‹ La Turquie nouvelleChapitre 65 sur 79 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Les Turcs , dans leur régime intérieur, ne sont pas en conlradiction seulement avec les autres peuples, relativement aux usages sociaux; ils le sont, en beaucoup de cas, avec eux-mêmes. La supériorité de Thomme sur la femme résulte, en droit , de ce que la force est de son côté. Presque partout les lois confirment cette suprématie ; chez les Musulmans, elle se manifeste hautement dans les actes de leur vie intérieure.

Un Barbaresque, de ceux que la civilisation importée à Alger par les hommes transcendants qui se flattent d'y avoir répandu les lumières de la

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i^ison y un Barbaresque , disons-nous y si vous lui demandez des nouvelles de sa femme, vous répond avec sang-froid : No parlar donna ; donna no slœgénie. Celle phrase , en langue franque parlée sur loul le litloral de la Médilerranée y se traduil assez peu galammenl ainsi : Ne parlez pas de femme; la femme n'esl pas genl; c'esi-à-dire n'est rien, n'appartient pas à la race humaine.

Eh bien ! ces Turcs si superbes , si despoies dans leur inlériour vis-a-vis de leur compagne, s'annihilenl vis-à-vis de celle-ci , quand elle est du sang impérial. Ce n'esl pas un mari, dans Tacception absolue de ce mol , que le sultan donne à sa fille, quand il Tunit à un de ses sujets , c'est un hundble serviteur, un esclave, un jouet qu'il mei à la disposition des caprices de la princesse.

Ne craignez pas que celte viclime, d'une espèce inconnue ailleurs qu'en Turquie . ail la velléité de secouer ce joug humilianl. La pensée d'en modérer le poids ne lui vient même pas : la moindre tentative sérail sévèrement réprimée.

Les filles du sultan Mahmoud sont élevées dans la coimaissance de la plénitude de leurs droits. Un hasard singulier nous Ta appris, et nous l'avons presque constaté de })tsu.

A notre arrivée à Conslanlinople, nous fûmes reçus dans T hôtel affecté au Moniteur Ottoman. Il n'esl séparé de l'Eski (ancien) sérail, que par une rue et la haute muraille qui sert d'enceiule à ce

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palais. Une porte particulière de ce sérail^ affectée au service exclusif du personnage qui y fait sa résidence, est située presqu'en face de celle de Fhôtel du Moniteur.

Hallil-Pacha, nouvellement uni à la fille atnée de Sa Hautesse, avait été, à cette occasion, promu à la charge de séraskier (généralissime) des troupes d'Europe , et à celle de gouverneur de la métropole. A ces titres, TEski-Sérail était assigné comme résidence officielle.

Ce vieux palais avait , de temps immémorial , servi de sépulture mvante aux femmes des empereurs décédés. A la mort d'un sultan , on y transférait toutes les femmes légitimes, concubines ou esclaves, qui lui avaient appartenu. Elles y étaient sous la garde d'eunuques, reçues et traitées conformément à leur rang antérieur jusqu'à ce que le ciel disposât d'elles.

Quelquefois, parmi les concubines, le sultan régnant en désignait une dont il gi*atifiait un de ses serviteurs admis à la retraite. Ce cas arrivait rarement. Celle que le hasard avait favorisée, très-jalousée par les autres, sortait de cet in pace pour aller cohabiter avec l'époux que la fortune lui envoyait.

Hallil avait reçu, avec la main de la sultane, pour résidence matrimoniale, un palais situé sur le bord de la mer, à l'extrémité du fauboui^ de Tophana, et k portée de celui où son auguste

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beau-|ièœ passe une grande pariie de Vannée.

La princesse habitait ce palais, et son heureux époux résidait auprès d*elle lorsque son service ne l'obligeai l pas à se trouver à son quartier-général d'Ëski-Sérail.

Les exigences de la place pouvaient-elles être mises en parallèle avec les devoii*s conjugaux? La sultane ne le pensait pas. Aussi trouvait-elle longues les absences officielles de Hallil , et les interrompaient-elles souvent par des appels auxquels il eût été imprudent de manquer.

Les habitants des environs d*Ëski-Sérail étaient mis souvent , et de jour et de nuit , dans la confidence de ces appels, par l'importance et Téclat que leur donnaient les messagers de T épouse princière, et le bruit qu'ils faisaient pour se faire ouvrir la porte du palais e© vertu de leur importante mission, puis aussi par la précipitation et quelquefois le trouble du jiersonnage appelé à remplir une lâche toujours pénible si elle n'est volontaire.

Jean-Jacques raconte quelque part, dans ses ConfessionSj que le Prophète, en soumettant les femmes musulmanes à une rigoureuse clôture et à une dépendance absolue de leurs maris, a du moins eu Tattenlion de leur préparer des dédommagements, en contraignant ceux-ci à des devoirs obligés qui doivenl saccompiir au moins une fois par semaine : a cet olfet, ajoutait-il , chaque vendredi,

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jour qui répond chez les Turcs pour la solennilé audimaDche des Chrétiens , le muzzeim (espèce d'habilué qui y du haut des minarets des mosquées, indique l'heure des prières), en appelant les fidèles à leurs devoirs pieux, leur recommande- 1 -il expressément Taccomplissement de leur obligation matrimoniale.

Jean-Jacques fait la remarque que, n'étant pas toujours prêt à obéir, il n'eût été qu'un pauvre Musulman. Qu'eût-il dit, si , comme pour Hallil, le vendredi fût revenu presque chaque jour au gré de la fantaisie princière ?

ïïi

LE MARIACbE. - LA REPLIIIATION. — 1/ ADOPTION-

(^hez les Turcs, tout est intcrverli. Nous en donnerons une démonstration bien forte, en disant et prouvant, par un exemple authentique, que l'adoption prévaut souvent sur la paternité légale.

Le mariage, chez ce peuple, n'est qu*un acte purement'civil ; la religion ne le consacre pas.

Il n'a de durée que celle du consentement des conjoints. L'homme est armé, par la loi même, de mille moyens de le dissoudre. La fennne vu puise le droil dans certaines [trétenlions exorhi-

SK POT-POURRi.

tantes du mari. Il ne nous est pas permis de les indiquer.

Le mariage se conclut par une simple décla* ration devant un cadi, qui la consigne dans ud écrit de deux ou trois lignes, tracées sur un morceau de papier, dont une parcimonie poussée à Textrème semble avoir fixé les dimensions. Le douaire accordé à la femme y est stipulé.

L'union se rompt également par une déclaration devant le juge y moyennant la remise da douaire dans les mains de la femme. La cédule est alors déchirée ; et les époux se trouvent y dès cet instant , étrangers Tuu à l'autre. Ils peuvent ccMivoler à de nouvelles noces.

Il n'y a pas, en Turquie, de registres de l'état civil. Les naissances ne sont ni déclarées , ni constatéeà. Les enfants n'ont d'existence légale, que celle que leur accordent volontairement leurs auteurs. Si ceux-ci les repoussaient , ils n'auraient aucun titre, aucun droit à faire valoir. Ils seraient à ceux qui les recueilleraient.

Si les époux se séparent volontairement , les enfants restent à celui des deux qui veut bien s'en charger. La loi n'a rien prévu à cet égard.

Les vols d'enfants sont fréquents. C'est un article qui ne manque jamais d'acquéreur.

Les décès ne sont pas plus constatés que les naissances.

C'est la notoriété publique, ce sont les témoins,

invoqués dans les cas douteux, qui iixenl les ineertiludes.

Et cependant le peuple musulman a sous ses yeux trois nations , l'arménienne, la grecque , la juive, qui ont des règles fixes |)our établir les positions respectives de leurs membres ; et ces exemples, continuels et quotidiens, n'ont encore pu lui ouvrir les yeux sur la confusion sociale où le maintient cette privation de tout règlement civil.

Depuis trois ou quatre ans, on a commencé, à Constantinople , à régulariser les situations des familles. Des déclarations sur les naissances et les décès sont prescrites. Combien peu se soumettent a ces prescriptions. Il se passera encore bien des années, avant qu'un état civil soit exactement établi.

Il faudra d'abord que les familles aient des noms communs à tous leurs membres ; que les rues en reçoivent aussi , et que les maisons soient numérotées, en sorte qu'on puisse remplir les conditions d'un enregistrement sérieux.

Jusque la, la déclaration ne pouiTa porter que le nom donné au nouveau-né, Osman, Achmed ou Mohammed, et tout au plus en y joignant celui de son père. Si l'enfant reçoit le nom que porte son auteur, on le fera suivre du mot ogf/ou (tils). Ainsi, Ton dira Osman, Achmed ou Mohammet-O^/ot/. Mais comment indiquer dans quel quartier, quelle rue, quelle maison, la naissance a eu lieu?

aii rai-ffonu.

Jamais dnos fiil-il plas coapleC?

Xoys aTODs affinné le bil de b préëmmeiice de radofUioD, en beaaooiip de cas, sa* h psHerailé légale. En Toid ane presre très-ffemarqoable.

Un seigneur tore, snr le décfin de l'âge et retiré des aflaires ^ s*ennnjaii de n aToir poîol d'en£mi anqnel il pvt iaîre partager son opelence, et assarer, après hii, tont ou partie de son inaneny fortune.

Un jour qu'il était moUement assis snr une ottomane pbc^ près d'une croisée, et qu'il se délectait à aspirer les fradciies Tapeurs d'un nargidné (pipe persanne ;, il est tout à coup arraché à ses rèTeries pou* les rires broyants d'un groupe d'enEunts que leurs jeux avaient conduits en Exe de son hôtel.

Ses regards se promènent sur ce gracieux tableau; et sa première pensée loi rappelle qu'il o*a pas le bonheur de fcamir un acteur à ces jeux enfantins.

Son [Kirti est bientôt pris. Il envoie appeler celai de ces enfants dont la physionomie lui 9grêe le plus ; et . après Ta voir caressé sur les deux joues et régalé de quelques douceurs* il lui demande quel est son père. — Le voilà là-bas, répond l'eoianl. en uiODlranl un savetier qui travaillait ^aieluenl devaoi uue éi'boi»|K.*.

Le Si-igiit'iir r«ii\uie ilienliiT; rel homme arrive tout iiiiiriis. Il s atl«?U4ljit à qu^^kim^ semoiH'^

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pour une faule donl on pourrait l'avoir faussement accusé. Quelle n*esl (>oinl Sit surprise, quand refiendi lui dit : a Ton fils me plait. Je n'ai point « d'enfant, mais une grande fortune. Je veux le « faire élever comme si j'en étais le père, et lui « laisser à ma mort tout ce que je possède. Veux- « tu me le céder ? »

« — Dieu l'a voulu, s'écrie le savetier en levant les yeux et les mains vers le ciel. Il est à loi. »

Le seigneur lui donne une poignée d'or, et le congédie.

L'enfant s'accommoda bientôt de sa nouvelle position : il avait à peine quatre ou cinq ans; et huit jours après, il n'avait plus aucun souvenir du temps antérieur à son élévation.

Jusque là, cette aventure n'a rien de bien singulier; voici le curieux.

Ce savetier, par un de ces reviremenls qui autrefois se reproduisaient assez fréquemment chez les Turcs, fixe les regards d'un grand personnage auquel il a le bonheur de rendre un service signalé. H est promu à un emploi lucratif; les présents af&uent chez lui; il passe d'une extrême misère à un sort brillant.

Le voilà riche. H n'a clé déterminé à se séparer de son fils que par rinq>ossibilité de lui faire un sort heureux. Vous croyez qu'il va le reprendre, et lui faire parlager sa nouvelle existence ; il n'y

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a pas si longtemps que cet enfant l'a quitté, pour que sa tendresse ait pu s'éteindre.

U n'en sera rien. C'est, dit-il, Dieu qui la placé là : il y restera. Â son tour, cet homme adopte un autre enfant.

Cet événement avait eu lieu pendant notre premier séjour en Orient, à la fin du dernier siècle; nous en fîmes part à M. le chevalier Mouradja d'Hosson y alors envoyé extraordinaire de la Suède près de la Sublime-Porte. Ce diplomate s'occupait^ en ce moment , à mettre la dernière main à son précieux ouvrage sur Tempire ottoman, dont les premiers volumes avaient déjà paru. Il fut frappé de notre récit, et ne pouvait concevoir comment avait pu lui échapper un trait qui caractérisait si pertinemment un peuple, objet de ses études depuis cinquante ans (il était né dans le pays). 11 fit vérifier le fait, qui fut reconnu vrai, et nous annonça l'intention de le rapporter dans la seconde édition de son ouvrage.

A l'occasion de la qualification d'oglou (fils) dont nous avons parlé plus haut, nous rappellerons l'usage que nous en fîmes, il y a quarante ans, à notre premier retour de Constantinople , pow étoufl'er une velléité d'amour-propre dont on a, en France, de fréquents exemples.

A cette époque, le fameux Passwan-Oglou, qui , de sa forte position de Widin sur le Danube , tenait en échec toutes les forces du sul-

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tan 9 occupait la renommée et ses mille voix.

Il sulBt souvent qu'un nom, jusqu'alors inconnu , se révèle avec quelque éclat , pour que tel obscur ambitieux, au moyen de certaine analogie «lans les mots, cherche à s'enter sur le personnage en évidence , et se prétendre son parent.

Un boutiquier de Nanci, nommé OgloUy avait eu cette prétention. H avait trouvé un journal assez complaisant pour le soutenir; un autre (le Journal des Débals) la combattit par d'ingénieuses considérai ions, et reçut alors de nous un argument décisif, à l'aide duquel il resta maître du champ de bataille. M. Ogiou de Nanci, lui disions-nous, est bien modeste de se contenter d'une alliance avec Passwan-Oglou. Il pourrait, au même titre , se donner pour parent de tous les Musulmans , qui ont reçu en naissant le nom de leur père ; car, dans ce cas , ils y ajoutent nécessairement la qualificatiop d'oglou.

On se rappelait encore, vers celte époque, et nous demandons humblement la permission de reproduire ici la solution un peu gaillarde donnée par le grave docteur Franklin , sur une prétention du même genre. Un honnête Parisien se présente un jour chez cet illustre représentant <le l'Union américaine, et, sespapiei's de famille à la main, se prétend parent de l'honorable étranger. Le nom de ce brave homme s'écrivait Franqlin. Le docteur, après avoir examiné les

pièces, lui dit Irès-froidement : Motisièur^ de wlre q allez faire un A:, el alors j'accepterai avec plaisir l'honneur que vous voulez bien nraccorder.

LE SANGGIAK SHÉRIFF. (Étendard du prophèlej

Autrefois les Turcs marchaient aux combats sous régide d'un signe vénéré j nommé le sanggiak shérif f (l'étendard du prophète). Cet emblème religieux renfermait en lui tous les stimulants qui ont le privilège d'enthousiasmer les «nmes, exaltation au nom de la foi , amour de la pairie, honneur !

On n'arborait cet étendard que dans les guerres contre les infidèles. Il eût perdu sa vertu^ si on Tout levé contre de vrais croyants.

A l'apparition du sanggiak shériiï, tout Musulman était tenu de s'armer et de marcher à sa suite : c'était un appel au courage, appel plus im- |>érieux que les convocations souveraines les plus sévères. Ici , ce n'étaient j)as les autorités qui stimulaient les tièdes et les retardataires, c'étaient les populations entières, les vieillards, les femmes et les enfants, qui les poursuivaient de

leurs clameurs, jusqu'à ce qu'ils eusseut ohci à la voix (le Tlionneur.

Lu g:irile de cel étendard était confié aux émirs j nom donné aux descendants du prophète. C'é-* lail leur chef qui le portait dans les marches, et le remisait sous sa tente dans les campements. Les émirs veillaient auprès; ils en répondaient sur leur tête y et devaient tous se faire tuer avant qu*il ne fût profané ou qu'il ne tombât dans les mains de l'ennemi.

Ces hommes , privilégiés par leur naissance, se distinguaient des autres Musulmans par la mousseline verte qui enveloppait leur turban. Nul ne pouvait sans usurpation, punie lorsqu'elle était découverte, se parer de cette marque distinctive. Elle a disparu avec la nouvelle coiffure , le fess, devenu le bonnet conunun à toutes les professions.

Les émirs avaient d'autres privilèges, et entre autres celui d'être jugés par des magistrats spéciaux. Us font perdu, et à cet égard « ils partagent les répugnances des ulémas pour les réformes.

Ces hommes étaient , comme on le pense bien, les plus fanatiques et les plus intolérants des Musulmans. Quand ils environnaient le sanggiak shériff , ils poussaient des cris frénétiques, et manifestaient leur rage envers les djaours (infidèles), par des imprécations, des injures et des menaces. Malheur au chrétien ou juif qui se fût

Sai POT-POCRRl.

luoniré sur leur passage ! Ces forcenés n'admettaient même pas qu'il fût ))erniis aux non-croyants de |K>rter un regard téméraire sur le signe yénéré de Tislamisme. Les rajas fermaient avec soin les ouvertures de leurs maisons donnant sur la voie publique où devait passer l'étendard. Ils fuyaient à l'avance lem- domicile , ou se tenaient caches dans les endroits les plus écartés.

La légation d'Autriche, en résidence à Gonstantinople pendant la guerre terminée &k 1790, fut sévèrement punie de sa ciuriosité. Les Tuurcs entraient en campagne contre la Russie. La cour de Vienne , qui avait refusé de joindre ses armes à celle de la tzarine Catherine , fut forcée de prendre ce parti Tannée suivante, par rérénement que nous allons raconter.

L'armée ottomane, et avec elle le sanggiak shériff devaient sortir de la capitale en grande pom|)e, pour se porter à la frontière. La femme et les filles de rinlemonce témoignèrent le plus vif désir de voir ce défilé, curieux par lui-même, et qui devait être accompagné de tous les dignitaires de l'empire en grand gala.

On fit d*inuliles instances pour - les détourner de cette idée; le ministre autrichien céda aux instances de sa famille. Il crut échap^^r au péril dont on lui avait fait le Uibleau, en faisant louer secrètement une maison sur le passage du cor* té^o. Ses femme et filles, avec quelques affiliés.

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s'y rendirent isolément la veille de la cérémonie, el y |^»assèrenl la nuit.

Mais leur secret avait été trahi ; quelques-uns ont dit que c'était par les agents de la Russie, qui voulaientvaincre les hésitations de l'empereur Joseph II, alors régnant, et l'obliger à une déclaration de guerre immédiate.

Quoi qu'il en soit, au moment où le sanggiakshériiï allait passer devant la maison où la légation autrichienne se croyait bien en sûreté derrière des fenêtres fermées et des jalousies baissées, le bruit se répandit parmi les émirs qui précédaient la bannière, que des infidèles étaient dans cette maison.

A l'instant les portes sont enfoncées; les plus fanatiques se précipitent dans l'intérieur. Les premiers qu'ils rencontrent sont écharpés. Le ministre, très-maltraité, ne dut la vie qu'à deux de ses janissaires qui l'avaient suivi, et qui lui firent un rempart de leur corps , en désignant à haute voix sa qualité.

Quant à madame l'internonce et à ses filles, elles furent enlevées dans la bagarre; on ne les retrouva que trois jours après.

L'internonce, rentré dans son palais, tint d'abord un langage très-ferme; il refusa, dans les premiers instants, toutes les satisfactions qu'on lui offrit. Mais quand on lui eut rendu ses filles, il devint plus traitable, et accepta, dit-on, de notables indemnités.

L'empereur Joseph II fut doublement courroucé , quand il apprit , presque en même temps, et laiTront fait à son ministre, et la capitulation agréée par celui-ci. Il répondit à ses dépèches par une lettre dont on n'a jamais connu le contenu ; mais ce qui ne fut ignoré de personne , c'est que l'internonce tomba mort après en avoir fait , ou pendant qu il en faisait la lecture.

Les Turcs ne manquèrent pas de dire que cette lettre contenait un poison très-subtil. Les Européens pensèrent, avec plus de raison, qu'elle renfermait des reproches tellement acérés , que ce vieillard n'avait pas eu la force de les supporter, et qu'une apoplexie avait été la conséquence de sa vive émotion.

Si les Russes avaient été les auteurs de cette catastrophe, ils durent être satisfaits de son dénouement; car elle fut suivie d'une déclaration de guerre, à laquelle l'empereur Joseph II s'était refusé jusqu'alors.

Des hostilités entreprises sous de si fâcheux auspices ne |X)uvaient être heureuses. La chance, pendant celte guerre, fut toujoui^ contraire aux Autrichiens.

Le cabinet aulique, au lieu de concentrer ses forces, de franchir le Danube, et de faire une trouée sur le territoire ottoman , pour occuper et retenir les troupes ottomanes sur leur propre terrain, se décida seulement à former un conlon

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|>our couvrir à la fois touies ses frontières, qui sont irès-élendues ; la protection se trouva faible sur plusieurs points. Les Turcs la surmontèrent, se jetèrent sur la Transilvanie, la Hongrie et jusqu'en Moravie, d'où ils ramenèrent vingt-cinq h trente mille esclaves, qui furent vendus dans les marchés.

Les Russes, par un système 'contraire, furent partout victorieux , et obtinrent à la paix la possession définitive de la Crimée , à laquelle le divan avait renoncé à la paix précédente.

Dans rétat misérable auquel les Turcs sont parvenus, le mépris dans lequel le sanggiac-shériff est tombé les a peut-être encoi'e affaiblis. Rien n'a remplacé ce stimulant, longtemps si puissant sur les cœui*s religieux I On ne peut plus se procurer de soldats que par la violence ; et Ton sait ce que valent des hommes qui ne marchent que par la ci^ainte des châtiments.

Les Musulmans sont cependant braves. Voyerles à Alger; voyez-les sur le Caucase , où ils combattent pour leur indépendance.

ËW

A^'BCDOTE JunK.

Dans une hisloif*e sérieuse destinée à exposer la situation passée, Tétat actuel, et les probabilités

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cravenir d'un peuple qui se recoininande |>ar de glorieux souvenii*s , il serait presque ridicule d'acc*order une large place aux débris épars d'une misérable nation qui en surcharge le sol, vivant en Turquie, comme en une infinité d'autres lieux, aux dépens des populations, sans apporter à la société son contingent d'utilité.

Aussi, dans le cours de nos récits, ne faisonsnous mention des Juifs orientaux que pour citer quelques traits qui caractérisent leur existence au milieu des Turcs.

Les Juifs ont une fête annuelle qu'ils célèbreiH à Constantinople avec la plus gr*ande solennité; ils la nomment la fêle de$ cabanes.

Elle emprunte ce nom de l'usage de construii'e en feuilUi^e, sur le dôme de la priacî|.»ale synagogue, une cabane destinée à recevoir une jeuiu' vierge, de qui l'on attend le Messie annoncé par les anciens oracles; elle passe seule, dans cetif demeure improvisée, la nuit qui précède la fête.

La cabane doit être ornée des plus beaux pri^ diiits de la nature, offerts en hommage à la divinité. On ne doit négliger ni soins, ni démarches, ni dépense, pour se les procurer : la négligeno* et la lésinerie alTaib liraient la pureté du don.

H se trouve , parmi les sectateurs de Moïse . on le croira sans peine, des spéculateurs peu délicats, qui ne reculent pas devant un sacrilège pour atteindre un bénétice.

POT-iHRIHRl. :W9

Un lie ces inisërabics imagiiui une spéculation fondée sur la nécessité où élail sa nation de se procurer, coule que coule, les plus beaux échantillons de la prochaine récolte.

Ce plan arrêté, il se met en campagne, parcourt tous les environs de la capitale, et découvœ un melon de la plus belle venue, exempt de tout défaut, dans le jardin d'un Fruitier de la ville, auquel il propose un gain considérable, moyennant partage , s'il consent à se laisser guider par ses avis. Le marché est accepté , les paroles données ; et le Juif, qui savait avoir affaire à un de ces vénérables Musulmans |>our lesquels ime promesse était sacrée, ne craint plus de lui révéler son plan.

— Tu as, lui dit-il, dans ton jardin, un melon m;^{nifique, prêt à être cueilli. Apporte-le demain dans ta boutique, et place-le en évidence, de manière à ce qu aucune maûi lie puisse l'atteindre. Tu ne le laissei*as toucher par qui que ce soit ; ce sera toi, loi seulj qui le montreras aux chalands. Je t'en enverrai un, avec lequel tu liniras par terminer, si tu suis mes avis à la lettre. — * Trèsbien; j'y suis décidé. Que faudra-t-il faiie?

— Mon honune te demandera si tu veux vendre ce truit; tu répondras que tu n'es pas encore décidé. 11 t'en offrira deux ducats : c'est le double de ce que tu pourrais en espérer. Tu souriras; il insistera, et montera jusqu'à dix ducats. Tu lui diras alors, iomme de guerre lasse et |K)ur finir : Vous voyez

MO POT-POLRKI.

ce meloD, il ne sortira pas de iim l>ouliqiie à moins de &,000 ducats (60,000 fr.)*

Des éclats de rire seront sa seule réponse ; il se l'etirera, en haussant les épaules de pitié , comme s il te croyait fou; mais il aura soin d'envoyer successivement deux nouveaux acquéreurs, dont le dernier ira jusqu'à 50 ducats.

Le lendemain, les chalands se succédeix>nt ; et, sur le soir, le dernier t'aura proposé 500 ducais. Écoute toujours en paraissant faire la soude oreille, et ne parle de loin en loin que pour répéter : 5,000 ducats, ou rien !

Le troisième jour sera celui de la grande bataille. Il faut que le melon, avant la nuit, ait passe duos les mains du premier amateur que je t'aurai envoyé. Ne me demande pas pourquoi : je ne puis 10 le dire.

Songe seulement à le bien posséder. Plus nous approcherons du terme fatal , plus les offres sVlendront, plus surtout il te deviendra difficile de modérer ta joie. Notre son est dans tes mains. Contiens-toi jusqu'à la dernière minute ; et aprèsdemain soir, nous aurons chacun 2,500 ducats, en échange d'un fruit qui vaut à peine une seule (le ces pièces.

Ainsi donc, quand lu verras après-demain, dès l'aube du jour, les propositions affluer, croître d'heure en heure, et monter, un quart d'heure avani le coucher du soleil, à 4800, i900 ducals.

POT.POUHKI. 3il

iK» vas pas te laisser éblouir par celle bonne Corlune.

Les choses arrivèrent de point en point comme risraëiite les avait annoncées. Le jour allait être clos; il s'en fallait seulement de 50 ducats que la sonnue de 5,000 fût atteinte , quand le fruitier, ne pouvant plus contenir sa joie, se saisit du melon , et le montrant au chaland , lui dit : Pour un seul ducat de moinSj tu n'en auras pas ça; il venait d'en arracher la queue; le fruit éfait par conséquent avarié , et indigne d'êti*6 offert à la divinité. A présent , s'écria l'acquéreur, je ne t'en donnerais pas un para ( sou du pays ) ; il ne me convient plus!

Qui fut {)enaud? le pauvre marchand. Il pensa en perdre la tête. Qui fut inconsolable? le Juif, qui, par la maladresse du rustaut, se voyait arraclipr une fortune sur laquelle il avait compté.

Nous avons, il y a quelques années, donné ce récit à un journal hebdomadaire , d'où il fut extrait et ti'anscrît comme à Tenvi dans plusieurs feuilles du temps. Nous reproduisons volontiers celte anecdoie, qui témoigne assez de l'habile empressement des Juifs à asseoir une spéculation importante sur la base, en apparence, la plus fragile.

^iàt ' PUT-POiRlir

Quand le crime n'inspire pas une horreur spontanée à cenx qui en entendent le récit; quand les lois n'ordonnent pas la recherche et la punition iinmédiatedu coupable; surloutenfin, quand lecrime, certains crimes du moins , peut entrer conune moyenderépressionetdesûretédansla pratiqueda gouyernement lui-même, il Faut plaindre la natioo soumise à de telles aberrations de loute morale.

Telle lut autrefois la position de la Turquie , où l'empoisonnement fui souvent une sorte d'expédient politique. On ne saur.'tit dire que les réformes nouvelles aient mis un terme à cet odieux régime. En 1837, deux attentats de ce genre, attribués à deux grands dignitaii^es , et dont on :i été même jusqu'à imputer la pensée au réformateur, ont prouvé que grand nombre d'usages monstrueux avaient de si profondes racines cbez les Musulmans, qu'on ne parviendrait que difficilement à leur en faire |)erdre Thabitude.

Ainsi, rempoisonneinenl était souvent employé en Orient par les particidiers , dans des vues d^ vengeance; [>ar le gouvernement, loniuK' supi»!**-

POl-POUHRI. 343

ment à son impuissance vis-à*Yis d'honnnes qui savaient se placer hors de ses atteintes.

La nouvelle qu'un crime d'empoisonnement avait eu lieu , n'importe par qui et dans quelle circonstance, trouvait les auditeurs froids et indiftéreuts. La justice aussi restait impassible. Il ne venait dans l'esprit d'aucun de ^ses ministres, de se saisir de la connaissance du fait ; et s'il était de nature à ce que la main du gouvernement s'y montrât à découvert , on ne voyait là qu'un acte de la toute-puissance, justifié d'avance par une nécessité présumée.

C'est ce qui advint en 1837, quand Ton apprit que Pertex-Hacha, ex-ministre dirif^eant, etWassal-Kffeudi son gendre, premier secrétaire de Sa Hautesse , déposés et exilés depuis environ un mois , avaient péri tous deux de suffocation à la même lieure, dans les lieux où on les avait envoyés, à plusieurs journées de marche Tun de l'auire.

iSous lûmes à portée de juger combien peu un pareil événement atfectait, ou, moins encore, étoimait les hommes en place. iNous nous trouvions avec trois individus de cette catégorie , quand cette nouvelle leur parvint. Leur seule et très-froide observation exprimait seulement un doute sur le fait de savoir s'il y avait eu strangulation ou empoisonnement. Mais de surprise ou d'intérêt . il n'en fut nullement manifesté. On sut

ufk |'UT-kii;rel

phis tard que le poison avak été préféré, ce qui signalait uu lâche assassinai; car la sirangolatioD au nombre des punitions en usage , et I oo ntk is osé avouer Tusage du poison.

Noire objet n*étaDt pas de nous livrer à une discussion sur un sujet atissi repoussant , nous passons tout de suite au rédl d*iui éYénement trèsaccrédité en Orient ^ et dont b singularité aaiortit légèrement Todieux.

Une suliane favorite put craindre im moment d'être supplantée dans l'esprit de son seigneur et mnitro, lEuipereur, par une jeune esclave d'une beauté parfaite , dont on avait bit présent à Sa Hautesse.

Le sultan paraissait s'en élre éperdument épris à la première vue; et, dès son entréedansle harem, il lui avait assigné un appartement et le traitemeut (les premières odalisques.

Il l'avait mèuie présentée à la sultane, en avouant sa passion déjà vive, quoique naissante, et lui demandant pour elle son amitié. La démarche était maladroite : c'était plutôt provoquer une haine, qui, eu etFel, ne tarda pas à se manifester dans toute son étendue.

La sultane, troj) adroite pour laisser pénétrer son dépit , fait un accueil irès-aimable à la nouvelle venue, vante ses charmes, déclare l'intention de vivre avec elle dans la plus grande intimité, et l'invite, pour le lendemain, à une fêle

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qui sera lerimnée par un festin destiné à cimenter les douceurs de leur union mutuelle.

Le sultan, à qui la jeune personne vient faire part de cet accueil et de cette invitation^ est d*avis qu'elle accepte ; mais il croit lui devoir ua conseil sur l'exacte observation duquel il insiste y en lui en faisant sentir toute l'importance. Ne mangez, lui dit-il, et ne buvez rien, qu'elle n'y ait touché avant vous. La favorite le promet.

Le lendemain, le repas a lieu. La sultane sait le rendre agréable; elle est aux petits soins vis-àvis de son invitée, laquelle, tout entière à l'avis qu'elle a reçu, se garde de toucher la première a aucun des mets et des sorbets qui sont servis successivement.

Le repas était tini , et ces dames étaient revenues sur le sofa de conversation, lorsqu'on apporte à la sultane une pêche de la plus séduisante qualité , et les deux femmes de s'écrier : Quelle beauté! quelle saveur! Il faut, dit la princesse, que nous la partagions et la mangions tout de suite, avant qu'on apporte les pipes et le café.

Elle ouvre à l'instant un étui qui était à ses côtés sur le sofa. Elle en tire un couteau à lame d'or; et ('OU|)ant le fruit avec beaucoup de précautions, comme pour empêcher la partie juteuse de s'en échapper, elle en pousse avec le couteau une moitié du côté de la favorite. (]elle-ci s'en saisit avec Tavidité d'un enfant gourmand; elle la dé-

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vore, et avec elle le poison subtil dont le couteau avait été frotté d'un côté. La sultane avait feint de manger l'autre moitié du fruit. La mort de la jeune odalisque fut immédiate.

La nouvelle en parvint aussitôt au sultan, qui ne vit dans cet événement qu'un trait d'sidresse admirable, ainsi qu'une preuve de l'amour que lui poilail la sultane : il ne l'en aima que davantage.

Il faudrait plus que des réformes pour changer de telles mœurs.

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LES CHIEIVS ERRANTS.

Nous avons dit un mot , dans le chapitre intitulé Péra, sur les chiens errants qui pullulent dans les villes de Turquie, et principalement dans la capitale. Ce sujet ne serait pas épuisé, si nous ne rapportions ici un lait analogue, arrivé vers le coiiiinenceiuent du dix-septième siècle, et dont le souvenir était encore vivant à l'ouverture du dixhuiliènie.

Les réformes, quoique la plupart des Turcs n'en aient remarqué que la partie matérielle , ont cependant donné une direction un peu plus sérieuse aux réflexions de ce peuple singuHer. H s'occupe moins, anjourd'hiii, ries futilités <pii aulreloi^

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rabsorbaient ioul eniier; le Irail que nous allons raconter témoigne h quel degré il élait dominé par une fausse humanité, par des préjugés ridieules, et un fanatisme mal entendu.

Il arriva 9 il y h plus de cent ans, que les chiens errants se muliiplièrent à un tel point, que, ne trouvant plus à subsister, ils attaquaient des enfants dans les rues; il y en eut quelques-uns de dévorés. Le peuple se souleva , courut à la Porte, et réclama avec fureur qu'il fût pris des mesut*es pour remédier à ce fléau.

Le divan assemblé |)Ouvait bien facilement , |>av des moyens de voierie , donner satisfaction à ime demande aussi légitime. Mais un précepte, quelque peu religieux , protégeait les coupables. Aucun membre de ce corps respecté n'osa proposer leur extermination. Les chiens avaient leurs partisans. Quoique jugés impurs de leiu* nature, puisqu'aucun Musulman n'ose les toucher dans la crainte de se souiller, beaucoup de dévots, nous l'avons déjàdii, faisaient à leurs derniers moments des legs pour leur subsistance; et les administrateurs (lu vacouf (fondation pieuse) ne dédaignaient pas l'administration simultanée de ces dotations. Quelqu'un proposa , pour sortir de cet embarras, l'envoi d'une députation auprès d'un vénérable derviche (tnoine ou ermite) , qui vivait dans une profonde retraite à quehpies lieues (le la capitule; elle devail lui exposer les faits, rt

lui demander conseil sur la conduite à tenir dans vj^ cas nouveau.

Ce parti fut 'goûté; et deux envoyés, désignés pour cette mission délicate , se mirent en route le lendemain au soleil levant : ils sont reçus parie solitaire avec les égards dus à leur qualité d<' commissaires de la Sublime-Porte.

Après tous les compliments d'usage, a|>rès l'apport des pipes et du café, préliminaires obligés de toutes négociations, les commissaires expliquent le sujet de leur mission , et sollicitent une décision d'autant plus prompte, qu'ils ont laissé le gouvernement dans une vive anxiété, en pi'ésence d'une population exaspérée.

Le saint homme, après les avoir écoutés avec l'attention que réclamait un fait aussi grave, leur i*épondit très-sérieusement : Le cas est délicat : il ne s'est pas encore présenté; j'ai besoin de la nuit entière pour y réfléchir. Soupez et couchez ici; demain vous repartirez avec la réponse que vom ('les venus chetxher.

Force fut aux envoyés d'obtempérer à cette résolution. Le iendeuiaiii, le derviche les fait appeler près de lui, et d'un ton solennel prononce' CCS mois : // est bien défendu d'exterminer ces chiens j parce que les bons pâtiraient pour les mauvais ; mais il est irès-licite de les déplacer, s'ils derientient nuisibles et dangereux.

Lo divan, en recevanl celle réponse, délibéia

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sur rinterprétntion qu'elle paraissait exiger; on finit par s'arrêter au parti suivant :

Il y a dans la mer de Marmara, trois petites îles, situées à égale distance (trois lieues environ) de l'Europe et de l'Asie. Deux sont fertiles et habitées ; beaucoup de rajas riches ou a leur aise y ont des campagnes, où ils passent la belle saison. La troisième est inculte, et totalement privée d'eau. Des deux autres, on y vient chasser le lapin qui s'y trouve en abondance.

Ce fut celle-ci que le divan choisit pour le lien d'exil de la gent canine. La résolution prise , les Juifs durent traquer les chiens dans les rues; on les portait dans des bateaux, qui les allaient déposer dans rîle, sans qu'on songeât aucunement comment ils y vivraient.

Ces chiens eurent bientôt mangé les lapins qui peuplaient les lieux; ils s'enlre-dévorèrent ensuite, et finirent par périr tous. La tradition porte que , des deux continents, on entendait leurs cris lamentables, sans que personne s'en émût. Par humanité, les Turcs n'avaient pas voulu les faire mourir sans souffrance ; et ils les livraient à la plus dure agonie avant la mort la plus cruelle. C'est ainsi qu'a toujours raisonné cette nation absurde, que son chef a entrepris de régénérer.

Les chiens des villes et villages voisins ayant su, on ne dit pas comment, que les rues de la capitale étaient venves de leurs devanciers.

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s'y sont insensibléiuent glissés, el les ont re|)euplëes lie plus belle.

Un charlalan français s'est prësenlé au prince de Samos, au commencement de 1838, avec uu système d'extermination des chiens errants. Il offrait d'en fa'u^ tanner les peaux, et d'utiliser certaines autres parties de leur individu. Il Ai^ bien accueilli de ce Grec ; nous ne saurions dire si son plan a été goûté.

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