AFFAIRES ÉTRANGÈRES
voire refus , les paquets , suivant le règlement , seront mis au rebut.
Alors, ce brave homme a supplié qu*on lui donnât le temps de demander à Réchild Tautoris;iiion de faire cette dépense imprévue de 35 fr.
On peutjuger^ parce seul fait, de quelle manière un intérim est compris en Turquie , quelle est la latitude laissée à celui qui l'exerce, et quelle langueur doit amener dans les affaires l'obligation de consulter, à six ou sept cents lieues de distance, pour des choses aussi futiles qu'une dépense de quelques francs.
En échange, et comme contraste non moins singulier, rien n'est plus lestement expédié que les traités entre le divan et les puissances étrangères. Nous allons en citer un exemple, dont nous avons été témoin en 1800, sans oser attester, toutefois, que les réformes aient introduit quelques changements utiles dans les usages suivis à cette époque dans ces importantes matières.
Les conseillers du reiz-effendi, chargés de l'expédition des affaires de son département, siégeaient tout le long du jour, assis sur un sofa régnant autour de la pièce qui donnait entrée dans le cabinet de ce ministre.
Ils étaient assis à Torientale, les jambes croisées, ayant à leur ceinture l'écritoire olBcielle , marque de leur importance, et, h côté d'eux, une
iiê AFFAIRES ÉTRA^IGÈilES.
takielie en i)ois^ qu'ils altiraieDt sur leurs genoQi quand ils deTaient écrire.
Le conseiller, graTe et impassible^ fumait tranquillement en attendant qu'on lui a|^KHiat im traité, une lettre ou un ilocument qoelconcpie à transcrire sur un pqwer lotit (ormaîéy qu'on bi remettait en même temps que b minute à mettre au net.
Ce papier, quand il s'agissait d'un acte sdemiel, était rempli, dans sa première |)age, des chiffres €l titres de Sa Hantesse, en lettres moulées et dwées. Il ne pouvait recevoir, et c'était de rigueur, qu'une seule ligne d'écritmre au bas de cette page; le siv- [>lus était reporté sur le verso.
Arrivons au cas qui nous a foumi la facilité de connaître ces détails préliminaires et ceux ipii vont suivre.
La république de Raguse, tout exiguë qu'^ était, avait obtenu d'être traitée en Turquie, par égard poiu-le tribut annuel qu'elle payait à laP<Hte, à l'instar des grandes puissances; et', comme elle ne pouvait exciter aucime crainte , elle obtenait, pour son résident auprès des ministres de Sa Hantesse, une confiance à laquelle les ambassadeors les pi us considérables n'atteignaient que rarement.
Le premier drogman de Raguse avait négocié , par procuration du résident gravement malade, un droit de pêche en échange d'une redevance annuelle. Tout était à |iou près convenu; il exis-
AFFAIRES ÉTRANGËRF^S. 151
iaii cependant une petite diniculté, qu'il ini()ortait de (aire trancher au profit de la republique.
Ce drogman, \x>uv enlever l'avantage réclamé, avait eu recours à l'intervention du médecin de Sélim lli, Fun de ses nationaux. Il se nouiniail Ruïni, et jouissait d'un grand crédit dans le sérail.
Le docteur avait promis ses bons offices, et.il nous proposa de l'accompagner i)our nous rendre témoin de son influence, et nous faire prendre une idée de la manière dont s'expédiaient les aflaires le plus directement en contact avec les nations européennes.
Nous le suivîmes, et primes place sur le sofa des conseillers pendant que le drogman et lui entraient dans le cabinet de l'excellence.
La difficulté fut promptement levée. Un des conseillers fut appelé, reçut le mot de son chef, et revint à sa place , où on lui apporta le papier officiel.
11 plaça la tablette sur ses genoux , il tailla sa plume y écrivit le traité , qui consistait en trois lignes, dont Tune au bas de la page, et les deux autres sur le revei's. La pièce confectionnée fut portée au ministre. Lui et le drogman la signèrent, et celui-ci l'emporta, non sans avoir laissé à côté du rédacteur des preuves palpables de sa satisfaction. Il est vraisemblable qu'il avait également satisfait le signataire : ainsi le veut fusage, usage très-impérieux; et ce n'est pas
tdS AFFAIRES ETRANGERES.
dans des cas pareils que les hommes d'état turcs le laissent tomber en désuétude.
Tout cela n'avait pris que dix-sept oiinates. Si les Turcs étaient aussi diligents en toutes choses, ils ne seraient pas descendus aussi bas qu'cm les voit en ce moment ; mais l'indolence et l'apathie sont dans leur sang et dans leurs mœurs. Us les prennent pour des qualités, les louent dans ceux qui les manifestent , et sont toujours disposés à remettre au lendemain ce qu'ils peuvent faire le jour même.
Qu'on nous permette une historiette qui n est pas neuve , mais qui doit ajouter un trait à la peinture du caractère des Musulmans.
On racontait devant plusieurs Turcs, qu'on homme venu de bonne heure chez un de ses amis lui avait appris qu'un tel, de leur connaissance, étant sorti de grand matin de chez lui , avait eu le bonheur de trouver une bourse pleine d'or, qui assurait sa fortune. A ce récit , l'ami se retourne vers son fils , encore couché , quoique la matinée fût assezavancée, et lui dit : — rTu vois, mon enfant, ce que l'on gagne h être diligent. Si un tel eût été aussi paresseux que toi, il n'eût pas fait cette bonne trouvaille. — D'accord, père, répondit le jeune homme ; mais celui qui l'avait perdue s'était levé encore de meilleure heure. On ne saurait peindre le ravissement que celle réponse excita parmi les assistants; ils en conclurenl en faveur de leur
AFFAIRES ÉTliAiNGÈHES. 153
prédilectiou pour l'indolence ; ils applaudirent, et louèrent j sous toutes les formes y la sagesse prématurée de cet enranl.
Sultan Mahmoud , efforcez-vous donc de changer les mœurs de vos sujets !
En attendant cette autre réforme, plus difficile que les changements matériels et sans résultats dont on fait honneur à Sa Hautesse , disons que le sentiment de la dignité nationale, en Orient, est toujours abandonné par nos hommes d'état. Nousen puisons la preuve dans le traité commercial récemment conclu entre M. le baron Roussin et le divan. On s'y sert encore du moicapilulaliony pour exprimer un petit avantage obtenu par la France.
Ce mot avait une signification injurieuse à l'époque où il fut employé pour la première fois, sous le règne de François I". A cette époque, la suprématie des Turcs était reconnue. C'était en effet des capitulations qu'ils accordaient, quand ils faisaient des concessions à une nation chrétienne. Ils les considéraient comme actes de munificence^de la part de leiu* souverain.
On ne fait pas attention à l'origine de ce mol; les Turcs lui conservent la même valem* qu'autrefois. Il se trouve que la France , si puissante , quoiqu'on ait l'air de l'ignorer, semble recevoir encore de la bienveillance musulmane des concessions, qu'elle a Texlrême modestie de ne pas exiger d'une puissance qui n'a plus qu'une ombro
ibï AFFÂIKES ÉTRANGÈRES.
d'exislence. Quelle abn^ation I Mais notre dî| malie noas a accoutumés à toutes sk)rtes d probre. Celui-ci passe inaperçu parmi nous; Turcs, dans leur superbe, y attachent une I autre idée.
CBAPITRB TII.
LA FAMILLE IMPEIIIALE.
L'empereur Mahmoud a quatre enfants vivanii» (1839)9 deux garçons el deux filles. Dans le courant de 1838, il a perdu un garçon et une ûlk;.
La maladie qui emporta le jeune prince est restée inconnue 9 un absurde préjugé ayant mis obstacle a Tautopsie du corps du défunt, que les médecins réclamaient avec d'autant plus de raison, qu'un frère, né avant cette jeune altesse, était près de succomber sous le même mal. On a vu dans le premier volume , que celui-ci avait dû son rélabiissement à l'empirisme, et quelle avait été la récompense accordée a la femme arménienne artisan de ce prodige.
f56 LA FAMILLE IIIFÉRIALE.
Un autre préjugé non moins déplorable enlraim, quelques mois après , la perte d'une princesse, deuxième flile du sultan et épouse de Saîd-Pàcha, qu'une saignée pratiquée à tempseût sauvée. Elle était du sang impérial, de ce sang que des révohitions de palais ont souvent fait couler sur les marches du trône, mais qui ne saurait être versé pour conserver les jours précieux d'un membre de la raniille. 0 bizarrerie ! Deux faits aussi lamentables établissent jusqu'à l'évidence la force des résis* tances rencontrées par le réformateur dans l'ordre moral comme dans les choses matérielles.
La succession au trône des califes est encore a^surée par l'existence de deux princes. Heureusement , son chef, si faible dans les deux cas qui viennent d'être rapportés, a eu la force de résista* h une coutume trop souvent suivie par ses prédécesseurs, laquelle autorisait la destruction des fib puinés des sultans, pour prévenir des rivalités enire les héritiers.
Les fils de Sa Hautosse sont âgés (1839) , Tsdné (le dix-sept ans, le second de quatorze. On les voit, dans le ten)ps du Ramazan, parcourir à cheval les rues où le sultan fait ses promenades ordinaires. Pendant la belle saison, ils se rendent assez fré^ ({uemment en caïque ou en calèche aux rendez* vous où ce prince va prendre ses délassements. A part ces deux circonstances, on ne les rencontre nulle part.
L'éducaliou qu'ils reçoivent est intérieure et isolée. Quelquefois on leur ehoisit pour compagnons d'études quelques jeunes esclaves attachés à leur service.
L'instruction, ils la tiennent de maîtres musulmans. On |)eut apprécier la nature et l'étendue de ce qu'ils peuvent apprendre d'instituteurs h qui toute science utile est étrangère .
Le plus profond mystère enveloppe les premières années de ces enfants appelés aux plus hautes destinées, et à l'exercice d'une autorité sans limites sur de nombreuses populations.
11 y aurait lieu de rire de pitié, s'il n'y avait matière aux plus douloureuses réflexions dans l'aveuglement qui préside aux premiers pas de ces jeunes altesses, quand on lit dans des journaux sérieux des détails comme ceux-ci : « On écrit de Con- « stantinople que le sultan , appréciant les bien- « faits de l'éducation , fait élever ses enfants à « l'instar de ceux des maisons royales de l'Europe. « Des maîtres renommés pour l'étendue et la va- « riété de leurs connaissances sont placés auprès « d'eux, etc. , etc. »
Nous serions tenté de sommer ces audacieux correspondants de nous citer le nom d'un de ces savants, et de nous dire surtout comment l'on s'y est pris pour abaisser les barrières que l'étiquette et les préjugés élèvent contre Tintroduction d'étrangers dans le sérail, et leur libre com-
manication avec les héritiers de la cooroiiiie.
Noos avons ea une occaskiD amqae d'obmr, sur b natnre de rinstmctioD donnée à ces jem/m gens, des notions qu'il est toujours très-diffirife, pour ne pas dire impossible, de se procmner.
Admis dans rinlimité d'un personna^ amché depuis peu à une position à peu près souTeraiuey nous TaTons toujours irouTé occupé de Tédueation de trois jeunes princes, ses enfants, ^ésde dix-sept, quatorze, et neuf ans.
Déchu d*un rang auquel il ne lui sera peot-èlR pins possible de r^nonter, il sent , il a la conriction que c*est a TaiJe dVtudes solides qu'il peol procurer à ces victimes de révolutions si fréquentes en Orient, un dédommagemenl du piNh voir, des richesses, de la considération qu'il o'a pu leur consnrer.
Chaque fois que nous visitions ces ahesfifs déchues, nous les vovions environnées de maîtres musulmans, qui leur enseignaient , indépendamment des préceptes religieux . la lecture , récriture, les règles les plus élémentaires des mathématiques et le persan. Le père suivait les leçoas avec une assiduité et une persévérance exemplaires.
Sur l'observation que nous lui fîmes im joiu*, et et que nous réitérâmes plusieurs fois, que l'étude d'une lai^e européenne, du français, par exemple, leur faciliterait rarijnisition de
qu'ils n'obliendraient jamais des cnseignomenls «auxquels on les réduisait, il en convenait. — Mais, ajoutait-il, je jie puis mieux faire que de me mo deler sur le sultan, mon auguste maître.
Le système que je suis pour mes enfants est celui qu*il a adopté pour les siens. On m'informe exactement de ce qu'il fait, et je Timite. Quand les jeunes sultans passeront à l'étude des langues européennes et des sciences qui constituent un bon système d'instruction, mes fils auront des maîtres pareils. Je le répète, je ne puis mieux faire que de suivre un tel guide.
H y a quelque chose de touchant dans le respect et la fidélité qui prescrivent et maintiennent une semblable abnégation. Si elle est imitée , et nous croyons qu'elle Test généralement dans les hautes classes, on ne peut en déduire une tendance à de grands progrès chez une nation où la subordination s'étend aussi loin.
Le sultan a entendu se donner des appuis et d'utiles coopérateurs, en choisissant autour de lui des gendres pour ses filles ; et, chose remarquable comme opposition aux anciens us et pré jugés de sa couronne, il a permis la cohabitation entre les conjoints.
Autrefois , les sultans choisissaient aussi des gendres parmi leurs sujets; c'était alors dans des vues politiques : la tendresse paternelle restait étrangère à ces combinaisons.
\m LA FAMILLE IMPÉRIALE.
La Sublime-Portc apprenait de ses surveillants qu'un pacha d*une province éloignée, de Badgad, par exemple 9 se formait par ses exactions nn trésor considérable pouvant, avec le temps, appuyer des projeis de révolte, favorisés par les grandes distances qui le séparaient du si^e du gouvernement.
Aussitôt un officier du sérail lui était envoyé <ivec la mission de lui annoncer qu'il était l'objet du plus insigne honneur, que le sultan daignait lui accorder une de ses filles pour épouse. Cet officier lui remettait en même temps les firmans, une pelisse d'honneur, et autres insignes attestant son admission à cette haute faveur.
Le premier acte du nouveau gendre était de répudier sa ou ses femmes légitimes. Il gardait ses concubines, mais seulement à titre de servantes ou esclaves de son impériale moitié , qui ne Tétait pourtant que de nom , car les époux ne se réunissaient pas.
Il avisait ensuite à la dotation de cette princesse en lui faisant passer de riches présents et une dot en espèces d'or. Il pourvoyait aussi à son entretien par une allocation annuelle proportionnée à sou rang.
Si le pacha fais^iit les choses convenablement, et qu'on les trouvât en harmonie avec les richesses qu*on lui supposait, le sultan le considérait dès ce moment comme nn homme qui lui était acquis.
Sa faveur s'établissait , et sa femme devenait un
£a.ppuiy qui non-seulement le maintenait dans son
gouvernement y mais, souvent aussi , servait à lui
^a procurer un autre plus important. Si y au con-
^raire^ sa conduite ét^t marquée au coin de la
lésinerie, sa perte était jurée ; et les tendances du
l3eau-père et de la bru étaient tournées vers le
Ibut de le perdre sans éclat ; le cas arrivant, les
xichesses dont il avait ménagé l'emploi devenaient
la proie du fisc.
Les époux s'écrivaient fréquemment : c'était la seule faculté que l'hymen leur eût procurée. Ils ne s'épargnaient pas les compliments, et se complaisaient dans les avantages corporels qu'ils s'attribuaient réciproquement; car ils ne s'étaient jamais vus, même en peinture, la loi du prophète prohibant inexorablement toute représentation humaine. L'illusion allait quelquefois jusqu'à leur persuader qu'ils s'aimaient tendrement.
Ije hasard pouvait cependant les réunir. Les intrigues de la femme réussissaient quelquefois à procurer à son époux une des grandes dignités de Tempire» telles que celle de grand vizir et de capitan-pacha, qui donnaient la résidence dans la métropole. Dans ce cas, la cohabitation était permise.
Mais quel n'était pas leur désappointement, quand, à la première entreviib, ils ne se trouvaient plus cette beauté , ces grâces , ces perfections ,
162 l.A FAMILLE IMPÉRIALE.
dont leur imagination orientale s'était plu à se doter mulueliement !
Un fait de ce genre arriva sous le règne de Sélim III. Le i^acha d'Erzcroum avait* été choisi par ce prince pour mari d'une de ses filles. Au moment où cet honneur venait le chercher dans sa résidence y il eut le malheur d'avoir un dl crevé par un de ses favoriS; dans le jeu du djirid, auquel il se livrait avec passion '.
Les conséquences de ce cruel accident avaienl été aggravées par l'impéritie de l'esculape du pacha. Le cartilage gauche du nez avait dû être amputé, et remplacé par une lame d'ai^ent.
Ce fut peu de temps après sa guérison qu'il a^ riva à Goustantinople pour occuper la place de, grand vizir, à laquelle le crédit de la sultane l'avait fait élever. Il était hideux. Personne ne fat surpris de la répugnance que témoigna la princesse a la vue de celui qu'elle s'était figuré un Adonis ; elle quitta sur-le-champ le palais où la rencontre s'était faite ; et le bon Sélim, son père, approuva la séparation.
Le nouveau vizir n'en conserva pas moins la faveur de son maître. Il a laissé de bons souvenirs. S'il n'a pas joui de la possession d'une belle princesse, adorée de son père, il a au moins échappé
' On lira la description de cet cxrrcioo dans le i-hapitro ronsarré an s|K'clnrles, je m cl divrrlisseinents dos Turcs.
aux terribles épreuves qui raltendaient dans le cours de son union.
Une loi horrible et barbare condamnait tous les enfants issus d'une princesse du sang impérial et d'un sujet, à une mort immédiate après leur naissance. Ces infortunés , quel que fût leur sexe , ne traversaient la vie que pour passer des mains de la sage-femme, qui les avait reçus à leur entrée dans ce monde, dans celles du muet chargé de leur ravir le jour. On voulait prévenir, par ces inhumaines précautions , les velléités d'ambition que des alliances avec le sang ottoman eussent pu faire éclore, si ces enfants eussent vécu.
On doit faire honneur au sultan Mahmoud de TaboUtion de cette odieuse pratique. Hallil-Pacha, son premier gendre, eut, de son épouse, un fils qui vécut pendant six mois, et qu*il ne perdit que de mort naturelle.
Nous avons dit qu'Hallil, esclave géorgien, n'avait dû l'immense faveur d'être choisi par son souverain pour être l'époux de sa première fille, qu'à la tendresse que lui portait le vieux séraskier Uzrev^, ou Chosrew-Pacha , dont il était le favori, et qui était lui-même Tobjet delà plus haute faveur de son auguste maître, l'empereur régnant. Il ne nous a pas été possible de découvrir la cause d'une pareille faveur accordée à Saïd-Pacha, qui a épousé, en 1837, la seconde fille de Sa Uautesse.
164 l.A FAMILLE IMPÉKIALK.
Ces choix n'ont pas jastiOé les es|)érances de ce prince. L'idiotisme de Tun, la participation de Tautre à un crime honteux , ont rendu stériles des pensées conçues dans des idées d'avenir. Il reste à Sa Hautesse une troisième fille à pourvoir. Ce prince y songe, écrit-on de Constantino(dp. Sera-t-elle plus heureuse ou mieux inspirée dans cette troisième recherche ?
En attendant, relevons encore une de ces grossières annonces que les corres(K)ndances de rOrient répandent sans scrupule , et que des journaux de la chrétienté accueillent et accréditent sans y réfléchir.
Il venait d'être question du mariage prcjeié entre le jeune prince de Leuchtenberg et la princesse Maria de Russie. On louait l)eaucoup Sa Majesté tzarienne sur l'adhésion qu'elle avait donnée au choix judicieux de la princesse.
Vile, vile, un courtisan de Constantinople s'empresse d'écrire h la Gazelle (TAugsbourgj que le sultan , imitant son glorieux voisin , a laissé à sa troisième fille le soin de se choisir un époux, et que sa prédilection s'est arrêtée sur un certain Achmed-Fety-Pacha, dont la séduisante toumurr et l'esprit délié ont fait sur elle une profonde impression.
Jamais rêverie ne fut plus indigeste, ni les vraisemblances plus choquées. Si le sultan était atteint d'une aliénation mentale avérée, nous
douterions encore d'une ^semblable résolution en pareille matière.
Où donc a-t*on pris qu une princesse du sang ottoman, icondanmée à la plus sévère clôture, surtout avant son mariage, ait pu voir et admirer rhomme que Ton désigne ? et si elle Fa , par hasard , entrevu à travers des grilles épaisses , où n-l-elle pu l'entretenir pour apprécier son esprit? Ne dirait- on pas que les salons du sérail, si on peut donner ce nom à des appartements accessibles seulement aux individus du service intime, sont ouverts aux personnages de haut rang, et \\ue les sexes y sont confondus? On ne peut cumuler plus de sottises dans une seule annonce; et pourtant elle trouve des échos parmi des gens iiui raisonnent juste sur toute matière autre que les questions orientales.
Le sultan a une sœur qui frise la soixantaine. Bile a profité du relâchement inti^oduit, à Tombre les réformes , dans les rigueurs de l'étiquette , joiir se donner plus de liberté qu'elle n'en eût m autrefois.
Elle occupe un palais dans mie situation ravissante, sur le Bosphore. On rencontre assez souvent son harem (cortège) dans les rues de Conîtantinople. Elle aime le mouvement, et fait volontiers elle-même ses aflaires et ses emplettes, suivant les mauvaises langues, elle sait combattre es ennuis du (•élil)at ; le public rit de ses écarts
l(>b LA FAMILLE IMPÉRIALE.
et les lui pardonne, parce qu'au total elle est h* personne.
Il est vrai qu'elle ne paie pas ses foi aussi sont- ils moins indulgents. On les à faire des vœux pour sa fin prochaine, parce < disent-ils, on ne pourra rien obtenir de son Les gens plus instruits, et parmi ceux-ci est Arménien, père d'une nombreuse famille, (fàw\
puis vingt ans lui donne des soins sans en aW;
reçu aucun salaire; ces gens, disons- nous, i»" putent à rbomme d'affaires de la princesse le retard qu'ils éprouvent.
Dieu veuille, pour ces braves gens, que Tawfc fisc n'intervienne pas au moment du d&ès, et* se fasse pas la part du lion !
La conclusion du présent chapitre est que b génie réformateur du sultan n'a pas pu réussira tirer des ornières profondes de la routine la chfl« la plus essentielle, l'instruction de ses enfants.
Sa première pensée ne devait-elle pas être (k se donner dans ses héritiers, par une bonne éducation, des continuateurs de l'œuvre remarquable qu'il n'a pu qu'ébaucher? et dans ses gendres, ne devait-il pas chercher des aides et des appuis?
11 y a songé , nul doute. L'intelligence a 6it défaut à son instinct. L'esprit des jeunes sultans ne sera nourri que d'idées surannées ; et ils ne connaîtront le système qu'on a entendu leur substituer, que par les innovations mal conçues, mal
erées, qu'ils trouveront établies. En enti*ant is le monde , ils seront lancés dans uiie lice is issue ; ils ne pourront reculer vers le passé, ite de ravoir connu ; et ils ne chemineront qu'en ^lesdans la voie nouvelle, adoptée sans Intelence par esprit d'imitation. Quel avenir! Quant aux gendres, on les connaît déjà : ils ne nt propres à rien.