PÉRA
porter leurs griefs sur les hommes avec lesquels ilsr sont GODftraints ëe vivre.
Oif iWe voit pas à Pér^ièes grandes i'ortùnes, que la fkvorable situMion commerciale de Constuntinople devrait créer. Gela tient à deux caifôes : en pre^ mier Keu, aut routines que suivent obstmément les nëgociants^ arrivés commiSy et adoptant par habitude les errements des hommes auxquels ils suc* cèdeht, quand ils parviennent à devenir <^efsde maison; en second lieu, au peu de besoins des indigènes et & ta rareté des espèces.
Ces négociants ont, eu général, leurs comptoirs et leurs magasins à Oalata, où ils sont plue rapprochés dé la mer. Ils s'y rendent chaque malin, et revienneut le soir à Péra, où résident leurs^ faifhiires.
Depuis peu, il s'est formé, par association volontaire, une espèce de Bourse, où beaucoup de commerçants se réunissent à jours et heures fixes pour traiter d'affaires, et déterminer les cours des changes et celui des marchandises. Mais cette institution, n'ayant ni caractère légal ni règlements obligatoires, laisse beaucoup à désirer. On y a le trisle spectacle du banqueroutier s'y présentant effrontément à côté de l'honnête négociam. Chacun relevant de son consul, la variété des juridictions laisse régner une certaine contusion dans la décision des cas douteux.
Tout imparfaite que soit celle disposition, elle
PÉHA. 313
n'eu est pas moins ulile. Sans elle , il y aurail un ^ide iiomense dans les rapporis commerciaux.
Ces! dans celle manière de Bourse que s'affichent les avis que Ton veut rendre publics. Il s'y trouve aussi une espèce de cabinet littéraire, assez mal pourvu en journaux et en nouveatUlés, par l'eflet du peu d'empressement des marchands à contribuer aux frais de rétablissement.
On y rencontre des gens qui font la banque, d'autres le change des monnaies, quelques-uns totts les genres de courtage ; puis aussi des personnages qui, sans être notaires, avocats, procureurs, huissiers, s'offrent pour en remplir tant bien que mal les fondions. L'étranger est forcé d'avoir recours à leur ministère ; heureux, quand il n'a pas lieu de s'en repentir !
Le gouvei'nement et le public sont également privés , à Constautinople , des moyens de se faire entendre de J^ population. Quand l'autorité veut répandre un ordre, elle est da^s l'usage de l'envoyer dans les mosquées, où l'tm des iniams en fait la lecture à haute voix. II faudrait, pour que cette publication fût efficace, que l'usage appelât tous les fiilèles à la prière à la même heure , comme cela arrive en Europe dans les presbytères des campagnes. Ce n'est pas l'usage en Turquie, où les Musulmans tiennent de leur religion le droit de faire leurs prières, en tous lieux où ils se trouv<"nt, au niomenl où lo muzzoini h^s v convio
316 PÊKA.
On avait indiqué le placemenC des tableaux à côté des corps-de-garde, jKMir prévenir la possibilité de la dégradation dés affiches, el pour assurer leur placement exact k ebaqae matin , et leur retiremont pareil au somt^
Pour les ordres du gouvernement , le texte élaiten langue twrqtte , a vec un réstmié en iulien au-dessous. Les avis privés étaient hnprioiés dans les deux langues turque et' italienne.
On ne manqua pas d objecter contre ce projet, qne^ peu de gens sachant lire, les affiches seraient illusoires. L'auteur répondit par un fait sans réplique, qui lui était personneL A Alger, où il fist, au moment de la conquête, chargé de constituer une première organisation de Fordre civil , il jugea nécessaire de faire connaître par des affiches les mesui*es créées chaque jour pour remplacer provisoirement les règleuienls que la cessation (lu gouvernement turc avait fait dispiiraitre. On s'amusa beaucoup de cette pensée. Ce» gens-ci ne savent pas lire , lui disait-on ; vos aftiches en langue arabe seront comme non avenues.
Il connaissait les Musulmans, et ne se laissa pas arrêter par ces critiques. 11 savait que ceux qui avaient appris à lire ne comprenaient ce qu'ils avaient sous les yeux, qu'autant qu'ils le pronon* Vaient à haute voix.
Il st» pla^îi . av<'c' quelques incréilules, à une le-
PÉUA. :II7
iiétre, ou face de laquelle il lit placaixler une proclamation soilant de l'imprimerie de l'armée. A rittslani quelques curieux l'environnèrent, et la fixèrent avec des yeuxébaubis. Ils gardaient le silence, lorsqu'un lettré survenant par hn* sard mit ses lunettes, et lut à haule voix l'écrii placardé. Cette lecture profila à tous les assistants, qui récoutèrent avec le plus profond recueilleroent. Les critiques restèi^ent convaincus que , partout où il se trouverait un individu sachant lire, la publicité serait obtenue. Or, sur les démarches d'Hassuna d'Ghiez , dont il a déjà été quesiion, il avait été accordé tout d';>bord au Français un privilège pour la création de ce système d'affichage, pour l'expIcHtation duquel il s'était entendu avec un Israélite élevé en Europe, lioromé de Castro, appartenant à une famille distinguée et possédant une imprimerie. Mais la mort d'Hassuna et celle du reiz-effendi (ministre des affaires étrangères), qui avait accordé la patente, arrêtèrent cette institution, dont il ne fut plus possible de faire comprendre les avantages à ceux qui eurent ensuite le pouvoir en main, et qui fait réellement faute au gouvernenH?nt autant qu'au public.
Le faubourg de Péra est sous la juridiction du vaivode de Galata. Il n'y exerce qu'avec la plus grande modération son autorité, à laquelle les rajas, nu>me de celle résidence, échaf)i>ent dans
:H8 wm\
une foule de cinoiislanc(*s. Le nombre de eou\ qui y jouisseiu dtt lu prolciliondeslégalioiis ëlaiit considérable, ce magistrat craint lui-même, eii s'altaquaiit à ceux-ci ^ quand il ue TOudrail atteindre que les sujets naturels de sa propre juridiction , de ri*apper a Taux , et de tomber dans des méprises dont il aurait à se repentir.
Il existe dans ce faubourg plusieurs églises chrétiennes de différents rites. Quelques-unes sont desservies par des moines de congrégations différentes. Parfois des Turcs y entrent pendanf le service divin, attirés par le chant des fidèles et le Jeu de l'orgue. C'est pour eux un spectacle. Us y sont décents, et approuvent la tenue des assistants. Mais aucun d'eux ne songe à renoncer à son culte, pour adopter celui qu'il a sous les yeux. Les conversions à la foi chrétienne sont extrèmenient rares.
Péra est fréqueuiment traversé par des convois funéraires arméniens 7 partant de l'église patriarcale de celte secte, située dans Galata, |K>ur se rendre au grand champ des morts, où elle possède un terrain assez vasie pour ses sépultures. Il y a toujours une certaine pompe dans ces convois. Outre les porte-croix et porte-cierges, et une multitude d'enfants vêtus en lévites , on voit un nondireux clergé précédant le cercueil , qui est suivi par les parents et les amis du défunt. Le chant nasillard Aies assistants n'a rien iriiirmoiiieux. Il ress<*mhle
PËRA. 3t9
pliilôl a un gi*ogueiueiii d'un olïel désagréable.
En 1838, il nioui'ui un prélat de celle église, auquel^ en raison de sa haute dignilé et de la vénérai ion qu'il s était attirée, on fit des obsèques aussi brillantes que le permettait l'état oùse trouvent ses coreligionnaires. On lui donnait une existence de centrsept ans, dilBbile à vérifier par ledéfaut absolu dactes de Kélat civil. L'usage élantde transporter les corps avec le visage découven , l!air vénérable, et la blancheur des cheveux, des cils et de la barbe du défunt pouvaient faire admettre cette évaluation.
On racontait en outre, sur sa naissance, une circonstance assez curieuse. Sa mère, arrivée a son ierme, était entre les mains d'une sage-femme, lorsqu'on vint lui annoncer que son père , aïeni du déiuàt, venait d'avoir la tête tranchée par arrêt du vi2ir. Au lieud*ètre altérée, par cette nouvelle, elle la reçut avec résignation, et se contenta de prononcer cette courte prière : Quil te plaise ^ ô mon Dieul d'ajouter aux jours de i enfant qui va nailrey les années que la tyrannie arrache à son grand-père ! Et à Tinslant, assurent les chroniques, elle fut délivrée. On disait, en voyant passer le cercueil : Il parait que le ciel a exaucé celte touchante prière.
Nous terrainei'ons celte notice sur le quailier affecté aux Européens, par une observation assez curieuse, quoique fulile. Les rues de Conslanli-