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CHAPITRE X

UeCORATIOlVS.

L'empire oltoinan peut être comparé h un vaste édîGce tombant de vétusté^ qu'on a voulu rec^onslniire en commençant les travaux par les fondements. Il a fallu d'abord soutenir les prties supérieures; mais lesarcs-boutantsqu'on y a employés, mal choisis et plus mal mis en œuvre , ne leur ont procuré qu'une consistance équivoque. Elles ne sauraient résister, dans Tétat où elles sont, à la première secousse sérieuse qui les atteindra.

Cet empire n*a plus rien en propre. Les éléments de son ancienne puissance ont disparu. A la place de ce qui avait la sanction du temps , on ne voit que des institutions ébauchées, lesquelles.

:i« DÉCORATIONS.

MX lion (l'attirer les sympathies des sujets, ne font que diriger leurs regrets sur le passé.

Le vieil édiûce devait être refait ; mais avant d'y appliquer la sapç, il eût fallu avoir arrêté les plans de reconstruction , et ne marcher qae graduellement dans une œuvre aussi délicate. On i agi différemment; on s'est empressé d'abattre, et rien n'a été remplacé.

A chaque pas que l'on fait dans Constantinople, on apprend les erreurs de l'autorité. On cherche ses progrès, et l'œil ne découvre rien. Au lien d'une nation qui avait un type à elle, que le sentiment d'une supériorité longtemps incontestée grandissait à ses propres yeux, à laquelle des costumes éclatants donnaient de la dignité et de la grâce, qui d'ailleurs gagnait en grandeur dans le parallèle qu'on pouvait en faire à chaque instant avec les peuples qui lui étaient soumis , cette nation n'apparaît plus qu'avec les dehors de rabattement, des souffrances et de la misère.

Elle a le sentiment intime , quoique non avoué, de son infériorité relative à l'égard de toutes les autres nations. Elle est humiliée des transformations qu'elle a subies , et n'ose se révolter contre l'émancipation manifeste, quoique lente, de sujets qu'elle était habituée à mépriser.

Ce que ce spectacle a de plus pénible poor l'étranger que les circonstances en rendent témoin, c'est (|u'il n'aperçoit aucune possibilité à

une amëlioraiion dans le sort d'un peuple sur le- ^el l'intérêt de la cbréiienié devrait appeler la l^ns conslanle sollicitude.

En .Europe , on sent cette dégradation de la hirquîe ; mais on cherche à se la dissimuler, pour ÎTÏter d'être entraîné à prendre la chose au sérieux. On est bien convaincu de la nécessité d'a- ^r; mais trop d'intérêts directs et particuliers igitent chaque gouvernement, pour que la quesâoii générale de l'Orient puisse prévaloir sur 3'autres pensées plus spéciales.

Cependant les choses marchent; et une colli- HOD, peut-être très-prochaine, viendra lixer les irrésolutions. Alors seulement on reconnaîtra les effets désastreux du retard.

En attendant, la Russie ne laisse échapper aunine occasion d'étendre son influence, et de détruire les anciens préjugés qui créaient entre elle H les Musulmans une barrière insurmontable, i]u'on regardait avec raison comme une des sauvegardes les plus puissantes de la sûreté de l'emiùre.

Nous avons parlé, premier volume, chapitre XI, dn parti qu'elle avait tiré des cajoleries prodiguées à Hallil- Pacha, lorsqu'il fut envoyé en ambassade extraordinaire à Pétersbourg. Ce favori du vieux séraskier Uzrew ou Chosrew, ayant, à son retour, épousé la fille ainéc du sultan, et obtenu le généralat des troupes d'Europe, s'empressa, en recon-

JiO LiÊCORATIONS.

iiaidsance de raccueil qui lui avaîl élé fait à la cour du tzar, d inti-oduire dans rannëe oUonane runiibrnic clos troupes russes, leur système dé luanœuvres « et leurs règleuienis pour le senricre.

C'était avoir vaincu la plus grande cause de I eloignement des militaires turcs pour leurs ani-iens ennemis. Les janissaires se fussent bh t-cbarper avant de souffrir cette assimilation. Les nouvelles milices^ sans union entre elles, sans i*sprit de corps, s'y sont soumises quoique avec répugnance ; et aujourd'hui que l'habitude est prise et le préjugé vaincu , les soldats russes peuvent circuler parmi les Musulmans sans prodnîR rtiorreur que leur vue excitait autrefois. De cette première conquête sur l'opinion des soldais, à une fusion ou tout au moins à une alliaDce, le pas n'est pas irès-difGcile à franchir.

Encouragé |iar ce premier succès, le cabinet de Pélersbourg a tenté un nouvel empiétement (p lui a encore réussi. L'eiii|>ereur Nicolas s'est ingéré de devenir l'appréciateur du mérite tte hommes de guen-e de son humble vassal^ et de le réconi|)enser en son propre et privé nom.

Une foule de poitrines de soldats musulmans sont décorées de médailles délivrées au nom de Nicolas. C'est surtout dans la garde impériale et dans rurtillei'ic, qui sont les corps les plus avam*é» ol sur Ies4]uels le sultan fait le plus de fond. qiK n»s décorations sont lo plus ivp.indues. Dans les

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premiers moments , ios Turcs les irrevîiieiit avec* fiHqDe répngnaDCo ; ils en élaiont presque honh!BX : aujourd'hui ^ ils s'en glorifienl et les re- (krchenl.

Qne penser d'un gouvernement assez bonié, Wz avili, pour laisser prendre h son adversaire Hjieinblable empire moral sur son année? Ce fil y a de plus curieux encore, c'est que la mé- MUe russe est préférée à r ordre du sultan. Nousdisons l'ordre ; nous serions plus exact en iam simplement la décoration. Ce n est en eiTei fie cela; et loin de pouvoir ôlrc comparée aux Wilutionsque Ton retrouve chez toutes les puis- •ttces européennes, elle ne trouve d'analogue fiedans les pensions et les écoles, dont les mai- . •"» distribuent des étoiles et des croix aux élèves "lovices dont ils veulent stimuler le zèle.

Sous le sultan Sélim 111, ce prince, ayant l'in- '^tîon de rémunérer ou de disposer en sa faveur 9Delques diplomates étrangers auxquels il n*osait offrir de l'argent, imagina de leur faire présent ^ bijoux enrichis de diamants, ayant la forme d'un hissant. Ceux qui obtinrent les premiers une Mireille munificence, n'y attachèrent d'importance lue celle relative à la valeur de l'entourage. M. de Palleyrand, qui fut le quatrième honoré de cette aveur, montra plus de goût en faisant répandre par a voie des journaux, de l'aveu de Tcmpereur, qu<» e sultan lui avait conféré son ordre du Croissant.

±tl UÉCORÂTipNS.

Vers la même époque y la même jonglerie se ré[)eta en Perse ; et l'on annonça que le général Gardanne , ambassabeur de France près du sophi Persan, avait été nonmié chevalier de l'ordre da Soleil; cet ordre n'existait pas plus que celui du Croissant.Qu'importait cette supercherie auxdeux cours d'ispahan etde Constant inople, et aux sujets de ces deux empires? Le bruit n'en vint pas jusqu'à eux ; et ces souverains , qui n'avaient eu qae l'intention de faire de riches cadeaux, ignorèrenl la portée qu'on leur donnait dans la chrétienté.

Depuis que les réformes en Turquie ont fait disparaître les distinctions établies parla forme des costumes , et que la simplicité des nouveaux vêtements a confondu tous les rangs, on a senti la nécessité de créer quelques marques distinctives qui pussent classer les positions. De là des décorations de diverses formes, et plus tard, des bit)deries au collet des habits et des manteaux.

Cette innovation a été étendue à Tarmée dans le même but: seulement on a pris soin d'adopter des nuances distinctes enire la décoration portée par le civil, et celle qui est assignée aux militaires; mais, encore une fois, ce n'est point un ordre divisé en deux catégories : ce sont de simples signes indicatifs du grade, à pou près comme le sont les épaulettes dans les armées françaises.

Les lois religieuses n'admettent pas l'existence régulière des corporations, qui établiraient des

disiinctioDS tranchées entre les fidèles. On voit bien en Orient des agrégations de dévots qui ont un costume uniforme, qui vivent en communauté, qui prient ensemble la divinité , qui ont des chefs et une hiérarchie dans les pouvoirs ; mais nulle obligation ne les retient : ils ne prêtent pas de serment, ne font pas de vœux, et sont libres de se retirer sans en donner de motifs, sans qu'on ait le droit ou même l'idée de les retenir, quand il leur prend fantaisie d'abandonner la communauté.

Nous avons connu personnellement à Gonstantinople , il y a quarante ans, un original qui avait tâté de toutes les agrégations dévotes. Ses ferveurs étaient périodiques : elles ne duraient guère que six mois dans chaque communauté. Au bout de ce temps, il reparaissait dans le monde, en déclarant à ses connaissances, que le régime qu'il quittait ne lui convenait pas. Le semestre suivant, il essayait d'une autre agrégation, et ne s'y maintenait pas plus longtemps.

Ainsi apparut en France , il y a environ deux siècles, un certain duc de Joyeuse, de grande maison , qui fut tour à tour couitisan , capucin , général , eU puis encore général et courtisan , et enfin capucin jusqu'à sa mort.

On voit toujours , dans tous les actes du règne actuel , un môme penchant à faire des emprunta à la chrétienté, et une égale impuissance à féconder ces importations. Ce sont, comme nous l'avons

souvent fait observer, des noms que l'on trani porte sur le sol ottoman : la chose qu'ils repr^^ sentent s'arrête à la frontière. Le génie indole^^y des Musulmans, et leur répugnance poiur tout ce qui est nouveau, forment la barrière , que la tottle> puissance de l'empereur Mahmoud n'a pu parvenir à renvei'ser.

Avant d'en finir sur ce chapitre , ne négligeons pas de fournir une preuve de l'isolement des décorations conférées par le sultan. Il n'y a pas de tableau ou de registre qui constate les nominations. H en est de ceci comme des propriétés foncières, que nul litre régulier et obligé ne constate : c'est la-, notoriété publique que l'on invoque en cas de contestation.

Nous avons été témoin deux fois d'avancements survenus parmi lés employés d'un même bureau. Trois décorations leur avaient été allouées à différentes époques. A chaque fois que le chef fut promu à un grade supérieur, le signe qui lui devenait inutile, puisqu'il allait en recevoir un autre <i'un ordre plus élevé, passait h son successeur, lequel remettait le sien à celui qui le suivait dans l'ordre hiérarchique ; et ce dernier en fsusait de même à un de ceux qui venaient après lui. Ce mouvement s'opérait suivant le bon plaisir du ministre du département, sans que l'autorité souveraine s'en mêlât.

Disons , en passant , (|uc la détresse du trésor

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affaiblît saus cesse la valeur origiDairemenl donnée à ces décorations. Celles des dernières classes ne sont plus que de la poussière de diamants.

Quelques vanités vulgaires courent^ en Turquie, après ces décorations, comme on voit en France attacher encore du prix à la Légion -d'Honneur. Mais, à l'opposé de la croix française , si recherchée alors qu'elle était donnée avec une judicieuse parcimonie, on peut dire que la décoration turque n'a jamais eu aucune valeur d'opinion ; aussi la plupart des décorés la gardent en poche , et ne la produisent que devant leurs supérieurs.

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