I.KGENDKS Kl AMXDOTKS. 3M
El noyoz-moi, cliors lecleurs, et vous surtout, ainial)lt's lectrices, mieux vaut encore l>araitre incrédule devant les Turcs que devant les Grecs, car le fanatisme de ces derniers est, en fait de croyances religieuses, bien supérieur à celui des j)remiers.
Histoire d'un déménagement, ou comment fonctionnent les municipalités turques.
Sous la rubi'ique « Ciioses de Péra », un rédacteur du journal le Slamboul a publié l'étude très humoristique qui suit :
Voici le temps des déménagements !
Ce mot, approuvé par le dictionnaire de l'Académie, donne la chair de poule à bon nombre de personnes, — à un mien ami, surtout, qui n'a jamais pu déménager sans qu'un bouleversement des êtres et des choses ne précédât cet acte.
Ceux qui, l'été, vont à la campagne, et l'hiver reviennent à Péra, sont, pour la plupart, vie-
Urnes des migraines, de l'omnipotence municipale.
Le tcheup parassi et le vcrglii!
Quelle mine à tracas, quelle source de controverses, quelle thèse à variantes vexatoires et assommantes !
Ils ne le savent peut-être pas, les heureux qui envoient leurs intendants ou leurs valets prendre livraison du tcskérc de déménagement.
Je vais ici leur en dire deux mots. Ce récit m'a été fait par un de mes bons amis et j'ai des raisons de le croire exact.
Je laisse la parole à mon ami :
Tu me connais, je me fiche bien d'aller en villégiature, moi qui dois me trouver à mon travail de bon matin pour ne le quitter qu'à une heure assez avancée du soir. Mais la femme, il y a la femme! Elle vous dit bien, à son tour, l'hypocrite :
— Tu sais, cela m'est bien égal d'aller passer l'été à la campagne. Mais les enfants, mon ami, il y a les enfants!
J'ai toujours omis de demander aux enfants si tel était réellement leur avis... Mais laissons cela.
LÉGENDllS KT ANF.CDOTKS. 353
Devant porter une cliarrée de meubles à la campagne et ne pouvant m'occuper moi-même des « formalités » à rein|>lii-, j'ai dit à ma femme d'envoyer le domesli(|ue au VI' cerelo municipal et de se procurer, contre payement du it/uup ptviissiWc permis de déménagement.
Il faut voustlire (jue j'habitais un petit appartement rue D..., à Péra. J'y ai demeuré quatre mois, je devais donc à la municipalité, pour mon compte, — n'ayant rien à démêler dans le^alTaires des autres locataires delà maison, — une somme de '20 piastres ^ Et c'était largement payé.
Le cœur léger, j'allai au bureau. Mais vuilà que, deux heures après, le domestique vient me prévenir, en souillant, que la voiture avait été séquestrée par les agents et remisée dans la cour de la municipalité. En trois minutes je fus chez moi. Ma femme et les enfants étaient déjà partis. J'appris par le domestique que, jugeant qu'il était inutile d'avoir un teskéré, on s'en était passé, et il était arrivé ce qui était arrivé. Après un petit jurement, je me rendis