‹ La Turquie nouvelleChapitre 9 sur 79 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

DEFS1V<9E DB CON8TANT1NOPLE.

Jusqu'ici notre investigation sur la situation ao Inelle de la Turquie n'a porté que sur des questions fondamentales et sur des services constitués^ l'année de terre, la marine , la justice, la police , les incendies, la peste. Nous ne pouvons nous astreindre à suivre le même ordre dans ce qu'il nous reste à examiner. Les autres services publics ne sont pas assez distincts, pour pouvoir en faire la matière de chapitres spéciaux.

Nous n'avons encore réussi qu'à constater rinutilité des efforts du sultan, pour arracher ses peuples et ses états aux embarras et à l'ignominie qui soqt devenus leur lot , et nous en avons pro-

riaiiié b cause principale . daiiâ rincaffacilé ei le mauvais vouloir de ses ministres. Psarcooroos à présent des parties secoodaires du rë^mq intérieur de son empire . pour essayer d'y découvrir ou même d'y prévoir les bienfaits prétendus des réformes* Mais auparavant, consacrons le prësait chapitre à Texposition d'un fait fécond en ensei- {^nements.

Les Turcs , si arriérés en tous points et si peB enclins à regagner du terrain, paraissent pourtant, à la première vue, avides de connaissances. Persuadés intérieurement, bien qu'ib n'en conviennent pas et qu'ils se complaisent dans la pensée contraire , que les Francs leur sont supérieurs en savoir et en intelligence , ils ne laissent échapper aucune occasion de leur arracher quelques vues utiles à leur position.

Si le Musulman qui interroge est en place, c'est (oujou rs avec la pensée peu délicate de s'approprier ce qu'on lui révélera , qu'il dirige ses questions. Si cet homme vit dans Fétat privé, il y a dans ses demandes plus de curiosité que d'intérêt ; et cependant il ne repousse pas la pensée d'une spéculation il son profit , si elle peut surgir de ce qu'il apprendra.

Mais il n'y a d'esprit de suite chez aucun d'eux; et comme ils sont tous également affligés d'une forte dose d'indolence, il en résulte que l'ardeur d'instruction n'étant pas unie à la ténacité indis-

pensable pour l'exécution, les meillews projets, accueillis d'abord avec enthousiasme , sont presque aussitôt abandonnés et oubliés.

Le Français que nous citons toujours , a été exposé plus que tout autre à cette intempérance de questions. Il a pu constater ce qui vient d*étre dil , que le génie musulman , avide de vues et de moyens , se refusait à lem* exploitation dès qu'elle exigeait le moindra travail d'esprit^ ou le plus l^er mouvement du corps.

Nous avons l'habitude, pour être compris et pour justifier nos assertions, de citer des faits : L*anecdote suivante remplira ce double but.

L'inexorable Parto-Foglio^ ce constant surveillant de l'ambition russe, avait découvert et publié, dans ses numéros 20 et 21 , un plan d'attaque de Gonstantinople , rédigé par un général Yalentini au service de Prusse, et offert par lui, sous les auspices de son souverain , en hommage au tzar Nicolas.

L'alarme fut grande dans le divan quand on eut eu connaissance de cette pièce. On ne s'aperçut pas qu'elle était antérieure à la dernière guerre terminée par le traité d'Ândrinople. On la crut précurseur d'une nouvelle invasion.

Au moment où ce plan pai* vint à Gonstantinople : 1837), on faisait les préparatifs du voyage que le sultan allait entreprendre. Sa Hautesse devait prérisément parcourir les lieux à travers lesquels le

2U DF^XNSE

général pmssîeu faisait cbeminei' le corps pnnri[ial rosse, desiiné à occuper la cajûtale.

Pertex-Pacha , ce ministre si influent à cette époque , fit remettre au Français le nimiéro précité du Parto-Foglio. qu'une légation amie venait de lui faire passer. Il demandait en retour im plan de défense que Ton pût opposer à celui d'attaque de Valenlini.

il fallait ce Mémoire sans retard . disait le ministre^ l>our que le sultan pût l'emporter et en étudier le système pendant qu'il serait dans les contrées décrites par le slratographe prussien.

Les intentions de Pertex-Pacha furent remplies ( voir le numéro 3 des pièces justificatives )• Cette pièce lui fut remise cinq jours avant le départ de Sa Hautesse ; mais le traducteur ne lut pas aussi diligent. La traduction turque ne parvint au sultan que lorsqu'il était déjà sur le Balkan , faisant son retour sur Constaolinople. S'il en vérifia quelques points, ce ne put être que la dernière partie.

L'auteur fut chaudement remercié : mais on ne donna aucune suite à ses vues. L'examen de ses pro[iositions fut indûment ajourné. L'objet en était-il donc si indifférent ? Â la vérité, le danger n'était pas immédiat. Pourtant, il s'agissait d'étudier et d'arrêter les mesures propres à sauver l'empire d'une invasion qui avait déjà été au moment de s'accomplir six ans auparavant , que

DE <:ONSTANTINOPLE. 4i5

Ton savail être dans les projets de la Russie, et que l'Europe ne saurait trop surveiller.

A répoque où ce travail fut préparé , l'auteur croyait encore à la possibilité de faire concourir les Turcs a la défense de leur territoire. Il ne se disait pas illusion sur leur faiblesse ; mais il pensait qu^eu éclairant le divan sur sa position, et lui indiquant les moyens de la redresser, on pourrait rendre un peu de vie à ce corps languissant , et le mettre en mesure de présenter un noyau de résistance.

Si ce but ét^it obtenu, les puissances protectrices n'avaient plus à se montrer que comme auxiliaires; et, dans ce cas, des sacrifices commandés par leur propre intérêt n'avaient plus rien d'exagéré.

On devait craindre, au contraire, que si les Turcs s'abandonnaient eux-mêmes, ces mêmes puissances ne reculassent devant Tobligalion de pourvoir seules à la sûreté d'un pays dont elles n'auraient aucun appui à attendre.

Ces considérations avaient dominé la combinaison du plan de défense remis au divan. Jugé . du point de vue qui laissait aux Turcs Taction principale , il était logique. Ainsi en ont jugé les hommes entendus dans la matière, à qui il a éié soumis.

Mais ceux-ci, pas plus que Tauteur, ne pouvaient penser que l'incurie musulmane créer;iil

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(les iinpossîbililës à son exécution ; que les hommes placés à la tête des affaires du sultan seraient les premiers à négliger les mesures qui pouvaient raffermir sa couronne ; et, enfin* que les intérêts russes n'auraient pas de plus chauds partisans que ceux dont le devoir était de les combattre.

Nulle mesure n'a encore été prise pour mettre obstacle à Tinvasion de Constantînople. Ce grand événement s accomplira quand il plaira à l'autocrate de l'ordonner .

(]e prince et son cabinet ne partagent pas les illusions des puissances de l'ouest sur l'état de là Turquie. Le pays qu'ils convoitent leur est parfaitement connu. Ils réduisent à sa juste valeur, qui est une impuissance notoire, rop{)Osition que cette armée et cette flotte ottomane^auxquolles l'Europe avec débonnaireté suppose quelque consistance, |)ourraientmettreà leurs projets.Ccrtainsque^dans l'état d'atonie de son empire, le sultan ne peut dire à ses amis : Venez à mon aide^ je n'ai besoin qtie d'appui , ils ne redoutent que faiblement une intervention, que des mesures intelligentes prises de loin pourraient cependant rendre efficace. .

S'étonnera-t-on que les Russes, éclairés cooune ils ie sont sur une situation favorable en tous points à leurs plans, en diiTèrent cependant la roalis<ition ? Los raisons de ce retard sont faciles à siiisir.

Vaiï brisant la faible barrière qui retient encore

De CONSTÂiMiNOPLË. 247

hors de kl domination l^ale du tzar les provinces torques, dont l'annexe déûnitive à son empire est 81 vivement désirée, ce prince soulèverait toutes les puissances alarmées par cette résolution , et , à coup sûr, on les verrait, excitées par un danger pressant, faire en commun les plus grands effbilâ pour essayer d'en prévenir l'accomplissement 4 Arriveraient -elles assez tôt ?

Le Bosphore et ses importantes dépendances, par suite de Tapathie de l'Europe, peuvent être envahis sans de grands efforts, et très*lestement, psir les forces russes , préparées pour ce coup de loain. Ce n est pas de ce côié que se rencontrent ^ obstacles. La Russie n'entrevoit pour elle de ^^ultcs sérieuses qu'après la consommation de ^n invasion. Elles sont innombrables : voici les Prôcipales.

La Russie , établie à Conslantinople , aurait à

Çoi^tenir les populations qui ne professent pas le

^^ grec, et à défendre sa conquête contre une coa-

"^n qui , de proche en proche, pourrait s'éten-

^ du Caucase jusqu'en Scandinavie. Lorsqu'un

blesse est entamé , chacun veut en saisir sa part.

Elle a en Europe des territoires qui conviennent

^ 1 Autriche, à la Prusse, à la Suède. Les Polonais

^ révent que leur renaissance. 11 en est ainsi de

^^les les populations de l'Asie qu'elle a subju-

S^^, et qui ne supportent qu impatiemment son

i^^g de fer.

248 DÉFEiNSE

Maîtresse de Constantinople, elle devrail en nourrir les habitants, qui ne recevraient plus rien de l'Asie, de TÉgypte, des îles de rArchipel.

Toutes les dépenses publiques de ses nouvelles possessions, accrues de celles que nécessiteraient leur organisation el leur sûreté, seraient à la charge de son trésor ; car le sultan, avec le revenu entier do ses domaines, est toujours en dessous des besoins. Comment les Russes y salisferaient-ils sivec les recettes des seules parties envahies, dont la ruine est déjà si avancée?

En restant provisoirement dans le statu quo, et ajournant ses desseins, l'autocrate a tous les avantages de la possession, sans en supporter les charges. Il est maître, et mieux obéi sur le Bosphore et dansConstantinople, que si ses troupes y tenaient garnison. Il laisse au divan le soin de pourvoir a tous les genres de besoins , et il n'intervient dans les produits que pour se faire la part qu'il lui plaît de fixer. Si le fisc ottoman est hors d'état d'acquitter cette part en espèces, les agents moscovites en déterminent la quotité on matières premières-

Le gouvernement, fait aussi recruter à Gonstantinople , pour son service naval ; nous l'avons dit

dans le chapitre de la Marine.

A tous ces avantages réels et actuels, les Levantins, qu'effraie la prépondérance russe, en ajoutent un autre d'une nature plus grave , qu'ils aperçoi-

DE CONSTAMINOPLE. 249

▼ent dans certaines éventualités. On croit possible que le tzar réussisse à se faire du sultan un auxiliaire, à le déterminer, sous l'ombre d'une alliance, a remettre à des olficiers russes la direction de ses ^^néesde terre et de mer, et à souffiir leur incorlK)ration dans les forces de son empire.

L'ascendant moscovite est tel sur les Turcs, qoe ceux-ci plieraient inévitablement sous la verge de leurs voisins, et pourraient recevoir d'eux, le knout aidant, une instruction que les formes moelleuses de leurs instructeurs français et italiens ne réussissent pas à Içur faire prendre. On verrait peut-être alors ces mêmes Turcs se croire WMcibles par leur amalgame avec ceux qui les ^t toujours battus.

L'Orient est destiné à devenir avant peu le ^tre d'événements extraordinaires. De quelle ^txire seront-ils? On ne peut le deviner. La pru- ^ûce conseille à l'Europe de se préparer à toute ^^ce possible.

Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que l'in-

<*<>lence, l'incurie , l'incapacité, tous les principes

Datifs, se rencontrent chez le peuple installé en

Orient, il y a trois siècles, par la victoire. Ce

peuple, par l'excès de sa dégradation morale, est

devenu une matière malléable, sans volonté et

sans idée fixe. Il attend avec résignation ce qu'il

plaira au destin d'ordonner de lui.

Rn attendant, il est en butte, comme individu, à

toules les misères; comme nation^ à toutes les hraniliations qu'un absurde régime a pu créer. Que la chrétienté y prenne garde! rinlérêt le mieux dirigé sera celui qui prévaudra dans les importantes contrées où le successeur des califes n'a plus qu'un pouvoir contesté.

CH^PITBK I^.

LA RtrOAME UATVS LES VETEMK.^T».

Le sultan liciil de sa naissance, des lois, de Topinion, une autorité sans limite ; mais que d'entraves en gênent l'exercice !

II a brisé la plus formidable de ces entraves par l'extermination des janissaires. Il a énervé la plus dangereuse , en ce qu'elle puis^iit sa foi'ce dans la religion et la justice, par la restriction des droits des ulém<is desservants à la fois des temples de l'islamisme et de Thémis. Cependant, des faits récents ont prouvé que toute appréhension de ces deux côtés n'était pas entièrement dissipée.

Nous avons déjà parlé du projet de révolte lento par d'anciens janissaires , i)endant l'absence du

^25û LA KEt'OKlfL

sultan en mai 1837, et étouifé aussitôt que découvert y par l'exécution d'une cinquantaine de conjurés. Nous aurons occasion , en traitant dans le présent chapitre de la réforme dans les vêtements , de signaler les alarmes que donne encore le corps des ulémas.

Dès que le sultan se fut résolu à introduire dans ses états un régime nouveau, qui devait atteindre les institutions et les hommes dans les plus petits détails de leur existence ancienne, il dut com* mencer cette œuvre par un changement total dans les costumes. Ceux en usage de tout temps , rappelaient des corporations, des prétentions, des privilèges, des usages, dont il convenait d'éteindre jusqu'au souvenir, après avoir fait table rase de ce qu'ils représentaient.

L* ancien équipement des hommes ne pouvait se prêter aux nouvelles exigences. L'état n'était plus assez riche pour en sui)porler la dépense quant à ses salariés, et les particuliers avaient perdu les moyens de fournir au luxe de leur mise.

Une foule de dépenses capitales, en usage dans l'état social des pays civilisés , n'étaient pas connues des peuples orientaux. Là, pas de modes, dont les variations sont si exigeantes ; pas de spectacles, de visites, d'assemblées, où la somptuosité des habits et des ornements a tant d'occasions de se produire. ' Les maisons des particuliers étant

closes aux élrangers , un beau mobilier n'est pas de rigueur. On ne se donne pas réciproquement à manger. On n'a pas de voiture. Les Orientaux sont affranchis , par leurs coutumes et mœurs, de beaucoup d'autres charges qui pèsent ailleurs sur tes fortunes privées.

Chez les Turcs y les rigueurs du luxe n'attei- S^entque leur personne. Ils pouvaient être mal l<)gés, mal meublés, mal nourris, eux, leurs femmes et leurs enfants, ce que personne ne pouvait vérifier , et cependant paraître opulents aux yeux du public.

H leur suffisait, à cet effet, de se montrer hors

de leur domicile avec des vêtements frais , des

pelisses et des châles de quelque valeur , pour se

"^^er un air d'aisance et même de richesse, qui

^^^ïïsirastait très-souvent avec la détresse de leui*

"*^rieur.

^'est la nécessité de cette opulence apparente,

^ ils ne peuvent plus satisfaire et qui était de-

^^lie de plus en plus onéreuse, que le sultan a

*^li la nécessité de faire cesser ; et c'est en cola

élément- que les réformes ont eu leur entier

^ais il était impolitique et maladroit, en voulant P^^^lisser tout un peuple à adopter une mise nouille, de brusquer la mesure. Pouitjuoi ne pas se ^^^nner le temps de faire choix de vêtements convenables et conmiodes, avant d'obliger cette po-

'2ô% LA UÉFOUME

pulalion à renoncer à ceux dont l'h^ibitude était prise dès l'enfance?

Ces ménagements étaient surtout commandés par la constitution physique que les Musulmans reçoivent de leur éducation et de leur inanièi*o <rêtre. En négligeant cette considéi*ation , on a rendu ridicule un peu|)le qui en imposait encore , il y a peu d'années, par une belle repi*ésentaiion.

Aujourd'hui, il fait peine à voir. L'usage des sofas voûte les reins et enfonce la poitrine ; la manière de s'asseoir tourne les pieds en dedans et déjette les jambes en dehors. Beaucoup paraissent estropiés qui n'ont qu'une mauvaise tenue.

L'ampleur des anciens vêtements masquait ces inûrmités acquises. Les habits serrés les dessinent et les rendent ap|>arentes. Ajoutez que tous sont gauches dans leur nouvel accoutrement.

C'est surtout aux fonctionnaires que le changement n'a pas été favorable. On ne leur trouve plus cet air de grandeur qui , uni à leur réserve habituelle , en imposait et commandait le respect.

Gênés dans leurs habits et manteaux brodés^ sortis de la main de tailleurs inhabiles, ne sachant pas porter les épées ou sabres , parties obligées de leur costume d'apparat, ils sont honteux euxmêmes d'une métamorphose qu'ils jugent bien ne j>as leui* être favorable, et ils semblent partager l'hilarité que leur vue oxcile, lorsqu'ils pensent ne

faire que substituer sur leur figure un sourire gracieux à leiïr gravité d'autrefois.

Il en est même de petite taille, et parmi ceuxci on remarquait Réchild-Pacha et Sarim-Eflendi , tous deux connus à Londres , que leurs efforts pour imiter les manières qu'ils avaient étudiées dans leurs ambassades en Europe, faisaient prendre pour de véritables singes.

Les changements dans les costumes n'ont [kis été plus favorables aux armées musulmanes. Nous avons dit la mauvaise qualité des étoiles dont elles sont vêtues, et la parcimonie avec laquelle on les emploie, qui sont telles, qu'après un mois <le campagne tous ces vêtements seraient on loques. Noos pouvons ajouter que le dernier degré du ridicule a été atteint dans la forme et dans la coupe des habits de troupe.

Le sultan lui-même n'échappe pas à la critique dans cette subversion de costumes, ' et dans le mauvais goût qui a présidé aux remplacements.

Avant les réformes, rien n'approchait de la pompe qui environnait Sa Hautesse, quand elle sortait de son palais. Les rois de rEuroi>e , et toutes leurs cours réunies, ne seraient pas parvenus à former un cortège aussi riche, aussi (fiégant, aussi imposant, que celui des successeui-s des califes se rendant à la mosquée.

C'était à travers une double haie de janissaires qu'ils parrouraien! les rues conduisant de leur

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palais à la mosquée impériale, désignée , par l'étiquette ou par le caprice du maître , pour les prières du jour.

Ces janissaires n'avaient pas d'uniforme. Leur tête seule était ornée d une casquette en cuivre, de forme commune à tous, présentant sur le devant une manière d'étui destiné à recevoir une cuil*lère, et d'autres petits ustensiles à l'usage du soldat. Une peau de mouton tannée, attachée à la partie antérieure de cette casquette, pendait et descendait le long du dos, en s'élargissant jusqu'à la chute des reins. Elle offrait la forme d im triangle, dont le sommet se trouvait derrière la tête.

Dans rintérieur de Constant inople, les janis-

' saires ne portaient pas d'armes : c'eût été trop

dangereux. Un énorme bâton, placé dans la main

droite, leur servait a faire la police, et à témoigner

qu'ils étaient de service.

Ces hommes tenaient beaucoup h prouver leur adresse à manier ce bâton. Pour la manifester, autant que pour l'entretenir, il arrivait quelquefois qu'il prenait fantaisie à un homme de garde de le lancer dans les jambes d'un Grec qui courait dans les rues. S'il le touchait, un sourire approbateur de tous les assistants était sa récompense. S'il était parvenu à renverser le coureur, lui avait-il même cassé une jambe, il recevait de ses collègues les témoignages les plus vifs de leur admiration. Et,

DANS LES VÊTEMENTS. i>57

le mutilé?... il allait se iaire panser où bon lui semblait.

Quand le sultan passait devant cette double haie, il en recevait le salut d'hommage. Ce n'était point par des mouvements d'armes, des roulements de tambour, des acclamations, que se dessinait cet honneur rendu au souverain. Le plus inome silence régnait sur toute la ligne ; mais, à la vue du maître , chaque homme , officier et soldat, inclinait sa tète sur son épaule droite. C'était loi dire, par une pantomime expressive : Fais-la tomber y si tel est ton bon plaisir.

Le sultan se montrait flatté de cette abnégation , et il la récompensait en port^mt la main sur son cœur, et ses regards alternativement de droite' à gauche, sur les lignes de ses fidèles, manœuvre assez fatigante, quand la course était loi^ue.

Le cortège de Sa liautesse, se rendant le vendredi à la mosquée, se composait de sa maison officielle. Chaque officier, depuis le simple huissier îusqu'au grade le plus élevé, était à cheval.

Le défilé commençait par les plus petits emplois. Ceux qui les occupaient avaient à côlé d'eux on domestique à pied, paraissant tenir la bride de leur cheval.

Le nombre des domestiques ^ en augmentant successivement, marquait la nuance de l'élévation iles fonctions. Il était si considérable, qu'une demi-

tr)8 LA UËFORME

heui'C sullisaii à peine , les vendredis ordinaires « pour le passage du défilé.

Arrivait enfin le corps de Sa Haulesse. Ici, une haie nouvelle, formée des colonels des janissaires, que l'on nommait schorbadjis (littéralement, donneurs ou faiseurs de soupe), marchait avec le souverain, autant comme garde d'honneur que comme garde de sûreté.

Ces hommes portaient un costume guerrier à Tan* tique , aussi riche qu'élégant. Leur arme était une espèce de pique, dont l'armure jetait un vif éclat.

Leur tête était couverte d'un casque brillant surmonté d'une aigrette de plumes très-touffue, auquel les mouvements de celui qui le portait imprimaient un mouvement régulier de l'avant à larrière. Les traditions donnaient pour origine à cette décoration du meilleur eflct , l'intention de dérober, par iniervalle, la vue du maître, de manière à rendre incertain un coup de feu dirigé par quelque Fieschi. •

Autour du sultan, se groupaient une multitude <lc pages, de figures et de costumes de choix.

Derrière lui , on voyait deux oflîciers à cheval portant chacun, sur un trépied d'or, un turban pareil à celui dont Sa Hautesse était coiffée, et orné comme celui - ci d'une riche aigrette en diamants. L'usage voulait que Sa Hautesse , en entrant à la mosquée, échangeât le turban qui avait servi au trajet contre un de ceux-ci , et se pa-

DANS LKS VÊTEMENTS. 259

rai (lu troisièmo pour rclourncr à son palais.

Ces espèces de diadème étaient salués par les janissaires, à l'instar du sultan lui-même, par i mclinaison de la tèie vers l'épaule droite.

On voyait ensuite quelques chevaux de relais , tenus et environnés de nombreux écuyers. Ils étaient couverts de housses tombant jusque près (le terre et couverte'S de pierres précieuses.

La marche était fermée par les cortèges des deux principaux ennuques noirs. Le premier, le kislar-aga (seigneur des filles), portait, par assimilation, le turban à trois pointes, marque caractéristique du grand viziriat , auquel sa place était assimilée quant aux honneurs ; le second. Le kasnadar-aga (chef de la cassette particulière, on pourrait dire des fonds secrels\ avait aussi des ntarqués distinctives de haute puissance.

Un grand nombre de valets environnaient ces grands dignitaires à facultés écourtées.

Rien, il faut en convenir, n'était comparable ^n richesse , en élégance , en dignité , à la lK)n]pe des sultans allant remplir leurs devoirs f^ligieux ; surtout à l'occasion des fêtes du Baï- "^ et du Courban-Beyram, que l'on peut com- P^r à la Pâquc et à son Octave chez les chrétiens.

Dans ces journées solennelles , tous les grands ^*'I'fni[>ire, avec leurs maisons respectives et tout '<^ faste que chacun pouvait déployer, procédaient

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