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LA VILLE TURQUE ET LES MOSQUÉES

Constanlinople vue de la mer. — L'installation et le grand pont. — Le bazar. — La Tour du Seraskiérat. — Les mosquées : la Suleimanié, la mosquée de Bayazid. l'Ahmed-Djami, le turbé de Sultan Sélim, la Roustem Pacha Djami. — Les quartiers musulman». — La Corne d'Or. — Eyoub et ses derviches tourneurs. — L'Ok-Meidan. — Le Bosphore et les environs de Constanlinople: Scutari, les îles des Princes, etc.

Jusqu'ici, il faut bien l'avouer, nous avons surtout cherché, dansConstantinopîe, ce qui n'y est plus qu'à l'état de ruines et de souvenirs. Byzantium est mort, Nova Roma est morte, Constantinopolis est morte. Il est peut-être temps de voir enfin ce qui existe aujourd'hui, de le voir bien vite; car la ville turque, à son tour, est, hélas, près d'expirer pour faire place à la grande ville européenne et industrielle, dont l'insouciance et le fatalisme des musulmans n'ont pu retarder l'avènement que d'un siècle. Il y a, dans cette Constantinople moderne, telle qu'elle apparaît à tous les touristes de passage, deux parties encore momentanément bien distinctes : une ville européenne, ou plutôt levantine et ofïicielie, à Galata et Péra, dans laquelle nous passerons le moins de temps possible et dont nous ne dirons que quelques mots en terminant, car son odieuse banalité la rend à peu près semblable à toutes les villes et, de l'autre côté de la Corne d'Or, une ville orientale, une ville turque,

Stamboul, qui nous retiendra, au contraire, longtemps.

Il faut, disions-nous, se hâter d'admirer Stamboul, car Stamboul se meurt; et ce n'est pas l'écrasement définitif des Turcs par les alliés balkaniques qui lui infusera une vie nouvelle. Malgré le drapeau du croissant qui flottera encore quelque temps sur ses murailles, Stamboul va émigrer peu à peu en Asie. Déjà, depuis longtemps, grâce aux incendies réitérés, — volontaires comme le prétend la légende du pays, ou seulement motivés par l'incurie dans ces quartiers inflammables aux maisons de bois, — l'expropriation des masures condamnées s'effectue progressivement sans frais pour l'État, et l'interdiction de reconstruire autrement qu'en pierres ou en briques substitue aux aspects anciens des formes nouvelles, où se complaisent des < édilités ï> aussi ennemies du pittoresque que toutes les édilités du monde. Sans doute, il reste, et il restera toujours, malgré l'homme, la situation incomparable créée ici par la nature. Mais que sera la nature sans les mosquées, sans la verdure des cimetières, sans les vieux murs?...

Constantinople vue de la mer. — Ce qu'il y a peut-être de plus fameux à Constantinople, c'est le panorama de l'arrivée. Jusqu'à ces dernières années, le voyageur le plus indifférent et le plus paresseux, alors même qu'il négligeait ensuite Sainte-Sophie et le Tour des Murailles, ne pouvait, quand le seul accès de Constantinople se faisait par mer, manquer d'avoir vu ce décor incomparable, et il était rare qu'il n'en gardât pas un souvenir émerveillé. Aujourd'hui, la plupart des globetrotters descendent du train à la gare de Cons-

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tantinople sans avoir rien vu et se rendent bien vite de là à un hôtel de Péra, en traversant le Pont de bois au grand trot et échappant de suite à Stamboul. Il doit donc s'en trouver quelques-uns qui repartent de Constantinople sans avoir soupçonné comment on y arrive. Mais, pour la plupart, les courses à Kadi-keui, à Scutari, aux îles des Princes, à Brousse, au Bosphore, fournissent des occasions multiples de voir, sous des éclairements divers, les mosquées de Stamboul, la pointe du Serai (V. pi. 2) et la Tour de Galata se profiler sur le ciel. • Je n'apprendrai rien à personne en disant qu'une telle vue constitue un spectacle incomparable; mais il faut peut-être, pour aller au-devant de certaines désillusions, préciser en quoi et comment elle est belle. Ce n'est nullement, ainsi qu'on se le figure souvent, à la façon d'un tableau de Ziem, avec des intensités de couleurs rutilantes, des contrastes violents d'orange et de bleu, mais dans une gamme de tons très douce, très claire, enveloppée et fondue par cette légère brume, qui prête toujours un charme particulier aux paysages lumineux des pays baignés par la mer.

Combien ai-je vu de gens déçus à Stamboul comme à Venise en trouvant, au lieu des palais de marbre resplendissants, des voiles dorées et du ciel au bleu intense qu'ils attendaient, des maisons délabrées de briques ou de bois, des immondices dans les rues ou sur l'eau, des bateaux à vapeur et un ciel clair, souvent très occidental, avec de la fumée, de la brume, souvent de la pluie, parfois de la neige. En particulier, l'idée d'un ciel d'azur foncé découpé à la Marilhat est une des plus fausses que l'on puisse concevoir. Le ciel d'Orient, précisément

parce qu'il est très lumineux, parce qu'il est imbibé de soleil, reste, d"ordinaire. très clair, tout en étant très vibrant, très profond. Et, s'il est généralement pur, la présence de la mer y répand toujours assez de vapeur d'eau pour donner cet assouplissement, ce moelleux, cette harmonie des plans, sans lesquels notre œil éprouverait une impression de sécheresse et de dureté. La lumière de Venise est, on le sait, dune qualité particulièrement exquise. Il n'est rien de joli comme la simple coupole de la Salute aux reflets de métal irisés et changeants, se détachant sur la finesse d'un ciel d'automne. On retrouve à Constantinople un charme comparable...

Pour donner quelque idée de l'arrivée à Stamboul, ce n'est pas une simple description qu'il faudrait, c'est toute une série de vues prises du même point à des heures diverses : quelque chose comme ces expositions des cathédrales, des meules, des nénuphars, des peupliers, où se complaît, dans sa dernière manière, le maître Claude Monet.

Ici, comme partout au monde, c'est aux heures du soleil oblique et des longues ombres, le matin et le soir, que le décor s'anime, joue dans la lumière frisante et devient incomparable. C'est l'un de ces aspects que l'on a le plus souvent quand on vient d'Europe à Constantinoplepar mer. en enlrant dans le port au soleil levant. Voici, par e?:enip!o, les notes relatives à mon premier voyage, repioduites dans la sincérité d'une impression neuve, où se mêlait alors un peu de surprise :

« ... L'heure tant attendue approche. L'aube point; un temps moite, embrumé; un soleil bas, pâle, jaune, paresseux; une atmosphère grise, somnolente. Nous avions pourtant attendu au large

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le point du jour pour faire une entrée triomphale dans la ville blanche et rose éclairée par les feux du levant. Ce qui devait être une telle joie se réduitil donc à ce spectacle de tristesse?... Ah! cette apparition là-bas; au milieu de la brume d'un rêve, sur la colline, cette forêt de minarets, ces dômes, cette ville immense qu'on devine!... Constantinople, c'est Constantinople!... Et ce que mon imagination avait essayé de prévoir se réalise soudain. Quel étrange et merveilleux décor de théâtre! Il est impossible de ne pas croire que tout cela a été peint sur une toile gigantesque par quelque artiste prestigieux pour le seul plaisir de nos regards. Autrement, pourquoi toutes ces coupoles, ces flèches blanches, ces cyprès profilés sur le ciel, qui n'ont évidemment d'autre but que d'agrémenter le paysage?.,. Et nous avançons vers la pointe du Séraï. La vision se précise. Là-haut, c'est Sainte- Sophie qui a quatre minarets, l'Ahmedié qui en a six, la haute tour du Séraskiérat sur la colline; en bas, dans les cyprès, le Serai... Nous avançons toujours; nous doublons la pointe du Serai. Devant nous, en amphithéâtre, une ville nouvelle se découvre; c'est, en valeur plus sombre, un peu à contrejour, Galata; c'est Péra au-dessus; c'est le port encombré de bâtiments; et, dans le fond, toujours baignée d'une brume légère qui lui donne quelque chose d'irréel de fantastique, la profondeur infinie de Stamboul s'enfonçant le long de la Corne d'Or... »

Mais, plus encore peut-être qu'à l'aurore, la grande féerie se joue au soleil couchant sur la Corne d'Or. Alors le soleil descend tout au fond de ce lac derrière Eyoub, tout le ciel se dore et,

sur ce fond de mosaïque byzantine, Stamboul et Galata ressortent également en sombre...

Toutes les fois aussi que l'on quitte Constantinople en bateau à vapeur, l'inexactitude des départs, habituelle dans tous les ports de mer, qui atteint son paroxysme en Orient, permet, en attendant sur le pont, de voir longuement un autre aspect de Constantinople. un aspect londonien, dans lequel les panaches de fumée blanche ou noire lancés par tous les navires à l'ancre, par tous les petits vapeurs amarrés le long du Grand Pont, à destination d'Haïdar Pacha, de Kadi-keui, de Scutari, du Bosphore, forment une dominante, à travers laquelle transparaît un profil sombre étonnamment dressé en hauteur, celui de Stamboul surmonté par la Validé- Djami et la Mosquée de Sélim : un profil compliqué de coupoles, de minarets et de rectangles, qui se découpe sur un ciel peint par taches horizontales de bleu et de jaune. Cette masse de Stamboul, dont l'orientation générale est à peu près est-ouest et qui regarde vers le nord-nord-est, est ainsi, pendant une grande partie de la journée, éclairée à contre-jour, dès que le soleil levant a passé derrière la pointe du Serai". L'aspect que l'on en a le plus communément n'est donc pas celui d'un panorama coloré, lumineux, éclatant, mais celui de masses sombres dans la gamme des gris, des bruns et des bleus, avec des taches plus foncées sur les coupoles, des parties plus claires sur les murs des mosquées ou des minarets et, en avant, les fortes vapeurs sombres du Grand Pont, des bateaux noirs aux cheminées rouges. Tant que le soleil est un peu haut, le Grand Pont reste éclairé, les minarets et les coupoles gardent des luisants clairs du côté

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de l'est ; mais, à mesure que le soleil, en descendant, s'éloigne vers le fond de la Corne d'Or, Stamboul s'assombrit de plus en plus et, le soir, c'est en silhouette noire qu'il finit par se dessiner sur un fond d'or.

Souvent aussi à la fumée, à l'ombre, s'ajoute la brume et Constantinople disparaît presque, ne laissant plus voir que des formes vagues à peine esquissées comme à travers une sorte de verre dépoli opalescent (V. pi. 3). Des effets de brume à Constantinople, voilà qui ne ressemble guère à la physionomie conventionnelle de la ville. Mais pourquoi nous peindre en Orient un ciel immuablement bleu, qui n'est pas plus vrai à Constantinople qu'au Caire, qui probablement serait fort ennuyeux à la longue? On oublie que Constantinople est un port de mer et sous un climat relativement septentrional. Il y a bien des jours où Stamboul se dessine comme un croquis de Whistler dans une demi-brume londonienne, qui prête du lointain aux plans, qui simplifie et harmonise les contours, qui fait envoler les profils de coupoles et de minarets dans la légèreté d'une vision lumineuse.

L'installation et le grand pont. — Une fois entré dans le port, on débarquait autrefois au large, comme dans la plupart des ports de Turquie ; et c'était alors, autour du vapeur, un gai remue-ménage où les barques encombrées de fez rouges, de culottes roses et de turbans, dansaient audessus du bleu intense de la mer, sur les reflets violents du navire noir et des cheminées peintes au minium. Puis venaient les manœuvres compliquées du débarquement, les conseils insinuants des Juifs ou des Arméniens empressés au-devant des voya-

geurs novices, les bakchichs aux douaniers ottomans, qui, suivant la tradition connue, pour un medjidié négligemment empoché, laissent tous passer un chameau sans le voir; enfin, l'empoignement des colis par les hamals et la montée dans les rues escarpées, mal pavées, de Galata. Ces opérations se sont quelque peu simplifiées aujourd'hui, depuis la construction des quais; et l'arrivée par la gare, où l'on trouve des landaus pour monter à Péra, ressemble naturellement un peu à celle d'une ville quelconque. On voit alors une Constantinople à la mode franque, où subsiste seulement du passé le grand pont de bois, vers lequel nous reviendrons bientôt et le cimetière de Péra, qui, le long de la grande rue, plonge à l'ouest vers Kassim Pacha. Mais, aussitôt installé, n'est-ce pas le premier mouvement de redescendre bien vite par la rue Iskander qui mène au Pont Vieux, ou par le « Tunnel » du funiculaire qui aboutit au Pont Nouveau et de se replonger dans l'animation, moitié orientale, moitié levantine, du port?

Le Grand Pont de Constantinople (V. pi. 4) est un des endroits les plus amusants du monde et les plus caractéristiques, comme le pont de la Tamise à Londres, comme le Rialto à Venise, ou comme devait être autrefois notre Pont-Neuf de Paris, avec ses maisoDS des deux côtés, ses saltimbanques, ses racoleurs, ses filous et ses mendiants. Lorsqu'on ne connaît pas encore la Turquie, on peut passer là quelques bons moments à regarder le double flot humain qui se rend incessamment de la ville turque à la ville européenne ou d'Europe en Asie. Deux grandes villes n'ont pour ainsi dire que ce lien entre elles : l'autre pont, le Pont Vieux, étant

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écarté et peu fréquenté. Là, bien plus que sur le Bosphore, est la frontière réelle des deux continents. A Galata et à Péra, l'Europe se prolonge ; même les bâtiments officiels, le palais du Sultan à Yldiz- Kiosk, l'arsenal de Top-Hané, l'arsenal maritime, portent, sur cette rive, un masque européen. Les quartiers juifs, arméniens et grecs se souviennent, eux aussi, de l'Europe. De l'autre côté de la Corne d'Or, c'est, au contraire, malgré l'anachronisme d'un chemin de fer venant de Paris, qui y enfonce sa griSe, la vieille Asie cramponnée à l'existence : Stamboul, à travers le détroit, tend les bras à Scutari.

Sur l'emplacement actuel du Grand Pont, un premier pont, dont il existe encore des restes, a été construit en 1845 par la mère d'Abdul Medjid. Le pont actuel a été établi, en 1877, en posant un tablier de bois, que l'on voit se délabrer de jour en jour, sur des pontons de fer et de bois insubmersibles. Il est question, depuis longtemps, de le remplacer par quelque pont de fer à poutrelles; c'est là une éventualité fatale, à laquelle on ne saurait échapper bien longtemps, mais qui sonnera le glas de Stamboul. Un pont de fer, à cet endroit, sera pis encore que l'abominable pont posé par les Italiens au Château Saint-Ange, sur le Tibre, endigué par eux comme un égout à ciel ouvert. Il faut, pour concevoir la barbarie que représenterait une telle œuvre, supposer un pont jeté sur le grand canal de Venise, entre la place Saint-Marc et San-Glorgio Maggiore...

Le grand pont de Stamboul, dont on ouvre la partie centrale la nuit pour laisser pénétrer les navires, est gardé tout le jour à ses deux extrémités

par des individus en blouse blanche qui réclament à chacun les dix paras du péage. Grâce à ce contrôle, on peut calculer qu'il y passe souvent, dans un jour, 150 000 personnes.

Dès qu'on s'y est installé à regarder, on ne peut manquer de remarquer ce qui fait, jusqu'ici, l'une des originalités de Stamboul. Presque autant qu'à Venise, où les quatre chevaux dorés de Saint- Marc sont les seuls animaux de ce genre représentés dans les rues, la locomotion hippomobile et, à plus forte raison, automobile, est à peu près inconnue dans la capitale de la Turquie. Assurément, l'odieux progrès sévit ici comme partout; et l'on commence à voir quelques voitures, ou même quelques premiers tramways; mais, en général, on circule, dans Stamboul, à pied, ou, parfois, comme on pouvait le faire dans le Paris de Louis XIV, à cheval et, exceptionnellement, en litière. Cette particularité donne à la \'ille, malgré le mouvement continu de tant d'êtres humains, malgré le tumulte qu'apportent nécessairement tant de méridionaux, dont la plupart ne sont pas turcs, un air de calme relatif et de silence, dont on est de plus en plus frappé quand on s'éloigne des quartiers européens pour plonger dans les quartiers de l'Islam. Un vrai Turc, comme un Arabe ou un Persan, ne se presse pas; il n'a aucune raison de se presser, puisqu' Allah a fait le compte de ses jours et des oeuvres que, dans ces jours réglés d'avance, il doit accomplir. Il ne se déplace qu'avec des gestes nobles, souvent majestueux. A côté des Turcs, il est vrai que la plupart de ces hommes à fez, réputés ottomans (même, et je dirais presque surtout les fonctionnaires), n'ont, au fond, rien d'oriental ; ce sont des métis de

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Grecs, de Juifs, d'Arméniens, d'Albanais, de Levantins et de renégats de toutes les nations. Mais quelque chose des habitudes orientales déteint sur eux aussi : l'habitude de parler sans gestes, sans éclats de voix, avec beaucoup de clignements d'yeux et d'insinuations silencieuses; le déplacement sans fièvre apparente; l'affectation de l'impassibilité. Et puis, dans cette foule, les femmes sont rares. Les femmes turques n'ont que peu de raisons pour venir à Galata et ne traversent guère le pont que pour gagner les vapeurs d'Haïdar Pacha ou de Scutari; les européennes, en dehors des étrangères de passage pour quelques jours, retournent rarement à Stamboul, dont les curiosités ne les intéressent plus et dont les magasins ne valent pas le « Louvre » et le « Bon Marché » de Péra. C'est donc, avant tout, un long défilé d'hommes noirs à fez, une masse sombre pointillée de vermillon, qui circule sur ces planches boiteuses, le long de ces appontements où stationnent les bateaux à vapeur fumants. Pourtant il s'y mêle assez de Turcs, d'Arméniens, de Persans, pour bigarrerle tableau. Et ce sont des cavaliers, des soldats, des portefaix maintenant en équilibre sur leur dos le plus extraordinaire édifice; quelques femmes enfin plus ou moins voilées, les vieilles avec un épais voile noir sur tout le visage, les jolies avec une simple mousseline blanche, suffisamment transparente, sur la bouche...

Le bazar. — Le grand pont une fois traversé, le marché aux poissons d'Emin Ennou. avec ses stations de tramways et de voitures, ne nous arrêtera guère. Voici la Validé-Djami, la mosquée de la SultaneMère(v.pl. 4etl3), devantlaquelle on repasse chaque fois que l'on vient à Stamboul, et que l'on

aperçoit d'abord au-dessus du port, à chaque embarquement ou débarquement. De là nous pouvons, à notre gré, choisir 1 une ou l'autre des rues qui montent à Sainte-Sophie, au bazar, à la mosquée de Bayazid, au Séraskiérat. à la Suleimanié.

De tant de monuments qui attirent ici la curiosité, de tant d'itinéraires que l'on peut suivre, je ne veux pas ici, rivalisant avec les guides Joanne, donner une énumération détaillée. Il vaut mieux, je crois, aller seulement à quelques édifices, dont la visite s'impose et. pour le reste, essaj'er de traduire cette physionomie propre de la ville qui, dans un pays neuf comme celui-ci, en est la partie la plus intéressante et qui. cependant, disparaît absolument dans la nécessaire aridité des guides.

Par exemple, aujourd'hui, puisque nous avons déjà visité Sainte-Sophie en étudiant Byzance, un instinct naturel nous conduira du Grand Pont, par une rue quelconque enfilée au hasard, dans la direction du Bazar (V. pi. 12). Pendant les derniers temps d'un séjour à Constantinople. lorsque la curiosité des mosquées et des vieux murs s'est éraoussée, c'est le trajet que l'on suit le plus souvent pour aller s'exposer et céder aux tentations multiples du bric-à-brac et du bibelot. Dès notre entrée dans Stamboul, nous pouvons commencer par nous y précipiter. Au bout d'une rue. on franchit une porte comme si on entrait dans un passage et l'on se trouve, en efïet, dans un réseau de galeries voûtées, dont l'ombre est fraîche au sortir de la grande lumière extérieure. C'est le commencement, assez décevant, de ce fameux Bazar, que les descriptions présentent parfois comme une sorte de palais des mille et une nuits. En réalité, le Bazar est une

INTKRIKUR DE LA VALIDlî D.IAMI. — CL. L Dli LAUNAY

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