‹ La Turquie nouvelleChapitre 41 sur 79 · CHAPITRE TUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TUI

NINISTRi^ £T AUTRl» GRAI\DS PERSONNAGES Tl!Ras DANS LBlltS HABITUDES PRIVÉES.

reprendre de décrire par des faits les habi* privées des ministres et des autres grands nnagés de l'empire ottoman, c'est s'engager une voie où la vertu n'apparaît que raret et où le vice se révèle sans cesse avec la istidieuse monotonie. Abordons, cependant, natière; il le faut, car elle fait partie du tagénéral que nous avons annoncé.

. différences entre les hommes proviennent, it autre pays, de la naissance, de la fortune, ducation, des dispositions naturelles déveîs par l'étude. En Turquie, ces causes de ^nce sont nulles.

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ralionsT Ce peuple semble enirainé, par un pen- ;haiU irrésistible, à se révolter contre tout ce qui »l nouveau. On le voit assez dans les résistances ncessamment opposées aux réformes tentées par e pouvoir quasi-divin du chef de l'islamisme.

C'est un fait constant que nulle création de iurée ne peut marquer le passage d'un homme m ministère. En Europe, chacun s'impose voloniers la loi d'améliorer le service dont il reçoit la lirection; sileseffoits, dans ce genre, ne sont pas toujours couronnés de succès, au moins signalentib rintention. C'est le contraire en Orient.

Les mesures du sultan Mahmoud n'ont fait qu'ef- Oeurer les surfaces; le fond est resté le même. Un Duinistre du seizième siècle pourrait venir repren- Ire les fonctions qu'il a remplies il y a cent cin- ]uante ou deux cents ans : il retrouverait les choses lelles qu'il les a laissées ; seulement , il i)ourrait y rencontrer des innovations qu'il ne comprendrait [)as.

Un Turc qui est api)elé à un grand emploi n'a ^'un but, c'est de s'y maintenir dans la ligno suivie par son prédécesseur; il s'informe comment Taisait celui qu'il a remplacé ; il ne vise pas à ce cjue l'on dise : // fait mieux; il se contente qu'on pense qu't/ ne fait pas plus mal.

L'imitation est servile aumatériel,commedansla pensée. La maison d'un nouveau dignitaire se montre sur le pied où son devancier la maintenait. Les

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«'iiicienDes habitudes survivent; les oièmes err^^ nientssont suivis; on ne s'aper^t>il de lamntatîi i|u en voyant de nouvelles figures.

il perce bien , à la vérité , quelque nuance la manière dont rautorilé est exploitée. EUe devi^if plus douce ou plus acerbe , suivant le caractère da fonctionnaire ; mais ce sont encore là des eioqitions. L'ensemble reste et se maintient.

Autrefois j lorsque le peuple dominateur aocaprait toutes les richesses , un homme promu à un ^rade élevé passait souvent de la gène à la phs grande opulence. Le jour qui suivait sa nomination le trouvait riche; la semaine ou le mois d'après, sa fortune était fondée. Cela ne voulait pas (lire qu'elle fût solide; car les chances qui l'avaient improvisée, ix)uvaient tout aussi bien Tanéantir d'un seul coup.

Le sultan ne proclamait l'élu de son choix, qu'en lui faisant remettre des présents d'un prix proporlioiiné à la splendeur de la dignité qu'il lui accordait. Par exemple, pour la chaîne de grand vizir, c'était d abord une forte somme en espèces; ensuite des bijoux et des armes, avec garnitures de <Iiamants, de perles, de pierres précieuses; des schals de la plus grande valeur; des chevaux parés de inagniûques harnais; enûn, des esclaves (les deux sexes, d'origine géorgienne et circassienne.

A riiiiilaliundu niai(r(^, les grands dignitaires

envoyaient leur oflrande; elle était on rapport avec leur position sociale.

Après ceux-ci, les individus qui aspiraient aux bonnes grâces du nouveau favori de la fortune , cenx qui désiraient sa protection, les postulants de [dace, etc., s'efforçaient de prendre datedans son eqtrit par l'empressement et le choix de leurs cadraux.

Ce devait être, penserez-vons, une charge Usa pesante pour Sa Hautesse, que cet usage d'accompagner tes nominations supérieures de largesses aussi étendues 1 Bannissez celte idée. Une nomination supposait une disgrâce -, et ce que le trésor retirait de celle-ci couvrait, et au-delà, ce qu'il accordait à celle-là.

En effet, ce que l'on donnait à l'élu n'était, à proprement parler, qu'un signal pour que les dons ho arrivassent de tous càtés; tandis que ce que l'on conGsquait sur le disgracié se composait de ce qu'il avait reçu ou acquis pendant le cours de saiaveur. Le trésor du prince semait avec éclat, mais c'était pour recueillir avec usure.

En tout pays, un homme qui accepte ime haute position se comptait dans la pensée qu'elle lui était Ine, tpi'elle n'est que la reconnaissance éclatante le son mérite, et qu'il saura bien , par son adresse 9t par la manière dont il la remplira , se l'inféoder. L'illusion se conçoit dans les pays régulièrement puvei'nés.l^s places, en général, ne s'y donnent

voir Je |ionToîr. dans ces deux provinces, remi:^ en leurs mains.

Jusqu'au règne du suhan Mahmoud, les interprèles de la Porte et de la marine furent promus de ces emplois à la dignité d'hospodar (prince) de Moldavie et de Valachie. La faveur présidait anx choix j mais les cadeaux les dirigeaient plus souvent.

Celui qui obtenait la préférence passait de fabjection la mieux constatée à la souveraine puissance; il se formait une maison à Finstar des tètes couronnées , et se donnait une garde nombreuse, à la tète de laquelle il partait pour aller prendre [>ossession de son apanage. Mais pèa rassuré par l'éclat et les prérogatives de sa nonvelle dignité, par le pouvoir qu'il allait atteindre aux limites de son nouveau gouvernement, et par la présence des gardes dont il s'était environné, il ne manquait pas de se procurer l'escorte de trois ou quatre janissaires, chargés de le protéger et de le faire respecter aussi longtemps qu'il cheminerait sur le territoire ottoman.

Un de ces princes , quittant Constantinople pour se rendre à son nouveau poste, fut, malgré son brillant entourage, insulté sur la route par un fanatique musulman, qui lui barrait le passage et lui jetait de la boue au visage. Irrité et plein do son rôle, il le fait saisir et pendre par son bourreau, personnage obligé du cortège ofliciel.

L'admiration excitée par cet acte de rigueur fut grande parmi lesrajns; mais il souleva une temlète chez les Musulmans. On demanda hautement a mort de Taudacieux djaour (infidèle). Des largesses seméesà propos, et la protection du capitanladba qu'il venait de quitter, conjurèrent Forage.

Les places d'hospodar étaient scabreuses ; les lépositions étaient fréquentes. Heureux, quand les Impositions n'étaient pas suivies de la perte de a vie, ou tout au moins de celle de la fortune! La liste de ceux de ces princes qui ont eu une in malheureuse est très*longue. Un plus grand lombre, de retour à Constantinople, ont dû acheer la conservation de leur existence par d'énoi- 1168 sacrifices, qu'au surplus leurs exactions les ivaient préparés à supporter.

Rien n'était cependant capable de refroidir 'ardeur avec laquelle les emplois de princes de lloldavie et de Valachie étaient recherchés par es familles en possession de les occuper. Celles pii étaient au second rang n'éprouvaient quun re- {ret : c'était de ne pouvoir y prétendre. Qu'étaient I leurs yeux des risques trop évidents, à côté du K>Dheur d'exercer le pouvoir? On a entendu une émme dont le mari, par sa position, était assez approché de la ligne où l'on y parvenait, s*écrier ivec effusion : Que mon mari soit prince un seul ouTy qu'on lui coupe la tête le lendemain, nous ne wms en plaindrons pas; au moins aurons-nous

goûté du suprême honneur l el , pendant ce discours ^ le mari levait les yeux et les bras au ciel, en signe d'adhésion et de résignation.

Les derniers traités entre la Porte et la Russie, et l'influence sans limites que l'autocrate s'esl adjugée sur la Moldavie et la Valachie, en alteodant qu'il les incorpore à ses vastes déserts, ont annolé ce système de rotation dans les emplois de princes, qui concentraient et absorbaient les facultés et les ambitions des familles fanariotes. Les hospodars actuels sont élus pour sept ans, et rééligi- Ues. C'est la Russie qui commande les choix.

Les Grecs sont également privés, de nos joan^i du drogmanat de Tempire et de l'amirauté. Le divan est à présent servi par des interprètes musulmans; il y a peut-être perdu sous le rapport de la Gnesse et du savoir-faire; en compensation, il a gagné sous celui de la bonne foi el do la probité.

Les Turcs, nous Tavons dit, ne redoutent pas plus que les Grecs les chances qui rendent ince^ laines les permanences dans les places. Il y avait autrefois autant de périls dans les places réservées uniquement aux fidèles, que les Hellènes en rencontraient dans les emplois dont ils étaient ea possession .

En 1 837, Pertew-Pacha, ministre de l'intérieur, et Wassal-Eflendi, son gendre, premier secrétaire de Sa Hautesse, firent la dure expérience, que la mort et la confiscation pouvaient encore accom-

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pagner les déposilions. Ces conséquences ne sont plus en principe ; et dans la même année, et plus tard, d'autres destitutions, entre autres celle de Hallil-Effendi, séraskier, premier gendre du sultan, et celle d'Âkif-Pacha, autre ministre de l'intérieur, ont eu lieu sans ces circonstances aggravantes.

Dans r impossibilité de signalei*, chez les uii* nistres et dignitaires turcs, des vertus qui honorent leur caractère, ou des actes qui révèlent leurs talents , nous sommes réduit à les peindre par des faits, décelant en eux l'absence de toute dignité, une négation générale de probité.

Nous citerons des traits particuliers; nous en rapporterons qui sont communs à tous; et, sans emprunter nos exemples à des époques éloignées qui rendraient les vérifications difficiles, nous les puiserons dans les vingt mois écoulés de Tautonme de 1836 h Tété de 1838; c'est-à-dire que nous avons été , en quelque sorte , témoin des sujets de nos ré<*its.

On a vu qu'en 1837, Akif- Pacha, ce ministre des affaires étrangères, destitué Tamiée précédente sur la demande formelle de lord Posomby, ambassadeur d'Angleterre, en expiation de l'attentat exercé sur l'Anglais Churchill , rentra aux affaires avec le portefeuille de l'intérieur.

Les minisi res turcs, qui aiment beaucoup la représentai ion quand ils |)euvent s'en donner les

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apparences à bon marché, ont toujours autour d'eux un grand nombre de valets. Ils leur donnent le couvert y le vêtement, la nourriture; de gages, peu ou point. Mais ils leur laissent la facollé de s'en procurer d'assez forts, en rançonnant les visiteurs et les solliciteurs. Cet abus est enraciné auprès de tous les ronctioimaires publics. Être laquais en Orient, c'est être mendiant autorisé.

Nul particulier ne peut aborder un dignitaire sans satisfaire Tavidité de ses gens , qui se manifeste toujours avec insolence, et souvent avec brutalité, vis-à-vis des rajas.

Cet usage, révoltant en tous cas, l'est au dernier point auprès d'Âkif , de cet homme dont la capacité est mise au nive<iu de celle qu'on attribue à Réchild. Il n'a pas honte d'exiger une part dans les contributions levées par sa domesticité. Il n'y a pas à en douter : d'abord , c'est de notoriété publique ; et, en outre, nous le tenons de la bouche de ses gens, qui nous ont dit plusieurs fois, en présence de drogmans de la Porte, lorsque nous nous refusions à l'acquit de ce tribut : Ce n'est pas nous que vous refusez^ c'est notre maître; il saura bien s'en venger.

Réchild, type de l'urbanité et de la science, à ce que disent ses louangeurs , a une façon plus relevée de s'avantager aux dépens de ceux qui ont affaire à lui.

Dans le courant de mars 1838 , il fit , par ses

mains, un paiement de 5,000 piastres (1,250 fr.). La somme en or était contenue dans un petit sachet de taffetas vert , fermé d'une manière usitée chez les ministres, quand ils paient eux-mêmes une dépense publique.

L'étiquette et le respect ne permettent, en leur présence, aucune vériûcaiion de la somme et des e:q[>èces qui la composent. Il faut recevoir ce qu'ils domient, tel qu'il est donné; et Ton sent que Ton serait mal venu si, après avoir quitté le cabinet de Texcellence, on voulait récriminer sur le contenu. On va voir combien ce système est favorable aux déceptions.

La personne qui reçut ces 5,000 piastres était accompagnée d'undrogman, et le prince de Samos était présent : où ne se foiurre-t-il pas? Quand la remise du sachet eut lieu, le preneur se rendit de suite chez un négociant français établi à Galata , pour convertir ces espèces en un mandat sur Marseille.

Le négociant s'entretenait avec son courtier. Un Européen présent sur les lieux, et ses conunis, prenaient part à la conversation. Après que l'on eut longtemps examiné le sachet , l'élégance de son étoffe, l'artifice de sa clôture, on le donna au caissier pour en faire recette après vérification. Il s'y trouva un déficit de 288 piastres, formé par la rognure de diverses pièces de 20 piastres, la fausseté de trois de ces pièces, et l'évaluation don-

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née à quelques autres. Ces dernières avaient en cours jusqu'alors sur le pied de 33 piastres Tune ; mais un firman daté de la Teille de jour do paiement les avait ramenées au taux de 20 piastres, et Réchild le savail. Il profitait de la circmn stance pour se débarrasser de celles qu'il avait.

Chez le négociant, on prévint toute observatioD de la part du porteur ainsi volé et mystifié, en Tavertissant que ce ministre ne manquerait pas de dire pour sa justification , qu'il avait reçu do trésor le sachet tout préparé , et qu'il était aodessous de lui d*en vérifier le contenu. Pourquoi alors exigez -vous que le preneur reçoive sans compter?

Le prince de Samos tint un autre langage, lorsque le lendemain on lui donna ces détails. Il s'empressa de dire : Gardez-^vous bien de faire la mmdre réelamalion. Ce sont de petits revenant-bm auxquels leurs excellences sont habituées.

Terminons ces trisles citations par un dernier fait. Celui-ci concerne le fameux Uzrew oa Chosrew-Pacba, dit le vieux séraskier, le second personnage de l'empire , décoré aujourd'hui du titre nouveau de président du conseil.

Ce vieillard, chez lequel la soif de Tor a toujours égalé celle qu'il éprouve pour le sang humain, était hors des affaires depuis l'automne de 1836. Le Moniteur Ottoman avait annoncé, en même temps que sa retraite, que le sultan , en

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raison de sou âge et de la longue durée de ses services, lui avait alloué une pension de 60,000 [Hastres ( 15,000 fr. ) par mois.

On devait croire que cette uiunidcence de son maître, jointe à ses incalculables richesses et au repos dont il allait jouir, calmerait les élans de son insatiable cupidité. Quelle ne fut pas la surprise du public, quand un jour on apprit que cet éminent personnage , après cinquante ans de possession des emplois les plus élevés et les plus productifs, se plaignait de la détresse à laquelle il était réduit sur ses vieux jours , et faisait vendre ses meubles pour pouvoir s'alimenter de leur produit !

On eut la clef de ce manège, quand, quelque temps après, il fit offrir h ses créanciers, et les força d'accepter, 50 pour 100 du montant de leurs titres. Est-ce la de la moralité? Quel exemple donné par le plus haut dignitaire, qui n'a point J'enfants et qui regorge de richesses! Craint-il, comme il le disait, de manquer du nécessaire? Ignore-t-il que sa fortune est dévolue au fisc après sa mort?

Cette ruse honteuse, pratiquée par le vieux séraskier pour s'autoriser à faire une réduction de moitié dans ce qu'il devait a ses fournisseurs, rappelle un trait non moins singulier du fameux Ali-Pacha de Janina (Albanie).

Cet homme, après (piaranto ans de jouissance

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de la puissance supréiue dans Touesi de reuipire, non content d'avoir épuisé tous les moyens connus et inconnus d*extorquer de l'argent, imagina de se transformer en mendiant et d'escompter la compassion publique.

Il s habillait de haillons, et , quittant son pa< lais, il allait se placer dans La rue près d'une borne. La , d'une voix pileuse, il sollicitait les passants, eu leur disant : N'oubliez pas le malheureux Ali; il est dans le besoin.

 cette voix connue et si redoutée, chacnn vidait ses poches, ou, s'il n'avait pas d'ai^nt sur soi, courait en chercher à son logis. Malheur à qui hésitait, ou ne donnait pas en raison de ses facultés connues !

Ali rentrait dans son palais, chargé des dons obtenus par ce bizarre moyen, et les enfouissait à côté de ses immenses épargnes. On lui arracha la vie par surprise ; et tous ses trésors devinrent la proie du fisc impérial.

Cette passion effrénée pour les richesses existe chez tous les Turcs. ,Rien ne peut la calmer, rien ne peut la satisfaire ; elle les suit au tombeau, et l'on peut croire qu'elle leur survit ; car l'approche de la mort ne les détache pas des biens de ce monde. On eut une preuve de celte opinion présumée, dans un cas remarquable arrivé vers ta fin du dernier siècle.

Un très-haut dignitaire s'était retiré des admires

à cuose de son grand âge et d'une grave inûrmiié; il était attaqué d'une bydropisie, que ses médecins n'avaient su ni combattre ni guérir , et qui faisait des progrès inquiétants.

Avant le règne actuel , la place de médecin du sérail était toujours donnée à un Musulman. On ne s'informait nullement s'il avait fait ses études, s'il était reçu docteur. Cétait une dignité comme une autre, et la faveur seule en disposait.

A côté de cet Esculape ad honores était un praticien européen, qui remplissait réellement la place sans contrôle, et aussi bien que le lui permettait la dose de ses talents, en général assez légère.

Quand celui-ci avait de Tentregent et du goût pour l'intrigue, sa situation lui imprimait de l'importance. Ses fonctions lui donnaient entrée au sérail , d'un difficile accès pour tout autre que les ministres de Sa Hautesse, et même dans le harem^ impénétrable pour tout homme, autre que l'eunuque.

Les Turcs ont la manie de consulter sans cesse

les médecins ; et dans leur ardeur et leur crédulité, tout Européen de bonne tenue passe pour avoir cette qualité.

Le docteur du sérail , qui la possédait réellement , était continuellement assailli de consultations par tous les habitants du lieu sacré, désigné sous le nom de harem. 11 pouvait voir et entendre

liieo des choses . sioiûet dams des mtyukres^ d, s'il élail adroit, se fiûre consoller dans uœ farie de circoostances.

De quelle otilité ne poinraitHl pasétie povHe legatioD^ dont il anraïl embrassé les in&éréls! et coauDe il était présomable que ses piéiéreBoesse porteraient vers celle à laquelle il appaitenak psr sa naissance ^ il existait un accord tacite enire les grandes puissances, pour empêcher leurs sujets respectifs d'accepter les fonctions de médecin da sérail.

A lemr défaut, le divan portait son choix sur des RstgmsASy des Vénitiens, ou des sujets d'autres petites puissances de l'Italie. Alors les grands cabinets rÎTalisaient d'efforts pour s'attacher ce titulaire. C'étaient, dans ce cas, les plus belles propositions d'avantages effectifs, qui l'emportateot.

Eti 1799 y le sukan Séliin III voyant arriver Téfioque où son médecin allait le quitter pour renlrerdans sa patrie , imagina, pour rompre les intrigues qui se nouaient autour de lui , de sV dresser directement au pape , à l'effet d'en obtenir un médecin auquel il pût donner sa conûance.

Sa Sainteté jeta les yeux sur un fils naturel du prétendant, le dernier des Stuarls, qui avait reçu, à sa naissance, le nom de cette infortunée maison. (]et enfant était né à Rome, et élevé dans la religion catholique ; il avait été admis dans le service di' santé de Sa Sainteté, après avoir étudié et pris

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ses grades dans la faculté de médecine de Montpellier.

Le docteur Stuart est agréé par le sultan sur la recommandation du Saint-Père. Il accepte, à son tour, Toffre qui lui est faite. 11 se rend dans le Levant, séjourne d'abord à Sniyrne, ensuite à Brousse , dont les eaux minérales attirent beaucoup de malades, et arrive enûn à Gonstantinople j un an après son départ de Rome.

La lenteur de cette marche avait eu pour objet, ainsi qu'on le lui avait prescrit avant son départ , de déguiser le motif de sa venue , qui ne devait être ébruitée qu'au moment où son prédécesseur se retirerait.

La chose n'avait pas encore été rendue publia que , quand le vieux dignitaire , gisant sur son lit de douleur, en proie aux souffrances et à Tinquiétude la plus vive , apprit , au moyen des relations inlimes qu'il avait conservées dans Tintérieur du sérail , qu'un médecin habile était envoyé par le pape au sultan , pour exercer sa profession auprès de sa personne et de sa cour.

Il se décide à faire appeler le docteur, se livre à son examen , et après une minutieuse exploration , lui demande ce qu'il pense de son état. — Il est grave , répond celui-ci ; il y a cependant des chances de salut, si vous consentez à suivre exactement mes prescriptions. — Et combien cela me coûtera-l-il ? s'écrie aussitôt le malade, que rintérél

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