‹ La Turquie nouvelleChapitre 45 sur 79 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE MOIVITlCilR OTTOMAN.

Un Moniteur j chez les Turcs, écrit dans leur langue, rédigé avec intelligence et mis à leur portée, c'était là une idée-mère , et susceptible des plus heureux développements.

Le sultan eut cette idée; il faut bien convenir que souvent ses premières inspirations sont heureuses; mais ces étincelles de grand sens Véteignent en s'éloignant de lui , ou restent improductives par Timpéritie et le mauvais vouloir de ses ministres, ainsi que par Tabsence de cet esprit de suite qui seul pourrait les féconder.

Il y a environ six mois que l'empereur Mahmoud voulut avoir un organe officiel des actes de

s» LE MOMTEIR UTTOMAV

son gouTemeraeiit : il ordoona b création d'une fenille, qui serait envoyée d'office à tous les bols fonctionnaires . et à laquelle ceux d'an grade secondaire et les particuliers seraient invités à s'abonner.

Pour bien préciser le but de celte institotiOD. on emprunta aux Frani-ais le titre de Momlar, qu'on infligea au journal ottoman. Nous disons infliger j et ce n'est pas sans raison : car, en le créant , loin de lui laisser la liberté extrèmemeni circonscrite de son analogue de Paris , on lui imprima, par d'excessives restrictions, le caractère de nullité dans lequel on le maintient.

Cette publication ne renferme guère que les nominations et les mutations dans les enqrfois publics^ et les récits de quelques cérémonies officielles. La rédaction en est pitoyable. Il est de rigueur que chaque promotion est toujours faite en faveur d'hommes irës-supérieurs, par leur capacité et la qualité de leurs senices antérieurs, aux fonctions nouvelles qui leur sont attribuées; elle devient nauséabonde, quand il y est question, ainsi que cela se rencontre à chaque page, des vertus et du génie transcendant de Sa Hautesse.

On conçoit qu'une semblable production n'ait pas beaucoup d'attraits pour les lecteurs. Aussi le trésor, qui en fait les frais, n'obtient -il pas l'aide qu'on attendait du produit des abonnements; il ne s'en vend que quelques exemplaires : ils sont

acquis par les hommes qui s'y trouvent nommés. Chacun est bien aise de se procurer^ à bon marchéy le brevet de haute capacité dont son nom a été doté par le rédacteur officiel.

Le Moniteur se traînait péniblement dans ces étroites limites y lorsque l'on imagina que sa traduction en langue française lui ouvrirait une vogue qu'il n'avait pu se procurer à travers ses lois réglementaires.

On appela à Gonstantinople un Français, qui rédigeait à Smyme une feuille à laquelle il avait su donner de l'intérêt, par le récit des événements dont l'Orient était alors le théâtre. C'était encore là une bonne pensée.

Mais on sait à présent qu'en Turquie, les meilleures semences se dénatureiït en touchant ce sol corrompu. Il fut enjoint à cet écrivain de ne composer son journal qu'avec la traduction des morceaux contenus dans l'original turc. S'il se permit ' quelquefois de petits emprunts aux feuilles d'Europe, à l'exclusion cependant des faits politiques, ce fut toujours à ses risques et périls; il en fut . souvent blâmé.

Ce Français, en se soumettant sans nmrnmre a la rései*ve qu'on lui avait imposée , ne put être utile dans celte mission, mais sut se rendre agréable au sultan; et Ton assure qu'il eut quelque part à sa confiance.

(le qui le ferait croire, c'est qu'il parli! inopi-

t>:iO LE MUN(TEW OTTOMAN.

nénif*iU pour Malte , d'où il devait se rendre en France ou eu Angleterre avec des instroctioQs restées secrètes, ainsi que la cause du voyage.

Dans cette île, il trouva la fin de sa carrière el de son existence , par une de ces catastrophes qui ne surprennent jamais personne en Orient , tant elles y sont fréquentes : il mourut empoisonné.

Les Russes accusèrent les Anglais de ce, forfaût; les Anglais récriminèrent. Nos recherches nous ont conduit à croire les deux nations également innocentes de ce crime. Les véritables coupables paraissent être des hommes d'état turcs, guidés uniquement par ce sentiment de jalousie qu'ils ne peuvent dominer à l'égard des Européens, quand ils leur supposent chance à se faire entendre du sérail.

Nous pourrions fournir à ce sujet des détails curieux 9 nommer l'ordonnateur et Tinstigateur de l'agent du crime ; mais quelles que soient nos convictions 9 nous n'avons pas de preuves assez authentiques pour nous croire autorisés à être plus explicites.

Nous nous bornerons à donner j dans la note placée au bas de la page suivante, un morceau du Courrier Anglais , rapporté par uu joiu'nal français, et qui a trait à cet événement. Nous ferons seulement remarquer que nos informî^lions n'admettent pas la participation dUi gouvernemeni russe, à laquelle incline le rédacteur du Courrier.

LE MONITELH OTTOMAM. 231

bieu que les deux coupables aienl été chercher un refuge sur son territoire * .

Par une bizarrerie qu'explique le faire ordi-

I Voici ce qu*OD lisait dans le Courrier Ânglai» :

« U 7 a trois mois, lorsque Ton apprit la mort subite de M. Blacque, à Malte, le bruit se répandit parmi les Turcs qu'il ayait été empoisomié par les Anglais. Cette accusation fut repoiisaée avec le méprb qui devait la suivre. La politique n'était cependant pas étrangère à ces récriminatîooB. M. Blacque, rédacteur du Moniteur Ottoman , n'avait Jamais ccMé de plaider la cause de la Turquie, et de travailler à Tafk'ancliir d'une indigne domination.-

« Les agents de la Russie , pour contre-baiancer cette influence , ne virent qu'un moyen, c'était de l'acheter. Les offres les plus séduisantes furent faites a M. Blacque ; et toujours ces offres furent rcpousaées avec dédain. A la veille de son départ , en mission secrète prés les cours de Paris et de Londres, M. Blacque reçut des ofl^es encore plus brillantes. Les dignités les plus élevées, les fonctions les plus lucratives furent mises à sa disposition ; mais son dévouement inébranlable devait être puni.

« Il ftit suivi à Malte par son fils, âgé de treize ans, et par un domestique grec, qui, ayant été précédemment en Russie, s'empressa d'y retourner après la mort de son maître.

« La veille de sa mort, M. Blacque écrivait à sa famille qu'il Jouissait d*une parfaite saiité, et qu'il allait se rendre à Marseille. Ayant été pris subitement par une légère indisposition, il fit usage, d'après les conseils de son domestique, de certaines pilules que cet homme tenait, disait-il, d'un médecin professant l'homœopathie. L'eflét des pilules Ait entièrement contraire au résultat attendu. Les forces du naïade, au lieu de se relever, diminuèrent; quelques heures après, M. Blacque n'était plus.

« Son domestique a été la seule personne qui l'ait assisté dam ses derniers moments. U n'a pas souffert que le fils du malade approchât du chevet du lit de son père. Le lendemain, les restes mortels de M. Blacque ont été inhumés. Depuis lors, le docteur homœopathe et Ib domestique grec sont en fuite ; ils se sont sauvés en Russie. La gène financière eircssive du docteur le mettait uécessaireraent à la disposition des hommes qui pouvaient avoir besoin de lui comme d'un instrument de mort. »

naire du pays, le Moniteur en langue français fut placé , lors de sa création , sous la directkn suprême du chef de rimprimerie de l'empire, qui avait aussi la direction du Moniteur Ottoman.

Cet bomme est en même temps uléma; il a rang de radilisker. Il est encore historiographe de la dynastie régnante. Tant de dignités et d'occupations importantes font supposer de grandes lumières : on lui en accorde d'inunenses; le lecteur sera bientôt à portée de s'en faire une idée exacte.

Au moment du départ de l'écrivain français, le savant musulman fut cbai^é de se rendre en Perse avec la qualité d'ambassadeur extraordinaire de la Sublime-Porte; il était chaîné de féliciter le Sha sur la naissance d'un prince.

Pendant son absence , le Moniteur Français languit plus qu'auparavant, sous la conduite d'un jeune commis , Grec de naissance, mais élevé à Paris, jusqu'à ce que Ton vit paraître à Constant!nople un Tripolilain très-propre à lui donner une allure, et à lui imprimer une utilité qu'il n'avait pas eue jusqu'alors.

Déjà, dans le volume du chapitre précédent, intitulé : Des hommes d'Etat en Turquie y nous avons parlé de ce Levantin , nommé Hassuna de G'hiez, qui fui enlevé par la grande peste, en décembre 1836, avant qu'il eût pu mettre ses vues solides à exécution , el lorsque la contiance

du sultan à son égard se manifestait de manière à promettre le plus grand succès à ses opérations.

II y eut bien encore ici quelques soupçons de poison ; mais l'action de la peste était si vive lorsqu'il mourut, qu'on a pu, ainsi qu'on l'a fait , attribuer son décès à la contagion.

Hassuna de G'hiez, que l'orgueil musulman avait débaptisé à son entrée au service de la Porte, et transformé en Madzhar-Effendi pour faire perdre la trace de son origine tripolitaine, avait un frère nommé Mohammed - Effendi , homme de grand inérite, et beau-frère et premier ministre du pacha de Tripoli, alors que ce prince, de la maison de Caramanie, régnait par droit de succession sur la régence de ce nom.

Mohammed vint remplacer son frère au Moniteur Ottoman. Lui seul, parmi les Musulmans, pouvait tenir sa place, et peut-être le faire oublier; mais il était aussi barbaresque. L'amourpropre ottoman ne pouvait supporter l'idée que deux frères de celle origine, dont la capacité était un reproche pour les indigènes , se succédassent dans un emploi qu'ils auraient pu élever très-haut. On lui fit des conditions qu'il ne pouvait accepter : il les refusa , et se relira.

Hassuna avait fait engager \ï2iv la Sublime-Porte, et attirer à Conslanlinople , aux frais du gouvernement turc, l'autour du présent ouvrage, qui , à

'2U LE MOiMTEUK OTTOMAN.

son arrivée, desceiidil daus l'hôtel du Momleur OUornariy où uu pied-à- terre lui avait été destiné.

Il entrait dans rengageaient très-étendu qu ou avait fait contracter à ce Français, de travailler à ce journal quand on aurait obtenu qu'il eût une partie non officielle ; il ne l'a jamais eue; de sorte que cette partie de sa mission est restée comme non avenue.

D'un autre côté, Hassuna était décédé le quatorzième jour après leur réunion, sans qu'au milieu de l'énergie de la contagion, et en raison du Uamazan , époque de stagnation des affaires, qui était connnencé, aucune décision ent pu être prise il l'égard du nouvel arrivé.

Sa position était des plus emkurassimtes, puisque le fil qui devait le guider était brisé par le décès de son inlermédiaire auprès du gouvernement turc.

Sur ces entrefaites, Tambassadeur près du Sba i'aait revenu h Constantinople, et avait repris la direction supérieure des deux Moniteurs. L'opinion de la haute intelligence et des inunenses ta- Uînts de ce dignitaire s'était accrue par l'effei (le cette mission de congratulation.

Sa nouvelle importance se révélait aux yeux des badauds par Tusage qu'il adopta de ne plus sortir pour se rendre de son hôtel à celui du Moût leur, qu'en laisanl usage d'une gothique calèche

LE MOMTEUK 01 TOMAIS. â3:>

viennoise 9 qu'un Juif lui avait vendue sur le pied de trois ou quatre fois sa valeur.

Disons, en passant, que rien n était plus plaisant que de voir cette momie anticipée, ne sachant si elle devait se placer dans sa voiture, à droite, qui est la place d'honneur chez les Européens^ ou à gauche, qui Test chez les Turcs. Dans son incertitude^ partagée par le nombre de dignitaires auxquels il est permis de se servir de calèches, ce bon vieillard se tenait dans le milieu, et dans une sorte d'équilibre, que les cahots multipliés par le mauvais état du pavage rendaient très-pénible pour sou frêle individu.

Quoi qu'il en soit, le Français, dans sou embarras extrême, crut devoir s'adresser à lui pouien obtenir le règlement de sa position. Dans cetti^ vue , il rédigea un mémoire qui exposait en dix ou douze lignes l'objet, les conditions et les circonstances de sa venue , et concluait en demandant une solution, ou tout au moins un conseil.

Ce petit mémoire prêl, il obtient de Tohligeance d'un drogman de la Porte une traduction eu langue turque, et son concours quand il sera présenté au perso unage.

Us sont introduits, et reçus avec beaucoup d'alTabilité. Les premières et minutieuses formalités ordinaires épuisées , entre autres la présentation de pipes et de café, le Français remet son placet.

L'eileiidi le lit avec beaucoup d'attention, le |K)se ensuite sur le sofa, et, sans prononcer un mot, fait signe à ses gens de faire une nouvelle tournée de pipes et de tabac.

La seconde tasse humée , et cette opération est toujours longue, il reprend le mémoire, le relit avec une nouvelle sollicitude, le replace où il l'avait pris, et toujours sans rompre le silence, fait encore apporter pipes et café.

Ce manège se renouvela jjusqu'à trois fois. La situation devenait embarrassante : un accouchement aussi laborieux ne présageait rien de bon.

Enfin ^ Tefiendi paraissant décidé à prononcer une énergique décision, se retourna vers l'exposant, et lui dit : — Vous êtes médecin ?

— Non pas que je sache.

— Bah ! vous ne voulez pas en convenir. Vous eies tous comme ça, vous autres Francs. Vous êtes médecin.

— Je vous déclare formellemenl , moi , que je ne le suis pas.

— iMéchanl , vous me refusez votre secours , lorsque j'en ai tant de besoin. Tel que vous me voyez ^ je suis malade, bien malade; je traîne depuis longtemps. ...

— Eh bien! lâchez de j)ati(Mîler encore quelque temps. J'ai un neveu qui est médecin, et viendra nw n*joindr(» quand je serai lixo dans ce pays. Il

LE MONITKUK OTTOMAN. iWT

VOUS donnera ses soins, et vous guérira ; je vous le promets.

— Oh ! ce n'est pas là mon compte. Il me faut un conseil à l'instant même ; et je vous le demande avec instance.

Gpmme il fallait en finir, le Français, de guerre lasse j se détermine à lui dire : Expliquez -moi votre embarras, et j'essaierai de vous satisfaire.

. -^ A la bonne heure. Voici ce dont il s'agit : j'ai deux médecins; l'un, Italien, m'ordonne Tappositiop de vingt sangsues dans la journée même ; l'autre, Anglais, me défend les sangsues, et me prescrit trois pintes d'une boisson rafraîchissante. Que feriez-vous à ma place î

— Je ferais comme les gouvernants de mon pays , qui ont trouvé un moyen de sortir de tout embarras, en prenant toujours le juste milieu entre deux propositions opposées; je sacrifierais dix sangsues aux répugnances de l'Anglais , et la moitié de la boisson de celui-ci a l'Italien.

— Vous pouvez avoir raison , s'écria l'eftendi avec une satisfaction marquée.

Ainsi finit cette audience ; car le Français et l'interprète qui avait bien voulu lui prêter son ministère, voyant qu'il n'y avait rien à tirer de cette buse, prirent confié et levèrent le camp.

C'est pourtant de celle manière que se traitent.

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<*n Turquie . la plupart dos aflaîres. Et l'on s'aveuglorail sur la nullité de ces meneurs d'un grand empire ! VA Ton ajouterait la moindre foi aui récits merveilleux que Ton fait de leurs talents ! On les traiterait avec des distinctions dont on est si avare envers des étrangers, ou même des nationaux d'un vrai mérite ! Ah ! rougissez, peuples de TKurope occidentale , rougissez d'en^eurs qui ne servent qu'à rortifier la présomption d'une nation dégénérée !

Il fallait que cette scène eût fait une impression bien vive sur l'interprète qui en avait été le témoin; car, huit jours avant le départ du Français ^ qui était venu faire ses adieux aux drogmans de la Suhlime-Porte , il la lui entendit raconter à ses (*ollègues. Le récit dut en être bien plaisant^ à en juger par les éclats de rire qu'il provoqua, en dépit de la gravité habituelle des auditeurs.

I^ vieux effendi a continué pendant quelque temps encore à faire cheminer, dans leur nullité native, les deux moniteurs placés sous son influence. Après quelques mois, il a demandé et obtenu sa démission de ce service.

Co qui l'y a déterminé, c'est une irruption du prince de Samos dans ce domaine , où il est parvenu, a force d'intrigues, à faire placer un rédactem*, Italien de naissance. Le journal n'y a rien gagné, non qu'il y ait de la faute du nouvel élu, mais parce que le gouvernement n'a rien voulu

diminuer de la rigueur de ses défenses , quant à la rédaction .

Alors, direz-vous, que gagne le prince de Samos dans cet arrangement? Ce qu'il y gagne? c'est visible.

D'abord c'est une position de plus, qu'il tient par une de ses créatures. En outre, et ceci est bien plus important, nous avons dit que tout est disposé , à Constantinople , pour que les Russes puissent se substituer au gouvernement du sultan, le jour même où il entrera dans leur plan d'occuper cette capitale.

Figurez-vous le prince de Samos arrivant le jour même de l'invasion chez le gouverneur du tzar, et lui disant : Monseigneur, je vous ai ménagé les moyens d'agir sans retard sur les populations et sur Topinion de l'Europe. Je dispose du Moniteur ci-devant ottoman. S'il n'a marqué jusqu'à ce moment que par son inutilité, je le remets dans vos mains plein d'avenir; ordonnez, et il dira tout ce que vous voudrez.

Croyez-vous qu'un tel à-propos et un semblable langage ne fussent pas propres à valoir un redoublement de confiance et de reconnaissance à un serviteur aussi habile? Pauvfres Turcs, qui ne voient pas le glaive suspendu sous toutes les formes sur leurs têtes !

Nous avons dit que. dans les obligations imposées au Fraîiçais, se trouvait celle de travailler au

Moniteur OUoman^ dès que Ton aurail consenti à lui concéder le droit d'avoir une partie non-officielle.

L'adhésion à cette extension , sans laquelle cette pauvre feuille ne pouvait prétendre h sortir de la catalepsie qui l'avait saisie au moment de sa naissance^ éiait le but auquel aspirait surtout Hassuna, depuis qu'il avait eu la direction de ce journal.

Le Français, consulté dès son arrivée, proposa un moyen qui semblait devoir vaincre les répugnances et la circonspection du divan.

H faut, avait-il dit, représenter aux ministres de la Porte, que la constitution actuelle du régime turc n'est pas connue hors de son territoire, qu'il est même certain qu'elle est ignorée de ses propres sujets.

Autrefois, tout le monde savait ce que c'était qu'un grand vizir, un muiii, un capiian-pacha. Qui se doute aujourd'hui de ce que v<*ut dire le mol de mouchir^ donné à certains dignitaires et gouverneurs (le provinces? On savait quelles étaient les attributions et l'importance dos anciens noms; il faut que l'Europe connaisse la valeur et la nature des nouveaux. Qu'on nous permette de donner ces explications, et de répandre la connaissance des innovations introduites |>ar le sultan dans l'organisation de ses états. Il n'y a nulle appréhension à redouter de ces sortes de communications; et quelque susceptibles que soient les

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puissances rivales, elles ne pourront concevoir aucun ombrage de ces enseignements donnés à rintelligence publique. Par cette simple disposition, la barrière sera rompue; et Ton arrivera insensiblement à étendre la sphère des matières dont la discussion sera permise,

Hassuna goûta cette idée. Elle le fîit aussi par le reiz-efiendi (ministre des affaires étrangères), mort en 1837. Mais elle trouva un contradicteur inébranlable dans le prince de Samos ; il voyait, avec terreur, cette arme remise en des mains qui ne l'auraient pas reçue des siennes. Comme ce n'est pas le bien qu'il cherche, il ne lui est pas venu dans la pensée de faire revivre ce projet, à présent que le Moniteur est à sa disposition.

Ce journal est et restera nul , comme instrument à l'usage du divan. Il n'acquerra l'importance à laquelle il pouvait prétendre, que lorsqu'il pourra servir les intérêts de l'antagoniste du sultan.

On voit que non-seulement les réformes sur les anciennes méthodes, mais même les institutions nouvelles demeurent sans résultats utiles sous ce règne.

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