‹ La Turquie officielleChapitre 61 sur 67 · LE SLLT AN MOI H AD V · texte numérisé non relu

LE SLLT AN MOI H AD V

croiii' i|iu' voii«; lui avio/. sM;:;,'i''rL* l'iilc'c «lo nie tourner on riiliciilr. — IViur lui Mvv do la lôlo cotte supposition alKiirdo, je fus oblij^é d»' jurer sur le Coran ipio je n'étais absolument pour rien dans la roj^résontalion llu'àlralo. Mon scrniont nie juslilia à ses veux, j'ai tout lieu de le penser, mais no justifia nullement Cassape auquel, dès ce jour, il V(»iia uiio liaino opiniâtre qu'il s'est donnô !<• plaisir dv satisfaire. Je connais Abdul-Iiamid 11 ; une fois qu'une prévention s'est emparée de son esprit, il ost très dillieiledc l'on chasser, et d'ailleurs, il est vindicatif commo tous les dévots... '>

« Au vif désir exprimé par son interlocuteur de le voir rétabli dans ses droits ou au moins rendu a la liberté, Mourail répondit :

« — C'est au peuple qui m'a laissé enfermer comme un criminel de venir briser mes chaînes ; c'est au peuple à déclarer si je dois reprendre mon règne interrompu ; j'attends ce jour que mes amis peuvent hâter; d'ici là, je ne ferai aucune tentative pour me délivrer des angoisses de la captivité, des ennuis de la solitude et même des complots contre ma vie... »

.. Il ressort de l'entrevue avec Mourad, en-

trevue assez longue et intime pour témoigner de son état intellectuel, morale et physique, ce qui suit :

(< 1° Il a recouvré la plénitude de son intelligence ;

« 2" Il supporte avec une fermeté philosophique l'odieuse captivité à laquelle il est soumis depuis un an et demi ;

« 3" Il ne souffre d'aucune maladie; quoique couronnée de cheveux blancs, sa figure douce et souriante ne porte pas d'autres signes de vieillesse prématurée. Donc rien ne justifie et n'excuse le droit que s'arroge Abdul-IIamid de le dérober à tous les regards, de régner à sa place. Le fetfa arraché au cheik-ul-Islam ne donne pas un titre de légitimité au souverain actuel, dont l'incapacité a laissé crouler l'Empire ottoman aux pieds de la Russie...

<' Désormais le nom d'Abdul-lIamid, deux fois fatal à la Turquie et au monde par le traité de Kainadjien 177/i, qui cédait la Crimée à laRussie et par l'affolement de 1878 qui soumet à cette même Russie une partie de l'Europe et toute l'Asie, signifiera dans l'histoire : asservissement ! »

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Si OU roiiipare iiuiiiiU'iiaiil la cuiuliiile (]ue lint Mourad lors du t'oup do iiiaiii d'Ali-Suavi, coup de main raconte plus liaul, à celU; lon^^ue conversation que j'ai tenu à ro|)roduire intégralement, avec les observations de l'auteur, on eonviendra qu'il faut bien avouer que ce ne sont là ni les paroles ni les actes d'un aliéné, atteint d'un ramollissement du cerveau, ainsi que l'allirmait si... étranglement... \c fameux médieastre napolitain, aujourd'hui entièrement disparu de la scène.

Encore un fait... et celui-ci n'est pas le moins curieux et le moins étrange.

Mes lecteurs n'ont probablement pas oublié que Mourad V est franc-maçon. A ce titre, ses frères de Constantinople devaient se préoccuper de la situation qui lui était faite. C'est elTectivement ce qui s'est passé, il y a peu d'années. Je ne puis préciser davantage. A cette époque, comme de nos jours du reste, les bruits les plus fâcheux circulèrent sur le pauvre prisonnier. Les quelques amis qui lui sont restés fidèles, et il en existe encore plus d'un, prétendaient qu'on pensait sérieusement à en finir avec lui... D'autres personnes

allaient plus loin : elles certifiaient que Mourad, triomphant de la maladie, avait succombé sous l'action d'un poison, administré à petite dose, mais répétée. Ces bruits sinistres, absolument erronés, servirent à trois des amis du prince pour l'appel qu'ils projetaient d'adresser aux deux loges maçonniques de Péra, en faveur de l'auguste victime du sultan régnant.

Pressés par les sentiments de leurs frères, dont les sympathies pour le prisonnier de Malta- Kiosque sont demeurées des plus vives, les deux vénérables se réunirent et décidèrent qu'ils s'adresseraient au Palais pour obtenir Tautorisation de voir le malheureux Mourad.

Le Palais, informé de cette décision par un de ses espions, fut plongé dans les appréhensions les plus vives. Abdul-Hamid, effrayé de la détermination prise par les loges, chargea deux de ses fidèles serviteurs de se mettre en relation avec MM. V... et Y... et d'arrêter, à tout prix, l'exécution de la démarche projetée par les vénérables.

M... pacha, le médecin particulier de Sa Majesté et le colonel Ah...-D... bey furent les deux diplomates chargés de cette négociation;

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mais eu nii'il y a d»- j>lus curieux ilaris colU' histoire, c'est que ces ileux négociateurs, choisis par le souverain à l'iiiNU l'im df l'autre. • lurent t>|H''rer chacun <le son cùlé, dans l'i^Miolancc complète de la rivalité de leur mission.

Kii faisant ce double (dioix, Abdul-llamid obéissant, une fois de plus, à cet esprit <!"• méfiance et tie crainte dont son caractère est comme la vivante incarnation, se promettait de mieux contrôler la véracité des ra|>ports ipie, chaque soir, ses deux agents devaient lui fournir.

IMusieurs semaines s'écoulèrent en démarches plus ou moins infructueuses et en pourparlers avec les deux vénérables. Ceux-ci tenaient bon. Ils refusaient de s'en rapporter aux déclaration-^, aux attestations des deux négociateurs du palai-.

— Notre devoir, affirmaient-ils, est, en présentant le rapport que nous devons faire sur la situation de notre frère Moiiritd, de pouvoir dire que nous avons consciencieusement rempli le mandat qui nous a été délégué. Or, pour faire cette déclaration en toute conscience, il faut que vous nous fassiez obtenir

une entrevue avec l'ex-suUan. Nous devons, non nous en rapporter à vos déclarations, mais à nos yeux et à nos oreilles.

Le colonel A...-D... bey, chargé de visiter Mourad une ou deux fois par mois, dont la réputation de loyauté et de générosité est bien établie ; qui passe, avec le frère de lait d'Abdul-IIamid, Izet bey, pour un des rares réfractaires à la puissance du sultan Bakchiche, trouvait un certain crédit près des deux francsmaçons. Quant à son collègue, M... pacha, c'était autre chose. Celui-ci, connu par ses besoins incessants d'argent, argent indispensable à la satisfaction des nombreux caprices de madame, voyait ses assertions, ses déclarations médicales moins écoutées... On se méfiait singulièrement, non de lui-même, mais de l'influence féminine qui, depuis des années, fait tourner sa verte vieillesse à tous les vents.

Les uns voulant voik quand même, les autres refusant avec non moins de ténacité, les pourparlers auraient, suivant le proverbe turc, duré jusqu'au jugement dernier, si le colonel A... bey n'était pas parvenu à donner satisfac-

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tion aii\ maiulîjlairo^; «les fraiics-marons de Conslantiiu»|)Ii', \kw un jn-océdù (|ue je ne puis eneore révéler, \i\i\i^ qui donnait pleine satisfaction auxileux parties en jn'ésenee, sans avoir recours à Vulfitna ratio proposée à Abdul-llaniid par son médecin :

I/intervention toute-puissante de Sa Majesté iiakchiche!

Heureux de ce résultat inespéré, le brave colonel s'empressa de monter au jndais et de calmer les angoisses de son auguste maître.

A l'annonce de la bonne nouvelle, celui-ci, l'air satisfait, dit à son fidèle serviteur :

— Je savais déjà la terminaison de cette désagréable affaire.... Je viens, il n'y a pas dix minutes, de faire donner à M.... les rinq mille lirres — 115,000 francs — qu'il m'a demandées.

Que l'on juge de la stupeur et de l'indignation de notre colonel en écoulant cette déclaration !

— Comment, cinq mille livres? Cinq mille livres pour qui ?

— Mais pour le prix de la négociation si bien conduite par M... pacha.

Ne pouvant se contenir davantage, A...-D...

bey éclata en reproches amers et en sarcasmes bien mérités, contre le tour que M... pacha venait de jouer à son souverain.

— Ton chien de M...! s'écria-t-il, perdant toute prudence, t'a indignement trompé!... Les francs-maçons ne sont pas des gens qui vendent leur conscience pour de l'argent... C'est pour sa femme et non pour eux, qu'il t'a demandé cette somme. Qu Allah confonde cette... et se reprenant, arrêtant brusquement la colère qui s'était emparée de lui, il sortit violemment, non sans avoir respectueusement salué Abdul-IIamid, ahuri par la violente révélation de l'homme qu'il considère, malgré tout, comme un de ses enfants, enfant loyal, dévoué, mais à la tète chaude.

Le même soir, le colonel rencontra M... pacha et lui fit de vifs reproches. Ce dernier réjjondit de même et l'entretien se fût probablement terminé autrement que par des paroles, si A...D... bey avait eu devant lui un autre homme qu'un vieillard.

— Prends garde, lui dit-il en le quittant, à la première occasion je saurai bien débarrasser le palais de ta chienne de...

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