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LES EAUX DUUCES D EUROPE

PI. 21. pape 1%4.

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vest d'une pelisse ainsi que le premier drogman et les deux secrétaires, et les autres ont des cafetans (c'est une robe de toile de coton qui peut valoir une douzaine de francs). Le nombre des personnes qui doivent entrer chez le Grand Seigneur est fixé et ils attendent dans la cour, comme je l'ai dit, plus ou moins longtemps selon qu'il plaît au Grand Seigneur. Enfin la permission d'entrer arrive et des hommes du Grand Seigneur prennent l'ambassadeur par dessous les bras et le conduisent plutôt comme un prisonnier que comme un ministre, ainsi que ceux de sa suite, au Grand Seigneur, qui est assis sur un trône qui n'est pas fort beau, car il consiste en un sofa posé dans un petit enfoncement. A côté de lui sont ses enfants et, derrière, le gouverneur de ses enfants; et de l'autre, est le vizir, le capitan-pacha et les principaux officiers de sa cour. Devant, est l'ambassadeur, qui se tient debout comme les autres. Tout le monde ainsi placé, l'ambassadeur dit à son drogman de traduire son compliment au drogman de la Porte, qui le répète en tremblant au Grand Seigneur et en s'inclinant jusqu'à terre; je dis en tremblant parce que c'est d'étiquette : par là il marque la crainte qu'il a de son souverain. Le compliment fait, le grand Vizir bredouille deux ou trois paroles que le vizir répète au drogman de la Porte qui les arrange comme il veut. Ensuite l'ambassadeur sort avec sa suite. Une fois sorti, tu le crois peut-être débarrassé de cette humiliation; mais tu te trompes; car il est encore obligé d'attendre dans la seconde cour du sérail que les janissaires, les officiers, le capitanpacha et le vizir lui-même soient passés. Après quoi, il lui est permis de sortir. Ainsi fait-il et

s'en retourne chez lui. Tu vois par là, mon bon ami, combien les Turcs sont vains et glorieux et combien les ministres sont bons de se soumettre à de pareilles conditions. >♦

Pour se représenter une telle cérémonie et les costumes qui y figuraient, si l'on n'a pas présentes à l'esprit les peintures de Parrocel et de Lancret, ni plus anciennement celles de Bellini, il suffit d'aller au musée des Janissaires, où achèvent de s'user, par le soleil et par les mites, les costumes antérieurs à la réforme de Mahmoud II : hauts fonctionnaires, janissaires, etc., exécutés en 1826, à la faveur d'une révolte.

Après avoir vu les personnages de l'histoire turque, voyons maintenant leurs repaires. Les Sultans ont souvent changé de palais. Jadis, ils habitaient au vieux Séraï. Dolma-Bagtché fut construit en 1853 par Abd-ul-Medjid, et habité encore par Abd-ul-Aziz jusqu'à son assassinat en 1876. Beyler-bey, où ont logé successivement, comme hôtes, l'impératrice Eugénie et l'empereur Guillaume II, a été construit en 1865 par Abd-ul-Aziz. Tchéragan a servi de lieu d'internement à Mourad V. Enfin, Abd-ul-Hamid se cachait dans Yldiz- Kiosk.

Le nom de Séraï éveille des idées de luxe et de réclusion qu'il ne justifie en aucune façon. Depuis longtemps, personne n'habite plus dans ces palais abandonnés. On entre dans les jardins du Grand Turc comme dans un moulin, si ce n'est dans la partie centrale où se trouve le trésor. Et l'on voit une grande bâtisse d'un blanc sale à fenêtres rectangulaires : sorte de caserne, entourée de terrasses en gradins qui n'ont de beau que leur vue sur le

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Bosphore et sur la Corne d'Or. Une grande partie en est transformée en potager, le reste abandonné aux soldats; une ligne de chemin de fer les resserre et les traverse.

Dans la partie accessible à tous, la seule chose intéressante est la grande place des Janissaires, où l'on peut entrer directement de la place Sainte- Sophie par une porte flanquée de niches toutes prêtes pour exposer les tètes des pachas décapités. Elle est assez nue ; dans un coin, l'église de Sainte- Irène, bâtiment peint en jaune et fermé d'une grille. Au centre, est, sous un arbre, le tombeau d'un derviche et, d'un autre côté, se dresse un immense platane, dont l'écorce, qui survit seule et suffit à conserver la vie, formait la salle de cuisine des janissaires. C'est là que couvaient ces formidables révoltes, dont le signal terrible était la cuiller portée à l'envers et qui se terminèrent par l'exécution de 1826. A droite de la porte d'Orta- Kapou qui donnait accès au Séraï, se trouve un tronçon de colonne fiché en terre, sur lequel on décapitait les favoris qui avaient cessé de plaire.

Pour visiter la partie réservée du Séraï, il faut se prêter à une petite facétie diplomatique analogue à celle du Sélamlik. L'intérêt de cette excursion est des plus minces et doit se réduire presque à zéro, maintenant que les bijoux d'Abd-ul-Hamid ont été soldés pour cause de révolution à notre hôtel Drouot.

Voici comment s'accomplit cette formalité avec beaucoup de salamaleks et de bakchichs.

On a commencé par grouper, à une heure dite, un petit troupeau d'étrangers réputés de distinction. Les fonctionnaires turcs incorruptibles com-

mencent par prélever 14 francs par tête pour rompre solennellement un cachet de cire qui ferme la porte. Ce cachet, on lé brise en moyenne deux fois par semaine; mais on a soin de respecter l'épaisse couche de poussière et de toiles d'araignée qui couvre les vitrines à l'intérieur, comme des bouteilles de derrière les fagots, pour faire croire à un privilège qui est à peu près le seul mérite de cette visite. On vous montre ainsi longuement, très longuement, comme dans toutes les visites de palais royaux et de « residenz », quelques méchantes salles, où il y a beaucoup de pierres précieuses non taillées, un trône garni de perles, des housses de cheval, des sabres, d'anciens costumes de cérémonie des sultans, etc., avec le mélange souvent décrit d'objets modernes en toc, de pendules à musique, etc.. On voit, dans ces salles sordides, quelques bijoux sans aucune valeur artistique, mais curieux par l'abondance des gemmes employées.

La partie la plus jolie de cette promenade, c'est le kiosque de Bagdad, entièrement tapissé de vieilles faïences persanes avec une voûte en cuir gaufré et la vue étonnante que l'on a sur le Bosphore pris en enfilade, sur Galata et sur la mer de Marmara... C'est dans ces jardins que les premiers Byzantins avaient établi leur primitive acropole et, si l'on imagine un temple grec archaïque avec des statues de prêtresses souriantes aux robes polychromes, des victoires aux ailes déployées s'envolant sur le ciel, si l'on pense même au temps où se prolongeaient ici les dépendances du grand palais impérial de Justinien ou de Théophile situé un peu plus au sud, on ne peut que se lamenter une

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fois de plus sur le sort qui a livré pour cinq siècles cette magnifique terre de Turquie à de tels agents de destruction, de ruine et de mort.

Les autres palais impériaux ont encore moins d'intérêt que le Serai". Ils sont généralement bâtis dans un style imité du Louis XV et du Louis XVI qu'introduisirent d'abord les architectes français amenés par Choiseul-GoufTier et qui, malgré parfois un certain luxe de matériaux employés, de marbres blancs et de dorures, fait surtout penser aux plâtreries exécutées dans les « vastes appartements à confort moderne » du Paris de 1913.

Dans un faubourg de Galata très ennuyeux, très banal, très prosaïquement parcouru par un tramway, est, par exemple, Dolma-Bagtché, une grande bâtisse blanc et or, ou plutôt une série de palais aux sculptures très fouillées et très compliquées que l'on voit surtout du Bosphore, le côté de la terre étant bloqué par une immense muraille. Tchéragan, palais-prison de Mourad, construit dans un style analogue, est encore plus fermé si possible. Beylerbey qui est en face, sur la rive d'Asie au pied du Mont Boulgourlou, s'étale également en blancheur au-dessus d'un quai de marbre.

Enfin, pour en finir avec la Constantinople moderne, nous pouvons encore aller aux Eaux Douces d'Europe, qui représentent, au fond de la Corne d'Or, le bois de Boulogne de Constantinople (V. pi. 21). Si l'on s'y rend en caïque, ou par Eyoub, il faut traverser les solitudes désertes qui commencent immédiatement aux portes de cette ville singulière, autour de laquelle règne la peur. Le vendredi (dimanche des Turcs), ces Eaux Douces sont le rendez-vous du beau monde : un Ranelagh

assez piteux et trop ensoleillé, où l'on se rassemble dans des prés poudreux, le long d'un bout de rivière canalisée... Barques sur l'eau, femmes turques, officiers, marchands, etc. ; beaucoup de poussière et peu de costumes...

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

LE BOSPHORE BT LES ENVIRONS DK CONSTANTIXOPLE, — SCUTARI. LES ILES DES PRINCES, ETC.

Vers Scutari, on a des bateaux au moins une fois par heure; mais il faut faire attention à l'heure du bateau, car le service s'arrête à la nuit. Sur le Bosphore, il existe trois services de bateaux à vapeur, l'un pour la côte d'Europe, l'autre pour la côte d'Asie, le troisième faisant le zigzag. Tous trois stationnent le long du grand pont. L'horaire est à la turque. On parcourt en moyenne 12 à 15 kilomètres à l'heure. Trois bateaux seulement vont, en deux heures, jusqu'à la station extrême de Rouméli-Fanar.

Pour aller à Prinkipo, un jour suffit en partant par le premier bateau de la Compagnie Mah-Soussé et revenant par le dernier. Le trajet demande deux heures. Si Ton veut voir les autres îles des Princes, on peut coucher à Prinkipo qui a de bons hôtels et rentrer le lendemain soir.

Quand on est plusieurs personnes ensemble, il est souvent plus agréable, pour les courses en mer, de louer un petit bateau-mouche qui revient à environ 100 francs par jour et où six à huit personnes peuvent tenir.

LK SÉLAMLIK. — LE VIECX SÉRAÎ. — LE MUSÉE DBS JANISSAIRES

Pour assister au Sélamlik qui a lieu le vendredi à midi, il faut demander une carte d'invitation à son ambassadeur. Il est défendu, quel que soit le temps, d'utiliser des parapluies ou des ombrelles. Les appareils photographiques sont interdits.

L'autorisation de visiter les palais impériaux s'obtient égalemeat, en principe, par l'intermédiaire de i'ambassa-

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deur. Pratiquement, les drogmans d'hôtel trouvent généralement le moyen de vous joindre à quelque groupe déjà autorisé; mais on ne peut choisir son jour. Cette visite est fort coûteuse, en raison des pourboires de tous genres qu'elle occasionne. Le vieux Séraï à lui seul ne coûte guère moins de 20 à 25 francs par tête. Il est vrai qu'on reçoit en échange un verre d'eau, une cuiller de confiture de roses et une petite tasse de café. La visite du Serai dure une heure et demie. Un caïque du Sultan conduit d'abord en un quart d'heure à Dolma-Bagtché (trois quarts d'heure de visite) ; puis, en une demi-heure, à Beyler-bey et ramène à Dolma-Bagtché. Le tout demande cinq heures.

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