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La piastre turque représente 23 centimes

PUS PLISSANT OlIE LK SLLTAN. lll

l)is galeuse (jn'il faut clia^^cr ilii troupeau... c'est un toqué, un fou danj^'ereux que la société doit enfermer

I*ensez donc! un lionnne qui ne mange pas... et ne fait pas manger les aulres? Est-ce que cela est possible?

Est-ce que cette chose monstrueuse, inouïe, peut se concevoir?

Existe-t-elle? Est-elle admissible sur cette terre sacrée de l'Islam, dans cet Orient si souvent chanté par les poètes?

Si vous posez ces questions à un habitant de Constantinople, surtout à un de ces braves et honnêtes Arméniens qui pullulent partout, il vous répondra, sans hésiter, en souriant finement, de ce sourire stéréotypé, énigmatique et jésuitique que l'on ne rencontre qu'ici... el jhez certain propriétaire gréco-russe de Cadi-Keuy..., enfant de l'île de Chio!...

— Non! Tout le monde mange, a mangé ou mangera. Du reste, comment vivre autrement?

Et pourtant, il faut bien le dire : si dans les administrations, chez les employés de l'État, sous une forme ou sous une autre, car il ne faut pas oublier que le bakchiche est un véri-

partisan de l'abolition desdites capitulations.

J'en étais le partisan en vertu de l'axiome, basé sur la plus stricte interprétation de la juslice :

Charbonnier est maître chez lui.

Et sur le droit imprescriptible que possède chaque nation de s'administrer suivant ses intérêts et sa volonté, en toute liberté, sans l'ingérance, à chaque instant, des puissances étrangères.

L'auteur qui écrit un livre consciencieux, un livre tel que celui-ci, éprouve le besoin, la nécessité, dirai-je, quand il arrive à traiter des questions aussi pénibles que celles qui forment la base de ce chapitre, d'appuyer ses assertions par le témoignage des auteurs qui l'ont précédé.

C'est cette nécessité qui me fait emprunter les pages suivantes au hvre de M. de Blowitz, mes lecteurs n'y perdront pas... au contraire.

« Le sultan Bakchiche, dit cet auteur, comme on l'appelle volontiers, est le tyran le plus absolu et le plus néfaste qui règne dans le pays. Le Bakchiche est la prévarication des fonctionnaires, la corruption monnayée des em-

PLIS l'IISSAM" nui: I.K SULTAN. IM

l'ioyôs, le Uiiil jioiir clmiI juclevé sur luiil «-e (lui s'achète par le gouvemenieiil, ou sur lout ce (jui émane de lui.

« Le Hakchiche a empoisonné toutes les sources vives de ce pays et il va de l'horrihie au grotesque, il a tué la justice, et j'ai en main une brochure intitulée : « Le procès Ohanne- ElVendi-Allah verdi, contre Agob-Effendi-Kculchéoglou », qui démontre — ce qui est d'ailleurs vrai — que dans cette alTaire, qui comporte un dilTérend d'un million de francs environ, on a changé huit lois de juges, de Cour d'appel et de Cour de cassation, parce qu'on les souptj'onnaitde vouloir, suivant leur conscience, juger en faveur de l'une des parties qui n'avait pas des accointances au ministère delà justice.

« Eh bien, quand les Turcs se plaignent des capitulations, on leur montre quelle est la justice à laquelle on exposerait ceux qui vivent aujourd'hui sous la protection des capitulations et on les fait taire.

« La justice, l'administration, ce qui les empoisonne et les pourrit, c'est le sultan Bakchiche.

« Si j'étais le vrai sultan, le sultan Abdul-Ha-

mid, j'aurais chassé comme un laquais le ministre de la justice sous lequel un tel scandale s'est produit, et j'aurais fait juger pour prévarication les fonctionnaires du ministère de la justice qui ont osé le provoquer.

« Oui! le sultan Bakchiche atteint parfois aux limites extrêmes du grotesque, mais de ce grotesque sombre qui consiste à mourir dans la convulsion d'un éclat de rire. Débarquez au port de Moudania, et prenez la route de Brousse. A droite, à gauche, vous verrez des quantités de rails saisis par la rouille; puis tantôt sous un hangar ouvert à tous les vents, tantôt en plein air et couverts de bâches déchirées, noircies, pourries, des locomotives, des tenders et des wagons.

« Vous vous arrêtez, vous regardez, vous cherchez la voie ferrée, au moins le tracé de la voie, \q piquetage en dernier lieu... rien! rien! rien!

« Vous vous croyez fou ou sous le coup d'une hallucination. Mais votre compagnon de route vous explique ce que vous prenez pour la folie du rêve :

« — C'est le sultan, vous dit-il.

« — Quel sultan?

PLL'S PUISSANT Ol K I.l. SULTAN. U;j

• — Le sultan Hakcliicho. »

« Quanti on a décidé de conslruin' en ré^ie un eliemin de fer de Moudania à Brousse, tous «eux (jui pouvaient y avoir une part se sont liâtes de eonnnander des rails, des wagons, des locomotives et des tenders, car sur tout «e matériel il y avait à recevoir duBakchiche. Mais, dès qu'il s'est apri de piqueter, de tracer et lie construire la liirne, comme ni les ingénieurs qui faisaient les plans, ni les piquelein-s, ni les terrassiers, ni les riverains de la ligne projetée ne donnaient du Bakchiche, on ne s'en est plus occupé ; on s'est borné à l'achat du matériel, on a mis le Bakchiche dans hi poche, le matériel dans les champs et aujourd'hui où le Bakchiche qu'on a touché est dépensé et où le matériel pourrit en plein champ, on songe à se défaire de celui-ci sans songer à achever la ligne, et on fera pour la revente l'opération du Bakchiche en sens inverse, de telle façon que, acheté et revendu, il ne rentre dans les caisses du Trésor pas un sou des sommes insensées qui en sont sorties, pour payer le matériel d'un chemin de fer qui n'a jamais existé.

« A rencontre de cette li<?ne russe qui marchait et sur laquelle on a volé cent treize kilomètres de voie, ici on aura volé le matériel de la ligne tout entière.

« Mais si l'on veut mettre le comble à cette fantaisie, il faut lire à la page 45 du rapport adressé par S. E. Hassan-Feni, ministre des travaux publics, le '2li mai!!! la phrase homérique suivante :

« Ligne de Moudania a Kara-Keuvi par Brousse. « Longueur: cent soixante kilomètres; coût

total : 6,960,000 livres turques (environ

160 millions de francs). Cette ligne est kpeu

près terminée entre Moudania et Brousse.

Elle est à voie étroite, etc. »

«Oui, certes, elle est à voie... étroite, siétroite même qu'un chameau qui peut passer par le trou d'une aiguille ne passerait pas par cette voielà, dont le ministre des travaux pubHcs actuel disait, il y a trois ans et demi, qu'elle était à peu près terminée. Elle était décidée sur le papier, le matériel devait être commandé par l'ordre du sultan Bakchiche, par l'ordre duquel il sera revendu, et voilà tout.

« Peut-être croiriez-vous quele port de Mou-

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