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et cela m'a sulli jtoiir me convaincre ijii'il iléjH'ntl de vous (jue mon alTaire soit faite. Veuillez • loue, je vous prie, parler de cela au ministre, et dites-moi ce ([ue vous désire/ pour votre commission,
L'oj)ération, ainsi conduite, fut lestement terminée, et les ileux compères se quittèrent enchantés l'un de l'autre.
Le premier voyait ses draps, plus ou moins solides, recouvrant les braves soldats turcs; le secoud apercevait, dans un avenir prochain, une série de liasses de cn'ùni's-linisci venant rejoindre celle (pi'il venait de serrer dans son tiroir.
A midi, plus de dix solliciteurs s'étaient présentés dans des buts analogues au premier.
Celui-ci avait des cuirs qu'il voulait vendre; l'autre, des objets de harnachement; un troisième, une quantité de fourrages plus ou moins avariés ; le quatrième, de l'orge et de l'avoine ; le cinquième, des fusils et des sabres; bref, chacun avait une marchandise quelconque dont il voulait se débarrasser, en la vendant, le plus cher possible, au nouveau ministre de la guerre. Quand tous ces braves gens furent
partis, non sans laisser des preuves palpables de leur bonne volonté entre les mains de notre banquier, celui-ci se leva, grandi de dix coudées, convaincu qu'il avait en lui un peu de la majesté et du pouvoir de son illustre débiteur le Séraskière.
Il comprit alors l'importance réelle de cette phrase qui l'avait tant bouleversé la veille : — Va-t'en... tu es payé!
Après avoir joyeusement déjeuné avec sa famille. A... effendi envoya chercher une voiture, et se fit conduire rapidement au Séraskiérat. Pendant que la voiture l'emportait vers son cher débiteur, il supputa ce que pouvait lui rapporter la réalisation des offres qui lui avaient été faites le matin. Le résultat de ce calcul fut qu'il toucherait une somme bien supérieure à celle qui lui était due par Riza pacha.
Dès qu'il fut en présence de ce dernier, non sans avoir fait antichambre assez longtemps, il s'inclina très bas, très respectueusement, et, sur la question qui lui fut posée par le ministre de la guerre, question relative au but de sa visite, question faite avec cette expression fine
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et inotiueuse (jui ne se reiieoiitre que riiez le Une (lij)lc>inale, il répoiidil :
— Je viens vous inier, Excellenec, de bien vouloir m'eniprunter encore quelques mille livres, et... île me g^anler toujours votre préeieuse amitié!
Les poissons de Baloukli.
Cette légende remonte au jour de la prise deConstautinople parles troupes triomphantes de Mahomet H le Conquérant. Elle est absolument grecque et témoigne hautement des aspirations secrètes qui n'ont jamais cessé d'exister chez les Byzantins, même pendant les jours les plus néfastes et les plus sombres dcleur histoire.
La scène se passe au couvent de Baloukli, situé près de l'hôpital du même nom, en dehors des murailles qui virent la défaite du dernier empereur grec de Byzance et le triomphe du croissant sur la croix.
A l'heure même où Mahomet II pénétrait à cheval dans le magnifique temple consacré à
sainte Sophie, et appuyait sa main sanglante sur une de ses colonnes, en criant à haute voix la formule sacrée de l'Islamisme : « Dieu seul est Dieu et Mahomet est son prophète ! » un moine du couvent de Baloukli préparait son déjeuner en faisant frire des poissons dans l'huile bouillante.
Tout à coup des fidèles, sous le coup de la terreur la plus vive, accoururent hors d'haleine, annonçant au bon moine la mort de l'empereur Constantin XII et l'entrée des Turcs des infidèles, dans Byzance.
Le moine, incrédule, s'écria :
— Je ne croirai à ce que vous m'annoncez que si Dieu fait un miracle en permettant à ces poissons de sortir de la poêle et de se jeter à l'eau.
Le nouveau saint Thomas avait à peine formulé ce vœu que les poissons, tout frits qu'ils étaient d'un côté, s'élancèrent de la poêle et, par un bond prodigieux, franchissant les murs de la cellule qui venait de s'entr'ouvrir, se précipitèrent dans la piscine qui existe encore à l'heure où j'écris ces hgnes.
Devant cette preuve manifeste, le moine s'in-
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cliiia sous lu voloiilé «le Difii lout-piiissaiit ot, [xHir consoler la foule éplorée qui accourait, (le plus eu |»liis nombreuse, se réfugier dans le modeste couvent de Baloukli, il allinna hautement que, en acconiplissanl le j>ro<ligequi venait de se passer, Dieu avait voulu montrer (piim jour le même événement, s'accomplirait, mais en sens contraire, c'est-à-dire qu'un sultan succomberait sous les coups victorieux d'un nouveau Constantin et que ce jour-là, jour de victoire et de représailles, les poissons, rôtis d'un côté, reviendraient prendre leur place dans la poêle sacrée, afin que le repas du moine, si fâcheusement interrompu, puisse s'accomplir en paix.
Que dire de plus? Chaque année, à l'époque anniversaire de la prise de Constantinople et du miracle des poissons, les Grecs viennent en foule puiser à la piscine sacrée et regarder si les poissons continuent à jouir d'une bonne santé. Ce jour-là, le couvent est tellement encombré par les visiteurs que, pour y maintenir l'ordre et éviter les accidents, qui n'arrivent que trop souvent pendant les fêtes religieuses où le fanatisme grec s'exalte au-
dessus de toute expression, le gouvernement turc met à la disposition du couvent une compagnie de soldats échelonnés depuis l'extérieur jusqu'à l'entrée de la piscine, à laquelle on parvient par un escalier en marbre d'une vingtaine de marches.
La foule de croyants et de curieux appartenant à tous les cultes qui, pendant les trois jours que dure la fête de Baloukli, envahit le couvent et ses environs, s'élève à plus de cent mille personnes.
Inutile de dire, n'est-ce pas? que ces trois jours sont des journées bénies pour les dignes pères de Baloukli, car ils rapportent, en présents divers et en argent, de quoi entretenir les fidèles serviteurs du Christ pendant plusieurs mois.
J'ajoute que, ce jour-là, il ne serait pas prudent de paraître sceptique à l'égard de ce fameux miracle. Il faut y croire, comme il faut croire qu'un jour viendra où le prêtre qui officiait au moment de l'entrée de Mahomet dans Sainte-Sophie reparaîtra pour terminer la cérémonie du saint sacrifice de la messe, si tragiquement interrompue.