‹ La Turquie que l'on voitChapitre 21 sur 26 · L. L. DE LAUNAY · texte numérisé non relu

L. L. DE LAUNAY

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épaisses, presque hermétiquement closes, de piliers et de contreforts. La mosquée, elle, se montre presque toujours claire et joyeuse. Celle-ci est assez petite, avec un bassin au centre, toute en marbre blanc, et les faïences vertes si connues se trouvent seulement au mihrab et dans deux jolies petites niches ou chapelles des deux côtés de la porte d'entrée, qui, elles, en sont revêtues tout entières, jusqu'au plafond môme. Le plus bel aspect de la mosquée est celui que l'on a en regardant vers cette entrée, vers ce haut encadrement de marbre blanc ouvert en ogive, qui donne sur un passage au revêtement de faïence verte, au bout duquel les portes en bois de cèdre ajouré laissent entrer le jour du dehors (V. pi. 25). Des deux côtés de cette porte on voit alors ces petites logettes, surélevées de deux marches, avec leur balustrade ajourée de marbre blanc, leur encadrement de faïence bleue et leur revêtement intérieur où domine la tonalité verte. Au premier plan, sur la gauche, est la vasque hexagonale, où coulent, avec un bruit cristallin, les filets d'eau; et d'épais tapis d'Orient aux tons roses et bleus, qui couvrent partout le sol, complètent un ensemble chaud, étofîé, rendant la présence de Dieu plaisante et confortable, sans aucun rapport avec la nudité sévère et ascétique de notre gothique. Quand on regarde de plus près les faïences intérieures de ces deux niches, on voit, d'abord, en bas, jusqu'à deux mètres du sol, une sorte de haute plinthe à carreaux verts hexagonaux d'algue marine, avec une frêle rosace ou des fleurs dorées au centre comme esquissées d'un léger frottis. Au-dessus, la faïence est d'un ton plus bleu, avec un dessin géométrique en blanc

et, enfin, en haut, s'étend une bordure bleue avec des lettres arabes en blanc. C'est un des chefsd'œuvre de l'art arabe et persan.

A côté de la Yechil-Djami, est le Turbé vert, ou Turbé de Mohammed I^'', peut-être plus joli encore pour un œil de peintre par le mélange des étoffes roses, oranges, violacées, vertes et lamées de rose, qui, suivant l'usage musulman, recouvrent les tombeaux de faïence bleue (V. pi. 25). C'est une chapelle hexagonale, revêtue de faïences bleues sur environ trois mètres de haut, avec un beau mihrab de faïence formant une niche dorée en stalactites, un lustre de verre rose et des vitraux anciens aux tons vifs. La plupart des tombeaux sont ici couverts de faïences bleues portant des noms tracés en lettres d'or, quelques-uns simplement peints en bleu. Sur la moitié du catafalque de pierre ou de faïence, on a souvent posé une sorte de housse en vieille soie; enfin, à la tète, quand c'est la tombe d'un homme, on a placé, sur une tige, un turban du mort, recouvert lui-même d'une étoSe de couleur. Ces turbans qui ornent les tombes musulmanes font un effet singulier; quelquefois, en particulier au turbé d'Osman, ils prennent un certain air vivant, comme si tout le tombeau était, en réalité, une sorte de grand animal à tête humaine. Suivant les jours et les anniversaires, on les change pour en mettre de plus ou moins beaux, de plus ou moins dorés, comme les étoles et les chasubles de nos prêtres varient suivant la fête célébrée.

Quand on dépasse la Mosquée verte, on entre dans la campagne, dans la verdure, dans les bois de cyprès d'un gai cimetière, (l'association de mots est très naturelle en Orient), qui se prolonge à

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flanc de coteau, comme une promenade ombreuse, vers la mosquée isolée à! Emir- Sultan (V. pi. 26 et 27). Il faut pousser jusque-là, ne fût-ce que pour voir du dehors la mosquée verte et son turbé dominant le paysage vert et rose, qui s'éclaire le matin à contrejour, avec de grands pans d'ombre sur les façades des maisons basses et sur les pentes du ravin. La mosquée n'a rien de très remarquable; mais le chemin est charmant et elle-même est fort bien située sur une hauteur, avec une rue montante et un escalier qui y donne accès. On peut encore passer de bons moments dans sa grande cour dallée comme une cour de cloître, lumineuse et tranquille...

Maintenant que nous avons satisfait nos curiosités les plus impatientes et vu la plus belle partie de Brousse, nous reviendrons en flânant vers l'extrémité opposée de la ville, où se trouve cet autre bijou que l'on appelle les turbés de la Mouradié ; les occasions de nous arrêter ne nous manqueront pas.

Voici, par exemple, le pont en arc qui traverse le beau ravin de Gueuk-Déré. Tout à l'heure, trop pressés, nous l'avons traversé sans le voir. Il vaut cependant qu'on s'y arrête pour regarder ses parois abruptes, sillonnées de strates inégales, où s'accrochent des plantes grimpantes et des figuiers do Barbarie (V. pi. 23). On devrait même prendre le temps de le remonter jusqu'au pont de Maxem Keupru, près duquel on a de si beaux points de vue sur les lointains lumineux de la plaine de Bithynie, mis en valeur, repousses et éclairés, comme dans un paysage florentin, par les valeurs sombres des cyprès découpés au premier plan.

Plus loin, j'ai déjà signalé la vue de la citadelle, qui est celle où l'on découvre le plus complètement toute l'étendue de Brousse, où l'on goûte le mieux l'aspect de tous ces minarets blancs, de ces coupoles, de ces toits bruns, émergeant sur un tapis de verdure incliné vers la plaine (V. pi. 22). Un peu en arrière, se trouve un des plus jolis coins de Brousse, la source de Bounar-Bachi, avec son bout de ruines sous les grands arbres. C'est un des meilleurs endroits pour apprécier, dans leur décor pittoresque, les vieilles murailles du xiii« siècle qui entourent encore à peu près entièrement le plateau de la citadelle.

Enfin, traversant le ravin de Djilimboz et sortant presque de la ville vers l'Ouest, nous arrivons aux Turbés de la Mouradié, où sont enterrés quelquesuns des premiers Osmanlis, conquérants de Brousse au xiv siècle. Ces chapelles funéraires n'ont pas la beauté architecturale du turbé vert. Mais comme elles se présentent bien dans leur jardin planté de rosiers fleuris, parmi les immenses platanes séculaires, avec leur continuel murmure d'eaux courantes et de fontaines, avec les souples attitudes des femmes aux voiles blancs, aux robes bleues, violettes ou roses, qui viennent y puiser de l'eau!

Brousse, conquise dès 1326 par les Ottomans, a été leur première capitale et la résidence des Sultans jusqu'à la Conquête de Constantinople. Les souverains en avaient fait leur Saint-Denis. C'est à Brousse que reposent Orkhan (1326-1360); puis Mourad (ou Amurat) I^r, tué en 1389 par les Serbes après la bataille de Kossovo; Bayazid !«' (Bajazet) (1389-1403), vaincu et fait prisonnier par les Mogols à Angora; Mohammed I" (1413-1421), le fondateur de

BROUSSE. INTKRIEUR DE LA MOSQL'liK VERTI AQUARELLE DE L. DE LAU.NAV.

BROUSSE. INTERIEUR DU TURBÉ DE L.\ MOSQUEE VERTE. AQUARELLE DE L. DE LAUNAY.

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JL& Turquie que l'on voit.

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la mosquée verte et du turbé vert, enfin Mourad II (1421-1451), dont la mosquée se dresse ici, près des turbés de la Mouradié. C'est seulement après lui que Mohammed II, le Conquérant de Constantinople, transporta la résidence et la sépulture des Sultans sur la rive européenne.

Les turbés de la Mouradié, avec leurs coupoles bleutées, leurs murs roses ou oranges, leurs grands auvents de bois sculptes, dont quelques-uns merveilleux de ciselure, sont épars au milieu des feuillages bruissants où jasent les oiseaux et il semble, quand on reste à rêver près de ces morts heureux, que l'on soit transporté dans un des sites chantés par les poètes persans.

A l'intérieur, l'un d'eux, celui de Moustapha, est revêtu de magnifiques faïences persanes à fleurs roses et bleues sur fond blanc. Un verset du Coran aux lettres blanches s'y dessine dans un merveilleux encadrement. Le turbé du prince Djem a des carreaux hexagonaux vert de mer à dessins dorés comme ceux du turbé vert. Quant à Mourad I^"", le fondateur, il a eu en mourant la plus poétique des fantaisies, une de ces idées qui feraient aimer les Turcs s'ils étaient restés davantage soumis aux influences de l'Arabie et de la Perse au lieu de s'abandonner aux rudesses barbares de leur terroir original en Asie Centrale. Suivant son désir, un turbé, dont la coupole est portée par quatre colonnes et quatre piliers, est resté ouvert au centre, de manière que l'eau du ciel put tomber sur la terre verdoyante où repose le mort et que le murmure de la nature vint la nuit et le jour bercer son long sommeil....

On peut encore passer bien des heures à Brousse à visiter les débris des vieilles murailles, les portes

byzantines, les turbés et les cimetières écartés, sans parler des bains turcs aux sources thermales 3 80o, qui sont un spécimen célèbre de ce genre d'établissements ni du bazar, qui paraît insignifiant après celui de Constantinople. Les heures coulent vite ici-, pourvu que l'on s'amuse à mettre des traits de crayon et des couleurs sur un papier blanc. La plupart des touristes se contentent pourtant d'une courte halte dans cette ville exquise. L'itinéraire prévu par les hôteliers et combiné par les drogmans comporte une arrivée dans l'après-midi, une course rapide, où se confondent et se pressent tous les passagers amenés par le même bateau et un départ au plus tard le surlendemain à la première heure. Ce système a l'avantage qu'une fois le troupeau des étrangers repartis, on a, pendant un jour sur deux, jusqu'à l'arrivée du convoi suivant, quelques bonnes heures de tranquillité où Brousse apparaît étonnamment calme, recueillie et silencieuse. C'est alors qu'elle se montre vraiment avec tout son charme... Enfin, nous en partons à notre tour et un matin, de très bonne heure, nous montons dans la voiture qui doit nous conduire à Isnik (Nicée), pour reprendre ensuite le train à Mékedjé. Si facile que soit l'excursion, elle fournit pourtant, sans grand peine, le plaisir de sortir des sentiers battus. Une bonne voiture à deux chevaux blancs est conduite par un gros cocher turc. Un gendarme, que l'administration turque a soin de vous imposer pour lui fournir les émoluments qu'elle serait autrement incapable de lui payer, vous accompagne d'abord pendant une cinquantaine de mètres au delà de la porte, puis pique des deux en arrière et ne reparaît que quelques heures plus tard, quand il s'agit de rece-

BROUSSE tr NICEE.

voir son pourboire. Le danger, auquel il est censé parer, se réduit du reste à rien. Ce coin d'Asie que l'on traverse est très tranquille, très cultivé; et la route même est, par son entretien, une merveille pour la Turquie. Heureusement, car la route est longue à faire presque d'affilée : onze heures de voiture, coupées par une halte de une heure et demie pour déjeuner dans un han turc.

Nous sommes en Anatolie. Il est bon de se le répéter parfois pour éprouver une impression d'exotisme. La seule chose qui accuse ici la Turquie, c'est l'absence d'arbres; à part cela, cultures ordinaires; beaucoup de cigognes; des bufïles...Nous longeons, dans la plaine, la crête, à la fois très droite et très horizontale, de l'Olympe, sur laquelle la neige, arrêtée partout exactement au même niveau, met un capuchon blanc. De l'autre côté de cette plaine, au nord, une ligne de collines, également droite, mais plus basse, nous sépare de la mer; nous montons passer un petit col et nous redescendons sur la grande plaine d'Ieni-cheir, en traversant quelques haltes d'un intérêt médiocre, Kestel, Timbos, • Koyou-hissar. Les femmes de ces villages sont naturellement beaucoup plus sauvages que celles de Constantinople, où le voile tend à se transformer en une transparente voilette européenne. Habillées en dessous d'une sorte de sac à cinq trous violet ou rosé qui forme deux poches aux deux jambes, elles portent, par-dessus, un grand voile noir usé, qu'elles ramènent de la main sur le bas de la figure et qui leur donne l'air des larves et des spectres assaillant, à son entrée dans les enfers de Gluck, le pauvre Orphée. Les fillettes, qui ne se cachent pas encore sous ce voile funèbre, montrent souvent de belles

couleurs éclatantes, rouges, violettes, oranges...

La plaine d'Iéni-cheir, que longe l'Olympe de plus en plus droit et par suite peu pittoresque, me fait songer aux parties plates de la Bulgarie. D'abord, labours; puis, pâturages, avec de grands troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. léni-cheir est une petite ville de 5 000 âmes, assez banale, malgré l'aspect oriental des rues aux tonnelles de vigne (comme en Grèce), sur lequel on finit par se blaser après quelque temps de séjour en Orient. Je n'y trouve à dessiner que la cour intérieure de notre han, avec sa voûte d'entrée sombre, sous laquelle on aperçoit des hommes assis, un coin de magasin oriental, un bout de rue en lumière et, sur la gauche, le travail de deux forgerons près de leur cheminée de terre jaune.

Encore une forte montée et nous découvrons devant nous, cinq cents mètres plus bas, une immense nappe bleue, le lac d'Isnik, long de 34 kilomètres, large de 13 à 14, à l'extrémité orientale duquel se dessine une enceinte circulaire de remparts aux tours oranges, tout entière remplie de verdure. A l'autre bout, une trouée très nette marque la place de Gemlik, l'ancien port de Nicée, maintenant mort comme la ville même qu'il était chargé de vêtir et d'alimenter (V. pi. 27).

Une belle descente en lacets amène à ce lac limpide et brillant, bordé de collines claires, que nous longeons un moment et noue arrivons devant une première porte des remparts (la porte léni-cheir), au système de doubles et même triples entrées traversant successivement deux enceintes, deux murs épais et quelque peu confus de briques oranges (le mœnium et l'agger). Des vergers de mûriers,

tROUSSE. CHEMIN DE LA MOSQUKE DIMIR SVLTA: CL. L. DE LAUNAY.

HROUSSK. ARRIVÉE A LA MOSQUÉE d'kMIR SULTAN. CL. L. DE LALNAY.

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d'oliviers, de figuiers s'étalent sur sa longueur, comme cela arrive souvent au voisinage de ces petites villes orientales, formant ainsi des oasis verdoyantes dans la nudité d'une campagne sans abri et sans végétation (V. pi. 28)... Puis, la porte franchie, autres vergers, jusqu'à ce que nous entrions dans le tout petit village moderne de deux cents maisons, blotti comme un enfant peureux au milieu de cette enceinte de remparts de 3 kilomètres de tour. Village un peu grec, en même temps que turc, où on nous installe dans une auberge à la grecque, très simplement propre et gentille, dont le propriétaire est supposé parler italien (repas sur la terrasse couverte, avec des fleurs de jasmin jonchant la table, matelas étendus par terre pour la nuit, etc..) Aussitôt nous repartons presque en courant, et avec cette sorte de fièvre qui saisit le voyageur à l'arrivée dans un endroit par lequel il est immédiatement conquis, où il voudrait passer de longues heures de loisir et de calme et d'où les rigueurs d'un itinéraire inflexible le forceront à s'éloigner bientôt.

Cette première course dans Nicée, cette course rapide, où l'on n'ose pas encore s'arrêter pour avoir d'abord tout vu, où l'on se hâte, où l'on s'appelle l'un l'autre avec des cris de surprise et de joie pour se signaler quelque joli tableau, est un enchantement constant et croissant! Tout cela, disons-le aussitôt, n'est pas « d'une bonne époque », ni « d'un bon style » : des ruines byzantines sans grande valeur architecturale; des débris de monuments délabrés, faits eux-mêmes avec des débris antiques; des murs, où e'encastrent, à côté d'inscriptions helléniques, des bas-reliefs de marbre au travail gros-

sier!...Pour l'archéologue, elle est aussi bien disparue, bien difficile à reconstituer, cette pauvre Nicée, jadis si prospère, dont il ne reste plus que cet étonnant cercle de murailles aux deux cents tours à peu près intactes et, là dedans, où fut une ville, quelques pans de murs épars dans une enceinte de verdure!... Mais comme elle est jolie, cette ville morte et comme ces briques roses avec leurs trous d'ombre et leurs lumières, précisément parce qu'ils ont souffert du temps, parce que des pans s'en écroulent de temps à autre, parce qu'ils ne sont pas réguliers ni symétriques, parce que les racines s'y accrochent et les lierres y poussent, font bien au milieu des arbres!... Que de tableaux tout composés : ces remparts oranges sur le bord de cette grande mer bleue, au fond de laquelle le soleil commence à descendre ; ces portes aux doubles et triples plans, dont la brique rose ressort si harmonieusement sur la verdure des énormes chênes et platanes; ces blés en herbe et ces mûriers, parmi lesquels se dissimulent ou ressortent timidement ces ruines éparses ! Et quel plaisir de trouver des fragments de marbre sculpté dans le pisé d'un pauvre mur de maison, dans une cour ! Et, quand nous commençons à visiter plus tranquillement, quel beau caractère a cette petite église byzantine de la Panhagia aux pavés de marbres polychromes, aux icônes noircies sur un fond d'or, aux vieux bois noircis et peints, aux précieuses mosaïques du XP siècle. Comme se présentent bien dans le paysage : cette Hagia- Sophia, dont le minaret se profile à côté de deux cyprès; cette mosquée verte dont la façade et le vestibule d'entrée ont un si beau travail de marbres ajourés et profondément fouillés !

BROUSSE. KMIH SULTAN DJA.MI. — CL. L. LAUNAV.

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CHKVAU\ DU BAT SUR LE BORD DU LAC d'ISNIK (MCÉI;). CL. L. DE LAUNAY.

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Encore une fois, tout cela choquerait les puristes. Les Byzantins ont ramassé les matériaux qu'ils trouvaient et les ont utilisés tant bien que mal; ils ont dressé des portes de ville avec trois colonnes de granit antique posées en II et enveloppées dans une masse de briques : et, pour les parer, ils ont établi tant bien que mal, sur les côtés, des débris de bas-reliefs en marbre blanc disparates ; puis les Turcs ont ravagé comme toujours... Mais, s'il est permis d'invoquer un sentiment tout personnel, j'ai sans doute l'âme d'un barbare, pour lequel l'effet d'ensemble, le décor et la masse l'emportent sur le souci du détail. Loin de me choquer, ces enfantillages de construction m'amusent et surtout cela est ravissant vu ainsi, librement, seul, à l'aventure, par une course improvisée, sans renseignement de guide et sans drogman. Au régal purement esthétique se joint alors ce plaisir de la découverte, qui établit une telle démarcation entre les journées de voyage, dont on se souvient joyeusement plus tard et celles où l'on a subi la contrainte d'un programme, passé des guichets et des tourniquets, écouté avec ennui de vieux militaires chevronnés ânonnant de l'histoire ou des appréciations historiques comme ils réciteraient leur théorie, pleuré enfin devant la momification de toutes les belles choses qui ont vécu, qui ont esquissé le mouvement d'une âme, l'émotion d'une sensibilité, la jouissance d'un cerveau pensant et aimant, pour finir emprisonnées, verrouillées, défendues contre toutes les émotions semblables, les sensibilités, la jouissance de ceux qui les aimeraient encore, par des cages de verre, par des cadenas, par des grilles, par des barreaux... Ici, quelle belle impression

d'abandon dans cette petite ville longtemps puissante, qui fut parcourue d'une foule nombreuse et riche, célèbre par ses sièges et ses conciles, où se centralisa un moment tout le gouvernement de l'empire byzantin : cette ville dont le plus petit enfant chrétien a appris le nom dans son catéchisme, et dont il ne subsiste cependant plus qu'une enceinte de murs croulants, eux-mêmes destinés à périr bientôt, au bord d'un lac aussi morne, aussi clair, aussi lumineux et aussi silencieux que la Mer Morte, un champ de décombres où des blés et des mûriers poussent sur des amas informes de marbres et de briques, qui furent des palais et des temples!...

L'histoire de Nicée, la voici en quelques mots. En 316, Antigonos fonda ici Antigoneia, que Lysimaque appela Nikaea en l'honneur de sa femme. On admirait alors la régularité du plan de la ville formant un carré de quatre stades, avec une porte au milieu de chaque côté et un gymnase à l'intersection centrale des deux rues : une de ces constructions d'une seule pièce et symétriques, dont la ville de Richelieu en France peut encore fournir un exemple...

Les rois de Bithynie, puis les résidents romains, séjournèient souvent ici, quand ils ne préféraient pas Nicomédie (Ismid). Sous Trajan, Pline le Jeune reconstruisit le gymnase. Hadrien s'occupa des fortifications (123 ap. J.-C), ainsi que Claudius II Gothicus (269) et plus tard Justinien. L'astronome Hipparque et l'historien Dion Cassius sont nés à Nicée. Mais ce qui a surtout popularisé ce nom, c'est le fameux concile œcuménique de 325, qui établit la formule du Credo.

C'est dans ce premier concile général, réuni sous

ARRIVEi; A MC1:E. porte 1I£M-CIIEIR. — CL. L. DE LAUNAY.

MCKIC. LES MURAILLl-S VCES DE LA PORTE d'iÉM-CHEIR. CL. L. DE LAUNAY.

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les ordres de Constantin le Grand, que fut, pour la première fois, codifiée et formulée sous une forme précise la doctrine du christianisme, restée jusqu'alors à l'état de tradition un peu flottante. Le point de départ de la discussion fut l'hérésie soutenue par Arius, prêtre d'Alexandrie, qui avait nié la divinité du Verbe en attribuant au Fils une essence inférieure à celle du Père. Trois cent dix-huit évèques se réunirent dans le palais de Constantin, devantl'empereur lui-même qui, par humilité, refusa de s'asseoir au milieu d'eux : des évêques venus de tous les pays qui formaient alors la chr(*tienté; puis les controverses théologiques commencèrent très vives. La formule arienne ne fut cependant soutenue que par vingt-deux évêques et le concile proclama le fils consubstantiel (omoousios, de même nature) à son père. Constance, la sœur de l'Empereur, arienne déclarée, avait essayé de faire substituer au mot omoousios le mot omoiousios (de nature semblable) qui laissait, par une nuance subtile, une porte ouverte à l'hérésie arienne; mais son opinion ne prévalut pas et, finalement, on rédigea le « Symbole », qui se terminait alors par ces mots : « Mais ceux qui disent qu'il y eut un temps où le Fils n'était pas, ou qui disent qu'il est d'une autre substance, ou que le Fils de Dieu est créé et soumis au changement, l'église catholique les frappe d'anathème ». Arius refusa de se soumettre et fut excommunié. Des vingt-deux évêques qui avaient soutenu sa cause, deux seulement persistèrent et furent également déposés dans un second concile restreint, réuni l'année suivante à Nicée; mais l'hérésie arienne survécut et l'on sait quel rôle joua plus tard dans l'histoire cette doctrine qui a si violemment et si

longtemps divisé en deux camps ennemis le monde byzantin et dont le contre-coup sur les rivalités de peuples barbares, convertis par hasard, les uns à l'orthodoxie, les autres à l'hérésie, a été si profond.

Le même concile, dont l'importance a été capitale pour l'histoire du christianisme, rejeta également le mariage des prêtres. Il fixa enfin la question de la date de Pâques (sur laquelle on revient actuellement) en la plaçant au dimanche suivant le 14^ jour de la lune de Pâques.

Plus de quatre siècles après, c'est encore àNicée que devait se réunir, en 787, un autre concile œcuménique, où fut tranchée une autre question, également de premier ordre pour l'histoire byzantine, celle des iconoclastes. Les empereurs Léon l'Isaurien, Constantin V Copronyme et Léon IV (717 à 780) avaient été iconoclastes et avaient fait approuver leur doctrine par une assemblée d'évéques, réunie en 754 à Constantinople : assemblée, à laquelle le catholicisme ne reconnaît pas le nom de concile. En 787, 377 évéques d'Orient se réunirent dans l'église encore existante d'Hagia-Sophia sous le règne de l'impératrice Irène qui gouvernait pour son fils mineur, Constantin Porphyrogénète et conclurent ainsi : « Nous décidons que les Saintes Images, soit de couleur, soit de pièces de rapport ou de quelque matière convenable, doivent être exposées, soit dans les églises, sur les vases, les habits sacrés, les murailles, soit dans les maisons et dans les chambres ; car plus l'on voit souvent, dans leurs images, Jésus-Christ, sa sainte mère et les saints, plus on se sent porté à se souvenir des originaux et à les aimer... » Nous devons à ce second concile de Nicée ce qu'il a survécu en

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Orient de sculptures et de mosaïques à figures, que les iconoclastes commençaient à détruire avec une stupidité de sectaires et de révolutionnaires. C'est donc une date à retenir pour l'histoire de l'art aussi bien que pour celle de la doctrine chrétienne. Le reste de l'histoire de Nicée est surtout consacré aux sièges qu'elle a subis. En 910, la ville résiste aux Arabes. En 1074, elle est conquise par Suleiman. En 1095, les bandes désordonnées de Pierre l'Ermite et de Gauthier-Sans-Avoir essayent vainement de prendre la ville ; elles sont enveloppées et détruites par Suleiman. Mais, deux ans après, arrive l'armée mieux organisée, à la tète de laquelle étaient Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse, Bohémond, Tancrède, etc. Les chevaliers commencent alors un siège en règle, et forcent la ville à capituler au bout de trente-cinq jours. A ce moment, on avait amené par terre les navires byzantins jusque dans le Lac d'Isnik, comme Mohammed II fit dans la Corne d'Or en 1453. Recédée par les Latins aux Byzantins, Nicée resta à ceux-ci jusqu'en 1106 et fut encore reprise par les Grecs en 1183. En 1204, Théodore Lascaris y établit la résidence des Basileis, chassés de Bysance par les Croisés. Enfin, en 1331, le second sultan turc, Orkhan, arriva devant la ville avec une forte armée; il l'assiégea pendant deux ans entiers et, finalement la força à capituler. Une anecdote qui a dû être poétisée rapporte que, touché par le courage des habitants, il les autorisa à partir avec leurs richesses et qu'eux-mêmes, sensibles à leur tour à cette générosité, décidèrent de rester... Depuis que Nicée est turque, elle n'a plus fait que se survivre quelques années ; elle a dépéri, comme tout ce qui a été touché par ces agents de

destruction et de ruines. Et toute cette glorieuse histoire, toutes ces luttes, toute cette éloquence dépensée dans les conciles, tout ce mouvement dévie et de luxe, toutes ces rivalités d'un jour ont pour aboutissant quelques pans de murs, dont les derniers débris achèvent de s'écrouler au milieu des blés...

Maintenant que nous commençons à connaître Nicée, que sa physionomie générale nous est devenue familière, que nous avons relu son histoire, nous pouvons revenir avec plus de patience et de détails, par un itinéraire mieux réglé, sur quelques monuments, dont l'intérêt n'est pas seulement celui d'une note heureuse dans le paysage, mais où il subsiste encore assez du passé pour valoir une courte étude...

C'est, d'abord, dans la bourgade actuelle, l'église de la Dormition de la Vierge, Koimésis tes Panhagias, l'ancienne église byzantine, qui, aujourd'hui encore, sert d'église orthodoxe aux quelques grecs demeurés en ce lieu où régnèrent leurs ancêtres. Cette Koimésis est une toute petite église du début du ix^ siècle, formée d'une coupole principale sur un tambour polygonal à douze faces, avec une seule autre petite coupole sur l'abside latérale. L'intérieur évoque le souvenir de certaines églises byzantines ou vénitiennes d'Italie ou de Sicile, à Torcello, Murano, etc., et peut-être plus encore celui des vieux couvents grecs du Mont Athos, des îles égéennes, de Palestine. Sur un dallage inégal en marbre polychrome, de vieux objets de bois très noircis, aux dorures très usées, des pupitres aux incrustations de nacre, des peintures sombres, des lampes d'argent, des lustres, des icônes; un

MCIiE. 1,1-: PALAIS Di;S TZIC.AM:^. — CL. L. Di: I.AUNAY

MCliE. SORTIK OU SUD l>E LA PORTE DE CLAUDIUJ CL. L. DE LAUNAY.

PI. 29, pajre 216.

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ensemble très resserré, très rempli, très toufïu,très étofïé, que resserre la barrière de l'iconostase aux luisants d'or; le jour tombant d'une coupole; des mosaïques enfumées. Puis un vestibule ou narthex, également couvert de mosaïques, aux deux extrémités duquel sont des tombeaux de saints ou de grands personnages creusés dans la muraille: le martyr Néophytos, le patriarche Nicéphore du XP siècle. Parmi ces mosaïques, celles du narthex, dues aux libéralités du « grand hérésiarque Nicéphore «, paraissent être du xf siècle. On y voit les quatre évangélistes avec les médaillons du Christ, de saint Jean-Baptiste et de deux Saints. Sur la porte d'entrée, une belle Vierge orante est représentée en buste, les mains levées. Sur la conque de l'abside, une grande madone debout, enveloppée d'un manteau bleu sombre, tient, à deux mains, le Christ enfant.

Un peu plus loin, sur une place, un monument byzantin, précédé d'un portique à arcades et surmonté de deux coupoles en tuiles, est remarquable par sa décoration polychrome en briques et pierres, style du xiv« siècle dans le genre du palais de Constantin près la Grande muraille de Constantinople. C'est peut-être un ancien bain, qu'habitent aujourd'hui des tziganes aux cheveux crépus (V. pi. 29).

Loin de là, en pleins champs, l'ancien théâtre montre surtout ses importantes substructions, ses grandes voûtes inclinées qui s'enfoncent sous les arcades. Du haut de ces ruines, on voit au loin l'angle des remparts où se fît le principal assaut des Croisés et, par derrière, un bout de lac clair.

Au voisinage du théâtre, sortant à travers les murailles par une poterne basse entre deux

grosses tours de briques, nous longeons, vers le Nord, le côté extérieur des remparts en nous dirigeant vers l'ancienne Porte de mer, aujourd'hui complètement détruite... Un peu avant d'y arriver, nous rencontrons un petit môle avec un grand arbre. Là se trouvent, dans le sol, des restes de gradins; et une tradition, de valeur problématique, place ici le siège du premier concile, qui édicta le Credo (V. pi. 30).

Nous rentrons par l'ancienne porte de mer, due à Claudius Gallicus et nous nous dirigeons vers l'ancienne église byzantine à! Hagia-Sophia (siège du second concile), convertie en mosquée par Orkhan et aujourd'hui ruinée. Les restes se bornent à peu de choses : quelques murs, de petites coupoles et un minaret; mais la situation au milieu des arbres est jolie (V. pi. 30).

Sur l'emplacement d'une autre mosquée voisine, à laquelle conduit une allée verdoyante, on voit seulement la base d'un minaret que surmonte un nid de cigognes.

Enfin, du côté du Nord, voici la porte de Stamboul (V. pi. 31).

Des quatre anciennes portes de la ville, il en existe encore trois: celle d'Iéni-cheir, par laquelle nous sommes arrivés, celle de Stamboul et celle de Lefké. Toutes trois sont d'un caractère analogue et également pittoresques : trois enceintes successives, des tours de briques roses, des colonnes de granit ou des pièces de marbre posées en H sur le portail, des buissons, du lierre et de grands chênes. Le motif d'aquarelle est tout indiqué : à gauche, la porte de brique rose à l'angle de deux murs, dont l'un s'éclaire et l'autre se plonge dans l'ombre; à droite,

mci:e. pri;s la porte du concile au sld de la porte de mer, cl. l. de lau.nay.

MCEE. HAOIA SOPIIIA. CL. L. DE LAUNAY.

PI. 30. pape 21S.

BROUSSE ET NICÉE

plus près de nous, un grand platane noueux; au premier plan, un chemin en partie dallé, envahi par l'herbe et par la mousse, que longe un ruisseau et sur lequel trottine un âne. La porte de Stamboul, comme celle de Lefké, porte une inscrip* tion de Flavien, tandis que celles d'Iéni-cheir et de la mer sont dues à Claudius Gallicus.

Quand nous partons de là pour gagner la mosquée verte, l' Yechil-Djami, l'heure du couchant est arrivée, allongeant les ombres transparentes et baignant le paysage de reflets roses. Devant nous s'étale une grande étendue très verte d'herbe et de blés; au loin, des montagnes bleuissent; et, au pied de ces montagnes, dans une ligne d'arbres, on distingue des maisons à toits de tuile, un minaret et une coupole qui sont ceux de la mosquée verte; sur les herbages qui touchent à la mosquée, des bestiaux et des chevaux font des taches sombres. Il faut se représenter tout cela dans une note printanière, très fraîche, très septentrionale, un peu brumeuse, avec des verdures toutes neuves, pas du tout orientales.

La mosquée elle-même est au milieu de cette verdure, perdue dans des jardins qui la touchent: un minaret couvert de faïences dessinées en point de Hongrie blanc, rouge et vert ; une porte rectangulaire entre deux colonnes de marbre, encadrée de plates-bandes sculptées et surmontée d'un bandeau ornemental comme ceux de la mosquée verte de Brousse; enfin des balustrades enrosaces de marbre ajourées au bas des fenêtres.

La dernière porte de Nicée qu'il nous reste à voir, celle de Lefké, se présente particulièrement bien par l'abondance des grands arbres qui encombrent

l'enceinte extérieure, par l'effet de l'aqueduc de Justinien, qui entre là dans la ville en laissant fuir son eau en mille fontaines, par la série des tours que l'on aperçoit d'ici en enfilade au dehors...

La nuit a passé sur nos émerveillements et le matin sonne l'heure du départ. Nous repartons de Nicée au soleil levant, encore dans la brume. Trois longues heures de voiture, d'abord en montant lentement, puis en descendant vite par des lacets sur la large vallée du Sakaria. Ceux qui aiment les sinuosités des routes alpestres pourraient presque en trouver ici un équivalent restreint; mais le temps est lourd, le ciel voilé de chaleur et le paysage paraît monotone. A la gare déserte de Mékedjé, il passe un seul train par jour, le futur Paris-Bagdad, le futur Paris-Bombay, exploité par une compagnie allemande, aux affiches françaises, aux employés parlant français par ordre, qui est partie à la conquête de la Mésopotamie.

La voie longe un moment un grand lac comparable à celui de Zurich, le lac de Sabancha, que surmonte à gauche, une ligne de montagnes assez proches, des montagnettes plutôt que de vraies montagnes. C'est une des particularités de l'Asie Mineure, en Bithynie comme au Nord du Taurus, que ces grands lacs... Beaucoup de pâturages ou de blés en herbe. Aspect pas du tout asiatique, ni même turc; pays cultivé, avec des routes qui semblent bonnes, des lignes de poteaux télégraphiques, un chemin de fer, etc. Cette Asie Mineure commence à se civiliser malgré tout et, un jour, elle sera, à tous égards, merveilleusement riche... Au golfe d'Ismid (ou Nicomédie), nous retrouvons la mer de Marmara, qui se distingue peu des autres nappes d'eau de Saban-

M(;i:i;. rDRTic de siamboul. — r.i.. i.. dk i.alnay

MClili. ARRlVIiE A LA PORTE DE STA.MliOLL. — CL. L. DK LAUNAV.

La Turquie que l'on Toit.

Pi. 31, pîige 220.

BROUSSE ET NICEE

cha ou d'Isnik. Station d'Haidar-Pacha; traversée du Bosphore et rentrée le soir à Constantinople...

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

L'excursion de Brousse et Nicée demande quatre jours (ne pas oublier le passeport intérieur ou teskéré). Premier jour, départ de Constantinople par Moudania, vers 10 h. en bateau à vapeur (départ trois fois par semaine, plus souvent dans la pleine saison). Traversée de cinq heures sur une mer généralement calme. De Moudania à Brousse, une heure et demie de chemin de fer. Arrivée à Brousse vers 6 heures du soir. En été, on peut encore faire une première promenade d'orientation et monter voir la vue de la citadelle. Le lendemain, visite de Brousse.

Le troisième jour, on peut repartir le matin directement pour Constantinople par voie de mer ou louer une voiture jusqu'à Nicée et Mekedjé. Dans ce dernier cas, l'usage est de demander un gendarme par l'intermédiaire de son consul. En partant de bonne heure, on arrive à Nicée vers 5 heures du soir et l'on peut encore visiter les ruines dans la soirée. L'hôtel de Nicée est sommaire, mais d'une installation suffisante si l'on n'est pas trop difficile. Le quatrièmejour, après une seconde promenade rapide dans les ruines, on repart dans sa voiture assez tôt pour aller déjeuner à la gare de Mékedjé et l'on arrive le soir à Constantinople. Si l'on n'est pas pressé, il vaut mieux passer un jour de plus à Brousse et un autre à Nicée. Mais il est difficile de n'allonger chacun des séjours que d'une demi-journée, le long trajet de Brousse à Nicée se prêtant mal à être coupé en deux, faute d'hôtel convenable à moitié chemin.

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