‹ La Turquie officielleChapitre 37 sur 67 · I.K IIAItIM IMII 111 M · texte numérisé non relu

I.K IIAItIM IMII 111 M

soiiiialili', — cl rcv\.v<, parini les iiréru^'alivt's les plus envit^os, — il faut niollre an proinior rani; le tlinit (|ii\lli' a dt» se tenir- près df Sa Majo«stt', l()r>^(pic oelte dernière fait son entrée dans le hareni, et la mission qui lui incombe de conduire dans la chambre à coucherdu sultan l'heureuse favorite (|ui doilparlajjer sa couche.

Hien de plus étranj;e pour un Européen que cette cérémonie, — le mot n'est pas de trop, ainsi qu'on va le \(iir.

I.a personne (pii doit ce soir-là avoir l'ext rème honneur de distraire le Chef des croyants (le ses p-raves occupations est introduite par la llasnadar Ousta, parée de ses atours les plus brillants et de son sourire le plus voluptueux. On la fait entrer dans la chambre nuptiale alors que le maître s'y trouve déjà; elle s'incline alors profcîndément devant lui et demeure les bras croisés sur la poitrine, attendant ainsi le bon plaisir de Sa Majesté-

Quand la Hasnadar Ousta a préparé tout ce qui incombe à sa charge, elle se retire gravement, laissant en présence le lion etlagazelle •.

1. Les sultans sont appelés « Lions » par leur mère et leurs femmes; les princes impériaux sont des « petits lions ■> .

Conformément à cette parole du Coran qui, pour mieux indiquer le degré d'infériorité de la femme vis-à-vis de l'homme, affirme que le paradis de cette dernière est sous la platite des pieds de son mari, — affirmation dont certains théologiens se servent pour priver les femmes qui ne sont pas mariées des joies célestes du paradis, — la favorite de la nuit doit pénétrer dans la couche souveraine par les pieds du lit, et non comme cela se pratique dans les cas ordinaires.

Pour opérer ainsi, elle baise d'abord la couverture, la porte à son front avec des marques répétées de profond respect et, la soulevant avec le drap qui y est cousu, elle se gUsse sous ladite couverture, s'aidant de ses mains pour parvenir à côté de son seigneur et maître.

Une fois la place conquise, elle cherche par tous les moyens possibles à surexciter les sens de son impérial époux. Quand elle y est parvenue, — ce qui n'est pas toujours chose facile, — elle éteint les flambeaux et, les voiles de la nuit enveloppent le couple royal dans ses invisibles et ineffables mystères.

Comme de cette nuit peut résulter la gloire

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de devenir la mère d'im sultan, on toinpifiul (jiie ce n'est pas la une j»itite ehuse pour la femme qui est ap|ielée a jouir, |)our la première fois, des faveurs de son souverain. Celte femme, fût-elle une simple eselave, e'esl-à-dire une -^niieu/dé, passe imméiliatement à la qualité d'ikbal ou favorite et (»eut sortir kadinc ou future sultane Validé, de la eouelie dont elle a partagé un instant les souveraines voluptés.

Les choses se passent-elles toujours ainsi? Kt le sultan ne déroge-t-il pas j)arfois à ce rituel cérémonieux? Nous pouvons l'admettre, mais rien ne le prouve, car toutes les manifestations vitalesduliarem impérial sont ordonnées et réglementées par des lois excessivement sévères, dont le sultan lui-même n'ose pas toujours s'affranchir.

Quand une sultane ou une ikbal se marie, elle jouit, vis-à-vis de son époux, des mêmes prérogatives. C'est alors elle qui occupe la place du sultan, et c'est le mari qui doit se soumettre aux exigences de son impériale épouse, sans oublier un instant que toute femme, ayant eu les honneurs de cohabiter, ne fût-ce qu'une

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heure, avec Sa 3Iajesté oLLomane, est une femme sacrée, investie des privilèges attachés à la personne du padischah. L'eftet de ces privilèges se fait naturellement sentir encore plus puissamment lorsqu'il s'agit d'une fille de la maison impériale.

Comment la simple esclave passe-t-elle du rang dans lequel elle peut vivre toujours ignorée et inconnue à celui de guieuzdé, ou femme à l'œil ? Voici ordinairementce qui a lieu :

Quand il prend fantaisie au sultan de rendre visite à l'une de ses femmes ou à sa mère, la daïra ou cour de la personne visitée, mise en émoi par cette nouvelle, se prépare à faire à Sa Majesté la réception la plus digne de son rang. Toutes les femmes se coiffent, se fardent, se couvrent des vêtements qui peuvent le mieux rehausser leur beauté, et attendent avec une fébrile et curieuse impatience, en formant la haie, l'arrivée du maître.

Dès que celui-ci s'est assis sur le divan ou le fauteuil qui lui est destiné, on lui présente, suivant le cérémonial d'usage, le café, les sorbets, les confitures, l'eau fraîche et limpide et la moderne cigarette.

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r/eslàceuiuinoiil seiileiinMit, ((iii- Icst-^cluves [•Ijargées de servir ces rafraù'liis>iomenls ont l'oceasion de s'approtlnr tlu siiU;iii vl <lo paraitre devant lui, daiH loiil r(''(lat de leurs allrails naturels ou arlillciels.

Tout en causant avec la personne qu'il est venu visiter, le padiscliah qui, en lin de compte, est un homme comme un autre, ne se prive pas de rep:arder rapidement, en amateur qui s'y connaît, quelques-unes des jeunes et jolies houris qui lui versent son café, lui présentent les cigareltes, l'entourant de mille allentions plus délicates les unes que les autres, et d'œillades rapides dont les flammes attestent hautement l'impression produite par Sa Majesté.

Si une de ces anllades impressionne suffisamment l'impérial visiteur pour lui faire demander :

«Quelle est cette jolie esclave? Comment s'appelle-t-elle? »

Ou bien tout simplement : « Voici une jolie blonde ou une jolie brune », l'esclave désignée devient immédiatement une guieuzdé ou demoiselle dans l'œil.

La sultane chez qui se passe la scène fait alors un geste et ordonne à l'esclave remarquée de s'approcher et de baiser la frange ou le bras du fauteuil sur lequel est assise la personne du Chef des croyants. C'est là ce qui constitue la présentation officielle et le passage à l'état de guieuzdé.

Dès que cette cérémonie a eu lieu, l'heureuse fille se retire immédiatement et passe dans un appartement spécial. Dès ce moment, on monte sa maison, et elle attend là, l'occasion, quelquefois rapide, parfois ne se présentant jamais, de passer au rang d'ikbal ou favorite.

Une fois maîtresse de ce titre, elle est officiellement reconnue et a droit à une dotation mensuelle, ainsi qu'aux honneurs d'une cour et d'un établissement particulier. Elle appartient alors à l'aristocratie du harem et ne diffère en réalité des kadines ou femmes légitimes, que par l'infériorité de son train de maison et le peu de stabilité d'une situation acquise par un caprice du souverain, que ce même caprice peut détruire dans les vingt-quatre heures par un simple mot du maître. Quand celui-ci, en effet, prononce la formule sacramentelle :

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