CHAPITRE XXTI
I«R.\IBR APPB!VDICB.
Quand on fait un livre sur une question flagrante y et dont s'occupe au même instant toute la presse quotidienne , on ne saurait marcher parallèlement avec celle-ci 9 dont les mouvements sont comme ceux du flot ^ qui précipite son cours vers le terme où il doit aboutir; le livre a nécessairement une allure mesurée : il en subit la Joi.
Mais l'inexactitude et l'incohérence des informations, dont s'alimente la polémique des journaux y leur créent des embarras qui nécessitent des temps d'arrêt , et souvent des marches rétrogrades ; le livre en profite pour se remettre en ligne. C'est ce qui nous arrive.
440 UEKNIËR APPENDICE:.
Nous avons été devance sur presque tous les points de la discussion relative aux affaires de rOrient. Pendant que nous fixions les positions, qne nous exposions les probabilités , et que nous pro|)Osions une solution indiquée par les intérêts respectifs , les journaux faisaient du chemin en s'appuyant sur des récits hasardés et contradictoires.
Suivant eux , la lutte est ouverte. Hafûz-Pacha a franchi ses limites, envahi du territoire, armé les habitants, et culbuté la cavalerie égyptienne qu'il a rencontrée.
Pendant que tout cela se passe, Ibrahim-Pacha, qui certes doit être en mesure depuis longtemps, n*en reste pas moins impassible , au dire des mêmes narrateurs; il en est encore à consulter son père , a l'effet de savoir s'il doit sacrifier sans défense, honneur, territoire et réputation, toutes choses qu'il a tant d'intérêt à faire respecter à l'ouverture d'une lutte aussi sérieuse que celle qui s'annonce.
D'un autre côté, on fait sortir cette flotte musulmane, représentée, malgré sa nulUté bien évidente, comme un épouvantail suffisant pour mettre tout en déroute ; on la dirige vers le théâtre de la guerre, chargée de dix mille hommes, dont l'arrivée doit décider le commencement des hostililés, déjà ouvertes j suivant quelques relations.
Enlin , pour compléter le tableau, on fait éga-
DERNIER APPENDICE. 4il
lement prendre la mer à l'escadre russe , el l'on établii, sans façon , sa croisière en dehors du Bosphore de Thrace , autant dire dans les eaiix de (]onstantinople.
(^est de Constantinople, de Smyrne , dés frontières de Syrie, de Malle, de Marseille (Sémaphore), que datent toutes ces annonces, que chaque journal déclare tenir de sa correspondance privée. Leur coïncidence doit-elle leur mériter créance ? Bon, si d'abord elles étaient uniformes, et mieux encore si elles pouvaient avoir été connues, toutes en même temps, à chacun des points de départ qu'on leur attribue.
Il est plus vraisemblable , on en conviendra , de leur assigner une origine commune dans ces ateliers créés par l'intérêt privé pour abuser la crédulité publique.
Nous n'avons pas, nous, des correspondants sur tous les points, dont les informations puissent nous fournir une réfutation directe et spéciale tK)ur chacune de ces diverses assertions ; mais nous sommes en droit de les combattre par des arguments empruntés à la connaissance des choses et aux seules règles de la logique. Prenons les fai(s l'un après l'autre; examinons-les avec sang-froid et impartialité, et tâchons de faire pai'tager les convictions dont nous sommes pénéti'é.
« IfaffiZ" Pacha a envahi quelques villages y dont il aurait armé les habitants, à l'aide des-