CHAPITRE V BROUSSE ET NIGËE (ISNIK
Brousse : la mosquée verte et les turbés de la Mouradié. — L'arrivée à Nicée. — Une ville morte. — Le concile de Nicée. — Les murailles. — L'église de la Dormition.
UNE excursion à Brousse forme, depuis longtemps, le complément presque obligé d'un séjour à Constantinople. La visite de Nicée, qui présentait autrefois quelques difTicultés, complète aujourd'hui tout naturellement cette promenade.
Pour aller à Brousse, il faut d'abord traverser la mer de Marmara jusqu'à Moudania. Dès que le navire a levé l'ancre, c'est l'enchantement habituel des traversées matinales en vue de Stamboul : les effets de lumière jouant sur les coupoles et les minarets, les blancheurs des tours et des palais, les teintes brunes et roses des maisons se détachant sur un ciel clair au-dessus d'une mer bleue, calme comme un lac... On met environ six heures pour arriver à Moudania, où l'on doit traverser, l'un après l'autre, comme dans tous les débarquements en Turquie, les sept cercles de l'enfer, les murailles successives des Turcs, plus ou moins ofTiciels, qui barrent, à la sortie comme à l'entrée, l'accès de tous les ports : les agents de la police réclamant le passeport intérieur ou teskéré; ceux du port percevant un droit ; ceux de la douane prétendant visiter les colis et les appareils photographiques (le tout,
simple prétexte à bakchichs) et plus terribles encore, les portefaix, contre l'émulation desquels on a peine à se débattre.
De Moudania à Brousse, on monte maintenant en chemin de fer. Pendant une vingtaine d'années, la ligne a existé sans fonctionner. Les mauvaises langues, (dont je n'ai pas vérifié les dires assez vraisemblables), prétendaient qu'on avait livré une voie d'un certain écartement et des wagons d'un autre, sans que les contrôleurs officiels, dûment subventionnés, s'en fussent aperçus. Les faits de ce genre sont rentrés longtemps dans la règle courante. On partait donc en calèche, à côté des rails qui se rouillaient sous l'herbe. C'était un peu plus long, mais on voyait mieux le pays et c'est le trajet que je vais décrire.
Au début, une longue montée à travers des terrains cultivés, plantés d'oliviers et de mûriers, rappelle les aspects ordinaires des îles de l'Archipel. Une fois en haut, tout à coup, on découvre, en face de soi, au bout d'une immense plaine, l'Olympe de Bithynie, un sommet neigeux avec un grand plateau sombre au-dessus et Brousse au pied : un Olympe de forme très classique, dessiné avec beaucoup de symétrie et majestueux comme il convient à un séjour possible des dieux.
Puis la route descend en lacets et traverse la très large vallée. Les passants y sont nombreux : des Turcs portés par leur bourricot au collier bleu préservatif du mauvais œil, des femmes voilées de blanc, des enfants habillés de rose. Au printemps, on rencontre à chaque pas de curieux instruments pour la moisson; ce sont de grand plateaux allongés et un peu recourbés aux extrémités, sous
IROUSSE. VUE Gb;M;R.\I.F. — CI.. I.. Di: IAl^A^