LE SULTAN MOT II VI
sliluaiit, à cette époque comme aujourillmi, le vieux |)arli turc.
Lii coniiaissaiici' que le iirmcc .Moura»! lit d'une jeune lille bel^'e, ilout il sV'itrit assez pour en faire sa femme, et son initiation à la franc-maçonnerie, ne contribuèrent pas peu à le faire traiter de r//" à/ou/- par ces mêmes acharnés conservateurs.
Dès que son père mourut et fut remplacé sur le Irùiie des Ottomans par Abdul-Azis, Mourad eut à supporter toute la malveillance jalouse de ce dernier. On connaît les tentatives que lit, ou plutôt les ardents désirs qu'Abdul-Azis manifesta en faveur du changement de la loi de succession dynastique. On sait comment il encouragea Ismad pacha, alors vice-roi d'Egypte, à commencer cette révolution. Je n'ai donc pas à m'étendre sur ce sujet.
Désireux de transmettre le trône à son fils, ce ne fut qu'avec une vive répugnance qu'Abdul- Azis se décidai se faire accompagner des deux fils de son frère, les princes Mourad et Abdul- Ilamid, lors de son fameux voyage en France. Il est même certain qu'il se fût décidé à renvoyer Mourad àConstantinople, dès son arrivé à Mar-
seille, si on ne lui avait pas fait entrevoir le mauvais effet que produirait à la cour de Napoléon III le renvoi de l'héritier présomptif de la couronne ottomane. L'accueil bienveillant que le jeune prince reçut aux Tuileries et, plus tard, à la cour de Berlin ; la vive sympathie qu'il sut inspirer à tous les souverains et aux personnages avec lesquels il se trouva en relations pendant ce voyage en Europe, augmentèrent encore et la jalousie de son oncle et l'étroite surveillance à laquelle Mourad fut en hutte jusqu'au jour de la chute d'Abdul-Azis.
Retiré dans son conak d'Asie, il puisait les distractions nécessaires à l'oubli momentané de son manque de liberté dans les mélodies qu'il tirait de son piano et cherchait, bien malheureusement, à oublier les dangers de mort que ses amis lui faisaient entrevoir, en s'abandonnant trop fréquemment aux excitations, si dangereuses pour son organisation impressionnable, causées par les charmes de la veuve Clicquot et l'usage exagéré des liqueurs fortes.
Quand il pouvait déjouer la surveillance qui entourait son habitation, il se rendait à Péra et là, sous un déguisement quelconque, dont
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il se revotait chez un de ses amis européens, il allait soit au Théàtre-Fraiirais, soit chez quel- (jiu's amis, soit encore à hi tenue d'une des luj,'es niaronniijues de Constanlinople. Au contact de ses amis et sous l'inlluence des principes maeonniiiues, ses idées do libéralisme et de réforme allaient chaque jour se développant de plus en plus. C'est ainsi que, s'iniliant à l'esprit des diverses constitutions gouvernementales qui existent en Europe, il ( herchait à s'entourer, sans distinction de ruites ou de croyances, des personnalités qui lui paraissaient les plus capables de l'aider, un jour, dans l'accomplissement de son rêve le plus cher:
Continuer, on la développant, l'œuvre de réforme générale que le règne d'Abdul-Azis avait si fâcheusement interrompue.
— Je voudrais, disait-il, garder du passé ce qui est bon et régénérer mon peuple en le plaçant, suivant ses aptitudes, sur la voie du progrès parcourue parles autres nations, depuis le jour où nous avons cessé d'être une nation conquérante. La Turquie a dormi pendant près de deux siècles dans ses vieux errements, et
alors qu'elle se plongeait de plus en plus dans l'obscurité de la nuit du moyen âge, se laissant, par degrés, corrompre par les vices des peuples qu'elle avait soumis, perdant au contact de ces vices les qualités viriles et l'honnêteté ^qui avaient assuré sa prépondérance, elle ne voyait pas, ma pauvre Turquie, qu'un nouveau soleil s'élevait à l'iiorizon, inondant de ses lumières tous les peuples dont les regards étaient tournés vers lui. Ce soleil, continuait Mourad, c'est le progrès, c'est l'esprit humain toujours actif, toujours en travail d'enfantement, porté vers l'avenir par le besoin de tout ce qui est beau, de tout ce qui est bon, de tout ce qui est utile. Je sais que ma tâche sera lourde, mais qu'importe!
Ce fut dans cette disposition d'esprit que le trouva la révolution qui le porta si tragiquement au pouvoir.
Je tiens de source certaine que cette révolution, tout en étant prévue par Mourad qui, depuis quelques jours, recevait fréquemment la visite d'amis venant le mettre au courant de la marche des événements, n'en fut pas moins pour lui une véritable surprise. Il ne l'atten-
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liait que quaraiito-lmil heures plus lard et, (juauil le séraskière viul le trouver dans son eonak pour lui annoncer qu'il devait se rendre au séraskiéral, où il allait T-tre proclamé padischali, Mourail se demanda, non sans elîroi, si ce n'était pas là un piège, si la conspiration du triumvirat n'avait pas échoue, et si ce n'était pas à la mort qu'on le conviait de marcher.
Il s'attendait si j)eu à ce (jui allait se passer, qu'il dormait profondément, quand le ministre de la guerre se présenta.
A quelle cause doit-on altribuor la précipitation de l'acte, dont la surprise eut des conséquences si fâcheuses pour le moral du nouveau sultan?
Est-ce, ainsi qu'on l'a dit, par suite des ordres successifs donnés dans le courant de la journée par Abdul-Azis, rendu inquiet à la vue du mouvement qui s'opérait i)armi les troupes occupant les environs du Palais et des manœuvres qui s'exécutaient à bord des navires de guerre? Ces ordres, qui s'adressaient au séraskière, ou ministre de la guerre, qu' Abdul-Azis avait fait vainement demander plusieurs fois, décidèrent-ils les
conjurés à agir plus tôt qu'il n'avait été convenu, et cela dans la crainte d'être prévenus dans leur entreprise par l'exil ou la mort? Ou bien — et j'avoue que c'est cette deuxième version qui me paraît la plus exacte — les conjurés, Midhat pacha en tête, voulurent-ils, en précijiitant le dénouement, mettre Mourad dans l'impossibilité de refuser un concours actif, que le triumvirat n'avait jamais pu obtenir du prince? Celui-ci, en effet, s'était toujours élevé contre tout coup de main ou révolution pouvant lui frayer une voie sanglante, mais rapide, vers la haute magistrature à laquelle le destinaient sa naissance et ses droits.
Quoi qu'il en soit de ces deux versions, il est certain que la mort tragique de son oncle, survenue quelques jours après, acheva de porter un coup fatal au moral, déjà vivement surexcité, du nouveau padischah. Douloureusement frappé par cette sinistre aventure, il s'exprima dans des termes qui témoignent hautement de sa pensée qu'il y avait eu crime et non suicide. Malgré le certificat médical que dix -sept médecins avaient signé S
1. Entre la mort et les funérailles d'AJjdul-Azîs, il ne s'est
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Mourad V n'hésila pas à accui^er le sôraskiôre, lliisseiii-Aveni paclia. Il écoula, coinine un coule fail pour (louucr le clianj^e, le récit qu'on lui lil de la mort de son onde, en ne lui épargnant aucun détail el, lournienté de l'idée (jue l'Europe pouvait le considérer connue le complice de cet acte barbare, il s'écria douloureusement :
— Mes ministres m'ont couvert de honte !... Je lui avais promis (jue personne n'oserait attenter à ses jours. Les brutes l'ont assassiné!... Quelle horreur! quelle abomination !
La secousse qu'il éprouva fut terrible.
écoulé que huit heures. Le rapport médical a été sitrné à onze heures du matin, deux heures après le tragique é\énement. Il a la prétention d'établir les trois points suivants :
« 1° La mort de l'ej^-sultan a eu pour cause l'hémorragie produite par les coupures des veines aux plis du bras. — Qlel