VUE PANORAMIQUE DE LA MOSQVEE BAVAZID. CL. SEBAH ET JOAILLIER
PIGEONS DANS LA COUR DK LA MOSQUEE DU sUI-TAN HAYAZID. CL, SEBAH ET JOAILLIER.
La Turquie que l'ou voit
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fleurs variés. On regrette seulement de penser que, sous ses fondations, se trouve enfouie une grande partie du palais des Basileis, avec les monuments d'art qui pouvaient y subsister.
Auprès, quelques turbés, les tombeaux du sultan Ahmed et de ses frères, aux murs couverts de faïences de Brousse, renferment chacun vingt ou trente catafalques recouverts d'une étoffe verte au vert d'arsenic très particulier et coiffés pour la plupart d'un turban : ceux du sultan, de ses femmes, de ses enfants.
D'autres turbés sont également près de là dans l'enceinte de Sainte-Sophie : ceux de Sélim II, de Mourad III, etc.
Le Turbé du Sultan Sélim est une petite salle hexagonale, ornée de belles faïences jusqu'à hauteur d'homme et, au-dessus, de peintures qui imitent la faïence. (Ce trompe-l'œil, ce mélange des objets les plus rares avec Jles plus banals et les plus modernes, est un défaut avec lequel il faut se familiariser en Turquie, qu'il faut commencer par accepter comme un trait caractéristique du pays.) Là-dedans sont rangés côte à côte un grand nombre de cercueils de pierre couverts d'une housse verte à dessin rouge et dont quelques-uns sont flanqués à la tête, comme des animaux à la silhouette étrange, d'un gros turban posé sur un bâton. Ces turbés, ces chapelles funéraires, sont parmi les plus beaux monuments de l'Islam, parmi ceux qui ont le plus de grandeur simple et tranquille, le plus de poésie. Ici sont enterrés le Sultan, ses femmes et dix-sept de ses fils, étranglés suivant l'usage à l'avènement de son successeur. Auprès de Mourad III reposent également dix-neuf de ses fils étranglés de même
par suite de la même pieuse coutume. La poésie de ces turbés a de telles notes bien orientales.
Enfin, parmi toutes les mosquées de construction musulmane et en laissant de côté les anciennes basiliques byzantines dont il a déjà été question, celle qu'il faut peut-être le moins oublier, bien que les guides la signalent avec quelque indifférence, c'est la petite Rousiem-Pacha-Djami, difficile à découvrir au milieu d'un amas de maisons, mais resplendissante à l'intérieur des plus belles faïences, presque à l'égal des mosquées de Brousse. La mosquée de Roustem-Pacha est du xvi« siècle, c'est-àdire de la belle époque de cet art que les Ottomans revendiquent à tort comme national, tandis qu'il est, en réalité, arabe ou persan. Ici, c'est la Perse qui a fourni cette merveilleuse décoration de faïences couvrant toute la hauteur des murailles, avec ses entrelacements de fleurs roses et de rinceaux bleus ou verts, semblables à des plumes d'oiseaux diaprées qui s'étaleraient sur un linge blanc, dans le genre popularisé par les faïences rhodiennes. Le mihrab, surmonté, comme d'habitude, de sa voûte à stalactites et, comme d'habitude, accompagné de deux énormes cierges, est encadré d'une décoration pareille, dans laquelle se détache une bande d'inscriptions arabes. A droite, le member au clocheton pointu, flanqué de son escalier à balustrade de marbre ajourée, s'adosse lui aussi contre une autre paroi de faïence, pareille à quelque tapis somptueux et semblant, dans sa rigidité, garder quelque chose de la souplesse d'une étoffe. Il faudrait, pour rendre cela, non des mots impuissants, mais les artifices d'un pinceau très subtil; car toutes ces fleurs, ces vases, ces épanouissements de bouquets,
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ces arabesques semées d'yeux colorés sont vivantes et mobiles dans les jeux de la lumière.
De semblables faïences existent également à la mosquée Validé, à l'entrée des appartements du Sultan (V. pi. 13); on en retrouve aussi au Serai, dans le kiosque des faïences. Partout, c'est le même émerveillement.
Les quartiers musulmans. — Et maintenant, pour nous délasser de tant de monuments, faisons ce qu'il est si doux de faire à Stamboul; flânons au hasard à travers ces rues, si souvent silencieuses, descendant vers la mer de Marmara ou ia Corne d'Or, remontant par les rues en pente et mal dallées vers quelque terrasse, d'où ia vue se découvre au loin, regardant au passage quelque jolie fontaine aux grillages de bronze, au toit de bois en auvent, aux arabesques de pierre dorée, entrant dans les jardins des turbés ou les cours extérieures des mosquées, nous arrêtant sous quelque tonnelle de verdure, où le cafédji nous apporte une petite tasse de café et de l'eau claire, près de Turcs qui fument lentement leur narghilé. C'est là, c'est dans ces libres courses que l'on apprécie vraiment l'attrait de ce pays méconnu par les Européens trop pressés, dont le gîte est là-bas, de l'autre côté de l'eau, dans le tumulte de Péra et de Galata.
11 y a, surtout dans une très grande ville comme Constantinople, des Orients très divers, presque sans rapport entre eux. Il y a, d'abord l'Orient bruyant, grouillant, agissant, des quartiers que l'Européen fréquente le plus, de ceux où le mouvement commercial est le plus actif et où cette activité est, plus que par les Turcs, entretenue par les Levantins, les Arméniens, les Juifs, les Grecs, par
tout ce peuple de trafiquants, grâce auxquels le Turc qui, sans eux, n'y penserait même pas, se trouve alimenté, habillé, fourni des objets les plus nécessaires à la vie et, en même temps, exploité, pressuré, utilisé comme bête de somme. Cet Orientlà, que nous avons déjà trouvé, c'est celui du Grand Pont de Stamboul, des alentours du port et des rues qui conduisent au Bazar, à lagare, à la douane, à la Sublime Porte, à Sainte-Sophie. Là, c'est un pêle-mêle bruyant et bariolé de couleurs éclatantes, de rouges, de verts, de jaunes éclatants, avec des nègres aux tons de bronze, vêtus de blanc ou de tons clairs, et des passages discrets de femmes voilées.
Mais il y a aussi le Stamboul de plus en plus calme des rues étroites qui s'éloignent du Serai" vers les murailles extérieures (V.pl. 15). Là, surtout aux heures chaudes de la sieste où seul l'étranger se hasarde dans les rues, c'est le silence, à peine troublé par des glissements muets de babouches. Pas de magasins; des maisons turques hermétiquement closes sur le dehors, où, seuls, les moucharabiés, munis de grillages en bois, laissent deviner l'espionnage des yeux curieux...
Le plaisir d'un séjour à Constantinople, c'est d'aller voir tout à fait au hasard ces quartiers inconnus, que ne banalise pas le troupeau des touristes Cook, heureux de découvrir les coins où une glycine en fleurs passant par-dessus un mur d'ocre,oùdes moucharabiés brunis dans une façade surplombante sur la rue ombreuse, où les grillages ouverts dans un vieux mur sur la végétation touffue de quelque cimetière délaissé, fournissent le coin de tableau tout fait, devant lequel on s'arrête Ion-