la Courlande, etc«, dont beaucoup de gentilshommes servent en Prusse et dans d'autres états de l'empire germanique. Les Turcs l'ignorent. Que savent-ils, les malheureux? Pouvaient- ils soupçonner que quand ils demandaient des offîciei's prussiens , ce seraient des Russes qu'on leur enverrait?

Mais les Européens de Péra, quoique plus instruits et plus clairvoyants, comment ont-ils pu connaître cette métamorphose, que les intéressés devaient avoir soin de tenir secrète ?

D'abord, la pauvre opinion que Ton prend des Turcs €[uand on les voit chez eux et qu'on les fréquente, fait qu'on ne se gène plus pour avouer les tours qu'on leur joue. Les prétendus Prussiens ont parlé.

En second lieu , on n'a pu ignorer les rapports journaliers qu'ils avaient avec les agents de la Russie , ni l'accueil qu'ils recevaient^u palais de cette puissance , ni même la sollicitude de son représentant pour faire satisfaire leurs prétentions.

En0n, une preuve matérielle du plus grand poids est venue confirmer, en juin 1837, ce qui

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paraissait n être encore qu'à I étal de présomption.

Parmi les premiers venus de ces précepteurs

dtt Hardy il y en eut un qui fut choisi ^ en avril

1837, pour accompagner le sultan dans l'inspection que fit ce prince de ses provinces du Nord jusqu'au Danube.

Un des buts de ce voyage était d'étudier les localités pour arrêter un système de défense, en cas d'invasion russe. Le Prussien devait donner ses avis. C'était, il faut en convenir, un singulier conseiller et un plus bizarre confident, dans l'objet où son concours était réclamé.

11 répondit, vraisemblablement, à ce qu'on at* tendait de lui ; mais il ne put échapper aux conséquences de cet axiome, posé dans les saintes jÊcritures : « Nul ne peut être serviteur de deux maîtres. » Le voyageur se crut obligé de tenir son ambassadeur au courant de sa mission. Voici conunent on le sut.

11 n'y a pas de service de poste en Turquie. La correi^ndance de Sa Hautesse avec ses minisires était portée par des Tartares ( courriers du gouvemem^t), qui remettaient leurs dépêches au séraskier Hallil- Pacha, gouverneur de Constantinople.

Ce prince apprit un jour que ces Tartares apportaient des lettres pour des particuliers. Étonné, il en fit ouvrir une. Elle était écrite en langue al-

lemande^ qu'aucun de ses interprètes ne connaissait. Il fit appeler un instructeur, le capitaine M de Stuttgard ( Wirtemberç ), et lui en demanda la traduction. Il sut alors que d'autres que ses collègues et lui recevaient un rapport détaillé, jour par jour, des faits, actes et paroles du sultan son maître.

Vous allez croire que ce fut un avertissement dont on profita. Nullement. Attendez d'être au chapitre de la police générale, et vous y apprendrez avec quel abandon les ministres de Sa Hautesse se prêtent eux-mêmes à ce que leur gouvernement n'ait point de secrets pour ses ennemis. Les braves gens ! . . .

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