CONCLUSION
rolll des pièces justificatives qui terminent le premier volume.
La Russie a, sans contredit, des forces suffisantes j supërieures même aux exigences de ses projets contre le sultan. Si elle n'est pas contrariée, si le sultan est livré à lui-même, la position topographique de la Turquie rend facile l'envahissement des provinces que le tzar convoitise; il reste impossible, si le sultan est soutenu par les puissances intéressées à la conservation d'un empire ottoman.
Le plan que nous rappelons a été rédigé au commencement de 1837, et avant que les infirmités de cet empire eussent été révélées dans toute leur étendue au rédacteur dudit plan.
Sur les apparences et sur les relations mensongères dont on amuse l'Eiirope , il avait d'abord cru, dans l'illusion de sa sincérité, pouvoir supposer la Turquie en mesure de concourir pour sa pari aux nécessités de sa propre défense; il lui est démontré aujourd'hui que cette puissance en est réduite à un état d'atonie qui ne lui laisse rien ou peu à fournir dans le concours des efforts de la coalition appelée à la sauver. Ce n'est pas qu*il faille absolument renoncer aux faibles ressources qui lui restent : il est permis de croire qu'amalgamées au sein des forces européennes, son armée et sa flotte, stimulées par cet entourage, fourniraient lour contingent (l'action ; mais ce ne pourrait être
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i\ne dans une si faible proporlion, qu'il sérail prudent d'agir comme si l'on ne devait pas y compter.
Le plan de défense se résume dans la possession de la mer Noire. Celui qui domine dans cette mer domine aussi la question tout entière. Les Russes, contenus dans leurs ports, doivent renoncer à une agression par terre.
Comment feraient - ils cheminer une grande armée avec son matériel, depuis la Bessarabie jusqu'aux rives du Bosphore, a travers les routes détestables qui en servent les communications? Comment vivrait-elledansces contrées dépeuplées et ruinées? Comment évacuerait- elle les nombreux malades que les fatigues et les privations multiplieraient à Tinfini? Et d'ailleurs, que d'obstacles les difficultés du sol et les aspérités du Balkan ne permettraient-elles pas de lui opposer !
Si la mer Noire demeure libre pour la Russie , ses forces peuvent en peu de jours occuper la côte asiatique de Scutari, la résidence des sultans, les châteaux des Dardanelles. Les troupes qu'elle dirige par la voie de terre cheminent sans obstacle , et reçoivent tous leurs besoins par les transports qui longent la côte des Bouches du Danube à Varna et Sizipoli, à l'entrée du Bos- |)hore.
La question se réduit donc à la possesion de la mer Noire ; en elle se concentre la perte ou le s;ilnt des étals du sultan. Admettez que cette mer
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reste à l'autocrate^ que feront les flottes de la Mëditerranée^ si les Dardanelles leur sont fermées?
C'est dans le Bosphore que celles-ci doivent prendre leur station ^ pour en sortir et courir audevant des escadres russes au premier avis d'un projet d'appareillage de leurs ports. Les flottes française et anglaise^ une fois prévenues sur TEuxin , ne peuvent plus rien sans troupes de débarquement.
L'Autriche est bien placée pour garantir la sûreté de& Turcs, contre une agression par terre. Aussi une attaque de ce côté a'est-elle pas à craindre, si cette puissance entre dans une coalition en faveur dtt sultan. Mais si elle n'était pas conclue avant l'ouverture des projets de la Russie , est-ii bien certain que le cabinet de Vienne ne préférât, pas se saisir immédiatement des lieux à sa convenance? Ce cabinet , ordinairement lent dans ses résolutions^, retrouve de l'activité^ et montre peu de pudeur 7 quand il y a chance pour lui à saisir des gages. On n'a pas oublié qu'en 1793^ lors de la première agression de l'absolutisme contre la France 9 l'Autriche prit pour son compte possessiondes villes du Nord , Valenciennes, le Quesnoi^ Landrecies, Condé, que la coalition attaquait au nom des Bourbons. Qu'on y prenne garde ! ce cabinet s'est fait, comme le Basile de Beaumarchais, des principes à son usage, dont il ne se départ pas facilement.
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Quoi qu'il eu: soit, qu*on se haie, $11 en est encore temps, de conclure TaHiance d'où poarraii résulter la tranquillité de TEurope; et qu'en attendant sa conclusion , on songe à pourvoir au plus pressé, la sûreté de la mer Noire. Les forces firan^' çaises et anglaises, déjà réunies dans le Levant , sont sufûsaates pour ces préliminaires, si elles vont se mettre en position de déboucher dans l'Ëuxin au premier mouvement menaçant des Russes.
Dira-t-on que ce serait les provoquer » rompre le slalu quo ? Soit* Mais vous les aurez paralysés ; et dès ce moment vous ne les craignez plus ^ ou vous les forcez de donner des garanties de leur modération , garanties que vous ^'obtiendrez plus s'ils vous ont devancés.
Le sultan sera-t-il choqué de voir vo& vaisseaux mouillés près de sa capitale? Il n'est pas assez borné pour ne pas reconnaître qu'il n'en a rien à craindre, et qu'ils ne seront là que dans son intérêt; aitendez*vous, au contraire, à le voir changer de langage, tourner vers vous ses sympathies, et devenir arrogant envers son protecteur actud* qu'il ne craindra plus ; peut-être même serez-vous contraint de modérer son ardeur et ses fanfaronnades : personne n'est plus porté à en manifester, que le faible accoutumé à plier, lorsqu'il croit pouvoir se redresser arrogamment.
Nous concluons par établir en principe que
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les atermoiements dans la question d'Orient , à quelque influence qu'ils soient dus, ne remédient pas aux inconvénients d'une situation équivoque, source incessante de malaises, d'inquiétudes et de perturbations ; qu'il est mille fois plus convenable d'aborder sans délai les voies décisives auxquelles il faudra bien en venir plus tard , et alors par cela même, avec moins de chances de succès; que le danger de l'envahissement de Constantînople et des Dardanelles étant flagrant , et dépendant uniquement du caprice de l'autocrate, il faiDt le prévenir et le rendre impossible , en prenant des sûretés dans le Bosphore même ;
Et que, soit avant, soit durant, soit après l'exécution de cette nerveuse mesure , il convient de négocier une alliance, surtout avec l'Autriche . contre l'adversaire du sultan qui n'est guère moins celui du reste de l'Europe.
Ces propositions sont conformes à une politique éclairée , autant qu'à la dignité de la France et de l'Angleterre. Puissent nos hommes d'état faire trêve à leur couardise ordinaire , et justifier une fois du moins la mission qui leur a été confiée à rébabissement de la France, et vraisemblablement à leur propre étonnement !
Le bruit se répand (4 juillet) que l'amiral Roussin quitterait son ambassade , pour passer au commandement des forces françaises dans les mers du Levant. 11 y serait mieux placé: la France ei
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lui y gagneraient également. On dit aussi que M. le marquis de Dalmatie est destiné à le remplacer auprès de la Sublime-Porte. M. le maréchal, son illustre i>ère, aurait alors un motif direct de rendre cette mission aussi etlicace qu'honorable ; ce serait d'un bon augure pour les intérèls français.