‹ La Turquie nouvelleChapitre 5 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

liA MAJIIIMI-:.

On vient de voir ce qu'est L'armée de terre chez les TurcSy et à quel point elle fait défaut à sa des» tination, qui serait de constituer la première force de 1 état. Il est logique de porter immédiatement un semblable examen sur la marine ottomane , appelée à remplir en seconde ligne la même mission.

A. la première vue^ l'aspect de l'armée de terre est repoussant; une exploration en détail ne fait que confirmer ei étendre cette fâcheuse impression.

C'est tout le contraire relativement à l'armée navale. On est saisi d*adiniration à ras|>ect des

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mâgnitiques constructions qui composent la flotte du sultan. Aucune puissance ne peut se flatter de posséder un plus bel ensemble de navires de guerre de tous rangs ; et cette illusion n'est pas de nature à cesser bientôt, car il faut une investigation nécessairement lente pour dissiper la magie du premier sentiment qu'on en a pris.

Chez le sultan même , l'enchantement , qui est devenu périodique, a une certaine durée. Quand ce prince voit chaque année , au priùtemps , sa flotte venir se placer en ordre d'appareillage sous les fenêtres de son palais d'hiver , il doit se croire le plus puissant monarque de 4a terre, {iael ne doit pas être son mécompte, quand ses regards passant de l'extérieur à l'intérieur de ses armemenls , il n'y aperçoit plus qu'un mélange confus d'êtres, chefs et subordonnés, également incapables d'en tirer le moindre paiti !

Cette triste conviction une fois admise» et tous les and elle reçoit une nouvelle confirmation , si, nonobstant. Sa Hautesse se décide, après en avoir obtenu Tagrément des puissances se disant ses amies , à ordonner à son escadre de franchir les Dardanelles , à quelle plus forte épreuve son orgueil n'estai pas soumis ?

La limite qu'il lui est loisible d'assigner à son amiral lui a été tracée par ces mêmes amiS;, et c'est la rade foraine de Tripoli , de Barbarie, qui est l'extrême point où l'on consent à tolérer sa

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présence ; encore le fait-on surveiller dans ses courses |>our qu'il ne la dépasse pas.

Mais ce n'est pas seulement vis-à-vis de la France et de l'Angleterre que la sublime Porte est convaincue de sa nullité sur mer. Elle a également le sentiment bien prononcé de son infériorité vis-à-vis du vice-roi d'Egypte.

Dans le courant de 1837, ce prince vint, accompagné de deux vaisseaux et de trois frégates , visiter rtle de Candie, qui forme Une partie im(>ortante de ses possessions.

Il fut proposé à la Porte de saisir cette occasion de relever sa considération en Europe, par un de ces coups de vigueur que le succès justifie. Il s'agissait de faire joindre le vice-roi, dans son retour en Egypte, par l'escadre du capitan -pacha , alors à la mer avec des forces trois fois supérieures aux navires qui accompagnaient Méhemmet-Ali , et d'obliger celui-ci à venir se présenter devant son suzerain.

Ce prince au pouvoir des Turcs , la rentrée des provinces de son apanage sous Tautorité du sultan devenait une chose probable ; car Ibrahim-^ Pàcha , grand guerrier , eût difficilement soutenu le fardeau du nouvel état, encore mal affermi.

Quelle fut la réponse du vieux séraskier Uzrew ou Chosrew-Pacha , à qui cette propositi<m était faite? « Notre amiral a en effet des forces triples « de celles du vice-roi. Nous pouvons encore les

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« doubler eu lui envoyant en reurort un nombre « égal de vaisseaux et de frégates prêts à appa- « reiller. Mais nos équipages sont-ils en état de se « mesurer avec ceux de l'Ëgyptien ? Le projet est « beau ; il pourrait avoir les résultats les plus « décisifs. Malheureusement, l'exécution en, est <x rendue impossible par l'incapacité de nos gens « de mer. »

Si le principal personnage de l'empiie, après le sultan , a cette opinion de la marine impériale , qu'il a longtemps dirigée en qualité de grand amiral, qua penser de la sollicitude exagérée qui s'obstine en France à faire de cette marine ottomane un monstre redoutable, contre lequel on détache tous les ans deux divisions navales , commandées par des amiraux 7 Peut-on ignorer qu'un seul vaisseau anglais ou français affronterait avec chance de succès toutes les forces maritimes du sultan ?

On nous permettra de rappeler ici , à l'appui de cette assertion, ce qui arriva en 1790, à lafin d une guerre entre la Russie et les Turcs. Le trait est trop honorable pour notre marine, pour ne point le redire. Il est d'ailleurs convenable de mettre un terme à des forfanteries qui ne sont pas dignes de nos hommes de mer , faits pour se mesurer avec des ennemis plus respectables que ce ramassis d'individus de toutes sortes qui montent les vaisseaux do Sa Hautesse.

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Pendant la guerre qui se termina cette uiéuie année 1790^ la Russie avait autorisé les Grecs de l'Archipel et de la Morée à armer sous son pavill<Ni contre leurs oppresseurs. Elle avait com* missionné leurs chefs.

Dans le traité qui mit fin aux hostilités, les Grecs furent oubliés par les négociateurs russes , et livrés aux plus, cruelles vengeances. La Morée perdit) par les supplices et par I émigration, la moitié de ses habitants.

Un des capitaines hellènes , nommé Lambros , rallia vingtr-huit voiles» et» à leur tète/continua la guerre pour son compte. Toutes les forces musulmanes lurent^ envoyées contre lui. Elles réussirent à le bloquer dans la rade d'une île où il s était réfugié avec sa petite flotte. Mais, malgré Ténorme masse des armements turcs et la faiblesse des gabarits grecs, le capitan^pacha n'osait pénétrer dans cette rade , d'où les Hellènes le bravaient et l'insultaient.

Malheureusement pour Lambros, il n'avait pas eu assez d'autorité sur ses concitoyens poiu* les obliger à respecter le pavillon français. Quelques marchands de Marseille avaient été pillés , la cpiu* de Versailles avait envoyé au capitaine de vaisseau Yénel, du département de Toulon, chargé de la protection du pavillon national dans les mei*s du Levant , l'ordre de tirer une vengeance éclatante de cet outrage.

Ce brave marin rallia le capiUin-pacba^ et n ayant pu le déterminer à le suivre y il pénétra seul dans la rade avec sa frégate, et détruisit l'un après l'autre les bâtiments des Hellènes, aux acclamations des Turcs , lesquels ne manquèrent pas de s'attribuer la victoire, quoiqu'ils n y eussent assisté que de loin.

Les équipages de Lambros s'étaient sauvés à terre. Les Turcs s'y jetèrent en masse quand le combat ftit fmi. Ils parvinrent à se saisir de quatre à cinq cents malheureux fugitifs, qui servirent au triomphe que le capitan-pacha se décerna à sa rentrée dans Constantinople.

On pendit ces prisonniers au bout des vergues des vaisseaux turcs. A chaque coup de canon tiré en salut devant le sérail, les habitants de cette ville voyaient s'élever le corps d'une victime , et Torgueil musulman s'en enflait.

Presque tous ces Grecs étaient revêtus d'uniformes russes. La sublime Porte ne craignait pas alors de braver la puissance devant laquelle elle est à genoux de nos jours. Elle était Qère de la protection de la France , qui , à cette époque , était efficace.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que la Turquie se fait remarquer par la beauté de ses vaisseaux. L'illustration dé la marine militaire y date du règne du sultan Habdul-Hamid, père de l'empereur actuel. Trois ou quatre ans avant la révolution fran-

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çaise, ce prince demanda à Paris des ingénieurs et des ouvriers.

Son suceesseur^ Sëlim III, continua cette cauvre, et à répoque de Texpédition d'Egypte , la Tui*quie avait déjà une belle flotte, dans laquelle on remarquait le vaisseau à trois ponts qui portait le nom du sultan, et passait pour le chef-d'œuvre du genre.

Ce fut sous ce même règne que fut construit , dans le port de Gonstantinople , par un ingénieur suédois nommé Rhodez, le bassin de Radoub, que les connaisseurs placent au-dessus de celui de Toulon, à cause des difficultés vaincues»

Eh bien I cette flotte fut tout aussi inutile à l'infortuné Sélim que Test à son neveu celle qui occupe si sérieusement le cabinet français, et sm* laquelle les yeux de Tempereur Mahmoud se reposent avec tant de complaisance.

 chaque nouvelle construction lancée à l'eau à Omstantinople ou à Ismid , autre arsenal placé à quelques lieues de la capitale, Sa Hautesse, qui ne manque jamais d'assister à ce spectacle, se frotte les mains de joie comme un enfant à la vue d*un plat de friandises que l'on place devant lui à la fin d'un repas. Le bambin est repu; il n'a plus iaim; il ne pourra toucher à ce nouveau plat; n'importe^ il jouit des yeux.

L'enfant couronné éprouve la même sensation, il n'ignore pas que ce vaisseau n'est qu'un joujou

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de plus^ qu'il n*en tirera pas plus de parti que de ceux qu'il possède déjà, que de hardis navigateurs pmirront le détruire, ou qu il finira par devenir la propriété d'un voisin à Taffût pour s'en saisir. En attendant, il se complaît dans la pensée qu'au printemps suivant une voile de plus viendra ré* créer sa vue en mouillant devant son palais.

La marine, objet de la prédilection des deux derniers suhans , a-t-elle fait des progrès sous l'empereur i*égnant ? Oui; mais c'est toujours dans la ligne matérielle.

On a élevé des cales nouvelles pour augmenter les conslructions. On a bâti des casernes pour le pers<mnel marititne. On a habillé uniformément quelques hommes nonunés pompeusement ^o/cfofe de mer ; on a institué une école navale, et l'on travaille à en fonder une nouvelle , avant même que la première soit en activité. Il ne manque à toutes ces créations qu'une direction intelligente, et aux éc<Aes en particulier que des élèves, des professeurs, des livres, des instruments , de bons règle^ ments , et un concours de volontés sincères. Ce dernier point sera le plus difficile à obtenir de ceux qui ont le pouvoir en main.

Sous le rapport intellectuel, les prétendus ma*^ ritts turcs sont encore ce qu'ils étaient sous les prédécesseurs du sultan Mahmoud. Il n'y a peut* être, dans tout l'empire ottoman, que le seul Tahir^Pacha, ex -grand amiral, qui sache laire

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éyohier un vaisseau. Mais son talent ne ya pas jusqu'à la manœuvre d'une division. Cet homme, qui a commandé pendant longtemps un brick et ensuite une frégate au service d'Alger, et qui> plus tard ^ a servi Mâiemmet-Àli en qualité de capitaine de vaisseau, circx>nstance qui lui a donné quelque renom ^ a acquis une certaine pratique comparable à celle de nos bons patrons de navires marchands. Eh bien! ce phénomène, parmi les Turcs, est employé en Asie comme officier de terre.

Il suflBra, au surplus, que nous indiquions chirement ce qui se pratiquait avant les réformes pour que Ton puisse juger, par le tableau de sa situation actuelle, si le régime maritime turc s'est amélioré par l'effet des idées nouvelles.

Autrefois, hors le cas de guerre, la Turquie n'armait jamais de flotte que pour la levée du tri-^ but annuel dû par les lies de T Archipel, et pour stimuler quelques tributaires en retard parmi les grands vassaux de Tempire. Des vaisseaux mis en commission pour l'instruction des marins, aucun amiral tore n'en eut jamais l'idée; cette idée n'est pas même venue aux ministres du nouveau règne.

Le capitan*pacha, à moins que quelque mission importainte ne lui eût été confiée , commandait toujours en personne cesflottes, qui prenaient la mer vers le mois de mai, et rentraient ordinai-

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renient dans les mois d'août et de septeniln^.

A répoque où les armements devaient avoir lieu y un avis de l'amirauté faisait connaître le nombre et la force des voiles destinées à être mises en commission pour le service de l'année courante. Dès ce moment, la lice était ouverte. Chaque prétendant à un commandement était ad^ mis à faire sa soumission.

Il n'était nullement nécessaire^ pour avoir le droit de concourir, d'avoir servi sur mer, de posséder dé^ connaissances nautiques, ni même d'avoir , comme on le dit vulgairement , le pied marin ; il suffisait d'être en position de payer plus chèrement que ses concurrents, le titre et le com* mandement que l'on poursuivait.

Les adjudications faites, les soumissionnaires acceptés étaient mis en possession des navires qui leur étaient échus, et l'amirauté envoj^t à chaque bord les hommes spéciaux , ou donnés pour tels , destinés à faire le fond de l'équipage.

En prenant pour exemple un vaisseau de 74, qui , d'après les règlements français , exige sur le pied de guerre un effectif de 720 hommes, on composait ce fond spécial :

1® D'une vingtaine d'ouvriers, charpentiers, csdfats, voiliers, cordiers, elc., choisis de préférence dans les hommes de ces divers états , em^ ployés habituellement h l'arsenal de Constantin nople ;

2^ De seize timoniers ; autrefois c'étaient des prisonniers maltais , que cette origine rendait escbves à vie ; depuis que Ttle de Malte appartient à l'Angleterre, .et que cette circonstance leur a valu la liberté, les Maltais servent volontairement h sublime Porte , qui les paie comme les autres engagés;

3^ D'une soxantaine de matelots grecs, pour le service des hunes et de la voilure ;

4* De quatre-vingts topdchis (canonniers), pris dans le corps permanent des topdchis de Tempirc, lesquels passaient alternativement, et à leur choix, du service de terre à celui de mer, n*ayant pour toute habileté qu'une connaissance superficielle des manœuvres de bouches à feu ;

5^ D'une centaine de galéondjis ( soldats de ga- Ibns ) , destinés à former la garnison du bord.

Tout ce monde ne formait guère qu'un peu plus du tiers de la quantité d'hommes nécessaires pour le service d'un vaisseau de 74. Le capitaine devait achever lui-même de compléter son équipage.

n le faisait au moyen d'enrôlés volontaires, s'il s'en présentait ; ou à défaut , par une manière de presse à l'anglaise, avec cette seule différence que les honmies pressés pouvaient, pendant un certain temps , se racheter avec des présents ou de l'argent. Voici quel était l'usage pour ce dernier mode derecratement.

La garnison du vaisseau, divisée en escouades de 10 à 12 hommes chaque , allait s'embusquer dans les carrefours et les lieux les plus fréquentés. On ^e saisissait des passants et on les conduisait à bord.

Arrivés là, ceux-ci comparaissaient devant une espèce de conseil de recrutement , composé des officiers du navire. S'ils consentaient à faire la campagne on les enregistrait, et leur paye et leur ration couraient dès ce moment. S'ils montraient de la répugnance ou peu d'empressement à ac* quérir de la gloire , on se chargeait de leur en iiispirer le goût, à moins que pour une capitulation à Tamiable ils n'obtinssent d'être renvoyés dans leurs foyers.

Le produit de ces transactions servait à dédommager les capitaines du prix qu'ils avaient donné de leur commandement.

Ce manège durait jusqu'au moment où l'amiral faisait connaître le jour où tous les bâtiments de • la flotte devaient se trouver prêts à appareiller* Dès cet instant il n'y avait plus de transaction possible. Tous les individus qui étaient saisis et amenés à bord, sains ou infirmes, devaient y rester jusqu'à Tefleclif du pied de guerre.

Il est facile de juger, parce mode d'armement, quelle devait être la faiblesse relative des vaisseaux turcs , à r^ard des marines régulières et instruites des états de l'Europe. Aussi était-ce à

peine si les tlottes ottomanes étaient propres à des transports. Bien certainement elles étaient nulles sous le rapport de l'agression , tout aussi bien que sous celui de la défense.

Est-il étonnant que les Grecs , parfaitement au courant de cette composition des équipages de leurs oppresseurs, devenue plus défectueuse encore par le massacre, le renvoi ou la désertion de leurs coreligionnaires qui en étaient l'âme , aient osé attaquer avec tant d'assurance, et monté sur de frêles esquifs, ces vaisseaux de haut-bord dirigés contre eux? On ne peut plus être surpris que la fortune ait si souvent souri à leur audacieuse témérité.

Leur triomphe s'explique par Tabsence totale d'instruction et d'usage de la mer chez leurs adversaires. La même raison révèle pourquoi la Grèce, tout en se réjouissant de l'issue de la journée de Navarin, ne partagea pas Tenthousiasme de la chrétienté. Elle ne pouvait trouver admirable que les trois principales puissances maritimes eussent triomphé de vaisseaux que ses simples marins avaient souvent attaqués avec des barques Itères.

Les Turcs eux-mêmes ne s'émurent que faiblement de ce revers. Leur amour- propre trouvait une compensation à leur défaite, dans la pensée qu'il avait fallu le concours des trois plus redoutables marines de la chrétienté pour

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vaincre une portion de leurs forces navales.

Quelques-uns conservent de ce fail un souvenu' qui ne s'effacera jamais. Le vieux séraskier Uzrew, ou Chosrew -Pacha, au milieu de l'incendie arrivé il y a huit à dix ans, qui dévorait le faubourg européen de Péra et les palais de toutes les légations, répondait à ceux qui le suppliaient de faire arrêter le feu, comme il en avait les moyens : « Àh ! vous trouvez qu'il fait chaud ici, que l'incendie sévit avec violence ! c'était bien autre chose à Navarin! » Il est vrai, ainsi que nous l'avons déjà dit, que ce misérable a un cœur de tigre, et une soif immodérée de sang humain.

Revenons à la situation de la marine. On ne met plus aujourd'hui ouvertement les commandements aux enchères. Ce scandale public a cessé; mais le mérite n'est pas plus consulté. Ils sont donnés à la faveur, et ce nouveau mode est tout aussi vicieux.

Quant au recrutement, le principe de la presse, pour compléter les équipages, subsiste toujours, sans être pourtant aussi absolu. On ne prend plus les individus au hasard. On met quelque discernement dans les choix en les faisant porter sur des hommes valides, et de professions que Ton puisse utiliser.

Une singulière aventure a contribué à déterminer ces améliorations dans un système radicalement absurde en principe.

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U y a trois aiis qu'un capitaine de vaisseau de premier rang, pris au dépourvu par un ordre d'appareillage très ^ rapproché , imagina , pour se procurer les hommes qui lui manquaient, de faire cerner un grand marché qui se tenait à peu de distance de la capitale. On lui amena la quantité de gens dont il avait besoin. Parvenus à bord , il leur tâgnifia que nulle réclamation, quelque fondée qu'elle pût être, ne serait écoutée.

On allait lever l'ancre pour mettre sous voile , quand le médecin de ce bord eut l'idée de constater la situation sanitaire de cet équipage, si lestanent improvisé. Un individu enveloppé dans une couverture paraissait vouloir échapper à la visite. Le docteur se dirige vers lui, le découvre, et voit uo corps sans bras.

Ce malheureux déclara qu'il avait craint de dévoiler son infirmité, qui lui aurait attiré de mauvais traitements de la part des racoleurs , dont le contingent n'eût plus été complet.

Pendant que le recrutement pour la marine torque est fait avec si peu d'intelligence, il s'en pratique un rationnel dans le port, dans Tarsenal, et quelquefois sur les vaisseaux mêmes du sultan, pour le compte de l'amirauté russe. Ici, on ne prend que de vrais marins. C'est avec de l'argent qu'on les séduit , s'ils sont libres , ou qu'on les fait déserter s'ils sont au service de Sa Hautesse. Le pavillon moscovite, sous lequel ils viennent

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chercher un asile , garantit leur sûreté. Jamais il no vient à la pensée de Tautorité musulmane de les réclamer. On ne les lui rendrait pas.

Depuis que des ingénieurs européens prennent part à l'armement des vaisseaux qu'ils ont construits, les Turcs échappent aux risques de la plus dangereuse des négligences^ celle de la confusion des calibres dans les ponts. Jusqu'alors^ on voyait dans la même batterie un canon de 36 à côté d'une pièce de 12, et sur la même ligne, du 8, du 18, du 24.

Cet absurde amalgame tenait à ce qu'on plaçait les pièces, non en raison de leur calibre, mais selon l'ordre où elles arrivaient de l'arsenal sur le navire.

Il en résultait le désordre le plus complet dans l'approvisionnement des pièces pendant un combat. Une gargousse de 1 8 , par exemple, était portée à un canon de 12, et ne pouvait y être introduite; ou on la présentait à une pièce de 24, qu'elle ne chargeait qu'imparfaitement, ce qui paralysait son effet.

Au milieu de cette confusion, les accidents éliiient fréquents et leurs conséquences graves. Ces gai*gousses, essayées et renvoyées d'une pièce à Tautre , prenaient quelquefois feu dans le trajet et mutilaient des hommes, si même elles n'allumaient un incendie. On assure que plus d'un fait de ce genre a eu Hou au combat de Navarin, et

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a occasionné presque autant de pertes à la Hotte ottomane que les boulets des trois escadres réunies. Quel chemin à faire, en pailant de si loin, pour arriver à une organisation régulière !

Le domaine turc possède un grand nombre de forêts magnifiques. Si le divan pouvait être prévoyant en quelque point, il devrait songer à ménager ces richesses si lentes à se reproduire. Au train dont on y va , elles pourraient bien s'épuiser avant peu.

La marine ottomane n'est pas la seule qui s'approvisionne dans ces forêts. Une foule de consommateurs, les Grecs de TArchipel surtout, usent sans façon des ressources de la Turquie , et se les procurent à bas prix. Ce qu'il y a de singulier, c'est que c'est précisément dans le golfe dlsmid, situé, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, à peu de distance de Constantinople , dont il alimente les chantiei*s, que la dilapidation des beaux bois est la plus active. La surveillance en serait cependant aussi facile qu'elle serait profitable.

Nous avons eu la clef de ce trafic de la bouche même d'un capitaine d'Ipsara, aujourd'hui établi à Syra, qui en a richement profité.

L'amirauté tm*que dresse chaque année le tableau des bois de toute qualité et dimension dont elle prévoit le besoin. Cet étal est envoyé à l'agent en résidence à Ismid, qui doit lo remplir. L'épo-

que (les coupes et des transports est laissée à son choix.

Cet agent a grand soin d'attendre la mauvaise saison pour faire la répartition de Tabattage dans les forêts y et celle du transport jusqu'au lieu d'embarquement , entre ceux des habitants à qui ces travaux sont imposés, soit à titre de corvées, soit en à compte sur leurs importions. Il fixe un délai pour l'exécution, etelle est de rigueur.

Le malheureux corvéable, obligé d'obéir, se presse de choisir les bois les plus faciles à abattre, et dont le transport offre le moins de difficultés. Arrivés sur le rivage, l'agent maritime ne manque pas de prétextes pour les refuser. Us restent sur la plage, sans emploi et à sa disposition , et il fait bientôt de nouvelles conunandes.

Ses nouvelles prescriptions sont remplies d'autant plus aisément , que Tamélioration de la saison, quand il les a ordonnées, permet aux bûcherons de pénétrer plus avant dans les forêts pour faire de meilleurs choix, et que le charriage est devenu moins pénible.

Cette seconde fourniture est acceptée et expédiée, en exécution des -demandes venues de Constantinople pour l'exercice suivant. Les ordres de l'amirauté se trouvant remplis, l'agent peut disposer de la première livraison restée sur la plage. Il donne quelque l^er dédommagement aux habitants qui l'ont formée, et il livre le surplus à

moitié ou au tiers du prix de sa valeur aux spéculateurs qui lui ont fait des commandes.

Cest ainsi que les affaires de Tétat sont traitées en Turquie. Le gouvernement est impudemment volé, et les déprédateurs n'ont d'autres précautions à prendre que celle de faire la part de ceux qui devraient les contenir.

On sait que la navigation commerciale est , en tout pays, la pépinière de matelots où puisent les marines de guerre. Les Turcs n'ont pas de marine marchande ; ils ne naviguent ni par goût, ni pour leiu* instruction , ni dans l'intérêt de leur fortune. Ils ne connaissent pas les côtes de leur empire.

Les Musulmans sont tenus de visiter une fois dans leur vie les villes saintes de la Mecque et de Médine. Peu se soumettent à cette prescription «le la loi , surtout depuis que Méhemraet-Ali est maître des passages. Quelques fidèles se font remplacer dans ce voyage. Nonosbtant cette tiédeur, la route de la Mecque est fréquentée par terre et par mer par les pèlerins. Beaucoup se rendent par mer de Constantinople à Alexandrie, et continuent ensuite leur trajet par la mer Rouge. Toutes les autres routes sont inconnues à l'indolent Musulman.

Un bien faible cabotage occupe quelques habitants des côtes. Le nautonier turc se croit perdu s'il cesse de voir la terre.

La marine impériale ^ nous devons le répéter j ne dépasse jamais un 4*ayon qui va du cap Matapan en Morée, aux parages de Tripoli, de Barbarie : le vice-roi lui interdit les côtes de la Syrie, comme la diplomatie européenne s'oppose à ce qu'eUe se porte à l'ouest de la ligne qui vient d'être indiquée. Comment des marins pourraient-ils se former dans un rayon aussi resserré et qu'ils ne parcourent que deux fois par an, et encore pendant la belle saison ?

En géographie, les Turcs sont encore aussi ignorants de nos jours qu'ils Tétaient , il y a 70 ans , sous le règne de Mustapha. A cette époque , le baron de Tott ne pouvait parvenir à faire comprendre à un grand vizir, qu'une flotte russe, en franchissant le Suud , pourrait venir brûler Tescadre du Grand Seigneur dans l'Archipel. « Tu ne « me persuaderas jamais, disait ce grand vizir, à « qui le baron montrait le Sund sur une carte, c< qu'un vaisseau y si petit qu'il soit y puisse passer « par là. » Six mois après, le comte Orloff incendiait la flotte turque dans la rade de Tchesmé.

Il n'y a guère qu'un an, qu'un des ministres actuels de Sa Hautesse ne voulait pas entendre que des divisions navales suédoises et danoises pourraient concourir à la défense de l'empire ottoman.

Faudrait-il d'autres citations pour prouver que la Turquie est aussi déix)urvue de forces du côté

de la mer que de celui de la terre ? La matière ne manquerait pas. Mais quel besoin de prolonger une discussion pour établir que l'existence d'une marine militaire est impossible là où il n'existe pas de marine marchande.

On le Yoit , aucun des éléments constitutifs de cette institution ne se rencontre dans les états du sultan. Les préjugés^ la mollesse, Torgueil de ses sajets, sont autant d'obstacles invincibles.

Dépourvus d'instioiction, ils n'ont ni la volonté ni la possibilité d'en acquérir. Les professeurs, les livres , les exemples manquent chez eux , ou n'y existent que de nom. Quelques élèves qui viennent passer deux , trois ou quatre ans , dans des institutions parisiennes, où ils ne sont que trop livrés à eux-mêmes, ne combleront pas le vide qae la n^ligence des études perpétue dans l'ensemble de la nation.

L'obstination des ministres ottomans, qu'on ne peut comparer qu'à leur ignorance de ton tes choses, est telle , qu'elle leur a fait refuser des moyens d'améliorations pour la marine du sultan , offerts par ce même Français qui avait travaillé pour l'armée de terre. Ces plans renfermaient les conditions de simplicité , d'économie et de mystère , sans lesquelles rien n'est praticable pour im gouvernement arriéré et tenu en tutelle par un voisin qui sait se faire obéir.

Par ces moyens , on mettait dans les mains de

Tautorilé tous les individus ^ nés sujets du sultan, propres au service naval. Des avantages assurés, et nullement onéreux pour l'état, faisaient rentrer sur leur sol natal ceux de ces sujets qui servent en grand nombre sur les vaisseaux du tzar; et , à leur retour, ils participaient immédiatement au bénéfice d'ime instruction mise à leur portée.

On sait que les vaisseaux à la mer n*ont en général qu'une durée de 13 à 15 ans, passé lesquels ils sont hors de service , ou sujets à de dispendieuses réparations.

On voit dans l'arsenal de Gonstantinople un grand nombre de bâtiments de guerre du plus fort au plus faible gabarit, dont on ne peut plus tirer parti , et qui , dans toute leur durée, n'ont quitté ce port que pour se montrer quelquefois dans les eaux de r Archipel. On appelait cela des croisières, et elles se passaient à l'ancre dans les rades ou dans des ports. Que de millions ont été ainsi prodigués en pure perte !

Le sultan n'a nul besoin d'autant de vaisseaux qu'il en entretient à la mer. Il ne devrait en avoir qu'en raison du personnel qu'il peut leur affecter; mais 11 pourrait se mettre en mesure d'en augmenter rapidement le nombre lorsque la nécessité s'en ferait sentir.

C'est d'après cette considéi*ation qu'un des plans, accepté d'abord et négligé ensuite, était conçu. Il s'agissait d'adopter en Turquie une me-

sure mise en pratique à Rochefort^ après la guerre de rindépendance américaine (1784).

On avait reconnu que les vases de la Charente étaient destructives des vaisseaux qui y stationnaient longtemps. A Brest, c'était un ver qui s'attachait à la quille des navires malgré le doublage en cuivre / et y faisait de grands ravages. Les mêmes inconvénients avaient été signalés dans plusieurs stations coloniales , à Gayenne , au Sénégal, à Madagascar, etc.

Pour obvier à ces causes incessantes de destruction, on s'était décidé à pousser les constructions presque à leur complet ; mais au lieu de les lancer à leau, on les démontait et on les plaçait en magasin.

Les pièces étaient marquées et numérotées; et quand il fallait en faire usage, on les remontait en peu de temps. C'est ce qui arriva en 1793, où plusieurs beaux vaisseaux parurent créés par enchantement dès l'ouverture de la guerre avec l'Angleterre. Non-seulement ce système arrêtait la détérioration des bois , mais en vieillissant sous des hangards, leur qualité s'améliorait.

On avait rappelé cet expédient à l'empereur Napoléon, dans le plus fort des travaux d'Anvers , et lorsqu'il ne pouvait employer que des bois verts, reconnus pour ne pouvoir être de longue diu'ée. Il répondit qu'il n'avait pas le temps d'attendre ; qu'il n'exigeait qu'un seul service de la flotte de

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TËscaiii; que ponrvo qu'elle portât son armée sur les rives d'Albkm, il s'inquiétait peu de ce qu'elle deviendrait après le débarquement.

L'Empereur avait ses raisons. Le sultan ne doit pas faire le même calcul. En emmagasinant une partie de sa flotte, il obtiendrait une immense économie ; il aurait des vaisseaux prêts à être mis en mer dès que les circonstances le requerraient, et il pourrait dérober à l'investigation de ses ennemis les ressources qu'il se préparerait.

La conservation des forêts , livrées en ce moment aux plus révoltantes dilapidations , le martelage des bois , leur coupe , leur réunion et leur transport, étaient, dans le travail proposé, somnis à des règlements qui en écartaient les abus.

Ce travail embrassait en outre plusieurs parties du système maritime, non moins mal dirigées que celles dont il vient d'être question. Il est inutile de les rappeler ici, puisque l'ensemble n*a été ni compris , ni accepté.

Après l'examen de chaque matière ^ il faut toujours en revenir à cette désolante question : La marine turque s est-elle relevée de sa nullité par l'effet des réformes? La réponse se trouve dans les faits exposés ci-dessus.

Depuis quelques mois , les lettres d'Orient font grand bruit de la présence d'officiers anglais sur les vaisseaux turcs. On veut y voir un indice certain de progrès futurs dans la tenue et l'instruc-

tioD des marins de cette nation. On fait honneur de cette mesure à la sollicitude de Réchild-Pacha, ambassadeur à Londres, pour les intérêts de son pays y et à la bienveillance prononcée du cabinet anglais pour le gouvernement ottoman.

Le tort de la presse européenne, quand elle répète ces bruits avec tant de complaisance, c'est le sérieux de son langage. En les accueillant sans les accompagner d'aucune réflexion, elle semble vouloir leur attirer une confiance que, pour peu qu'elle y pense , elle ne peut partager ellem^e.

On a pu juger par les détails dans lesquels nous sommes entrés, et dont la contradiction est impossible devant les faits qui en établissent la notoriété, quelle est la nullité du personnel de la marine turque , et quelles profondes racines ont les préjugés et les causes qui s'opposent à ce qu'il sorte de soiï atonie morale.

Nous le demandons, est-ce la présence d'officiers anglais pendant quatre ou cinq mois de l'année sur les vaisseaux du sultan , qui peut opérer la révolution radicale avant laquelle tout pn^rès est impossible ?

Ces Anglais ne savent pas le turc. Chefs et subordonnés répugnent à leur obéir, et, d'ailleurs, il n'est pas dans les principes du divan d'accorder à des chrétiens de l'autorité sur des Musulmans.

Sur qui , au reste , porterait d'abord l'instruc-

il4 LA BIARINK.

lion à répandre parmi ces masses d'une ignoi'ance égale ? Sur tous à la fois? la tâche serait au-dessqs des forces d'un seul homme. Sur les officiers 7 mais ils manquent des premiers éléments. Sur le reste de l'équipage? ici, il faudrait descendre à la source des connaissances les plus banales pour ouvrir les intelligences.

Que Réchild ait suggéré l'idée du placement d'officiers anglais sur les bords ottomans, nous l'admettons. Il est dans les allures de ce faiseur de se saisir de tous les mots sans comprendre les choses ; et pourvu qu'il ait produit de Teffet, en faisant adopter en principe des idées en faveur et en usage dans le reste de l'Europe, il lui importe peu qu'elles restent stériles après leur adoption. Nous aurons souvent occasion , dans le cours de cet ouvrage, de prouver que telle est la tactique au moyen de laquelle cet ambitieux est parvenu à se donner auprès de ses stupides compatriotes la réputation d'homme d'état.

Quant à l'Angleterre, nous n'admettons pas que ce soit par pure bienveillance pour les Turcs qu'elle ait consenti ou demandé à embarquer un officier anglais siu* chaque vaisseau turc, pendant la durée de son temps de commission. 11 nous paraît bien plus naturel qu'elle ait eu la pensée d'avoir des surveillants de tousleui*s mouvements, de se faire des partisans à chaque bord et de prévenir la même pensée chez les Russes, en pre-

nant , la première, une espèce de i)os$ession devS armements du sultan.

M. de BoutiniefT, ambassadeur de Russie àConstantinople, semble avoir attribué à la mesure anglaise le motif que nous venons dVxposer, car on annonce que des notes énergiques ont été passées par lui au divan , pour exiger le renvoi des Anglais.

Que les optimistes, qui n'ont pas assez de termes laudatifs pour exalter les réformes du sultan Mahmoud, rayent du système maritime des Turcs ce moyen d'amélioi'ation ! La flotte ottomane n'est pas destinée à s'éclairer au flambeau de l'Anglolerre.

CBAPITRE m.

PIIVANCK^.

Après avoir démontré par les tableaux qui pré-

rèdent, l'état actuel des armées de terre et de

mer de l'empire ottoman, il convient de passer à l'examen du département cpii fournit à leur entretien.

C'est dans son système financier, surtout, que se montrent au grand jour les causes actives de dissolution qui minent incessamment ce grand corps atteint de décrépitude, et que bien des gens continuent à regarder comme pouvant être de quelque poids dans la balance de l'Europe.

Des signes métalliques sans valenr intrinsèque, qui n'ont, comme les assignats français à l'époque

de leur chule^ qu un cours forcé; ki conlrcfaçon multiplianl ces signes faclices; des ministres spéculant et bénéficiant sur les réductions qui les frappent de temps à autre dans. leur valeur officielle; l'insufiisance de ces espèces de convention, ayant pour résultat d'entraver la rentrée des impôts ; enfin, riuintelligence du pouvoir dans la répartition du revenu public, quant à l'application aux dépenses, prodiguées ou restreintes, non en raison des besoins, mais selon le plus ou le moins de crédit des chefs de département : tels sont les symptômes caractéristiques d'une détresse sous le poids de laquelle succomberait en peu de temps un état plein de force et de vie. Ce qui reste encore réuni de l'ancien apanage des sultans, parvenu au dernier degré d'atonie , pourrait-il résister à tant de causes de ruine ?

La Turquie n'a pas de signe monétaire qui puisse être admis hors de son territoire. Ses hôtels des monnaies ne frappent plus en espèces d'or que trois sortes de pièces auxquelles une décision arbitraire, que le commerce ne sanctionne pas, donne une valeur de 5 fr., 2 fr. 50 , 1 fr. 25 cent., hors des frontières turques; la différence en moins sur cette estimation est immense.

La Turquie n a pas de monnaie d'argent ; elle n'en a pas de cuivre. Ce qui en tient lieu et circule dans, le pays, sous des dénominations fixées

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