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les aimables prtMresses qui tiennent à conserver, toujours vivace et actif, le culte de Saplio et à taire vibrer sa lyre harmonieuse, sans en omettre aucune corde.
Ce culte, si cliarmant, si suave, si au-dessus des autres cultes, s'il faut en croire ses fidèles pr«>tresses, n'est pas sans amener des scènes de jalousie dont la sourde violence ne peut èlrecjue dillicilement comprise par nos froides ima{?inations. De là, naît plus d'une tragédie dont le dénouement se trouve dans la tasse de café, oii le sucre a été remplacé par l'arsenic ou dans les sucreries, où la racine de bou-néfa — le père du remède, suivant l'expression arabe — joue le rôle de convoyeur vers les sphères éthérées du paradis céleste.
Quand vous voyez — et ici je m'adresse plus particulièrement à vous médecins de Constantinople — une jeune femme dépérir lentement sous le coup d'un mal invisible que vous vous empressez de classer parmi les tuberculoses ou maladies de poitrine, et vous savez tous combien de jeunes filles succombent ainsi dans les harems, songez, ô mes braves docteurs, dignes émules du fameux Sangrado,
"29tJ LA TURQUIE OFFICIELLE.
ô VOUS tous qui chérissez tant les longues et coûteuses prescriptions, où se trouvent pêlemêle les substances les plus hétérogènes, songez, dis-je, à la racine de bou-néfa, qui, si elle est inconnue de la plupart d'entre vous, n'est que trop bien connue de certaines khodjas et de plusieurs sages-femmes, s'occupant autant d'avortemcnts et de magie que de leur art officiel.
La femme orientale a beaucoup d'analogie avec l'Espagnole. Comme elle, elle aime plus par orgueil, par distraction et par vanité que par ce sentiment tout d'affection, de tendresse et de dévouement qui caractérise l'amour de la Française. Quand la Turque se donne, elle se donne avec une sorte de rage et d'audace, qui lui fait tout braver et la rend autoritaire et absolue au suprême degré, quand elle n'est pas matée par un maître redoutable. Sa jalousie est donc une passion active, qui la porte à assouvir sur les autres la rage qui résulte de ce qu'elle considère comme des humiliations.
La kalfa forme ses jeunes élèves suivant ses goûts et leur enseigne les détails du service auquel elles sont destinées. C'est ainsi,
i.i: maki; M imi>i;iu m.. -m
par exemple, t\nc la kalfa, (jui exerce les foiiclioiis de première cavcdji, ou faiseuse de café, a|>j)reiul à ses alalkes à préparer le café comme il faut, et à le versera la maîtresse de la daira et à sa compagnie suivant le cérémonial de la cour. LUes doivent aussi nettoyer et garder précieusement les riches services à café et à thé qui sont confiés à leurs soins. Cette garde doit se faire d'autant mieux, qu'il est de ces services en émail, enrichis de brillants et de pierres précieuses, dont la valeur est réellement considérable.
Les vieilles kalfas, celles qui ont renoncé au mariage, sont les dépositaires et les gardiennes des traditions et des usages du harem. C'est à elles que sont confiés les objets de valeur appartenant au sérail, tels que parures en diamants ou en pierreries, argenterie, pelisses, châles, broderies, etc.
Quand elles meurent, c'est le sultan qui hérite de tout ce que Ton trouve chez elles, y compris leurs économies personnelles.
Si une alaïke sortie du sérail meurt sans laisser d'héritiers, la loi musulmane veut que ce soit sa kalfa qui hérite de tous ses biens.
Elle est son héritière légitime, comme le sultan est l'héritier de tous les esclaves mâles et femelles achetés pour le palais.
On voit, par cette sage disposition de la loi qui régit les usages du harem, qu'une partie de ce qui est sorti du Trésor y retourne tôt ou tard.
Si nous ajoutons à cette nomenclature, déjà bien longue, des femmes ou plutôt des dames qui constituent les éléments du harem impérial, les musiciennes, les dames du corps de ballet, les comédiennes, parmi lesquelles se trouvent les conteuses et les lectrices, dont le chiffre dépasse deux cent cinquante, nous arriverons, en y comprenant les esclaves de bas étage, esclaves blanches et noires destinées aux gros travaux, à un total minimum de plus de quinze cents femmes ^ .
Et maintenant, soyez donc surpris quand on vous parle des sommes énormes que l'État engloutit chaque année dans ce gouffre profond qui a nom : harem impérial!
1. Ce chiffre a ct6 porté à 2,000 par plusieurs auteurs et en particulier par M""^ Kibrizli pacha.
CllAlMilll:: Il
Les conseils de guerre et la justice militaire.
I/afTairc di-i zuuaves de la garde
impériale.
L'inlfTventioa de la clémence souveraine.
Nul pays ne serait depuis quelques années aussi bien réglementé et clans une voie de progrès aussi remarquable que la Turquie, s'il fallait juger du fond par les apparences. Malheureusement, il ne suiTIt pas de signer décrets sur décrets pour que les choses soient bonnes. Il faut que ces décrets, que toutes ces louables intentions soient suivis d'actes et de FAITS conformes. La bonne volonté est certainement une excellente chose, mais tout verbe qui ne porte pas des fruits est une manifestation avortée de la pensée, un signe d'impuissance fécondatrice.
En se préoccupant, après la terrible guerre
de 187(î-77, de la réorganisation de son armée, alors en pleine désorganisation, n'existant plus qu'à l'état de hordes indisciplinées, profondément altérée dans ses principaux éléments, le sultan Abdul-Hamid semble avoir donné une grande attention à tout ce qui touche à la discipline de ses troupes. Il a compris qu'il y avait là un facteur puissant, qu'il était nécessaire de bien faire entrer en ligne de compte, si l'on voulait arriver à constituer une armée solide, homogène, apte à l'attaque comme à la défense, toujours prête à exécuter les ordres de ses chefs, capable, en un mot, de figurer dignement parmi les armées européennes les mieux réglementées et les plus civilisées.
Pour répondre à cette pensée du souverain, on remania, ou, pour être plus dans l'expression de la vérité, on fit tout un code militaire, calqué en grande partie sur les codes français et allemand ; on organisa la justice militaire en créant des conseils de guerre, chargés de veiller sévèrement à tout ce qui touche à la discipline des armées en temps de paix et en temps de guerre.
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Il l'xisle (ione en Tun)iii(' une justice militaire, devant laquelle eliaeun possède les mûmes droits, éj^'ale pour tous, inllexiblc dans ses arrêts, soustrait»^ aux inlluences du palais, ne reconnaissant j>our niailie que l'ensemble des lois qui découlent de son code, ayant des ju^es impartiaux, indépendants.
Oui, certes, tout cela existe... sur le papier et en théorie, absolument comme pour la justice civile; mais, en pratique, celte justice n'est réellement di^'ue de son titre, c'està-dire indépendante, que lorsqu'elle n'est aux prises ni avec le sultan Rackchiche, ni avec une frrande influence morale, politique ou administrative.
Si donc elle n'est indépendante ni des influences financières, ni des influences des grands dignitaires, ni de celle des personna^res plus ou moins puissants du palais, que dirons-nous quand il s'agira de I'ktre qui est au-dessus de toutes les lois, de toutes les conventions et de toutes les réformes, le sultan?
Pour mieux mettre mes lecteurs en mesure d'apprécier cette justice militaire en toute connaissance de cause, je vais la faire fonc-
tionner devant eux, en racontant le fameux procès des officiers des zouaves de la garde impériale.
Le voici avec le tragique événement qui le suscita.
Depuis longtemps, une vive animosité existait entre les zouaves arabes, — zouaves à turban — et les zouaves albanais, — zouaves à fez seulement. Ces deux régiments, logés à Yeldiz dans deux casernes voisines, séparées par une petite esplanade, font partie de la 2me division du 1^' corps d'armée (Gonstantinople). Cette division était alors commandée par un brave général, Ismaïl pacha.
Sous l'influence de cette animosité qui, plus d'une fois, avait dégénéré en haine violente, des faits graves, touchant à la discipline, s'étaient produits en dehors et même pendant le service. Les rixes devenaient de plus en plus nombreuses entre Albanais et Arabes. L'ordre souffrait de cet état de choses et, plus d'une fois, les officiers avaient vu leurs commandements non écoutés. La désobéissance s'accentuait chaque jour davantage. Un jour, un Albanais, insulté par son officier, avait pro-
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i\lé de ce que ce dernier f.iisail son kief sur un soplia, dans le corps de garde, pour le tuer net diiii l'oup de fusil; un auln> jour, c'était un Arabe qui avait oulraf^é sou supérieur au moment où il voulait lui innij5'»'r une légère punition, pour des voies de fait (ju'il avait eues avec un Albanais.
Le général isinad |)aclia avait, en ditft-rentes circonstances, insisté près du sultan pour qu'il lui fût permis d'envoyer les soldats les plus récalcitrants dans d'autres régiments, loin de la capitale. Mais Sa Majesté, dans sa crainte de mécontenter ses soldats, n'avait jamais accédé aux désirs du général.
Les choses en étaient là, quand vint le Baïrani avec ses fêtes de trois jours, succédant à la nuit des hautes félicités — Kudir-Gcdjrssi. Le deuxième jour, vers onze heures du malin, les troupes du plateau d'Veldiz, joyeuses du mois de solde qui leur avait été payé la veille, se livraient à divers amusements. Des marchands, des jongleurs, des musiciens ambulants entouraient les casernes, faisant de leur mieux pour gagner quelques piastres. Trois de ces musiciens s'étaient placés près de la
caserne des zouaves albanais, quand arrivèrent quelques zouaves arabes qui leur dirent de se rendre chez eux, devant leur caserne, où leurs camarades voulaient se livrer au plaisir de la danse.
« Nous avons de l'argent, ajoutèrent-ils, et nous vous payerons bien.»
Les Albanais refusèrent de laisser partir les musiciens et, d'un mot à un autre, on en arriva vite aux injures et aux coups.
Les Arabes vinrent au secours de leurs trois camarades ; les Albanais en firent autant... Des mains, on passa aux bâtons et aux pierres. Le sang commençait à couler. Les Arabes, moins nombreux, pliaient sous les efforts victorieux de leurs adversaires. La dispute menaçait de prendre les proportions d'un véritable combat.
Tout d'un coup, sans que l'on sache bien comment la chose se fit, qui en donna l'ordre, les clairons des deux troupes retentirent brusquement.
«Aux armes! » fut le cri général. Chacun des combattants se replia dans sa caserne, s'arma rapidement et revint sur le premier champ de
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bataille, j)lus achanio qu'au licbut de la rixe, coniniautlé par des chefs iuiprovisés, élus sous riutlueuce de la folle colère qui s'était emparée des amis des premières victimes.
Albanais et Arabes se rangèrent en bataille et se livrèrent à une fratricide fusillade.
Les rares ofllciers alors présents dans les casernes cherchèrent à calmer leurs hommes, mais leur intervention n'eut aucun succès. Ces forcenés n'écoutaient plus leurs commandants !
Aux premiers coups de feu, tirés presque sous ses fenêtres, le sultan avait tressauté, pris d'une subite pani([ue. Le sélamlik et le haremlik, croyant à une révolution, étaient sens dessus dessous... Des oiïiciers d'ordonnance furent immédiatement envoyés dans la direction, où la fusillade éclatait de plus en plus vigoureuse et précipitée; d'autres allèrent chercher les maréchaux Dervich pacha, Ghazi Osman pacha, Fouad pacha, etc. Le général Ismaïl pacha fut également mandé près de Sa Majesté.
Dervich pacha, alors présent au palais, accourut un des premiers près de son maître
et, profitant d'un moment où la fusillade se ralentissait, lui annonça qu'il ne s'agissait que d'une manifestation de joie à la mode arabe, c'est-à-dire d'une fantasia faite en l'honneur du padiscliah et du mois de solde que les troupes venaient de toucher.
« Du reste, ajouta-t-il. Sa Majesté peut se rassurer, j'ai donné des ordres pour faire cesser cette bruyante manifestation. »
Malheureusement pour le digne maréchal et la véracité de son récit, la joyeuse manifestation, un moment calmée, recommença plus bruyante, plus terrible qu'avant; cette fois, la fusillade prenait des proportions réellement inquiétantes, La vérité, c'est que les hommes des deux régiments de zouaves, alors présents dans leurs casernes, s'étaient répandus en tirailleurs, se fusillant presque à bout portant, comme de véritables enragés, trop grisés par l'odeur de la poudre, la vue du sang, les cris et les vociférations des blessés, pour pouvoir écouter les officiers qui, au milieu du feu, cherchaient à faire rentrer leurs hommes dans le devoir.
Informé par un de ses hommes de ce qui se
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passait, le j^'ÔiummI Ismail pacha, alors à B»''chiklache, bien loin tle se douter de la san{^dante tragédie dont les actes se déroulaient sur le plaU'au d'Yeldi/, |>ri( ininiédialeineiil un cheval cl arriva bravement, ventre à terre, au milieu des troupes mutinées. A son aspect, un sergent se précipita sur lui et l'ut grièvement blessé à l'épaule au moment même oii il lui tenait lélrier; sans la présence de ce sous-oilicier, la balle atteignait le général en plein abilomen.
Se sentant impuissant à maîtriser la rage de ses hounnes, Ismail pacha lit avancer une batterie, plusieurs bataillons d'autres troupes et le peu de cavalerie dont il pouvait disposer.
Pendant que se passaient, sur le plateau, ces sanglantes scènes, le désordre était complet au palais ; chacun, sérieusement effrayé, croyant, peut-être de bonne foi, à un complot militaire, tremblait et pour lui-même et pour le sultan. Ce dernier envoyait ordre sur ordre, aides de camp sur aides de camp; il faisait appeler ses ministres, ses maréchaux, ses chambellans... Les femmes se réunissaient, sous le coup d'une panique bien naturelle, anxieuses, épouvantées, ne sachant pas à qui
en voulaient les mutins, mais bien convaincues que le palais était attaqué de vive force.
Enfin, aidés de quelques maréchaux et des officiers arrivés sur le lieu du combat, le général Ismaïl pacha fit cesser le feu et ramena l'ordre parmi les troupes révoltées.
Les secours médicaux arrivèrent, et l'on s'occupa de ramasser les morts et les blessés.
Le combat avait duré en tout plus d'une heure et demie.
Quand on compta les victimes, on touva sept morts et plus de cinquante blessés.
Ces derniers furent transportés à l'ambulance d'Yeldiz, située sur le lieu même de la lutte ; quant aux morts, ils furent inhumés le même soir, avant le coucher du soleil, suivant la loi et les usages musulmans.
Parmi les blessés, plusieurs succombèrent durant les jours qui suivirent cette terrible rixe. Ceux qui se rétabUrent furent versés dans d'autres régiments, en compagnie de la plupart de leurs camarades, tous expédiés, non en une seule fois, brusquement, mais par escouades, en plusieurs semaines, dans les corps d'armée du Hedjaz et de la Turquie d'Asie.
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Le soir int-mo du combat, les principaux olliciers des deuxréj^iuieuls de zouaves et leur général en chef, Ismaïl pacha, furent arrêtés et mis au secret.
Sur l'ordre formel de Sa Majesté, on constitua un conseil de guerre composé ainsi (ju'il suit :
Président: le maréchal Samih pacha.
Juges : les maréchaux Djemil pacha, l'cxgouverneur du vilayet d'Ale|)...., Mahmoud pacha, renégat polonais, et Ali-Nizanir pacha, les généraux de division Nedjid et Ahmed- Vahib pachas, puis un autre divisionnaire.-., dont le nom m'échappe.
Soit un total de sept olTiciers supérieurs.
Les accusés étaient au nombre de quinze.
Voici les noms et les grades des principaux :
Le général de division Ismaïl pacha, le vaillant et honnête commandant de la 'l""'^ division du 1" corps d'armée;
Le général de brigade Hussein pacha ;
Le lieutenant-colonel Tewfîk bey;
Le colonel Ahmed bey ;
Le major Edhem effendi, commandant du 2°^* bataillon du régiment des zouaves à fez, albanais ;
Ali effendi, adjudant-major du même bataillon.
Ils avaient tous à répondre à l'accusation de négligence dans le service.
La cour martiale, instituée ad hoc, prononça immédiatement, après une rapide enquête, des condamnations relativement bien sévères pour les accusés. Les jugements furent soumis à Sa Majesté dans le mazhata que Djemil pacha lui apporta le même soir.
Dans ce jugement, le général Ismaïl pacha était condamné à un mois de prison.
Cette sentence, déjà bien rude pour ce vaillant soldat, ne satisfit ni le sultan ni le maréchal Djemil pacha.
Ce dernier, qui a beaucoup de choses à se faire pardonner, dont la conduite pendant son gouvernement d'Alep a donné naissance à tant de plaintes en dilapidations, prévarications, etc., qui, pour ses débuts, avait été expulsé de l'École militaire pour des faits que je n'ai pas à qualifier, profita du mécontentement qu'il lisait sur la physionomie de son souverain pour accuser ses collègues de parti pris en faveur des officiers coupables.