‹ La Turquie officielleChapitre 57 sur 67 · I.K SIL 1 \ \ MOI lî M) \ . JhI · texte numérisé non relu

I.K SIL 1 \ \ MOI lî M) \ . JhI

iiiulivcr le di'lroiu'iiu'iil jirojclt' du sullaii, eu établissant, il'avaiK'o, l'iiK'uraljilité de son mal.

I.o triste Sangrado ilalicn pivta-t-il son concours à celte tt'néljreuse manœuvre, à cet oïlienx complot contre son malade, ou ne joua-t-il, dans toute celle navrante comédie, que le rôle d'un iin;ip;dtlc et diiii triste ambitieux? Fut-il le complice de Midhat pacha qui, dès cette époque, en opposition avec Uiisohid pacha, voulait faire proclamer Alxiul-llamid ù la place de son frère?

TImt l's thc question !

Ce qui est certain, c'est qu'en ce momenl-là, après la mort de Hussein-Avni pacha, l'Empire était entre les mains de Midhat, de Ruschid et du chcik-ul-Islam llaïrullah. Quel fui celui de ces triumvirs qui, le premier, pensa à frapper de déchéance le monarque paraissant alors incapable de remplir ses hautes fonctions? Il est bien dilïîcile de le dire; mais ce que l'on sait, ce qui est indiscutable, c'est que, pendant qu'éclatait le rapport attribué à Capoleone, pendant que les ambassadeurs se plaignaient de ne pouvoir remettre leurs lettres de créance, pendant que les discordes de la Sublime

Porte se compliquaient de la guerre avec la Serbie et le Monténégro, Midhat alla trouver l'héritier présomptif, Abdul-Hamid effendi, et lui offrit la régence de l'empire, tant que durerait la maladie du sultan régnant.

— La régence, répondit ce prince, cela ne s'est jamais vu dans la famille d'Osman.... Elle doit être contraire au chcriat... Je ne puis donc l'accepter sous aucun prétexte, ni pour aucun motif.

— Puisqu'il en est ainsi, seriez-vous décidé et oseriez-vous devenir padischah du vivant de Sa Majesté? ajouta Midhat.

— Oui!.... S'il est bien établi que la maladie de mon frère est incurable.

Ce fut quelques jours après cette conversation qu'on fit demander à Vienne le célèbre ahéniste, le docteur Liedersdorf.

Le médecin autrichien, arrivé par Varna, fut immédiatement conduit du paquebot au palais de Dolma-Baghtché, sans qu'il fût permis à personne de le voir.

C'est ici que l'intrigue se complique et que la nuit commence à se faire plus profonde autour de la belle et sympathique figure de Mourad.

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1.»"^ joiinnnx |»iil)lii'r(Mil :i rrltc ('•j>o(|iic les Muu\ elles les plus rassurantes sur l'élat du souverain. La joie brillait sur Ions les visages ear, excepté quehpies Tures fanati(jues, ehaeuu aimait le nouveau sultan et alteii<l:iit l*> |>lus f,Man«l bien de son règne.

On reparla tie la prochaine céréinonie «lu sacre ollieiel et religieux; on en li\a même l'époque précise, et, pour mieux donner le change, on en commença les prt'paratifs.

On sut que le docteur viennois avait énergiquement condaniné la méthode de son confrère il u palais; qu'il avait prescrit I'iivohothéi;M-iE, les promenades sur mer, le grand air, l'exercice et tous les moyens hygiéniques qu'une sage thérapeutique emploie dans ce cas; mais ce que l'on ignora, ce qui fut tenu caché par l'oligarchie de Dolma-Raghtché, c'est que le docteur Liedersdorf, loin de trouver sans ressources l'état de l'impérial malade, promettiiit de le gucrir en moins de deux mois, &il sustreiynait à suivre ses prescriptions... et si l'entourage, guidé par Capoleone, ne mettait pas d'obstacle à la bonne marche du traitement.

— Si je pouvais, ajouta-t-il, l'avoir six semaines dans ma maison de santé, je le rendrais tout à fait bien portant et radicalement guéri!

Ce qui fut connu de la bonne nouvelle, répandue dans tout Gonstantinople, se trouva bientôt confirmé par le changement qui survint dans la vie du sultan.

Tenu jusqu'alors en réclusion, comme devait l'être plus tard son successeur, Abdul-Hamid, Mourad, qui ne quittait le palais que le vendredi pour assister au sélamlik ', commença à faire des excursions journalières, tantôt sur un steamer, tantôt à cheval. Le steamer le conduisait une fois dans la mer Noire, une autre fois dans celle de Marmara où il passait plusieurs heures, respirant, avec bonheur, l'air du large, cet air si oxygéné, si vivifiant par ses arômes marins et si salutaire pour les natures affaiblies, comme l'était celle du pauvre Chef des croyants!

La presse constantinopolitaine, alors moins soumise à la censure qu'elle ne l'est aujour-

1. 11 n"a manqué qu'une fois à cette cérémonie, si importante pour les musulmans.

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il'liui, |)iil)li;iil If ri'cil dr ces fxriirsioim liyj^Mt'ni(|ue«^ ri ciiiatives, cl rluu'mi espi-rait (|irellesauraioiit rinuivux résullat apivs lequel aspirait si anleiniiu-iit loiite la iiopiilalioii <ie l'empire. Seul île tous les journaux, le Ltvtntt y/</v//</, orpine inspiré |>ar l'ambassade aiifrlaise, imprimé en lan^'ues aiij:laise et iVaiKaixt', demandait |iounpi()i on ne piiMiail pas le rapport du doeleur Liedersdorf, pourquoi ledit rapport était dérobé à la connaissance du public et |i(iiii-(pioi ne paraissaient pas des bulletins réguliers, ainsi que cela se pratique en Europe, quand un empereur, un prince ou un grand personnage soutire d'une longue et sérieuse maladie?

A ces pourquoi, pourquoi qui n'étaient que l'expression des sentiments des ambassades et du public, le gouvernement oligarchique de lempire se décida à répondre en faisant publier un fragment, une partie très écourtée, mais aussi très rassurante, du rapport du médecin consultant. Quant aux bulletins, il n'en fût jamais publié. C'était là une innovation qui ne pouvait entrer dans les vues des hommes en ce moment au pouvoir. S'engager

dans cette voie, n'était-ce pas rompre avec la fatale et routinière habitude d'entourer d'un voile épais la personne du padischah? N'étaitce pas se livrer trop ouvertement aux influences du progrès et ébranler, aux yeux musulmans, le prestige mystérieux qui doit environner le souverain, ses actes et sa demeure?

Depuis que les sultans ont cessé de marcher à la tête de leurs armées, se renfermant dans le sérail de leur harem, comme des rois fainéants, ne communiquant plus avec leurs peuples que par leur Grand-Vézir, transformé, par degrés, en véritable vice-empereur, ils sont devenus les esclaves, plus ou moins indépendants, d'une camarilla, composée d'un petit groupe des membres de la SubUme Porte et du Palais, dont la mission semble être de perpétuer cet état de choses au détriment de la nation et de son padischah, mais au profit de leurs ambitions rapaces et toujours plus ardentes.

Placé dans ces conditions terribles pour son présent et son avenir, que pouvait faire Mourad ?

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PrivtS par sa Hévrojjalliii', île rciu'rgie dans la suite îles iilées i|iii lui aurait été si nccossairo; entouré (l'cuiRMiiis qui, clianui* jour, l'isolaiont tlavantaj,'e de ses vérilaldes auiis, de ceuv qu'il s'était proposé d'appeler dans ses conseils particuliers; soumis à la néfaste innuenced'un médecin ayanttoute la conliance de sa mère, la sultane Valiilé, protection considérable pour qui connaît le respect que les Turcs ont pour leur mère, le malheureux sultan se sentait, se voyait livrer, sans défense, à la Iriste oligarchie qui s'était emparée de sa personne.

Et, comme il faut que tout soit élranj^^e dans ce terrible drame, c'est Ruschid pacha, le (irand-Vézir, conservateur, en lutte d'influence avec Midhat pacha, le partisan déclaré des réformes du parti de la jeune Turquie, qui parait soutenir Mourad, alors que son adversaire, dans le but probablement d'arriver au grandvézirat, se propose de le renverser au profit d'Abdul-Hamid eiîendi.

Le terrible séraskière Hussein-Avni, celui dont l'aspect était si odieux au pauvre empereur, n'était plus là pour peser de sa farouche éner-

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gie sur les décisions qui allaient se prendre, soit au profit de Mourad, soit à celui de son frère.

On prépara donc un second coup d'État.

Cette fois, il ne s'agissait plus de renverser un sanguinaire névrosé, mais le plus humain, le plus doux, le plus libéral et le plus sympathique des princes.

Son sacrifice, alors que tout indiquait sa prochaine guérison, affirmée possible et rapide par le docteur autrichien, alors que chacun se préparait à lui voir prendre les rênes du pouvoir, était-il bien patriotique en ce moment? Le salut de l'empire exigeait-il cette hâte, cet empressement? Quelle était donc l'urgence qui ne permettait pas d'accorder à l'auguste malade le crédit nécessaire à sa guérison radicale? Je laisse à la conscience publique, au jugement impartial de l'histoire, le devoir et le soin de répondre à toutes ces graves questions.

Mourad, reprenant la plénitude de ses facultés, ne devenait-il pas un danger redoutable pour les ennemis acharnés des innovations libérales, dites à la française?

Et le second fils d'Abdul-Medjid, considéré

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