‹ La Turquie nouvelleChapitre 62 sur 79 · KHA · texte numérisé non relu

KHA

sibles aux étrangers, les observateurs se sont vus privés des moyens de faire des remarques très^siugulières.

Nulle part les diploiuaies ne se montraienl plus jaloux de leur rang et de leurs droits , que ceux qui étaient accrédilés en Turquie. C'était peutêtre reflet naturel de leur contact av^ec les di* «unitaires turcs , susceptibles au dernier point en ces sortes de matières.

Après les ministres de tous grades ou litres . venaient les principaux, membres de ieurs 1^ipons, conseillers et secrétaires d'ambassade, chanceliers et drc^mans, enfin, les employés ^balterjies, qui tous prétendaient une place dans cette hiérarchie descendante.

tes prétentions ne s'arrêtaient pas là ; on les retrouvait très- vives chez les n^ociants, doni les principaux avaient une légère part au pouvoir en qualité de députés de leur nation, dans les marchands et même les maitres artisans placés au bas de l'échelle. Chacun en avait sa dose proportionnelle.

A quelque degré que se trouvassent classés les individus quaJifiés ci -dessus, lem* principal soin était de se maintenir au rang auquel ils croyaient avoir droit , et leur désir le plus ardent de s'élever un peu au-dessus de ceux qui les précédaient dans Tordre hiérarchique.

O goût de se hausser élait une véritable ma-

PEKA. 309

ladie , qui saisissiiit lous les hommes nrrivanl en Turquie pour y remplir des emplois , et surtout qui, nés sur les lieux , parvenaient à se donner une posilion officielle quelconque.

Le gouvernement français avait grand soin de prémmtir son représentant contre toute velléité d'usurpation de la part de ses rtvaui^ en dignité. L*ambassadeur de France, à Constanlinopley est, depuis le l'ègne de François 1" , en possession de prendre le pas sur tous les autres ambassadeurs.

Cette prérogative lient à ce que le prince qu'il représente est le plus ancien allié et ami des desc*endânts des califes.

Mais il aurait pu arriver que ce privilège fût inlirmé par Tapparilion inattendue d'un envoyé revêtu du caractère d'ambassadeur extraordù noire. Ce cas était et reste prévu. L'ambassadeur de France est toujours pourvu de lettres-patentes qui lui confèrent ce caractère : il les déploierait au besoin.

L'Autriche qui, dans toutes les cours de l'Europe , a le pas sur toute la chrétienté , n'ayant rien pu gagner sur rentétement des sultans, lors-i qu*il leur était encore permis d'avoir une volomé^ avait échappé par un biais à la douloureuse tcmtrainte de n'être représentée qu'en seconde ligne en Turquie. Elle n'y a jamais eu d'ambassadeur en titre. Son délégué prend le litre <\internonre^

310 l'ifMA.

qualité qui ne le classe pas^ el laisse ialaibsr te» (Iroîis.de prépondérance qu'elle s'iUlribue par-^ lout. . >

D'après des exemples donoés de si baol , el riDcUnation des panîes aidcint ^ il n'était pas étonnant que Ton vit la société officielle de Pérsi se hisser individuellement sur des échasses, pour sortir de sa sphère naturelle et essayer d'aiLeindre à la ligne supérieure. On assure que celte tendance était curieuse à étudier, quand les réunions étaient fréquentes.

On ne cite, en ce moment (1838), qu'une seule maison à Péra, où ces observations puissent encore se faire : c'est chez la veuve d'un ex-pi-emier drogman de France. Elle est riche, reçoit volontiers . l'ait fort bien les honneurs de sa maison, mais manifeste un penchant prononcé pour le maintien de lancienne étiquette. Dans son salon , on annonce les arrivants par leurs noms et leurs grades; et chacun, pour satisfaire scrupuleusement à la règle des convenances du lieu, doit savoir et quel nombre de pas il lui est permis de f^iire pour venir saluer la maîtresse du logis, et puis quelle place il a droit d'aller occuper.

Le petit travers que nous venons de signaler était en toute sa verdeur dans les petites villes de l'Allemagne avant l'occupation française. Il avait fourni à Kotzebue les principaux traiis de sa Petite Ville^ comédie imitée sous un autre titre, dt^

Pii^U. 311

celle (lu coiuique français, Picard, La vauûiié avail fait créer dans ce pays uo£j foule de. chargeas, dési*-' gnées par les noiiis.ies ptii^.ln^rres, coinme on levait vu en France; à. une époque de pénurie financière, où le P^lemeni de Paris dut enregi^irer des édiis porlani créalipa de, jiitrea, tels que: canseiHers du roi^ langw^^urs de cochons^ eiv. Le caustique écrivain a tiré un. parti uni({ue de cesdéjDominations, pour corriger ses compatriotes de la uianle d'y aitacber une importance ridicule.

Le faubourg de Péra , quoique forpiant une dél^endance d'une grande capitale, offre cependant le tableau des allures el des inconvénients . <Ies petites cités. Une barrière, qui ne s'abaisse que |)OUi' de rares coumiunicatiojns , l'isole de son chef- lieu. La nuit venue, on peui se croire à cent lieues de la métropole.

Les habitants de ce taubourg vivent entre eux , et pour ainsi dire les uns siir les autres, tant les limites de leur quartier sont restreintes ; quelque^ courses d'affaires au-delà du port ne changent pa3 celte situation.

On s'y épie, on s occupe beaucoup de ses voisins, on se critique; Ie9<aquetages engendrqul des discordes et souvent des baines.de lamille. Les Européens venus eu Turquie pour y faire une fortune, soupirent après Tinslant où le succès, ayant couronné leurs efforts, leui* penneltra (!<» regagner le sol natal. Tous se plaignent el font

Page 1