CHAPITRE
(Supplément.)
En nous décidant à livrer au public un tableau de la situation actuelle de Tempire des sultans, nous nous sommes attendu à des objections plus ou moins sérieuses. Loin de les redouter, nous les avons provoquées y et notre plus grand désir était d'en voir naître^ rassurés que nous étions par Texactitude de nos renseignements et la sincérité de leur exposition.
Mais il ne nous était pas donné d'en prévoir de la nature de celles qu'on vient d'élever sur nos travaux en matière de police.
Vous étiez dans une étrange erreur, nous a-t-
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on dit, quand vous avez entretenu le divan de cette institution. Vos propositions étaient sans application possible. Les Turcs n'ont pas besoin de police ; ils n'en ont jamais connu. C'est un peuple essentiellement obéissant, ami du repos et de risolement, discret par nature et par éducation ; il vénère ses maîtres, respecte ses chefs, et sait qu'il ne peut vivre afvec son culte, ses lois, ses usages , qu'à l'abri du gouvernement sous lequel il est né, et dont il reçoit sa direction.
Nous croyons inutile de redresser chacune de ces assertions dans ce qu'elles ont d'enx)né ou de trop absolu. Nous nous bornerons à prouver l'utilité et j mieux encore , l'indispensable nécessité d'une police active, sévère et intelligente, dans les domaines du sultan, qui en sont totalement privés; et si nous y parvenons, l'a -propos du chapitre Y du premier volume, intitulé Police générale , et celui du plan placé sous le numéro U des pièces justificatives, qui en est le complément, seront suffisamment justifiés, en dépit des critiques dont ils ont été l'objet.
Nous allons procéder par interrogation.
Le trône des sultans n'est-il pas fréquemment ensanglanté par des révolutions de palais, ou par des attaques venant du dehors?
Les deux prédécesseurs du sultan régnant, Sélim 111 et Mustapha IV, ont été détrônés et égorgés dans des émeutes.
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La slabililé de l'état n'est-elle pas incessaïu- Hit menacée par des partis mal éteints^ par s corporations puissantes, par les intrigues des ■angerSy s'appuyant sur des antipathies de (tesT
Les janissaires, bien que dissipés comme agrégation , ont encore agité l'état en 1837. lis inspirent toujours de la terreur par leur nombre^ leurs affiliations, leur horreur bien prononcée pour le nouveau régime.
Les ulémas forment aussi un corps redoutable et suspect parleur influence, leurs richesses, l'arme de la religion placée dans leurs mains, et le droit d'interpréter la parole divine.
Les Russes ont les sympathies des rajas grecs et arméniens, qu'ils protègent ouvertement. Les patriarches de ces deux sectes, qui se trouvent sur le territoire du t^ar et sont nommés par lui , sont aux yeux de leurs sectaires les véritables chefs de la religion. Ils les vénèrent plus que les patriarches d'institution turque, qui ont leur siège à Constantinople.
Oes incendies, produits de la malveillance, et lyen pratiqué par les Musulmans pour exprir leurs griefs contre Tautorité gouvernemen-
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taie y ne tienDent^ls pas consiammenl en émoi ie gouvemement et les populaUoiis T Ne menacent-ils pas sans cesse de destraction les propriétés publiques et privées?
Les incendies sont si fréquents, que dans Tannée 1 800 on encomptaquarante-trois en un mois. Dans Thiver de 1836 à 37, il s'en est déclaré jusqu'à trois dans une même nuit. Et n'a-t-on pas vu, il y a peu de mois (1839), les bâtiments de la Sublime-Porte, contenant les ministères, les archives, l'habitation du grand vizir et de ses femmes, détruits en quelques heures, sinistre qui a été reconnu l'effet de la malveillance?
Des attentats inouïs contre les personnes et les propriétés, sans que les victimes osent se plaindre et que les coupables soient recherchés , ne viennent-ils pas de temps à autre jeter l'effroi dans la résidence et sous les yeux du pouvoir 7
Nous avons rapporté, dans le chapitre intitulé Police générale y un fait déplorable qui, dans l'hiver de 1838, couvrit de deuil une famille arménienne composée de près de cinq cents individus. Nous pourrions multiplier les citations de cette espèce, si nos mœurs comportaient les détails obscènes d'où il faudrait les tirer.
La contrebande ne se fail-elle pas ouvertemenl el en plein jour, avec l'asseniimenl et la participaûon aux bénéfices, des chefs et des employés préposés à la perception des droits?
Nous avons la preuve, et nous pourrions la fournir, que, dans les ports de la chrélienlé les plus en rapport de négoce avec Constantinople, on peut se faire garantir la libre entrée de tout ce qu'on veut introduire dans cette ville en fraude des tarifs.
Les fausses monnaies n'abondent-elles pas sur le sol ottoman, soit qu'on les y fabrique, soit qu'on les y importe ?
Aujourd'hui, en raison de lexcès de l'alliage dans les matières, qui a affaibli au dernier degré la valeur des monnaies turques, ou n'en fabrique plus à l'étranger; mais on continue les contrefaçons dans l'intérieur, et avec la presque certitude de l'impunité, moyennant le sacrifice d'une portion des bénéfices.
Les avortements ne sont-ils pas d'un usage fréquent, au point qu'ils sont considérés comme une des causes de la dépopulation incessante de la métropole ?
D'abord, Texercice de la médecine en Turquie n'est soumis à aucune règle, à aucun contrôle. En second lieu , les pro-
moteurs du crime d'avortement, hommes et femmes, car les deux sexes s'en occupent également, ne dissimulent pas leur exécrable industrie. On les connaît, et on se les recommande en raison directe de la sûreté de leurs procédés.
Voilà bien des citations en faveur de l'institution d'une police dans les états du sultan, et Ton ne peut même essayer d'en nier la réalité. Nous n'en ajouterons qu'une ; seule, elle serait décisive, si la chose pouvait rester douteuse, après les détails qui précèdent. N'est-il pas constant que Constantinople, et toutes les villes un peu importantes du littoral turc, servent de reiuges à tous les vagabonds des états circonvoisins, lesquels n'y apportent de moyens d'existence que ceux qu'ils empruntent au crime?
Que Ton se reporte au chapitre V du premier volume , et Ton y lira le récit des désordres dont nous fftmes témoin dans l'hiver de 1838. Et en présence d'un tableau aussi déchirant de la situation d'une ville de l'importance de Constantinople, que Ton pourrait charger encore sans dépasser les limites du vrai , on contesterait la nécessité d'une exacte surveillance et d'une sévère répression? Nous nous attendions à des récriminations rontre nos réoils, quelque soin
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que Dous ayoDs apporlé à n'^n présenter que de notoriété publique. Ce n'est pas sur rarticlepo/tc^, nous le déclarons franchement, que nous les aurions supposées possibles.
Il existait cependant une manière de police sur certains points de l'empire; mais son action répressive s'effaçait tellement sous ses tendances tyranniques, que les localités pourvues de ces institutions eussent préféré, si on les eût consultées, la privation de leurs pâles bienfaits à la jouissance de leur faible avantage. L'objet seul de leur création indiquait d'ailleurs suffisamment que ce n'était pas dans la vue du bienêtre des administrés qu'elles avaient été établies. Les détails que nous allons emprunter au régime de la ville de Smyrne donneront une idée de cette singulière institution, régulatrice de l'ordre public.
Les sultanes, sous les prédécesseurs de l'empereur régnant, indépendamment de leur entretien personnel et de celui de leur maison particulière, fournis par la cassette impériale, jouissaient en outre de revenus privés dont elles avaient la libre disposition. C'étaient, s'il est permis de s'exprimer ainsi, leurs fonds de fantaisie.
Ces princesses ne pouvant apporter par ellesmêmes aucun soin à la direction et à la manutention de ces apanages, l'usage de les donner en ferme avait prévalu. Le contrat était pour un ou
deux ans, à Texpiration desquels de nouvelles adjudications avaient lieu.
Les preneurs favorisés par les enchères payaient comptant le prix de leur fermage, et se trouvaient alors substitués de fait aux droits de leur bailleur. C'était à ces adjudicataires à gérer de manière à rentrer dans leurs avances, et à se procurer les bénéfices qu'ils s'étaient promis de leur entreprise. On devine quelle ardeur ils devaient apporter dans l'exploitation des moyens coërcitifs mis à leur disposition.
Prenons un exemple. Celte méthode a son avantage ; on a pu s en convaincre dans le cours du présent ouvrage.
LavilledeSmyrne formait l'apanage d'une des sultanes^ épouse de l'empereur. Les revenus ordinaires, réguliers, territoriaux, de capitation personnelle, de douanes, etc., ne cessaient pas, par cette affectation au domaine privé de la princesse, d'appartenir au fisc impérial, d'être perçus par ses agents et versés dans ses caisses. Les concessions faites à l'apanage n'embrassaient que les produits de la police locale, et celui des avanies qu'elle avait le droit d'infliger. Qu'on ne se récrie pas sur l'exiguïté présumable de ces rentrées. Les fermiers savaient, comme on le verra plus bas, les rendre très-produclives.
Du moment où l'adjudication était faite, l'indi" vidn, quel qu'il fut, dont les offres avaient prévalu,
prenait le titre de Muslim^ comme qui dirait agent tenant lieu y et se donnait des dehors en harmonie avec sa nouvelle importance.
11 formait sa maison, ou, pour être plus vrai, son personnel d'exploitation, qui se composait de deux assesseurs, manière de conseillers , de deux bostandgis, espèce de gardes d'honneur, par assimilation aux hommes d'un corps de ce nom, affecté à la garde du sultan quand il sortait de son palais, et en tout temps à celle des portes extérieures du sérail, enfin d'un chef, d'un sous-chef et d'environ de trente à quarante hommes, devant faire la police de son arrondissement pendant toute la durée de son bail. .
Les assesseurs étaient destinés à donner une apparence d'équité à ses décisions judiciaires. Il n'en agissait cependant qu'à son gré.
Ces premiers soins remplis, le nouveau dignitaire s'embarquait pour Smyrne avec sa suite , en combinant sa marche de manière à n'y arriver, ou au moins à n'y prendre terre, que le jour de l'expiration des pouvoirs de son prédécesseur.
Celui-ci, de son côté, ne manquait pas de quitter sa résidence à l'instant même où elle ne lui appartenait plus de droit. Le navire qui devait l'emmener était venu d'avance s'amarrer contre le quai attenant à la maison qu'il avait occupée jusqu'alors. Ses effets se trouvaient déjà à bord.
et il n'avait plus qu'à s'y précipiter lui-mèflKdès qne l'heure fatale sonnait.
Il se fût bien gardé de rester un moment de plus à terre, attendu que le nouvel arrivé, armé de l'autorité , et ne le regardant plus. que comme un simple particulier^ aurait pu, sur une dénonciation reçue à Tavance, lui faire quelque avanie. On peut dire que le démissionnaire fuyait, comme un coupable, des lieux qui l'avaient vu la veille encore dans toute la plénitude de son pouvoir.
Le nouveau muslim réunissait en lui deux qualités : il était l'administrateur de la ville^ et le fermier d'une sultane. Ce dernier rôle prévalait ; et dès les premiers instants de sa gestion et jusqu'à sa clôture, il absorbait presque entièrement son attention.
Il avait en effet à récupérer Tavance de son fermage, à pourvoir à son entretien et à celui de sa garde , à constituer sa fortune, l^a nécessité de satisfaire ce triple besoin n'exigeait pas de sa part de grands frais d'imagination. Ses devanciers lui avaient laissé une marche toute tracée, qui leur avait réussi. Les combinaisons du débutant ne devaient tendre qu'à perfectionner les moyens d'exactions connus, et à en inventer de nouveaux.
Des Juifs et des Grecs, l'opprobre de leur nation, s'empressaient de venir à son aide, et de lui suggérer des règlements dllficiles à observer, des rhicanos, des mesures oppressives, de nature à
faciliter les avanies, sur le produit desqueUes ils pourraient espérer le salaire de leurs perfides insinuations.
Le premier devoir de ce magistrat eût été de s'instruire de la situation et des besoins de ses administrés j de s'aider des conseils des notables , de se rendre accessible aux gens qui auraient des réclamations à lui porter. Il ne s'entourait , au contraire, que d'hommes vils; et ceux-là seuls en étaient bien accueillis, qui pouvaient servit* sa cupidité.
Dès son entrée en fonctions, il divisait sa garde en quatre sections pour le jour, et deux pour la nuîL. Ainsi organisées, ces sections sortaient successivement, et parcouraient tous les quartiers de la ville. Elles devaient faire de nombreuses captures, et approvisionner de délinquants le dépôt établi dans la résidence.
Était réputé délinquant j d'abord et assez justement, tout individu saisi en flagrante infraction aux règlements de police. Cette catégorie seule n'eûtpas produit assezde contribuables; cen'était, en effet, que gens à raoçonner que Ton cherchait. On y suppléait en saisissant les joueurs, les ivrognes, les querelleurs, les gens attardés la nuit ou circulant sans feu, ceux enfin qui troublaient, par des cris ou en chantant, le repos des gens paisibles. Quelle sollicitude! direz-vous, et
cela ne vous suffit pas pour que les musiims trou- T. II. s
tu POUCE GÉNËRALK.
vent gl'âi'e de vaut vous?... Encore une fois, iio perdez pas de vue que c'était une basse avidité qui les rendait si vigilants.
Les hommes arrêtés étaient immédiatement conduils à la résidence, et jetés pèle-mèle, à quelque heure du jour ou do nuit qu'ils arrivassent , dans le dépôt commun. Celle traile fournissait communément de trente à quarante individus par vingt-quatre heures.
Le local qui les recevait élait un boyau, pratiqué à trois pieds au-dessous du niveau de la cour de la résidence. On y descendait au moyen de trois marches; sa longueur était d'environ dix toises, et sa laideur de deux et demie. Une seule porte très-solide y donnait entrée ; et le jour et Tair n* y pénétraient que par une sorte de croisée, taillée dans cette porte , de quinze pouces carrés. La garde entière veillait en dehors, ce qui rendait toute évasion impossible.
Le mobilier do ce lieu de douleur élait calculé sur sa destination, qui, n'admettant qu'un séjour de vingt-quatre heures au plus, n'exigeait \m\s de grands préparatifs pour ceux qu'on y recevait. H consistait daqs une longue chaîne scellée dans le mur, laquelle , assez longue pour faire le tour de la pièce, retournait à In porte d*entrée, où un gros c«idenas la retenait en dehors. Au milieu de la pièce se trouvait une poutre sciée en deux parties égales, liées ensemble à une de ses extrémités
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par de forts lenons en fer^ et mobile de l'autre côté. Elle était percée d'entailles rondes^ destinées ai recevoir, pendant la nuif^ une ou les deux jambes des détenus^ en raison de leur nombre. Pour les* y placer, le geôlier soulevait la partie supérieure de la poutre, et la rabaissait ensuite sur l'inférieure; et les deux parties étaient alors solidement retenues par de forts câdenas.
On appelle fep, dans certaines parties de Tltalie ^t en Espagne , où il est d'usage dans quelques fMrisons^ cet appareil de sâreté et de gène.
Au moyen de cette précaution pour la nuit, et du collier de fer dont on munissait chaque prisonnier à son arrivée , pour qu'il pût participer dux douceurs de la chaîne , le musiim dormait tranquille; il était sûr de ses recettes pom* le lendemain.
Au lever du soleil, car les Turcs sont diligents, et surtout quand il est question do ramasser de l'argent, tout se disposait pour la justice, que le musiim allait rendre aux individus saisis depuis la veille , où il avait évacué son dépôt en suivant les procédés que nous allons dépeindre. Donnons d'abord la disposition des lieux et des rôles, dans les scènes que nous allons rapporter.
Le lieu d'audience , c'est la cour en dehors de la prison ; et au pied de l'escalier; qui conduit au logement du magistrat, vers la douzième marche, se trouve une espèce de pas-|)erdus que l'on a cou-
11G POLICE GÉNlilUALE.
vert irun tapis et de quelques coussins. C'est là que le musUm vient s'asseoir, fumer et prendre du café pendant toute la durée de la séance.
Au bas de Tescalier, deux hommes, tenant chacun par un des bouts une barre de bpis de quatre pouces de diamètre , munie de nœuds de corde, attendent les patients pour leur saisir les jambes, et présenter la plante de leurs pieds aux exécuteurs.
Ceux-ci, au nombre de quatre, sont placés deux de chaque côté de la barre et aux angles qui figurent le carré. Ils sont munis d'un bâton , prêts à en faire usage au moindre signal. Ch<icun d*eox a auprès de lui un seau, aux deux tiers plein d'eau, rempli de bâtons de rechange ; précaution nécessaire, car la consommation est toujours grande.
Tout étant disposé, on extrait un des détenus; on ramène devant son juge; il est jeté à terre sur le dos , et ses pieds sont introduits dans les anneaux de la barre. Avant qu'il ne soit prononcé un mot , la bastonnade commence lentement et en cadence. C'est une sorte de prélude pour obtenir de l'ensemble.
Après le dixième ou le douzième coup, il y a un moment de suspension. Le chef de patrouille, qui a fait Tarrestaiion et qui est debout à portée de la tète du délinquant, explique en quelques mots le délit. C'est un ivrogne, ou il se battait, ou même il marchait la miit^ans lumière. Sur un nouveau
signe, les coups recommencent, et le mot d'aman (pardon), effendi (seigneur), sori sans cesse de la bouche du malheureux.
— Voyons, qu'offres- tu pour que cela cesse? lui dit le même chef avec un intérêt touchant. Si le patient offre moins que sa fortune présumée, sur laquelle on a pris des informations, ne le lui permet, les coups s'accumulent et redoublent de violence, jusqu'à ce qu'il se montre plus raisonnable. Si, au contraire, on a cru devoir accepter sa première offre, alors le supplice cesse, on lui dégage les jambes ; et deux hommes, le prenant sous les bras, le ramènent rapidement à la prison, malgré la douleur qu'il tressent. Les Turcs prétendent que s'ils le forcent à courir, c'est par humanité; car ils ont toujours ce mot a la bouche. Us assurent que cette précaution rend au sang sa circulation.
D'autres soins, tout aussi bizarrement humains, l'attendent dans le dépôt. Grâce à une fondation pieuse, le geôlier a apporté, dans un vase en bois, une certaine quantité de sel gris et d'oignons crus, pour le service du patient. Ses compagnons d'infortune, à qui le même secours va bientôt devenir nécessaire, ontpétri ces ingrédients pour en former une pommade qu'ils lui appliquent sur les parties battues, après avoir lacéré sa chemise pour en faire des bandes et des compresses.
Cependant un commissionnaire a été dépêché vers sa famille, ou vers les individus qu'il adésignés,
lM>ur que Fou vienne le délivrer en [layaul le prix convenu pour le rachat. Quand la somme est comptée, ou le chaîne sur le dos d'un porlefoix, qui le rapporte a son domicile.
Après cet homme, un autre détenu comparaissait, subissait les mêmes épreuves, et voyait» h des conditions semblables, la fin de son affaire.
L'audience ne cessait que lorsqu'on avait épuisé les captures des vingt-quatre heures précédentes^ dont le terme moyen , comme nous lavons dit y roulait de trente à quarante par joiurnées^ et presque toujours pour de futiles sujets.
Après Taudience, le muslim rentrait dans sou harem, dont il n'avait abandonné un moment les douceurs que ix)ur remplir les fonctions considérées par lui comme les plus importantes de sa mission. 11 avait, en effet, travaillé utilement dans l'intérêt de sa ferme ; et sa satisfaction était en raison de la qualité des individus qu'il avait eus à exploiter.
Ces malheureux n'en avaient pas été quittes l>our le prix de leur rançon payée au magistratfermier; ils avaient eu encore à témoigner leur recQnnaissance au chef et aux hommes de la patrouille qui les avaient arrêtés , au concierge qui leur avait donné un gite. 11 avait fallu {>ayer le (!onuiiissionnaire qui avait |K)rté à la famille ou aux amis l'avis de leur détresse, le ix)rtefaixquiles rapiK)rtait à leur domicile, et enfin l'empirique
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oiisultéy lors<iue le baume Iraditiouel de sel el i 'oignons ne leur avait pas paru assez énergique ^our guérir leslemenl leurs blessures. Mais, louours heureux d'èlre sorlis de ce guêpier, ils renmient chez eux contents, et laissant tous ceux lont ils avaient rémunéré les soins, enchantés de aventure.
Pour faire mieux apprécier l'horreur et le déire de Tordre de choses qui subsiste encore, nais avec moins de violence, dans beaucoup de ieux soumis au sultan, et même au centre de ^nstantinople dans Teski sérail , résidence d'un ]es gendres de Sa Hautesse, nous allons rappeler un fait arrivé a Smyrne en 1798. Nous le ferons ivec d'autant plus d'assurance que nous en avons été témoin, ainsi que de tous les détails qui pré- L'èdent sur Tadministralion des muslinis fermiers.
Un Arménien âgé, porteur d'une physionomie vénérable, riche et jouissant de beaucoup déconsidération parmi les siens , fut arrêté , amené à la résidence , jeté dans le dépôt, et confondu avec toutes les captures des mêmes vingt-Hjuatre heures. \ son arrivée, on l'avait enchaîné suivant l'usage, 3t à l'entrée de la nuit, une de ses jambes avait été enchâssée dans le cep.
Cet homme, plongé dans une sombre tristesse, [l'avait ni bu, ni mangé, ni proféré une parole lepuisson incarcération, lorsqu'au lever du soleil, e jour suivanL Tenquête el la dislrilnuion des
iJO POLICE GÉNÉRALE.
coups de bâton commencèrenC pour les individus arrêtés dans le même espace de temps.
Les choses se passèrent sans qu'il eut été appelé devant le farouche magistrat. On pouvait croire qu'il avait été oublié, ou que sa c^iuse avait été remise à un autre jour. Le malheureux n'avait rien gagné à ce délai.
Sur les dix heures , après le premier repas du musiim , on l'extrait du dépôt , on le traîne devant ce juge inexorable; et nous pouvons, de rintérieur, compter jusqu'à trois cents coups, dont le retentissement n'empêchait pas de sourds gémissements de venir jusqu'à nous.
Ce nombre rempli , un colloque s'établit entre le chef des bourreaux et la viciime, et on la rapporte au dépôt dans un état déplorable. Il refuse l'application du remède d'usage.
Deux heures après, on vient le reprendre. Le supplice recommence, et trois cents nouveaux coups , bien plus douloureux , viennent aggraver sa position. Ici a lieu un nouveau colloque , à la suite duquel on le réintègre dans sa prison. Il refusa encore l'application de l'emplâtre combiné d'oignons et de sel cru. Il avait ses raisons, qu'on ne pouvait pénétrer.
Enfin, après un nouveau délai de trois à quatre heures, on l'extrait une troisième fois, etl'on complète sur lui le nombre de mille coups. Rien n'annonçait que l'on n'eût pas continué jusqu'à ce qu'il
POUCE GÉNÉRALE. lâl
it rendu le dernier soupir, lorsque des cris y des sors , des sanglots de femmes tirent cesser ce mloureux martyre.
Le Ténérable vieillard fut rendu plus mort que fà sa mère, à sa femme, à ses filles» qui le firent iporter. La chair de ses pieds était enlevée, et Mait voir les os à nu ; et les doigts brisés n'élent plus retenus que par la peau qui les couvrait. Celui qui écrit ces lignes, fait prisonnier en ^pte, avait été entreposé dans ce cachot^ en at* ndant le mikmandar (commissaire turc), annoncé ) Gonstantinople , qui devait le conduire au châau des Sept-Tours, prison d*élat de cette résiliée.
Pendant les cinquante cinq jours qu'il habita le ipôt , il partagea , avec les délinquants que les »urvoyeurs du muslim y amenaient chaque jour, gène du collier de fer, de la chaîne et du cep^ rconstances obligées de la résidence en ce jour. II fut constamment témoin des dégoûnts moyens employés par le fermier-magistrat »ur l'exploitation de son bail.
L'épisode de TÂrménien l'avait trop vivement ippé pour qu'il ne tint pas à en avoir Texplicam. Ayant eu le lendemain la visite d'un drogm du consulat anglais envoyé par son chef, qui sait demander de ses nouvelles, il raconta à cet lerprète ce qui s'était passé , et le pria d'aller X informations. On va voir combien était futile
le prétexte qui donna lieu à une aussi épouvanlable persécution, et causa la mort d'un hooinie justement estimé; car il ne survécut que quelques jours à cette rude épreuve.
Le vénérable Arménien avait eu une contestation avec un misérable de^a nation , qui avait essayé de le tromper dans une vente de denrées. Celui-ci , furieux d'avoir échoué dans cette tentative, se résolut ^à le perdre, et, dans cette vue, raccu&'i de fabrication de fausse monnaie.
Sur cette simple dénonciation , sans autre indice, sans information préalable, on Tavait ari*èté et soumis à la question préalable des coups de bâton , pour lui faire déclarer où étaient ses ateliers.
Âpres les trois cents premiers coups , dans la vue d'obtenir quelque répit , il avait désigné au hasard un local. On y avait couru, et n*y ayant lien trouvé, on l'avait livré a une seconde épreuve.
Cette fois encore, après trois cenls nouveaux coups, le même besoin de répit Tavait poussé à une nouvelle révélaiion, tout aussi peu fondée que la première; mais, pour gagner un |)lus long repos, c'était dans la campagne qu'il avait placé l'atelier indiqué. L'inutilité des recherches l'avait fait reprendre par ses bourreaux, qui paraissaient décidés il en finir avec lui.
Heureusement, son lâche dénonciateur, le < royanl niorl , avait songe a se meClre en sAi^lé
f>ar la fuite contre les vengeances de la famille.
Son trajet , en quittant Smyme, l'ayant fait passer
devant la maison de sa victime , il s'était donné
l'horrible satisfaction d'y entrer, et de jeter aux
parents éplorés ces déchirantes paroles : Si vous
^woulez revoir voire chefj ne perdez pas un moment;
courez : il expire dans les tourments. Je pars
-rengéy satisfait , et je m* éloigne.
L'infortuné moui*ut en effet, mais ce fut au sein des siens. Sa mort ne fut punie ni sur le scélérat qui l'avait causée, ni sur l'indigne magistrat qui avait fait un aussi étrange abus de son autorité. Quel pays ! quel gouvernement !
On attribue, et c'est de bonne foi , à la bastonnade, une propriété que la nature a refusée à une multitude de prescriptions vainement tentées, et aux hommes les plus avancés dans la science médicale : elle guérit , dit-on , de la goutte.
En Turquie, refusez le remède si vous le trouvez pire que le mal ; mais ne riez pas. On vous citerait des faits, on produirait des témoins, et l'on vous saurait mauvais gré de votre incrédulité , si vous y persistiez après une sérieuse discussion.
On racontait autrefois qu'un commandeur de Malte , dirigeant une croisière dans l'Archipel contre les Turcs, s'empara d'une caravelle (bàliment de guerre inusité de nos jours) sur laquelle se trouvait un grand personnage allant h la Mecque en pèlerinage.
Le noble chevalier prend intérèl à son prisonnier et, en rentrant à Malte , parvient à le sous* traire à la rigueur des règlements de Tordre , qui lui assignaient le bagne pour demeure à vie. C'est dans son propre hôtel qu'il le fait conduire , c'est là qu'il lui rend agréable le temps de sa captivité j et c'est enfin de cet asile qu'il le fait évader et recondubre à Constantinople.
Le commandeur était tourmenté de la goutte. Son protégé s'afiligeait de ces souffrances, et lui disait souvent : Si je te tenais dans mon pays , je saurais l'affranchir de ce mal.
Quelques années après, cette espèce de vœu se réalisa. Lecommandeurrepritlamer, et, àsontour, il tomba dans les mains des Turcs, qui le conduisurent à Constantinople. On allait le traduire ainsi que son équipage au bagne de cette ville, quand un officier se présente, et, au moyen d'un ordre supérieur, se fait livrer sa personne et l'emmène.
Cette séparation de ses compagnons de captivité fut pénible pour le commandeur. Elle ne lui augurait rien de favorable ; cependant il obéit. Comment résister dans sa position?
Il fut rassm*é quand, entrant avec son guide dans un hôtel de belle apparence, il aperçut à un bakou situé au premier, en face de la porte , son ancien esclave qui le saluait d'un air cordial, en ces termes expressifs : Hoch gueldi, se fa gueldi (bien venu, lieureusemenl arrivé). Sa joie fut de courte durée;
car, à peine parvenu au milieu de la cour, des hommes vigoureux le saisissent, le renversent sur le dos, tendent ses jambes en l'air, et s'empressent à l'envi de faire pleuvoir des coups sur les plantes de ses pieds, que les rigueurs de la goutte ont rendus si sensibles.
Son étonnement était au comble, surtout lorsque, la douleur lui arrachant des cris et des blasphèmes contre son oppresseur, il voyait celui-ci sourire , continuer de la main ses congratulations , et encourager les exécuteurs à redoubler de force.
Enfin, cette scène, inexplicable pour le commandeor, cessa. Les mêmes hommes qui l'avaiegEit si, violemment traité, le relèvent, remportent tout meurtri, et, avec la plus grande déférence, vont le déposer sur le sofa , dans l'appartement où son maître l'attendait.
Celui-ci vient à lui en exprimant sa joie de le revoir. Il lui annonce qu'il est libre, et que tout ce qu'il voit est à sa disposition.
Le commandeur reçoit mal ces avances, et s'indigne de ce qu'un amer persifflage vient couronner un aussi indigne traitement. Le Turc, qui juge nécessaire d'expliquer sa conduite , lui répond : « Je n'ai pas oublié quelles étaient tes souffrances « quand j'étais ton esclave. J'ai toujours désiré t'en « affranchir; et je te promettais, tu dois t'en sou- « venir, de les faire cesser, si mon bonheur vou- « lait que je pusse te recevoir chez moi. Eh bien !
« tu es guéri |K)ur toujours. Rogrelterais-tu un ir^al «passager, pour un bien-être durable? » Il b^V avait rien à répondre. Les deux amis furent j^as unis que jamais.
Cette histoire, quelque accréditée qu'elle /tf( en Orient, pouvait sembler faite à plaisir. Un fait arrivé à Smyrne, il y a vingt-cinq ans, à la vue de la population chrétienne de cette ville, loi a imprimé une sorte de sanction.
Le consul-général de France de cette résidence avait dans sa domesticité une femme raja, dont le frère, garçon assez turbulent, avait de temps à auti'e maille à partir avec les gens du musliai' Gomme il ne s'agissait jamais que de peccadilles sans importance , la protection que sa sœur réclamait de l'agent de la France , chez lequel elle était en service, l'avait toujours sousti*aii à la brutalité de ces gens.
Malheureusement cet homme se fil un ennemi dans la police du muslim. Celui-ci le prit en flagrant délit, et voulant prévenir les effets de l'intervention qui l'avait tiré d'affaire jusque la , il s'empressa de lui faire distribuer force coups de bâton , avant que son arrestation put être connue au consulat.
La leçon fut sévère, parce (lu'elle était dictée par la malveillance. On n'avait pas été de main morte dans l'application de la bastonnade. Elle eut ce résult;U, qu'elle profita doublement à celui
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|ui la revut. Non-seulement il devinl plus réglé lanssa conduite ^ mais^ en outre, il fut délivré pour onjoursd'une goutte tenace, dont les accès étaient lussi fréquents que douloureux.
La bastonnade sous la plante des pieds est en- :!ore d'usage dans tout l'empire ottoman. Elle y ^i d'une application commune, et pour des déliis ^ue l'on punirait en France par quelques heures DU quelques jours passés au violon.
Cette punition, qui soulèverait parmi nous les plus vives répugnances, est de beaucoup préférée en Orient à la plus courte détention. D'abord, on n'y att<iche aucune honte; puis, comme avec elle on en a plus tôt fmi, on s'en aiTange d'autant plus facilement, que, chose remarquable, elle n'a pas, pour la santé, les suites fâcheuses qu'on serait tenté de lui attribuer. Si ce n'était la rançon pécuniaire, par laquelle se termine ordinairement une séance de coups de bâton, ce serait à peine si les individus atteints se plaindraient du procédé.
Ce qu'il faut encore remarquer, c'est que les autorités turques qui infligent cette punition ont toujours soin de présider à l'exécution. Est-ce par goût, ou serait-ce pour empêcher qu'on nedépassât leurs prescriptions? On doit admettre la première ^supposition, d'après l'usage oit elles sont de tenir toujours leurs victimes à leur portée , dans d(*s prisons situées dans leur propice habitation.
11 en était ainsi, quand la torture était d*un usage fréquent^ autant pour arracher des aveux au prévenu, que dans la vue d'aggraver ses souffrances. L'ordonnateur la faisait donner sous ses yeux, en dirigeait la violence, et se mettait souvent en frais pour en rendre la rigueur plus étendue.
Parmi les hommes enclins à se repaître des angoisses de leurs semblables , nous citerons celui dont la cruauté a eu le plus de retentissement dans les temps modernes. Le nom seul de ce vice-roi ottoman, Djezzar^ qui se traduit par le mot 6oticheTy et qu'il s'adjugea par préférence dès qu'il fut élevé à la dignité de pacha, constate son horrible naturel.
Ce monstre a régné despotiquement pendant trente-cinq ans sur une grande partie de la Syrie, en bravant son seigneur et maître, tourmentant et dépouillant les pachas, émirs et beys, ses voisins, et couvrant de sangles territoires où ses volontés faisaient loi.
C'est ce pacha qui, soutenu par une force maritime anglaise commandée par l'amiral Sidney- Smilh, et aidé des talents de Phélipeaux, ingénieur émigré qui avait été le condisciple du jeune Bonaparte à l'École militaire française de Brienne, arrêta devant Saint-Jean-d'Acre, l'essor que ce héros voulait prendre vers les Grandes-Indes, et le contraignit à porter ses vues sur l'Europe, où tant de grandeurs l'altendaîent.
POLICE GÉNÉRALE. Iâ9
Djezzar faisait sa résidence dans celte ville ; il y rendait la justice en personne y et présidait à Texëcution de ses sentences, ce qui avait lieu souvent dans la salle même où il venait de les prononcer.
Jamais juridiction ne fut plus expéditive et plus sanguinaire. On en jugera par le fait suivant, que nous tenons de la bouche même de celui qui en (ut le principal auteur; il est, d'ailleui's, confirmé par une lellre du consul français de cette époque, lequel en avait été témoin.
Un jeune Vénitien du nom de Luigi Caprioli , dont le père exerçait la profession de maçon architecte, avait étudié pour lui succéder dans cet état. Il touchait au moment d'obtenir la maîtrise, quand un penchant invincible le porta à préférer la vie de marin.
Sa famille, ne pouvant vaincre cette résolution, le plaça sur le boi*d d'un capitaine allié et ami de la maison, aux fonctions de scrivano (comptable de navire), dans lesquelles il pouvait se rendre immédiaiement utile, en même temps qu'il se formerait pour la navigation.
Dès son premier voyage, le bâtiment est dirigé sur Saint- Jean -d'Acre , on, grâce aux soins du consignataire, il a bientôt mis à terre les marchandises dont il est chargé, et reçu une nouvelle cargaison avec destination pour Livourne.
Djezzar dirigeai t alors ( 1 795) en personne, et avec
beaucoup d'assiduité, les travaux d'une jetée en pierre, destinée à favoriser l'approche, le chargement et le déchargement des chalands et chaloupes employés aux mouvements du port. Mis avec simplicité, il se mêlaii aux ouvriers, et ne permettait pas qu'on eût l'air de s apercevoir de sa présence.
Le navire sur lequel Luigi était embarqué ayant reçu la totalité de son fret et ses expëditi(ms de mer, devait appareiller le lendemain dans la matinée. Suivant Tusage, un repas copieux avait réuni les consignataires, les amis, les partants. Le consul de Venise avait pris part à cette Tète; et, après les dernières libations, la joyeuse sodélé s'était dirigée vers le quai , pour faire ce qu'on appelle la conduite à messieurs du bord.
En arrivant sur le rivage , et en attendant la chaloupe qui devait recevoir les partants, le jeune Luigi, dont la tête était exaltée par les nombreux toasts portés pendant le repas , s'approche des travailleurs, et, sans trop de ménagement, se met àcriliquer leurs travaux, et à démontrer les erreurs qu'il y remarque.
Un vieillard simplement mis s'approche de lui. et lui parlant en langue franque, lui dit : « Tu t'y a connais donc, jeune homme, pour critiquer avec a tant d'assurance? — Si je m'y connais! c'était « mon premier état. Mon père est encore le chef « maçon de la sérénissime république de Venise, « et je devais lui succéder. — En ce cas, rends-
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toi demain chez moi à six heures précises , et n'y manque pas. Tu m'entends? » Et, sans au- "e explication, le vieillard se détourne et s'en va. Luigi était révollé du ton de supériorité pris par inconnu; il allait peut-être éclater, lorsqu'un es assistants s'approche et lui dit : « Savez-vous avec qui vous venez de parler? — Non ; mais je le trouve bien insolent. — Comment, vous ne Tavez pas deviné et reconnu à cette canne, terminée par une petite hache tenant lieu de pomme, sur laquelle il s'appuyait, et qui lui sert souvent à infliger de rudes châtiments? C'est Djezzar. — Djezzar! dites- vous? » Et tout son ing se portant vers son cœur, il était prêt à déillir, si de prompts secours ne lui eussekit été 3nnés.
Ses premières paroles, en reprenant ses esprits, mt pour supplier qu'on le ramène à bord et qu'on >fiareille sans retard. — Jamais, ajoute-t-ilàtra- ^rs les sanglotsque la peur lui arrache, je n'oserai irattre devant ce tigre; je mourrai plutôt que de l'y déterminer !
— Unmoment ! s'écriealorsle consul vénitien, je 'oppose au départ ; il y va de l'existence de tous s Francs. L'infraction aux ordres de ce barbare ^tomberait sur tous les Européens qui se trouvent ms son pachalik. Il faut qu'il soit obéi. Mais rassurez-vous, mon cher Luigi, je vous ;compagnerai avec tous mes amis, et pom* don-
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K)L1G£ GÉNËiiALE. 133
Ed ce moiuenl on amène au pied de T estrade uu Bédouin auquel Djezzar adresse une question. Cet homme répond deux mots. Le pacha.s'aninie, fait uu signe, et l'on conduit ce malheureux dans uu coin du prétoire^ où se trouvait un billot. Il y appuie son bras droit : un coup de hache lui fait sauter le poignet ; rexéculeur lui enferme le moignon dans un sac rempli de son ; et l'individu se retire , soutenu par les gardes y sans avoir proféré une parole.
Luigi n'avait rien compris à ce qui avait été dit , mais il avait vu ce qui s'était passé. Le cœiu* lui eût manqué s'il n'eût été soutenu par un regard expressif de son consul.
Le pacha , de son côté , tout entier à son rôle y n'avait pas remarqué le trouble du jeune homme. Un Juif avait remplacé le Bédouin au bas de l'estrade. L'interrogatoire et le prononcé de l'arrêt furent tout aussi brefs que dans la première cause. Celui-ci fui conduit au bourreau , qui , avec la pointe d'un poignard , lui ût sauter un œil, et, immédiatement, lui couvrit la paupière avec un emplâtre préparé à l'avance. Cette seconde victime se retira en fendant l'air de ses cris; ce qui lui valut force horions de la part des gardes, et provoqua chez le pacha un mouvement de pitié, comme s'il eût voulu montrer son mépris poui' le lâche qui s*aflectait de si peu dv chose.
Les causes de la journée étant épuisées, Djezxar se tourna vers Luigi et lui dit d'un air affidrfe : A prisent^ à nous deux. Tu penses donc qm mes owûriers opèrent mal ? Le jeune homme, rassuré par ce ton et par les encouragements de tout ce qui Tentourail, reprit courage. Il expliqua que les assises, placées comme on le faisait, donneraient trop de prise à la vague, et que les travaux, pour être solides, devaient être d'ungés d'après un système qu'il indiqua.
Djezzar, convaincu, s'en fîtaccompagneran bord de l'eau, et exigea qu'il expliquât sa méthode au chef de l'atelier, en prescrivant à celui*ci de s'y conformer à l'avenir. Il fit ensuite ses remerciements à l'architecte improvisé, et lui laissa la faculté de partir.
Arrivé à bord de son navire, où le consul de Venise et ses amis l'avaient accompagné, Luigi se réjouissait encore de l'issue de cette affaire, et recevait les vives félicitations de tous les assistants, lorsque l'on signale une chaloupe portant à l'arrière le pavillon du pacha, qui se dirigeait a force de rames vers le navire vénitien. « Dieu ! s'écria le malheureux Luigi, se serait-il ravisé? me rappellerait-il à terre? Non, je ne consentirais jamais à y i-etourner ! »
Ces nouvelles alarmes furent bientôt calmées. La chaloupe apportait des provisions fraîches d( diverses naluros oi une bourse coiilonant ciiv
ceuls ducats envoyés par Djezzar, en signe de sa munificence et de sa satisfaclion.
Cette fois 9 toute crainte fut bannie, sansrelour, du cœur de Farchitecte de circonstance. Il passa des plus cruelles angoisses à une joie sans limites; et c'était avec une satisfaction toujours nouvelle qu'il racontait^ quand l'occasion s'en présentait, cet épisode de sa vie, si déchirant dans son prin-* ripe, si heureux par son issue.
Pour clore les révélations sur la police turque, nous devons faire mention d'un moyen de surveillance qui n'a pas son analogue dans les autres pays, et qui ne pouvait naître qu'au sein de la plus singulière société qui ait jamais existé.
Nous nous entretenions un jour avec un Musulman très-éclairé , grand penseur et observateur, qui a vu la France et lltalie dans sa jeunesse, et qui a occupé à son retour des emplois dans divers départements; il vit aujourd'hui dans la retraite et dans l'aisance, se moquant de tout ce qui se passe sous ses yeux.
— Comment expliquez -vous, lui disions-nous, cette indifférence de votre gouvernement en présence de faits qui tendent à le renverser, et à tenir ses administrés et l'ordre public dans une perturbation continuelle? 11 ne sait rien des complots qui s'ourdissent sous ses yeux contre la sûreté de l'état. H voit ses plans livrés à ses ennemis , et ses grands officiers no s'ocnipanl qu'à se nuire réciproque-
idê POUCE GÉNÉRALE.
luenl^ et à meUre loas leurs soins à les meilleurs projets, par jalousie contre ceux qui sont chargés de leur exécution; et il serait cependant si facile y avec une surveillance active et iMen dirigée , de remédier k oe^ésordre !
•—Votre étonnement se conçoit^ nous répondit--^ il , mais il doit céder devant une seule obsei'vatioft^ La raison d elat n'entre jamais qu'en sec<Hide ligtte dans la pensée et dans les actes de nos gouvernanls. Leur première et souvent leur unique aiiention, est toujours absorbée par Fintérèt per* sonnel. C'est contre des collègues, des rivaux^ qu'ils sont sans cesse en défiance ; et, dans ce sens, ils ont plus de prévision que vous ne le croyez. Us ont à leur usage un moyen original d'être informés des particularités qui les concernent, de déjouer les inirigues qu'ils redoutent y et de ruiner leurs adversaires.
Nous étions curieux , comme on le pense, de connatlre cette arme si précieuse elen même temps si meurtrière; notre interlocuteur nous montra une femme qui passait en ce moment devant nous, (|u'il assura être douée d'un instinct peu ordinaire, et en possession d'une inQuence très-étendue.
C'était une manière de virago aux formes athlétiques, et d'une tenue déterminée. Dans son coslume, rien ne la distinguait des personnes de son sexe; sa tigure était voilée; elle cheminait seule, louant le milieu de la rue , sur un cheval vigoureux,
POUCE GÉNÉIUUË. 137
qui semblait comprendre et partager l'audacieuse assurauce de son cavalier.
Beaucoup de passants, qui la reeminaissaient à son allure , la saluaient sur son passage , sans oser lever les yeux sur elle. Les kavasses (gendarmes ou sergents de ville), ces redoutables suppôts du despotisme, s'arrêtaient jusqu'à ce qu'elle eût passé, en portant leur main di'oite de leurs pieds à la bouche et sur la tête , comme ils le pratiquent yîsà-vis des plus grands dignitaires. Certains boutiquiers, à son ai^pect, s'eiïaçaient dan3 leurs échop-' pes, en signe de respect : tout enfin dénotait la crainte qu'elle inspirait, el les déférences qu'on croyait lui devoir.
11 devenait évident qu'il y avait du vrai dans les détails que Ton venait de nous donner. Dès ce moment, nous fûmes aux informations, et nous apprîmes que celte fcmuie s'était d'abord rendue redoutable par des avis reconnus fexacts, et qu'encouragée el salariée pour de nouvelles recherches, elle avait obtenu le droit de pénétrer dans toutes les maisons, etd'a}x)rderà toute heure les hommes en place.
Il parait (}ue c'est dans les harems interdits aux lionmies, et auprès des femmes des particuliei*s, avec qui personne ne peut s'entretenir, qu'elle puise ses renseignefnents, pour les porter ensuite h raulorité.
Les femmes des Musulmans vivent dans leurs
domiciles sous une sévère clôture; mais elles se voient beaucoup dans les bains publics. On ne pourrait leur en interdire la fréquentation; la reUgion et Tusage, en cela d'accord, leur prescrivent de fréquentes purifications. Aussi les maris n'y mettent-ils aucun obstacle, et les femmes usent-elle& avec ardeur de cette latitude , qui rompt Tonifor^^ mité et la monotonie de leur vie claustrale.
Autantles Turcs sont silencieux et réservés dans leur conversation , autant leurs femmes sont parleuses et communicatives. Est-ce naturel en eDes, ou seulement TelTet de la contrainte et de la subo^ dinationque leur impose la suprématie de Thomme dans son intérieur? Cest vr«aisemblablement le produit de ces deux causes combinées.
Quoi qu'il en soit, les liaisons entre femmes s'improvisent dans les bains; elles deviennent intimes; les nouvelles ainies s'y donnent des rendez-vous, font des échanges de babioles de goût, se cotisent pour se procurer des plaisirs et savouler des friandises; toutes, h l'envi les unes des autres, se parent de leur mieux, et jouissent de rélalage de leurs atours.
Une conversation animée lie toujours ces diverses occupations. On ne peut la nourrir de ré cils concernant les voisins, puisqu'on ne les fré- (juente pas; ni ducaquetage des rues, on ne les parcourt, sans s'arrêter, que iK)ur courir au bain ou lovonir chez soi; ni dos variai ions de la mode,
le plus élégant costume se trouvant enseveli sous le vaste feridjé (espèce de capote ), qui couvre du cou aux pieds toute femme musulmane hors du harem; ni de nouvelles de théâtre , il n'en existe pas en Turquie; ni enfin de matières sérieuses ou frivoles, qui font ailleurs les frais de l'entretien des femmes.
Le colloque entre ces dames se trouve nécessairement borné à des particularités de la vie domestique, et à des détails de ménage.
Il en est, cependant, qui apprennent de leurs maris des nouvelles, des projets, des complots, que ceux-ci , en s'en occupant tout haut , comme c'est assez ordinaire chez les Musulmans, quand ils sont seuls', croient ensevelir dans un profond secret en ne les révélant que devant leurs femmes. Elles en font leur profit, et, à leur tour, ne croient pas être indiscrètes en confiant à leur amie intime des faiis dont elles n'apprécient pas la valeur. Ne faut-il pas, d'ailleurs, alimenter la conversation? et n'y a-t-il pas une satisfaction bien vive d'amour-propre, à donner la preuve qu'on reçoit des confidences ?
La virago ministérielle sait cela. Par des caresses , de petits présents et des promesses de toutes sortes, elle séduit celles de ces femmes qui
* Od rencontre (ï'équemmenl, chez les peuples orientaux, des gens qui ne peuvent lire qu*en prononçant à haulc voix les phrases qu'ils ont KOUS les yeux. Sans ce procédé, ils ne comprendraient pas.
reçoivent des confidences. Elle les engage à exciter les indiscrétions , à en retenir toutes les circonsumées, et à les lui répéter.
Elle visite souvent les maisons où elle s'est procuré des intelligences, ei y recueille le fruit des leçons qu'elle a données. 11 faut bien croire que sa récolte ne lui rapporte, la plupart du temps, que des bagatelles plus curieuses qu importantes; mais il doit arriver parfois que des renseignements précieux sont le produit de ses enquêtes.
Dans tous les cas , avec l'adresse qu on lui accorde , elle doit savoir, de circonstances même frivoles, composer des thèmes assez noiurris pour intérasser ceux h qui elle les destine. Cela doit suffire pom* que des gens désœuvrés et peu éclairés, comme les ministres de Sa Hautesse^ lui laissent accueil et la comblent de largesses.
On sait, au reste, que cette appareilleuse oflii jelle ne fait jamais aniichambre chez les excellences musuluianes. Leur valetaille, ordinairement si iière et si incivile vis-à-vis des gens qu'elle suppose sans crédit, et si méprisante à l'égard lies femmes, s*iucline profondément devant celleci, et no se hasarderait pas, en eut-elle reçu Tonlre, à lui refuser la porte de leur maître. Kilo s'autoriserait de communications imporlantos à pn^senter, forceitiit le passage, et trou- \crait moyen de les faii-e punir de leur fidélité i ItHir consigne.
POLICE GÉNÉRALE. lil
Ce n'est pas une des moindres singularités du régime turc, que l'existence de cette police confiée a une femme, qui n'a d'auxiliaires que d'aulres femmes provoquées et encouragées à la délation de leurs époux. Qui sait combien d'abus et de malheurs sont nés de cette basse corruption, introduite dans le sein des familles, excitée et rémunérée par le gouvernement? Certain favori, en Europe, qui a usé de tous les moyens de sale police pour tourmenter et corrompre la société , sur laquelle une aveugle et déplorable prédilection lui a donné plusieurs fois du pouvoir, ne connaissait pas celui-là. Qui sait si on le lui eût révélé?..
CHAPITBIi TI.
AFFAIREâ ETRANGERES.
Nous avons négligé, dans le premier volume du présent ouvrage y de parler de la diplomatie turque y et de donner une place , dans l'ordre de notre discussion , au ministère chargé de diriger ses rapports avec les nations étrangères.
Ce silence s'explique. Notre embarras, et il n'a pas cessé , était de trouver des matériaux sur ce sujet. Il n'est pasde partie gouvernementale moins connue, moins avancée en Turquie, que la sciences diplomaljque. Aucune des connaissances qu'elle exige n'est encore introduite dans ce pays ; et à l'aversion des Turcs pour les acquérir, se joint encore une répugnance innée qui leur fait repous-^
Ui AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
ser tout ce qui peut les assimiler aux chrétieos.
L'institulion d'un ministère des aiïaires étran-gères est de création moderne. Celui qui dirigeait autrefois cette partie, avec la dénomination de reiz-effendiy n'était qu'un simple commis du grand vizir. Il n'avait ni le titre , ni le rang de ministre, ni voix délibérative dans le divan. La considération dont il jouissait était équivoque. Ses fonctions, aux yeux des Musulmans fervents , étaient empreintes d'une sorte de dégradation, par le contact auquel elles le condamnaient avec les djaours (infidèles).
Les ambassades auprès des cours chrétiennes rabaissaient, plus qu'elles n'élevaient, ceux qui en étaient pourvus. Jamais un envoyé musulman n'a été pris dans un rang plus élevé que celui de chef de bureau. Le tilulaii*e, à son retour, était soumis à une sorte de purification morale. 11 felWl qu'il se retrempât au sein de ses coreligionnaires
Et, cependant, les rois de l'Europe considéraier comme une faveur insigne l'envoi d'un ambasi deur turc. On lui prodiguait les' honneurs , lesi resses, les présents; et, dans un commun dëlr les peuples s' unissant à leurs gouvernem^ rivalisaient de zèle et de bassesse pour fôte bienvenue.
Ces malotrus proiilaient de cet aveugle pour déployer une insolence qu'on prenait pc la dignité, et ne recevaient les avances des i
AFFAIRES ÉTOALNr.t:nES. 145
des peuples que comme la reconnaissance d'un vasselage non conteslé.
Rîen n'est changé dans les convictions intimes du peuple musulman. Ni sa dégradation, ni sa misère, ni soixante années de défaites et d'humiliations, ni rimmense supériorité intellectaelle des > Européens , n'ont diminué sa risible vanité. Le Turc se croit toujours d'une race privilégiée ; et il faut convenir que l'accueil fait aux êtres dégradés qui le représentent en Europe est bien propre à le maintenir dans son aveuglement.
Depuis que les Russes , sous le règne de Catherine II, ont commencé à rabattre les fumées de la vanité musulmane, les choses ont un peu changé à Constantinople. Les relations de la chrétienté avec le gouvernement oUoman étant devenues plus suivies, on a seuli la nécessité de relever la position du reiz-elTendi : il a été élevé au rang de ministre , mais il est toujours le dernier et le moins considéré.
Il ne faut pas conclure de ce progrès, qu'il y a en Turquie un véritable ministère des affaires étrangères, ni qu'on y rencontre des sujets en état d'en apprécier et d'en remplir les devoirs. On tomberait dans une grossière erreur. L'emprunt du mot n'a pas créé la chose; l'intelligence manque toujours.
Les dignitaires turcs, qui ignorent ce qui se passe chez eux et autour d'eux, savent bien moins
tt6 AFFAIRES ÉTr&A!(GÊRCS.
encore ce qui arrive chez les aulres |>eaple$. Le nom, In siluatîon, la force des éiatsaveclesqiielsil& traitent , tout leur est inconnu ; et c'est de celte nullité radicale qu'on veut les faire partir^ pour les transformer tout à coup en diplomates consommés! La prétention est trop forte : ceux d'entre eux qui ont un sens vulgaire sont les premiers à en rire.
Il n'y a peul-ètre pas, dans Constantinople, autant d'individus qui songent à l'étude de la géographie, qu'on en voit a Paris attachés à saivre les cours de sanscrit qui se font a la Bibliothèque de la rue de Richelieu. En 1830, ceux-ci étaient au nombre de trois, dont un novice de soixante* douze ans. Nous avons (ait connaître (volume I", chapitre des Hommes d'État) la nature des questions que nous adressaient les interprètes de h Porte , telles cjue coHes-ci : Quélaienl les Sarrasim ? Ou est située Lisbonne ? Qu'est-ce qu'un Lapon ? etc. C'étaient pourtant les hommes les plus studieux, les plus avancés de l'empire, les conseillers (lu ministère, qui faisaient ces demandes!
Mais, dira-t-on, les Récbild, les Nourry et aulres, récemment rentrés de missions auprès des grands cabinets de l'Ouest, ont dû acquérir d'utiles enseignements pendant leur résidence en Europe; ils auront au moins appris ce qu'il est indispeosable de savoir relativement aux nations avec lesquelles ils traitenl.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES. Ii7
Faisons celle concession^ bien que prodigieuse, qu<in(l le terrain n'est pas préparé à recevoir des semences de haute portée. Au moins nous concédera-t-on, en échange, que les autres individus, qui n'ont jamais quitté le sol musulman, et à qui Ton confie les intérim fréquents amenés par les caprices et Tinstabililé de l'autorité souveraine , sont toujours dans leur ignorance native.
Nous en avons fait Texpérience avec Peilew et Akif, pachas, ministres de Fintérieur en 1837 et 1838, et chargés successivement des affaires extérieures, en cumul avec leurs autres attributions. Le premier, mort empoisonné à Andrinople, lieu de son exil, était un homme de tète et de résolution, plus apte qu'on ne l'aurait cru à la direction des affaires locales. Le second, intrigant et vénal , à sa seconde destitution, quand nous quittâmes Constant inople , n'était , quoi qu'on en dit, qu'un goujat en affaires, qu'on nous passe l'expression. Ni l'un ni l'aulre n'avaient la plus légère idée de l'état politique de l'Europe-
Glons, en passant, un petit trait bien insignifiant en apparence, mais qui a pourtant une grande portée, quant à l'appréinalion des ressorts intérieurs du gouvernement turc.
Réchild, l'homme jugé indispensable, consei^ve le ministère des affaires étrangères, quoique détaché à l'ambassade de Londres. Nourry le remplace provisoiremen! à Constnntinoplo, sousl'im-