CHAPITRE I
1>C L'AnMEE DE TERRE.
(Supplément.)
En Iraçaut^ dans le premier volume du présent ouvrage, un tableau moral de Tarmée de terre du Sultan, nous n'avons rien dit de positif sur sa force, sa composition y sa répartition , lorsqu'elle n'est point réunie dans des camps. Ce silence n'était pas de l'oubli ; la matière était trop importante pour devoir être négligée. C'est à l'impuissance où nous étions de satisfaire le lecteur sur ces différents points que nous avons dû céder. Des notions semblables seraient vainement demandées au divan; le ministère de la guerre même ne pourrait y satisfaii*e. Il n'y a pas dans
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les bureaux de ce déparlemenl de registres et de contrôles réguliers : on n'y possède, pour tous documents, que des états de situation fournis par les chefs de corj)S ol les gouverneurs de provinces- Rien n'en garantit l'exactitude; et rexpérience prouve ; au contraire, que la plus basse cupidité tend h les rendre variables, incomplets et abusifs.
Hors la garde impériale et quelques r^iments organisés sous les yeux de Sa Hautesse, et sous la direction de ses gendres Hallil et Saîd, pachas, avec l'application des règles suivies en Europe, l'arbitraire et Timpéritie ont présidé partout ailleurs aux autres formations.
La levée et l'organisation de l'armée ottomane ne sont pas dues à un plan général qui en ait r^é les conditions. Ou a consulté les besoins, les |)0Ssibilités, et surtout le mystère qui devait couvrir ces opérations. .
Elles ont été rares et partielles jusqu'au moment de l'extermination des janissaires, adversaires déclarés de toute innovation, et surtout de celles qui devaient leur créer des rivaux.
Après la chutode cette milice, le gouvernement, se trouvant plus libre dans ses mouvements, se hâta de donner naissance à des corps destinés à remplir le vide formé par son licenciement.
Des conunissions furent envoyées à tous les gouverneurs de provinces, de villes, de cita-
DE L'ARMtE DE TERRE. 49
délies, et chacun fut chaîné de lever et de réunir en troupes autant d*honimes qu'il pourrait s'en procurer.
Cette mesure concordait avec le besoin qu'ér prouvait l'empire de se. donner les forces réclamées par sa situation et par la nécessité de contenir les mécontents. Malheureusement, on navait rien prévu : aucune instruction ne suivit les ordres. Nulle mesure n'était arrêtée d'avance pour réquipement, l'armement, la solde, l'entretien et l'instruction des recrues. Aussi n'y eut^-'il d'abord que vexations et abus , sans résultats satisfaisants.
. Les contribuables se virent froissés par le re» crutement, les fournitures, et les exigences en tous genres qui en furent la conséquence. On cite cette époque comme une des plus désastreuses de la domination ottomane.
Une sorte d'ordre a succédé à ce chaos. On a réuni en bataillons les compagnies éparses fournies par de pauvres localités; et ces bataillons ont été formés en régiments dans les chefs-lieux des provinces. La Turquie a pu alors avoir une armée qui , sur le papier, offrait un effectif assez considérable ; mais que de causes l'affaiblissent sans cesse , et que de ruses et de vexations sont mises en jeu pour lui donner une apparence de réalité !
Malgré les sollicitudes du sultan pour élever le
chiffre de son armée, il n'était encore porté dans le milieu de l'année 1838 , qu'à cinquante-sept mille et quelques hommes de troupes dites régulières ; et c'était le reste d'un million d'hommes passés sous les drapeaux depuis k réforme des janissaires.
On comptait aussi près de quatre cent mille hommes de milices inscrites, dont on n'avait pn rassembler, dans l'armée principale sur le Tanrus, qu'un nombre de vingt-cinq mille ou environ.
Les levées sont incessantes dans tout l'empire. Elles réussissent à peine à couvrir les déficits occasionnés par deux causes actives, la désertion et la mortalité; Une chose reste invariable , c'est le chiffre de la solde. Les chefs l'exigent toujours, nonobstant les vides qui se manifestent dans les cadres.
La formation de la cavalerie a été sujette aux mêmes vicissitudes que celle de l'infanterie , avec la seule différence que le renouvellement continuel des hommes et des chevaux par les mêmes causes , la désertion et les décès, présente plus de difficultés et entraîne plus de frais.
Ce que cet ordre de choses a de plus fâcheux, c*est le tort qu'il fait à l'instruction, déjà à pea près nulle dans l'armée turque. L'introduction continuelle d*hommes entièrement neufs dans les rangs, paralyse l'action des anciens soldats et
détruit la confiance si nécessaire devant Tennemi, que des guerriers doivent avoir les uns dans les autres.
Les oificiers> peu sûrs d'eux-mêmes y et partageant ce défaut de confiance dans des recrues inexpérimentées) ne peuvent inspirer à leurs subordonnés un sentiment qu'ils n'ont pas. On peut dire, et c'est l'avis des instructeurs européens attachés à quelques corps turcs, qu'ils sont ébranlés avant d'être engagés.
Nul patriotisme, nulle idée d'honneur, nul stimulant n'anime ces automates arrachés à leurs foyers. Le passé ne leur rappelle que des souffrances, le présent que des privations, l'avenir que le délaissement dans leurs maladies et sur leurs vieux jours. Gomment pourraient-ils prendre à cœur les intérêts qui leur mettent les armes à la main?
On voit que si le sultan solde et entretient une armée, on ne peut pas cependant dire qu'il possède une force réelle, capable de faire respçcter ses droits et ses possessions. Et cependant on lui prête des velléités d'attaques contre Méhemmet- Ali ! Ne consentira-t-on donc jamais à voir les choses comme elles sont, et à se défier de ces utopies vaporeuses dont sont empreintes les correspondances de l'Orient ?
Ces mêmes hommes, ne cédant qu'à la violence, inhabiles à faire de bons soldats, et victimes dé-
M hE L'AHMl!:!: b\i TI^JtUE.
vouées, quand ils ne désertenl pas, aux atteintes de la nostalgie, des maladies des camps, du fer de l'ennemi , sont pourtant , dans leur état naturel, d'une bravoure reconnue. Si une troupe ennemie, si des pillards s'approchaient de leurs chaumières , ils les feraient repentir de leur audace. C'est que, dans ce cas, Tesprit de la famille et de la propriété guiderait leurs bras.
Les janissaires avaient, bien autrement que ces hommes récalcitrants, l'instinct de la défense du sol. Ce n'était pas seulement pour préserver le territoire qu'ils habitaient que leur cœur s'émouvait; ils montraient le même dévouement pour toutes les parties des domaines de l'islamisme. Les Russes, surtout, n'avaient pas de plus grands ennemis. Le nom seul de Moscovite excitait en eux une fureur frénétique.
Le sultan, résolu à des réformes et h les diriger en premier lieu contre cette milice, était dans l'impuissance de rien tenter tant qu'elle existerait. Les réformes, on le croyait du moins, devaient avoir pour résultat de régénérer son empire. Ls Russie, qui en convoite les plus belles parties, donf la prise de possession lui sera d'autant plus facile . que le gouvernement turc sera plus faible , h Russie, disons-nous, aurait dû logiquement s'opposer à la dispersion du corps des janissaires, qui faisait obstacle au développement des vuesda sultan.
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mie s'en est bien gardée : l'esprit de cette milice lui était trop connu. Elle savait que s'ils étaient peu redoutables pour ses armées , par leur ignorance de Fart de la guerre et leur indiscipline , ils n'en continueraient pas moins^ quoique battus^ à troubler ses conquêtes par une résistance qui anrait toujoui*s sa source dans le fanatisme. Aussi poussa-t-elle vivement le sultan à accomplir le dessein de la dissoudre.
LaRussiecitaità ce prince Texemplede Pierre l*% qui n'avait réussi à porter sa couronne au degré de puissance où on la voit , qu'en abattant les streiitz, ces janissaires du Nord. Si l'empereur Mahmoud avait encore été irrésolu, cet exemple eût suffi pour vaincre son hésitation. On connaît depuis longtemps à Constantinople cette participation du cabinet de Pétersbourg à la grande mesure qui a ouvert la possibilité des réformes. On ignorait seulement les raisons qui Tout guidé, lorsqu'on supposait que son intérêt devait lui prescrire la marche contraire.
Mais en ceci comme en toute autre mesure, la fatalité qui domine les destinées du sultan Ta emporté. Il a anéanti les anciens soutiens de sa couronne, devenus importants et dangereux, sans avoir su les remplacer.
L'institution des janissaires avait de profondes racines. Ce n'était pas seulement contre les ennemis de l'islamisme ot en dehors de ses frontières
que rimportance de cette milice se faisait sentir, A riatérieur, elle était le nerf et le pivot de tonte l'action gouvernementale.
Si d'éclatants et de continuels revers pendant les quatre-vingts dernières années avaient marqué sa décadence , si la supériorité de la tactique européenne Tavait frappée d'impuissance , si enûot tous les véhicules qui avaient fait sa force , lors-^ qu'elle apparut dans les champs de l'Europe, avaient perdu leur énergie , toujours lui restaitil, comme moyen de conservation, une prépon« dérance immense dans l'intérieur de l'empire.
L'union faisait et décuplai t Timportance desjams^ ] saires. Un homme de ce corps n'était jamais seul. Il n'invoquait jamais en vain sa qualité. Au (H^ mier appel, sur quelque point de l'empire qal • se trouvât, tout affilié, et il y en avait partout et en grand nombre, répondait à sa voix. Aussi leur protection était-elle recherchée et efficace.
C'étaient des janissaires qui gardaient les ambassadeurs^ ministres, consuls et autres agents étran* gers résidant sur leur sol, et qui faisaient respecter leur personne et leur caractère.
C'étaient des janissaires qui pmlégaient ^exe^ cice des cultes dans les temples et sur la voie publique. Ils escortaient les noces, les convois mortuaires, et toutes les cérémonies extérieures des différentes sectes tolérées par le gouverne-: ment.
D£ L'ARMËE DE TEKKK. 55
On les voyait même accepter, dans rintérèi de Tordre public , les missions les plus contraires à leurs mœurs y à leurs goûts , à leurs préjugés.
Le porc est généralement tenu pour un animal immonde. Toutes les religions nées en Orient, le christianisme excepté , en ont interdit la chair à leurs sectaires. Des préceptes hygiéniques ont dû dicter cettre proscription dans l'Arabie , où le porc est sujet à une maladie hideuse. Il en était exempt à Gonstantinople y où sa chair était très-recherchée, quand les Turcs prirent possession de cette ville.
Le conquérant eut bien l'idée d'en défendre Tnsage; mais l'intérêt prévalant sur les répugnances, il consentit à le tolérer, sous la condition que l'animal serait assimilé aux rajas, lesquels avaient été soumis, lors de la conquête, à un tribut personnel , sous le titre de karatch, qui n'est en effet que le rachat de la vie laissée aux vaincus.
Les porcs, en tant que matière imposable, sont classés comme avec les chrétiens et les juifs sujets de Sa Hautesse. La seule différence , c'est que le karratch ne les préserve pas de la mort, qu'ils reçoivent immédiatement ou le jour après leur arrivée dans la capitale.
ASmyrne et dans quelques autres lieux, l'aulOr
■rite souffre la présence et la circulation de ces
animaux dans les quartiers habités par des rajas.
Malheur à ces singuliers coiUribuaUles, s*ils eu
56 m, L'ARMÉK DE TERRE.
franchissaient les limites! les chiens errants^ dominateurs de la voie publique , puniraient leu^r j témérité, sansen attendre l'autorisation ; de mèm^ ^ que le bipède soumis au karratch doit tonjonr*^ avoir sur lui et exhiber à toute réquisition du col lecteur ou de ses ayants-droit la quittance jni fiant du paiement de cet impôt: de même, le coi pagnon de saint Antoine doit avoir pendu au dans un petit sachet de cuir, la preuve que maître a satisfait aux exigences du fisc.
Revenons aux janissaires, dont ces détails nô ont écarté.
Les porcs destinés à la consommation de Co stantinople font leur entrée au jour fixé. Poor introduire en une seule fois , on les réunit dains un champ, voisin du faubourg européen de Pérsr.
Les collecteurs s'y trouvent et perçoivent k tribut. Cette opération se prolonge jusqu'au crépuscule du soir. A cette heure le cortège se met ' en marche à la lueur de torches et de lanternes. Les animaux sont contenus en avant, en arrière, et sur les flancs, par leurs propriétaires.
La marche est lente et annoncée de loin par le grognement et les cris discordants des assistants, sacrificateurs et victimes. On suit d'abord h grande rue de Péra', pour arriver a celle de Galata. Il se forme de petits détachements pour le rues transversales, et les porcs sont détachés i la masse à mesure qu'ils passent devant les m;
sons OÙ ils doivent voir leurs destinées s'accomplir .
Les janissaires seuls restaient impassibles. Ils précédaient et suivaient le convoi pour le protéger, y maintenir l'ordre et prévenir les disputes. On leur trouvait la même gravité que lorsqu'ils escortaient un cortège d'ambassadeur ou une cérémonie religieuse. Ils ne mettaient aucune diffërence entre ces missions pourtant si dissemblables entre elles. Prot^er^ c'était leur devoir. Que ce fût le Dieu des chrétiens, un ambassadeur ou un porc, ils y mettaient la même exactitude scrupuleuse.
Les janissaires, sous le nom de Tatars ou Tartaresi remplissaient encore les fonctions importantes de courriers pour le service du gouvernement et pour celui des particuliers. Ils servaient tout à la fois aux voyageurs, de guides et de prolecteurs. On faisait prix avec eux pour le trajet que l'on projetait. Us se chargeaient de la fourniture des chevaux de selle et de bât, des gtles et de la nourriture. Sans leur concours, l'or à la main, on n'eût pas réussi à se faire servir. Pour eux, ils n'y faisaient pas tant de façon : c'étaient le fouet et le bâton, et quelquefois le pistolet, qui leur servaient à vaincre les répugnances ou les refus des paysans auxquels ils faisaient des demandes.
Le très-véridique baron de ïott raconte que, se rendant pour la première fois à Constanli-
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uople, il voulut, dans un gite, épargner à ses malheureux hôtes les brutalités et les coups qu'il avait vu infliger à ceux du relais précédent.
Il pria le principal de ses conducteurs de le laisser essayer de se faire servir moyennant un bon salaire. « Je le veux bien, répondit le Tar- « tare, mais je vais me coucher , car j'aurai le M temps de faire un bon somme avant que tu aies « réussi à nous procurer des vivres et des chetf vaux. »
Ëflectivement, toutes les offres, toutes les observations restèrent stériles devant Tentètement de ces gens. Ce qu'ils refusaient pour l'argent que le baron leur présentait, se trouva en abondance dès que le chef des Tartares, ennuyé de cette lutte de civilité, se fut approché le fouet à la main.
La petite caravane fut aussitôt pourvue de tout ce qui lui était nécessaire ; et le Tartare, en montant a cheval, se contenta de dire au baron : a Tu ras vUy une autre fois lu ine croiras. »
Les janissaires , dans Gonstanlinople, étaient chargés de la sûreté des rues, des domiciles et des personnes, et il faut avouer que, si leurs formes étaient généralement assez brutales , toujours la sécurité était plus grande et les délits moins nombreux sous leur surveillance, que depuis leur suppression.
Ce corps était divisé en ortas (régiments). 11 y avait dans la ville aulanl de corps-dc-garde que
I* diaque régiment occupait le même poste Qt un mois entier ; et durant ce temps^ les » qui le concernaient y étaient adressés , atque le conmiandant du corps (le schorbdji, lemént le pourvoyeur de soupe ) était tenu re sa résidence.
aois expiré, il se faisait un roulement entre "pft pour les stations du mois suivant. Ghana allait occuper un nouveau corps-de- » que la politique ombrageuse de Fautorité ait à l'opposite du séjour précédent. On t, par-là, éviter entre les troupes et les hai des liaisons trop intimes , qui pouvaient 3r d'habitudes prolongées, i^atteignaitce but qu*imparfaitement. Âpres is de communications entre gens sédentai- B soldats, d'une part, retenus sur place pai* onsigne, et de l'autre, des habitants peu re- Sy peu enclins à s'éloigner de leur domicile, ient pour établir des sympathies et des allu- ! bon voisinage. En définitive, si le pouvoir t devoir s'en alarmer, l'ordre public y gam réalité.
privait aussi que les chefs de ces postes tide l'importance de leurs places et d'une ition de probité qui *leur était généralement ^, une certaine influence personnelle dont cation tournait à l'avantage des habitants Tondissement. Ils devenaient souvent juges
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de conleslations y qu'on préférait porter devanl eux plutôt que de les soumettre aux cadîs ; ils con* ciliaient des plaideurs y apaisaient des querelles, stipulaient des indemnités , et réussissaient sou» vent, par leur seule intervention, à couper court à des débats qui eussent eu des suites plus graves en justice réglée.
Mais il arrivait aussi, parfois, que cette intervention accidentelle et toute volontaire avait des résultats utiles pour eux, et leur procurait de bonnes aubaines.
Nous en rapportons un exemple curieux dans le chapitre lY, intitulé Justice. (Supplément*) Nous y renvoyons le lecteur.
Nous avons exposé assez de faits pour faire apprécier les janissaires, parvenus à Tétai de dégradation où le projet de leur suppression les a trouvés. Les services qu'ils pouvaient encore rendre ne balançaient pas les inconvénients et les dangers de leur existence.
Ils mettaient obstacle à toute vue d'amélioration ; ils s'étaient aliéné Tesprit des peuples ; ils inquiétaient le gouvernement. Dans l'état d'isoieinent où leurs violences les avaient réduits , ils n'avaient plus d'appui ni au-dedans ni au-dehors de l'empire; car. on a vu que le cabinet russe même avait i)Oussé à leur licenciement.
Leur suppression était donc une nécessité re-> ronnuo ; el relui qui l'entreprendrait pouvait
m L'AAMËE DE TERRE. (il
compter, sinoD sur une franche coopération des habitants de Constantinople y au moins sur une approbation entière de la mesure. La tentative n en était pas moins périlleuse ; il faut rendre hommage à celui qui n'a pas reculé devant des dangers aussi réels.
La pensée d'extermination des janissaires n'a point été suggérée au sultan. Elle est née d'instinct chez ce prince. II n'avait pas encore vu le monde; il vivait depuis son enfance sous une clôture sévère, quand de vagues récits des hommes enfermés avec lui lui firent connaître qu'il existait dans l'empire, une milice redoutable qui en réglait en quelque sorte les destinées. Sur ces premières données, il se promit, s'il arrivait au pouvoir, de délivrer ses états de ces oppresseurs.
D'après l'idée que ses familiers lui avaient donnée de la puissance d'un sultan, Mahmoud s'était persuadé qu'une fois investi de ce titre, il n'aurait qu'à ordonner la mesure pour qu'elle reçût son exécution. Le sultan Sélim III étant venu, après sa déposition, partager sa solitude, le confirma dans le projet d'extermination , mais ne lui laissa pas ignorer les difficultés qu'elle devait rencontrer, et les dangers qui l'attendaient personnellement. Sélim lui conseilla une prudente dissimulation; et c'est à ce judicieux avis que les janissaires durent la prolongation de leur pré-
6i DE L'ARMEE DE TERME.
pondëranre, qui se soutint jusqu'au mois de juin
La mort de Sélim suivit de près ces entretiens. Celle de Mustapha, son successeur ^ exécutée peu après avec les mêmes violences, et toujours sons les yeux de Mahmoud, fit sentir à ce prince le besoin de ne pas laisser pénétrer ses intentions.
On a dit , et nous le pensons encore, que la destruction des janissaires devait précéder toute tentative de réformes : eux subsistant, tout changement restait impossible ; détruits, la barrière restait ouverte à la régénération de l'empire.
Si cette rénovation devenait possible, on devait croire qu'elle retirerait l'empire des sultans de Tabime où il s'enfonçait tous les jours davantage, et que Ton verrait ce pays reprendre l'attitude qu'il avait autrefois. Mais il eût fallu , pour voir réaliser cette espérance, avoir prévu et préparé d'avance ce que Ton mettrait à la place de Tinstitution qu'on allait faire disparaître. C'était une nécessité qui ne fut pas comprise.
Sans système, sans mélhode, sans suite, on leva des hommes. Aucun lien, aucun principe, aucune sympathie ne les unissaient. Les mots d'honneur ot de patrie n'avaient jamais sonné à leurs oreilles. La violence seule put les arracher à leurs foyers; et quand ils forent réunis, on se persuada qu'on avait une armée. Les janissaires étaient un embarras et un danger; mais il y avait encore de$
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cas OÙ ils pouvaient être utiles; car, à travers leur ignorance et leur indiscipline, on voyait encore briller en eux un esprit de corps et l'amour de leur pays. La nouvelle armée est dispendieuse et embarrassante, parce qu'on ne sait pas en tirer parti, et qu'il n'est pas donné aux capacités musulmanes de reconnaître par quels moyens on pourrait l'amener à quelque valeur dans l'intérêt du pays. Qu'elle soit abordée par les troupes d'Ibrahim, et toutes les illusions dont on se berce seront dissipées.
La Turquie, nous le redirons à satiété, n'a rien gagné au sacrifice des janissaires, qui, cependant , lui était commandé par son propre intérêt.
Tout homme qui a vu les troupes d'élite du sultan, dans leur service ordinaire et dans les occasions solennelles où ce prince les passe en revue, ne saurait, pour peu qu'il s'y connaisse, croire qu'elles puissent tenir devant toute force régulière. Si l'on songe ensuite au pitoyable choix de la plupart des instructeurs qui leur sont attachés, et à la sollicitude avec laquelle on leur ôte, sur leurs élèves, les moyens d'action que l'on devrait au contraire étendre et fortifier, on reconnaîtra que nulle possibilité d'instruction ne se présente dans l'avenir.
Ce qu'il y a de singulier et d'affligeant, c'est que ces vérités sont démontrées aux Russes, aux Grecs, aux chefs arabes. Les Russes en feront leur
G4 hE l/AliMKE DE TERKE.
profit en temps el lieu. Les Grecs en font dériver une sécurité parfaite pour leur indépendance , malgré l'immense supériorité en nombre et en ressources de tous genres de leur ancien dominateur; et Mohammed et son fils Ibrahim se rient des menaces d'un adversaire qu'ils savent bien devoir fustiger dès que leur volonté ne sera plus retenue par d'autres liens.
L'Europe seule reste sous le poids des fascinations que lui imposent de fallacieux récits. Ce serait cependant d'elle qu'il importerait que la vérité fût connue. C'est l'Europe occidentale qui est intéressée au maintien du statu - quo en Orient.
Les principaux cabinets de l'Ouest ne peuvent entrer dans le partage des domaines de l'isla* misme, qu'en y puisant des motifs de collision entre eux. L*Êgypte, le seul lot important qu'il soit possible de leur allouer dans une dislocation générale, ne peut appartenir qu'a un seul; à qui Tadjugera-t-on, de la France ou de rAngleterre? Celle qui en sera exclue verra-t-elle tranquillement l'autre en prendre possession?
Pendant la lutte qui devra nécessairement surgir de ces contestations , la Russie et les autres copartageants auront le loisir de s'affermir dans leurs nouvelles acquisitions. Ils n'interviendront après que pour faire pencher la balance du côté où ils a{)ei*cevront le plus d'avantages.
DE l/ARMÉk: DE TEUHK. 65
Tout cela doit arriver, si l'empire lurc sécroule. Pour qu'il puisse se soutenir, il faut une armée et une flotte , non pas nominales, comme celles qu'il possède, mais effectives et en état de remplir leur destination. Qui a intérêt à les lui procurer? Encore les puissances de l'Ouest; en première ligne la France et l'Angleterre. N'est-ce donc pas se jouer de leur bonhomie , les tromper sur des faits essentiels, les endormir sur une situation ui^ente, que de leur cacher la nullité des armées musulmanes de terre et de mer?
Dans leur optimisme, les correspondants de rOrient veulent rendre agressives contre Méhemmet-Âli, ces forces négatives dont ils enflent sans cesse le chiffre et la tenue. Mais eu prenant même sur ces deux points leurs rêveries pour des réalités, ont-ils réfléchi à tout ce qui manque aux forces musulmanes pour faire la guerre ?
Ont-elles des généraux et des officiers capables, des services organisés pour les approvisionnements des parcs, des vivres, des hôpitaux, des magasins et des réserves à portée de l'armée agissante ?
Savent-elles se garder, s'éclairer? Ont-elles des ingénieurs pour asseoir les camps, reconnaître les positions de l'ennemi, tracer des routes, etc.?
Tout cela manque, et l'on n'en comprend même pas l'utilité. Et la désertion à l'ennemi, ou mieux encore vers l'intérieur, a-l-on songé à la préve-
m OE l/AHMÉE DE TERliK.
iiir, et k (^xciter, et h profiler de la mèiné leii- (Imce vis-à-vis de 4*arinée d'Ibrahim?
Non-scutemch! ces points essentiels n otil jamais attiré Fattention d» divan avant la présompuroti d'une gtterte avec les Égyptiens, mais on |ieni jtrg^N pal* Fes minmies que noas allons rapiporter, quelle ^st la nature de l'instruction ipel'on tient à fan*é entrer, avafnt tout , dans la iftte des guerriers turcs.
Ouftnd Sa ttautesse doit passer devant un poste, les factionnaires^ car ils sont toujoui*s deux* un sous;JOfficfCT et un soldat, crient : Aux armes !ei la garde sort et se met en bataille, le insii au bras, corftme en Europe.
On est toujours prévenu à Tavance de Tapparitk)n du prince, par la fuite précipitée des passants qui rebroussent chemin, ou se jettent dans les iiielles*et les boutiques, et par les cris et parles bourrades que les kavasses (gendarmes) qui précèdent sa marche^prodiguent aux moinsdiligents.
À l'srpp^oche Ou sultan , le chef de la troupe commande le'|)ort et la présentation de l-arme. Ces mouvements exécutés par les soldats, il va, :linsi 4|ne'tdus les oDiciers, se placer sur une seule ligne àia droite et dans r^lignement du premier 'rang.^ès*que Sa Hautesse est parvenue devant eux , chacun (passe son's;)bre de la main droite jLins la^gauche 9 s'incline ijusqu atterre, porte la niîtiti sur le"Sol, et en se relevailt, la reporte à sa
m L*ARMÉE DE TEURE. 07
duché et sur sa tété. Ces pitoyables simagrées gW*eat le baisement de ses pieds, et leur place- \^m sur le front de l'esclave indigne.
L<e sultan reçoit cet hommage sans sourciller et I41S, rendre aucun salut, différant en cela de Sén ^U, dont la main droite sç portait sans cesse tr :^ncœur, tandis que s^ 6gure 3e tournait «^1- EtQ^tivement de droite à gauche, et distribuait 'S regards de bienveillance i^^r tous les as^is-
Que ces usages surannés soient en rpppor.t s^vec vénération profonde due au successeur de;s lifes, nous ne le contestons pas; aue ce soit ^ harmopie avec la dignité militaire, nous le C)ns. Ce n'est pas en e^eigeant des soldats une ^imblable abnégation, qu'op relèvera leur profes- ^On, éqrasée sous tant d'autres usages tout aussi "Vilissants.
Telles sont cependant les minutieuses pratiques lient on s'occupe sérieusement. Quant aux clé- Qients les plus simples du service, ils sont négligés ou Qiéconnus. C'est f,oui à la fois de l'impérilie et de la mauvaise volonté.
Si une troupe est en marche pour aller occuper 3U relever un poste, le tambour ballant, Tofficier
i son sabre dans le fourreau et les bras ballants >u croisés devant ou dei:rière lui, comme s'il cheminait pour son plaisir. Il est cependant de *ègle rigoureuse que celui qui cK)minande.ait son
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sabre à la main. Cest même logique : car c'est à c*ela que l'on reconnaît qu^il est de service y ei qu'il peut faire les commandements nécessaires pour quelque cause qui se présente.
Nulle règle fixe ne détermine les prééminences entre les armes différentes et les grades, si ce n'est dans la hiérarchie régimentaire, où le lieutenant passe avant le sous-lieutenant et laisse le capitaine passer avant lui.
Rien nest prévu pour le cas où deux grades égaux se rencontrent, ni quand rinfanterie se trouve être réunie par le hasard à de la cavalerie ou de l'artillerie. D'après le silence du règlement, chaque troupe devant l'ennemi , pour ne pas céder de ses droits, agirait séparément, nuirait aux autres/et annihilerait la force que donne Tunité de vue et d'action. Cela s'est vu dans les deux dernières guerres contre les Russes et contre les Égyptiens.
On s'est bien moins encore occupé des troupes en marche, de l'assiette et de la répartition des gîtes, de lacastrauiétation, etc. Chaque chef isolé a pour instruction , et il en use largement, de se procurer parla force tout ce qui peut manquer à sa troupe. Que l'on juge quels doivent être les ravages exercés par des troupes de passage et de séjour, armées d'une telle latitude, et quelles doivent être à leur égard les dispositions des habitants livrés à un pareil arbitraire!
DE L'ARMÉE DE TEliRE. 69
fous terminerons ici l'exposé des renseigneits que nous avons recueillis sur les lieux, reirement à Forganisnlion militaire de l'empire man. Nous n'avons pas tout dit, mais nos résont sincères. Toutes les négations qu'on esrait de leur opposer viendront se briser tfe la vérité. Que l'on fasse, tant que l'on vou- . de Hafiz -Pacha un général consommé, et de soldats autant de héros , cela ne nous empêra pas de les attendre sur les rives du Bosphore, ^rahiiti n'a à combattre que les forces musulles.
I était dans la destinée du sultan Mahmoud, c les intentions les plus pures, de ne réussir I détruire, sans pouvoir prétendre h recréer, aouvelle armée est une preuve irrécusable de e prédestination préexistante à ses réformes.
CHAPITHIS II.
! Supplcmcnt. )
Nous devons aller, quant à la uiai^ne turque , au-devant d'observations pareilles à celles qu'on nous a adressées relativement à l'armée de terre. Il était naturel que, dans ua documem desUiié à faire connaître le système marîlime actuel de lempire ottoman , on s^aUendil k t,rouver des renseignements qui satisfissent autant que possible aux questions suivantes : Quel est le nombre et la force des voiles que le sultan peut armer 7 A combien s'élève son personnel de mer ? Où sont ses arsenaux . sos approvisionnements, ses ports, ses stations?
72 MA Kl NE.
Ce soui là (Tes questions bien simples, bien légilimes ; elles sont presque insolubles.
Un écrivain qui n'aurait voulu que faire un livre et lui imprimer une certaine authenticité par un grand étalage de chiffres , aurait pu assez facilement se procurer dei états ou tableaux qui feraient croire à de profondes et exactes recherches. On lui en saurait gré, et un concert de louanges serait sa récompense.
Qu'aurait-il cependant appris au public? Il au-> l'ait amusé ses lecteurs avec des situations arbitraires et inexactes, semblables à celles que chaque chef de service fait parvenir au divan , et qui suf?lisent à des hommes habitués à ne rien approfondir.
Ces situations , en aucun genre , n'offrent rien de positif. Là où il n'y a ni bonne foi* ni contrôle, la réalité des choses est toujours douteuse , surtout lorsque ceux qui en ailirment Texistence peuvent s'en procurer instantanément la représentation, quand ils ont à craindre que leur fraude ne soit découverte.
Ainsi un colonel qui aura déclaré tant d'hommes et tant de chevaux , dont l'état soldera exactement la paye et fournira les rations, aura eu soin de s'assurer d^hommes postiches et de chevaux auxiliaires , pour les produire au moment d'une revue ; il les licenciera à son issue.
En Turquie, il faut voir et, pour ainsi dire,
ficher les objets, pour être certain de leur exisnce. Si l'on s'en rapporte aux comptes rendus r les intéressés, on ne sort pas des illusions. Pour ster dans ie vrai, mettons ce principe en pra- [ue.
L'empire ottoman, quoique admirablement tité par la nature pour prendre rang parmi les issances maritimes du premier ordre, peut à îne être placé au niveau de la plus faible. Il a & vaisseaux, des canons, du fer, du cuivre, des is, tout enfin ce qui constitue les richesses na- 1^8; et faute d'intelligence et d'hommes en ten- 9, ces ressources restent inertes.
^ l'exception de rares caboteurs et de bateliers ^os les ports, le Musulman n'a nul penchant ^^r la navigation. Les Grecs, qui autrefois mon- ^«nt et manœuvraient les vaisseaux de l'état, ^nt devenus ses ennemis, ou servent ses adver- ^ires.
Il y a un demi-siècle que la Turquie comptait Ur ses côtes plus de ports, de rades, de points de elâche, que la plus favorisée des puissances maitimes de TEurope. Aujourd'hui, ses possessions n ce genre se réduisent à quelques stations sur JS côtes méridionales et occidentales de la mer foire, et à celles comprises entre cette mer et la léditerranée, jusqu'à Rhodes inclus. Au-delà de ette île, elle ne possède que les allérages de Ihypre et le littoral de Tripoli, de Barbarie^ qui
7* MAKLNK.
n'ont que des rades l'oraiues de mauvaîtse leou^
Le sultan n'a pins qu'un seul arsenal maritûn^ casi celui de Constanlino|ile. On construil bà^ «encore quelques iKitiments dans le ehei-lieu d pachalik d'isniid. situé ii quelques lieues de | nié(roi)ole : mais on n délaissé les chantiers d Sinope :' mer Noire), trop exposés par le Yo»i nage de la Russie et pai* celui des chantiers cl< Rhodes , à cause de Tengravement de ce port.
La Tui*quie n'a i>oint un i>ersoniièl de mer <!lassé et toujours prêt pour le service de rétaf. Il y a bien, ce n'est jamais là ce qui l'ait défaui nulle part, un nombreux état -major de marine; mais Tinstruction lui manque complèiement ; et nous avons déjà dit, dans le chapitre Marine, ds premier volume, que la presse sur les premien hommes venus était le moyen employé pour former les armements.
La not(<; entière du sultan, hors le temps de' croisière d'été, qui dure trois ou quatre mois se l)orne à courir d'une rade ii l'autre , est réu! pendant le reste de l'année dans le |tort de <> stantinople.
L'arsenal est situé au fond de ce port et sr rive orientale. Des hauteurs qui le dominent, f portée <le fusil du l'aubourg dit U' Fanar <y l'ait face sur la rive opposée, et qui n'en est gné que de cim] i\ six cents toises , du bo' batc^aux qui silionnenl r<'tl<^ partie du po'
lil à l'autre , chacun peul voir, compicr, explorer les bâtiments qu'il renlenne et les irataux cpii s*y exécutent.
Ces bâtiments sont de deux classes : les uns borâ de service, quelquefois sans avoir pris la xner pendant toute leur durée, d'autres fois après avoir fait partie de la flotte armée chaque année, finissent par être démolis, dans la vue de fiûre servir leurs parties saines à d'autres constructions; les autres, en bon état, font le service annuel dont nous avons parlé , jusqu'à ce que la détérioration de leurs basses œuvres , par reffei de leur séjour dans Teau, les ait fait condamner à rinutilité.
Les premiers sont amarrés près du rivage. Vers le milieu de Tannée 1838, on en comptait une vingtaine de toutes grandeurs , dont trois à trois ponts j et parmi eux le fameux Sélim III , de cent vingt canons, percé à cent vingt-huit, longtemps considéré comme le chef-d'œuvre des constructions navales.
Les seconds, mouillés au large des premiers. pour que l'appareillage n'en soit pas gêné, pourraient, réunis, former une escadre d'environ trente voiles. Ou y remarque trois vaisseaux de premier rang, deux de quatre-vingts, et cinq de soixante -quatorze , sept frégates dont trois de soixante. Le surplus est d'un gabarit inférieur. L'état possède aussi trois bateaux à vapeur.
Il y a toujours sur les ch^intiers un vaisseau , une frégate et un bâtiment de moindre force, en construction; et dans le bassin de radoub, établi à la fm du dernier siècle par Tingénieur suédob Rhodez , un des anciens bâtiments que Ton remet à neuf. Â Ismid , un vaisseau y est toujoiu*s en construction. Â peine est- il lancé, qu'une nouvelle quille le remplace sur la calle.
La flotte turque excite, comme nous l'avons déjà dit, Tadmiration des connaisseurs, surtout depuis que les bâtiments sont fournis , c'est littéral , par un habile ingénieur américain.
Cet homme parut un jour, il y a environ quatre ans, dans le port deConstantinople, monté sur une corvette construite et manœuvrée par lui-même.
Le sultan , dont les appartements plongent siu: la mer, et qui est attentif à tout ce qui s'y passe, fut frappé d'admiration a la vue de ce bâtiment (|ui se dessinait sur Teau avec une grâce et une légèreté toutes particulières. Il envoya demander si on voulait le lui céder. Le marché fut bientôt conclu.
Ayant appris (jne le vendeur en éiait aussi le constnicteur, il lui fit proposer d'entrer îi son service. L'offre fut refusée ; les vues de l'Américain étaient mieux combinées.
Il demanda â Sa Hautesse qu'on lui livrât une <'alle, et au prix marchand, lous les matériaux ïîécossaires à la conslruction d'im vaisseau d«
tatre-vingls. — Je le^ ferai à mes frais el à mon mpte, ajouta-t-il; el quand il aura été lancé, I convient au gouveruemenl, je le lui céderai. i adhéra d'autant plus volontiers à cette propoion, qu'elle permettait de n'acheter qu'en conissance de cause.
Le vaisseau, admirable dans ses proportions a me marche supérieure , brille en ce moment au lieu des belles constructions dues à des ingéicirs européens. L'Américain touche un traite- ^nt considérable, destiné ii le retenir en Turquie, continue à travailler pour son compte, et à ^dre ses produits à l'amirauté turque. Il réunit ^si les avantages attachés à la sujétion oITii ielle, à Tindépendance de l'entrepreneur privé, la flotte turque , par ce système , tend à amé- ^i^r sans cesse la qualité déjà supérieure de S gabarits sur tous les armements, sans con- Station, des autres marines de la chrétienté, als ce sont des objets de pure parade , des corps tns âme. Les Grecs les ont bravés et détruits avec 3 faibles embarcations. Tout cet ensemble ne ^ndrait pas, il ne faut pas cesser de le dire, contre 16 faible division française et anglaise. L'escadre ottomane n'est d'aucune utilité pour »n pays. Elle absorbe des sommes considérables, le le sultan pourrait plus judicieusement reporter ir d'autres objets. Aussi longtemps que ses sujets ^ se livreront pas au connnerco maritime, et le
78 MAKINE.
pourraieni-ils avec leurs limites si resserrées et en concurrence avec rinleiligonce des autres nations^ il manquera d'équipages pour ses armements; et il n'aura pas d'officiers^ si on continue à négliger leur instruction.
Que Ton concilie ^ si Ton peut, cette pénurie en toutes choses, avec les prodiges dont on fait honneur à Tempereur Mahmoud , et «iprès lui à ce lléchild si exalté par quelques écrivains irréfléchis ! 11 y a de quoi rougir de tant d'abandon dans l'adulation.
On conçoit que nous ne donnons pas comnae rigoureusement exact le tableau des forces navales de Sa Hautesse, que nogs venons d'exposer. Nous avons cependant vu, mainte et mainte fois, l'ensemble des bâtiments turcs; il semble que ces voiles participent de cet instinct qui ramène certains animaux dans leurs tanières à l'approche des frimats. Au commencement de l'automne, il n*y a plus de bâtiments de l'état sous voile. Qu'importe, au reste, leur nombre plus ou moins grand, si, réunis ou isolés, ils sont également impuissants â remplir leur destination ?
Les Turcs pourraient avoir en tout temps les plus vastes réserves dans leurs magasins. Leurs domaines renferment, en quantité et en qualité, toutes les matières nécessaires aux constructions et aux approvisionnements maritimes. Si ce peuple était prévoyant , il trouverait de grandes
MAKINE. 79
économies dans des dépôts foriués à Tavaiice.
Au contraire, rincurie, la nonchalance , Tinca- |)acîté se manifestent toujours et partout , dans toate leur éteodue. Rien n'est jamais prévu. On attend le l>êsoHi pour se pourvoir; et les ordres, tonjoiirs précipitamment donnés , sont mal et încon^lètement remplis.
Ce fleurie est fait, par son éducation plus encore que |iar sa nature, pour vivre au milieu d*esclaves, et pour régner sur des populations abruties. Dès ^'qi s'est trouvé en contact avec des hommes iibres, il a visiblement et rapidement décliné; son rafériorité est aujourd'hui {irrévocablement constatée. De nos jours il est condamné à se dissimuler, h se fondre, ou à subir à son tour le joug qu'il a fait peser depuis tant d'années sur tout individu qui ne professait ;pas son culte.
«Fuites abstraction de Tahir, ancien capitan-pacba , que l'on s'obstine à employer sur terre , il n*est pas un chef dans la marine turque qui soit entêtât de conduire un bâtiment. N'est-il pas cu- 'rieux au dernier point de voir les hommes d'état •le «plus en -renom 9 venir prendre le commandement en chef de l'escadre, sans connaissance îpréalable de Tusage de^la boussole, des parages qu'il doivent parcourir, des manœuvres de leur propre vaisseau ? C'est au pilote qu'on s'en rapporte. A moins qu'un capiUiino turc , de quelque rang qu'il soii , n'ait été capitaine de corsaire
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MAIUNË. 81
11 n'y a pas été donné de suite ; mais d'abord il ^loit douteux que^ quels que fussent le zèle et la ^apaicité de ces officiers^ ils pussent opérer avec mccès sur des intelligences brutes, où la place est léjà prise par des usages et des préjugés invétérés, où rinstruclion première manque entièrenenty et lorsque les cbefs tout aussi ignorants que leurs subordonnés n'ont pas plus de penchant que 3eux-ci à acquérir des connaissances.
Ce n'étaient pourtant pas là les plus grands obstacles que devaient rencontrer les officiers anglais. L'orgueil turc leur préparait une bien autre difficulté dans les répugnances à la soumission envers des chrétiens, commune à toute la nation. Les Russes venant en aide à ces causes réunies , ces étrangers ont été congédiés, avant même d'avoir pu s'établir sur les vaisseaux turcs.
Nous ne cessons de nous étonner de cette constance à surveiller, a poursuivre, à se montrer empressé de combattre ces vaisseaux montés par des automates, qui semblent absorber laltention et le génie guerrier de nos gouvernants. Gomment osent-ils attacher une telle importance à cette lutte de proportion lilliputienne? Si ces grandes démonstrations cachent un autre but que la surveillance de l'escadre ottomane, pourquoi ne pas échapper au ridicule en l'avouant hautement? Si elles n'ont pas d'autre objet, elles sont misérables H indignes d*une grande puissance.
82 MARINR.
Nous concevons une altitude guerrière dai robjcl de surveiller les projets de l'Anglelerre (le la Russie sur l'Orienl ; nous applaudissons rarmement de flottes prêtes à prévenir des enva hissements soit sur le sol ottoman j soit sur )es domaines du vice-roi ; nous approuvons aussi, ei sans réserve, des croisières devant avoir pour ré* suhatde perfectionner l'instruction de nos marins.
Pourquoi ne pas proclamer ces intentions, quî ont un caractère de grandeur en harmonie avec la puissance de la France ? Mais déclarer, ou seih lement laisser dire que les Turcs sont l'objet de nos armements , c'est rapetisser la question et prostituer la dignité nationale.
N'est-ce pas assez que notre diplomatie, alimentée par la courtisanerie , soit partout livrée au dédain de l'étranger? Ne pourrait-on épargner le partage de cette déconsidération à la marine, qui prouve en toute occasion qu'elle sait fafre respecter le nom français 7
Nous avons déjà insisté sur ce point dans le premier volume. Un sentiment pénible nous y ramène toujours, tant il est cruel de voir éclore des jactances de faits misérables que, par pudeur, on devrait passer sous silence.
CnBAFITRB m.
WÏÏNANCa».
(Supplément.)
En exposant dans le chapitre UI du premier volume de cet ouvrage le système financier en pratique en Turquie, il n'a pas pu être question d'épuiser la matière : trop de confusion , d'arbitraire, de déraison règne dans l'organisation de ce pays, pour qu*il soit possible d'obtenir des documents exacts et complets sur aucune des branches de son administration.
 qui les demanderait-on? Personne né tient l'ensemble des faits d'une même partie. Parce qu'un ministre est à la tête du département des finances, cela ne veut pas dire que tout ce qui est recette
8i FINANCES.
OU dépense soit de son ressort ou vienne même à sa connaissance. D'autres que lui perçoivent des tributs^ des redevances , des taxes anciennes ou arbitraires, et en dépensent les produits, qui, loin d'être disposés à lui rendre des comptes^ seraient plutôt enclins à le faire repentir de Taudace de la demande qu'il en aurait faite.
Le sultan lui-même ignore à quelles sommes s'élèvent, et à quels titres se perçoivent les deniers levés annuellement sur ses sujets. Comment pourrait-on prétendre qu'un étranger , quelque bonnes que soient les -sources où il -a puisé , par savoir exactement ce que le souverain et ses ministres n'apprennent qu'en partie 7
Notre travail ayant dû embrasser, dans un- cadre assez resserré, la situation actuelle d'un grand empire , il ne nous a pas été permis d'être aussi explicite que chaque sujet l'aurait comporté. Nous nous sommes borné à être vrai ; nos aperçus sont sincères. Chaque lecteur intelligent peut tirer de nos récits les conséquences qui en découlent naturellement. Sous ce rapport, notre but a été rempli.
Cette observation s'applique à toutes les matières traitées dans cet ouvrage. Elle est plus spéciale au régime financier. Aussi n' hésitons-nous pas à revenir sur ce chapitre, non pas précisément pour rectifier dos données, mais pour imprimer plus d'exactitude à nos premières assertions.
Nous avons dit que, par reffetde la délressedes sujets de Sa Hautesse, de la rareté du nuuiéraire, du manque de débouchés pour les produits des cultures, les contribuables ne pouvaient se libérer, et que les recettes étaient loin d'arriver au niveau Jes dépenses. Nous avons ajouté que Tautorité L*raignait, si elle donnait l'autorisation de sévir contre les retardataires, d'ouvrir la porte à de trop graves abus de pouvoir. Ces faits sont positifs; on pourrait cependant nous trouver en dé- Taut , si nous restions dans ces termes. . Le gouvernement turc n'est en contact avec ses contribuables que relativement à la capitation dite karatchj et à l'impôt indirect de toute nuance. Ce sont ses agents qui perçoivent les droits de douanes, les amendes, les coniiscations, la capitation que nous venons de nommer, laquelle n atteint que ses sujets non Musulmans , etc. En tout ceci son action est immédiate.
Il n'en est pas ainsi quant aux impositions foncières. Dans celles-ci, il n'intervient pas par des percepteurs nommés et agissant sous son inspiration. Une autre msirche très-onéreuse pour les sujets, et tout-à-fait dans les allures nonchalantes de ce gouvernement, est en pratique et n'a pas subi de modification depuis les temps de la conquête.
Les redevances des terres ne sont pas calculées r*haque année sur leur culture et leur rendement^
ni sur les circonstances qui peuvent influer sur l'élévation des produits. Des taxes ont été anciennanent établies sur les provinces et réparties entre les districts et arrondissements. On n'a jamais songé à les modifier^ en raison des diangements survenus dans les circonscriptions et les évaluations de la population. Les cotes sont encore aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois. Ce que Ton exigeait^ on le demande encore, avec celte seule difiet*ence qu'il n'en rentre que ce que le territoire, torturé de mille manières, peut fournir. Voici quel est le mode en pratique pour ralimentation du trésor.
Tous les ans, à une époque Cxe, ordinaire ment celle du Beiram (la Pâque des Turcs), rimp6t territoriah est mis en adjudication par provinces, dislricls ou arroudissements.
Ce sont des Arméniens, quelquefois des Grecs, qui se rendent adjudicataires; on les nomme sorafs (banquiers) du use. Ils paient par douzième et d'avance le prix de leurs fermes, et se trouvent ainsi substitués aux droits du gouvernement. Peu importe à celui-ci qu'ils réussissent ou non à rentrer dans leurs avances.
Nulle excuse ne leur serait comptée s'ils apportaient du retard dans les versements auxquels ils se sont engagés. Leurs cautions , leurs familles, leurs biens, leur tète au besoin, répondent de leur exactitude. Par ces précautions , le fis<: est
toujours assuré de celte parlie de ses revenus.
Ou conçoit que ces aventuriers financiers n'aceeplent pas une aussi grande responsabilité sans s'être assuré de solides avantages et des appuis efBcaces. Aussi sont-ils armés de moyens coërcittfs , qu'à la vérité ils n'exercent pas par euxmêmes : leur indignité native s'y oppose. C'est par Tintermédiaire des autorités turques qu'ils usent de ces stimulants j et la coopération de ces autorités est d'autant plus ceilaine^ qu'indépendamment de ce que l'intérêt des banquiers est aussi celui du trésor impérial y alimenté par eux , ils ne manquent pas d'exciter celui de ces agents du pouvoir par la part qu'ils leur font dans leurs exactions.
Dans ce mode d'exploitation , le contribuable est trois fois atteint. U faut qu'il paie ce qui revient au fisc, le bénéfice que doit faire le banquier, et la part attribuée par celui-ci à Tagent public dont il reçoit l'appui.
Nous avons dit (chapitre des finances) que le divan n'osait autoriser ouvertement des voies de rigueur contre les contribuables en retard , pour ne point donner à ses percepteurs les moyens de s'enrichir sans que le trésor y gagnât. La contradiction entre cette assertion et les procédés que nous venons de décrire n'est qu'apparente.
Si le gouvernement levait lui-même l'impôt, les m('sures violentes seraient évidemment prises
dans son intérêt , il en supporterait Todieux, sans en retirer le bénéfice. Ses agents s'avantageraient en ruinant les parties imposées^ et l'on ne saurait plus sur qui avoir recoui*s pour les sommes en carence.
Ces mêmes violences^ au contraire, semblent emprunter un caractère légal, quand elles sont exer* céespour le compte du saraf^ en ce sens que celuici, ayant libéré le contribuable vis-à-vis du trésor avec ses propres deniers , se trouve à son ^ard dans la condition d'un créancier que le débiteur est tenu de rembourser. Sous ce rapport, le pou* voir lui doit assistance.
La différence est légère, il faut en convenir, entre des coups et des tortures infligées pour le compte du gouvernement ou pour celui du banquier. La victime. a de la peine a saisir cette nuance. Elle est très-évidente pour l'agent do pouvoir, et cela suffit chez cette singulière nation.
L'impôt du karalchj qui n'est à propremaat parler que le rachat de la vie, exige une mention particulière. 11 fut frappé à l'époque de la conquête et n'atteignit que les nations soumises par le sabre, qui persistèrent à se maintenir dans le cuhe de leurs pères. Tout individu , alors comme de nos jours, qui embrassait l'islamisme, était, par ce fait seul , exempt de celte redevance.
Les percepteurs de cet impôt reçoivent le nom de karadji; on dit aussi de Thomme qui y osl
soumis, c'est un karadji. C'est toujours avec une sorte de mépris que les Musulmans donnent cette qualification , parce qu'elle emporte avec elle une sorle d'indice de servitude, qui rend impropre à une multitude de fonctions.
Malgré cette aversion des fidèles Musulmans pour le karatchj stigmate qui flétrit à leurs yeux la créature qui en est frappée , il est un point de l'empire où les Musulmans y ont été soumis.
La population de Tile de Chypre, qui était de quelque cent mille âmes à l'époque de la conquête , se trouvait réduite , sous le règne de Mustapha III , a vingt-trois mille feux , soit, à raison de cinq individus par feu ou famille, à cent trentecinq mille âmes. Le karatch était porté sur les registres de l'état à une somme déterminée qui n'avait jamais varié, tandis que le nombre des imposés avait subi de fortes réductions.
Au milieu des embarras financiers que ce prince éprouvait par l'efiet d'une lutte sanglante et prolongée contre les Russes, on n'osa pas lui demander une réduction de recette pour les Chypriotes. Le pacha qui les gouvernait eut l'idée d'étendre la perception du karalch sur les Musulmans, et assez de pouvoir pour les contraindre à l'acquitter. Pour diminuer l'amerlume de cette disposition , on les exempta de l'obligation d'aller la porter en personne chez le percepteur, ainsi que d'avoir constamment sur eux la preuve de Tacquif,
90 FLNANCKS.
(lisposilion à laquelle les rajas sont aslreinls. Li perception à l'égard des Turcs se fait à' domicile. La mesure, une fois prise, s'est perpétuée sans exciter de réclamation.
Nous avons dit que le chef du département des finances restait étranger à une foule de recettes et de dépenses en usage dans l'empire, et qu'il était, par ce désordre, dans l'impossibilité de connaître et d'informer le sultan de la sonmie des chaînes imposées à ses sujets , et des ressources qu'avec un système plus régulier il pourrait en tirer. Voici un fait qui justiûera cette assertion; il se passe journellement sous les yeux de ce ministre.
Le fauboui^ de Constautinople, nommé Galata, était le chef-lieu des Génois, lorsqu'ils avaient de nombreux établissemenlssur la Propontide et dans la mer Noire. Tout y porte encore l'empreintede leur domination : les maisons en pierre, Tenceinie crénelée et flanquée de tours , la haute tour d'observation qu'ils y avaient bàtie^ subsistent dans l'état où ils les laissèrent il y a plusieurs siècles.
Les Turcs , en prenant possession de Constantinople , considérèrent Galata comme une ville à part et en ûrent une juridiction séparée ; elle est encore gouvernée aujourd'hui par un magistral spécial, qui prend le titre de vaivode.
Ce magistrat, ayant des dépenses à sa charge, a été récemment autorisé à frapper d'une capi-
talion les rajas grecs, arméniens, juifs, qui composent la plus grande partie de ses administrés. Cette capitation a reçu le nom de karatch du vaivode. Ses percepteurs délivrent un acquit de paiement , et peuvent aussi à chaque instant en exiger la représentation de ceux qui y sont soumis. Ce règlement est modelé sur celui du karatch de l'empire.
L'impôt est modique: il est d'environ trois piastres tmxjues, valant à peu près soixante -quinze centimes de France. Eh bien, c'est en raison de celte modicité qu'il devient très-productif pour le Taivode.
Son droit ne s'étend que sur les rajas domiciliés dans Tenceinle de sa juridiction ; mais ses gens veillent dans les rues, arrêtent les rajas de Gon- Hantinople et des autres quartiers qui la traversent , et en exigent l'exhibition de la quittance. — Mais nous n'y sommes pas sujets, nous habitons Tautre côté du port. — C'est possible, disent les bommes du vaivode ; mais nous ne sommes pas obligés de vous connaître et de vous croire sur parole. Payez, ou en prison. Si vous avez payé à lort, vous amènerez des témoins; et, après justi- Scation , on vous rendra votre taxe.
On conçoit que, pour réclamer soixante-quiuze centimes, on ne déplace pas des témoins; on ne ^ dérange pas de ses affaires, on ne fait pas une ongue course, à l'effet d'obtenir une aussi mo-
9i FINANCES.
clique restuiition, rendue ooéreuse par desiojores el quelquefois de mauvais traitements. On renonce à réclamer; et le vaivode et ses gens profitent de cette petite avanie.
Beaucoup de rajas, que leurs opérations ramènent sans cesse sur le terrain de cet officier, préfèrent prendre un de ses karatch , quoiqu'ils n'jr soient pas sujets, et le porter sur eux, plutftt qo^ de s'exposer chaque jour à de semblables incon^ vénients. Cest ainsi que, sous les yeux du maître et de ses ministres , une masse d*individus qm forme un tiers de la population de Constantinople est frappée d'une imposition qui ne la regarde pas^ et se perçoit dans im intérêt privé.
Dans un des chapitres suivants , on verra d'ao- 1res recettes, plus odieuses encore, qui sont sou»traites à la connaissance et à la juridiction du ministère des finances.