‹ La Turquie officielleChapitre 60 sur 67 · I.E SULTAN Moin M) \. 3y · texte numérisé non relu

I.E SULTAN Moin M) \. 3y

I..' soir tic Cl* jiuir, ils lir«Mit tcnuT le palais «11' iHdma-Ma^'iili'iu' par une \érilalile armée. Toutes les préraulions prises contre Abdul-Azis furent employées roiilie son inrorlmic neveu.

Kl tics l'aube ilu jeudi l' '' sej)tombre, Alxlulllamiil, arrompajrné îles ministres et d'une nombreuse escorte, traversait la {j:rande rue de (ialala, se rendant à la Sublime Porte, oii il allait ctre proclamé sultan.

l'as un vivat n'cdata sur tout le parcours <hi nouveau souverain. Les visages n'exprimaient que la surprise et la tristesse. On sentait que tout ce peuple, (pie toute cette société comj)osée d'éléments si divers, s'unifiait dans 1111 même sentiment de déception et de regret.

Le rêve heureux s'effaçait devant la venue de la triste réalité qui, à son tour, allait céder la place à cette inertie séculaire, inoculée aux Orientaux par la doctrine du fatalisme musulman, le fatum des anciens.

Nul n'osa parler pour combattre ou approuver la conduite des ministres. Les eommentaires se firent en silence; personne ne trouva le courage d'exprimer à haute voix ce que chacun pensait.

Quel contraste avec la joyeuse impression témoignée par cette même foule, lors de l'avènement du sultan maintenant dépossédé !

La presse du pays se montra, et pour cause, très sobre de commentaires. Elle enregistra le fait, et voilà tout. Le Levant Ilèrald, ayant nommé abdication ce que la Turquie désignait avec raison sous les noms de « déchéance et de « déposition », la censure l'engagea à retirer ce mot « abdication » nullement justifié, lui dit-on, et accusant, en fait, les triumvirs de fraude ou de mensonge.

Un fou, fut-il ajouté, ne se met pas en interdit lui-même.

Mais alors pourquoi ce déploiement extraordinaire de forces? Pourquoi ces précautions si minutieuses? Pourquoi le rapport du médecin viennois ne fut-il pas imprimé?

Comment expliquer que ce malade, dont on annonçait la prochaine guérison, est, du jour au lendemain, déclaré incurable, à tout jamais perdu? Pourquoi avoir gardé secret, pendant plus de deux mois, le fetfa du cheik-ul-Islam? Et pourquoi ne l'avoir pubUé, plus tard, que sous la pression des ulémas?

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Qu'au moment de sa iléposition le suMaii .Mouratl fui eu proie à une forte crise, crise (|ui peut avoir été déterminée par la bruyante et hrutale manifestation militaire du dernier Sélamlik; qu'au moment où on le conduisait du palais de I)olma-Bau:litciié à celui de Top-Capou, il ail présenté tous les caractères d'une profonde torpeur, avec abslraclion des intérêtde ce monde, (prest-ee que tout cela prouve"''

Que le diap:nt)sticdu docteur Capoleone élaif juste? Que Muurad V, atleinl d'un ramollissement du cerveau, était perdu?

Mais les faits qui se sont passés depuis ont donné un éclatant démenti à ces assertions.,., mensongères. Voici plus de douze années que Capoleone a condamné son auguste malade et ce dernier est encore vivant, malheureux, mais jouissant de ses facultés!

Et puis, je ne saurais trop le répéter, pourcpioi a-t-on fait le silence sur le rapport du médecin aliénisle? Pourquoi son traitoneiu iiut-il posêlù exccutè? Pourquoi, enfin, après son départ, le malade est-il retombé entre les mains incapables de Capoleone?

Comment, vous vous trouvez en présence de

deux médecins, l'un, vous affirmant la possibilité de la curabilité du mal, s'engageant même à guérir le malade en moins de deux mois ; l'autre, déclarant l'état irrémédiable, et fixant à une courte échéance l'agonie et la mort de l'infortuné Mourad, et vous n'hésitez pas! Vous donnez la préférence à Capoleone ! Vous placez lemédicastre, un de ces vulgaires médecins comme il y en a tant et tant en Orient, bien au-dessus du célèbre aliéniste autrichien.

Allons donc!

Mais il me faut glisser sur ce lugubre et burlesque sujet, si je veux contenir assez mon indignation pour pouvoir continuer ma tâche. Passons donc!

Mourad était enfermé, non en malade, mais en prisonnier d'État, dans le vieux palais de la Pointe du sérail. Sa mère, la sultane Validé, à qui l'on avait fait croire que rien ne serait changé à sa situation, avait — avec beaucoup plus de bonne grâce que n'en avait mis la mère d'Abdul-Azis, — accepté ce changement radical. Dès ce moment, le malade fut entièrement livré aux soins des siens et du fameux Capoleone, et sa maison, réduite par degré à sa plus

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simple expression, coii-^érva um' lil»i'rl«'' r«'lative.

Le siillan Abilul-Hamiil l'ul-il «lujiedcs assertions (le (lapoleone? Crut-il réelIeinciiL à l'iiicuraltililé de son frère aine?

Ce sont là des (luestions dont j'abandonne 1.1 réponse à sa conscience.

Ce qui est certain, ce rpii ne peut être mis en doute, c'est que l'état maladif de l'ex-sullan ne tarda pas à s'améliorer, dès qu'il se fut débarrassé de son médecin et du derviche que sa mère lui avait adjoint, en qualité de masseur et de coiijuralcur des t/nnirais gc/iics.

Si l'on doutait du fait, on en serait vile convaincu par le récit suivant que j'emprunte à l'ouvrage très remarquable du comte de Kératry, Mm/nit/ \ .

Il s'agit d'une visite qu'un ami du sultan dépossédé réussit à lui faire, non sans courir danger delà vie, quelques mois après sa déposilidii.

Je laisse la parole à l'auteur' :

« ... Le nouveau sultan Abdul-IIamid n'eut pas même la pensée d'aller de temps en temps

1 Mourad V, prince, suHaii, prisonnier d'État, édition de 1878. Dcnlu, cdiiour.

s'informer de la sauté de son frère, gardé à vue. Le prince Kamaledin demanda à remplir ce devoir et reçut un refus péremptoire. Une sœur de Mourad se vit fermer les portes d'entrée du Tchéragan et n'y pénétra qu'à force de persistance féminine.

«Le silence imposé sur la captivité de Mourad autorisa ses geôliers à la resserrer davantage. Pourmieuxdésorienterses amis, la police laissa s'accréditer le bruit qu'il avait été transporté du palais de Tchéragan au vieux sérail de Top- Capou, dont un des compartiments est habité par la vieille Validé d'Abdul-Azis et son petitfils, Youssouf-Izzedin. Il n'était pas encore déplacé au commencement de janvier 1878, et c'est au Tchéragan qu'a pu pénétrer auprès de lui, à cette date récente, un patriote ottoman, à travers des obstacles à faire reculer les hommes les plus intrépides. Une fois entré, ce courtisan dévoué du malheur n'a pu sortir du palais, changé en prison d'État; il y est resté trois jours; nous sommes autorisés par le héros de l'aventure, à publier, sans que rien ne fasse deviner son nom, quelques détails de son inté-

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ri'ssaiil»' vi'^ik'. Il huii\a If j»rétemlii malade jouissant (l'iim' parfailo saule et ne portant plus aucune trace d'un dérangement mental. Il fut seulement frapp»*' de voir comlùeu, en si peu de mois, les cheveux île rinlcrni' s'élaieiil arpentés; s'apereevant de son étonnement à cet égard, Mourad lui dil ;

« — Vous m'avez euunu, il y a un an et demi, avec la tète d'un jeune homme; vous me revoyezavec la tête d'unvieillard ; vous vousimaginez peut-être que le phénomène s'est produit comme chez Marie-Antoinette, qu'il s'est dévelo|q)é graduellement par lescnnuis d'une longue réclusion; il n'en est rien: plusieurs mois avant la mort de mon oncle, j'avais quelques cheveux blancs, et j'aurais voulu les conserver comme dénotant une certaine maturité d'esprit; mais ma mère ne fut pas du même avis. Dans les jours qui précédèrent ma promotion au trône, elle apporta de Péra une eau merveilleuse, dont elle me frotta à plusieurs reprises toute la chevelure qui redevint d'une couleur égale et juvénile. Cette opération me fit immédiatement éprouver de violentes migraines attribuées parCapoleoneà une cause différente,

mais que le D"" Liedersdorf a déclarées être proveûues du nitrate d'argent et d'autresingrédients nuisibles dont se composait la lotion. Le fait est que, depuis qu'on ne me teint plus le crâne, les douleurs que je ressentais ne me tourmentent plus. »

ce Dans ce simple récit se trouve probablement l'origine première de la maladie de Mourad et la source de tous les malheurs qui ont fondu sur la Turquie. Ce ne serait donc pas l'usage abusifdes boissons alcooliques; ce ne serait pas une commotion soudaine qui aurait déterminé un événement si fatal par ses conséquences, mais une fiole de toilette. N'en déplaise à la théorie historique pour laquelle les causes futiles n'existent pas, ce sont, au contraire, ces causes qui, d'une manière occulte, agissent sans cesse dans les drames humains; quelques gouttes d'eau répandues sur la robe de la reine Anne d'Angleterre ont mis fin à la guerre de Sept ans; une lotion capillaire a peut-être permis aux Russes de mettre le pied sur le Bosphore et de surprendre l'Europe endormie par l'énormité des faits accomplis. Si Mourad avait été obligé de subir la guerre, certes, il

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MO l'aurail pas dirijzée coiniiii' Alidiil-liaiiiid, et les elTels n'eussent pas été aussi désastreux.

« — Mon frèro, a-t-il ajouté à son visiteur, n'a jamais compris la f:ravité de la situation de reni|>iiv. Il n'a |>as lu Sliakspoaiv et ne s'est pas posé la question de llanilet ; To br or not to be; voilà où nous en sommes cependant : Abtlul-IIamid n'a j>as d'autre souci que d'empèclier Mourad V de remonter sur le trône; c'est cela qui l'empêche de dormir et non les préoccupations de la guerre et le saluL de ses peuples; on lui exagère les victoires, on lui cache les défaites; son entourage épaissit les ténèbres autour de sa personne ; il se laisse comme un aveugle guider par Mahmoud-Damat, qui est un autre Mahmoud-Nedin, mais plus ignorant et moins scrupuleux, si c'est possilile. Tous ceux qui auraient pu rectifier son jugement, il les a bannis, déportés dans la prison centrale de Stamboul. >

« Ici Mourad lit une pause et demanda ensuite avec intérêt ce que faisait Midhat en Europe, comment se portait Remal et où se trouvait le spirituel journaliste Cassape, condamné à trois ans de détention parmi les voleurs et les as-

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sassins pour un simple dessin qui représentait Karagheuz enchaîné avec l'inscription : Lu Liberté de la presae dana les limite» de la loi. Cassape ignore peut-être pourquoi il a été jugé avec tant de sévérité, continua Mourad; cela provient d'une vieille rancune de mon frère contre lui. En adaptant au théâtre turc l'œuvre de Molière, il intitula la pièce Pinti-Hamid, comme s'appelait un Harpagon légendaire dont on montre la tombe à Scutari. Or Abdul-Hamid effendi, qui se distinguait dans notre famille parun grand esprit d'économie, crut de bonne foi qu'il s'agissait d'exposer son individualité, très peu saillante il y a cinq ans, à la risée publique. Il vint chez moi et exhala une colère furieuse contre le traducteur de l Avare. Je lui expliquai que la comédie n'était pas écrite à son intention, puisqu'elle datait de deux siècles et que ce nom de Hamid était en réalité celui d'un kliodja célèbre par ses traits d'avarice, comme Xasr-eddiu par ses facéties. — Cassape, répliqua mon frère, aurait pu tout aussi bien appeler son avare Mourad. — Oui, mais alors il ne l'aurait pas rattaché à un souvenir populaire. — Qu'importe, il ne m'aurait pas offensé ni fait

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