‹ La Turquie que l'on voitChapitre 3 sur 26 · L AUX AV · texte numérisé non relu

L AUX AV

CO>STA>TI.M)PLi:. LE GRAND Pu.NT DE FERA.

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LA SITUATION DE CONSTANTINOPLE

au cœur la même ardeur nationale et les mêmes passions.

Avec cette politique réaliste jusqu'au cynisme, dont une autre grande cité maritime, Venise, a donné plus tard des exemples mémorables (et cela une fois aux dépens même de Constantinople), Byzance s'est généralement occupée moins de savoir à qui elle appartiendrait que sous quelle loi elle trouverait le plus d'avantages et elle a décidé de son choix et de ses alliances en conséquence. Cela ne l'a pas empêchée de se défendre, ou d'être défendue avec vigueur, bien au contraire, puisqu'elle a toujours valu très cher. Mais elle-même n'attachait qu'une importance médiocre au résultat de ces disputes pourvu qu'elle ne reçût pas trop de horions et ne fût pas trop fortement violentée et pillée dans le combat. Comme une belle captive que des pirates se disputent, elle passait de main en main avec une sorte d'indifférence et de laisser-aller négligent, s'arrangeant seulement le mieux possible pour que sa beauté et ses atours n'eussent pas trop à en souiïrir.

Il y a là un phénomène qui ne lui est pas essentiellement propre, mais que reproduisent assez volontiers les grandes cités maritimes. Tandis que les frontières terrestres, où les peuples rivaux s'opposent face à face dans un conflit d'intérêts, développent le patriotisme jusqu'à l'exaspérer, les frontières maritimes entretiennent, d'une rive à l'autre, des échanges et des rapports de commerce où l'on est suffisamment protégé l'un contre l'autre pour n'avoir rien à craindre d'une brusque invasion et où l'on peut, dès lors, songer davantage à tirer parti de ces relations fructueuses. Avec

LA TUROUIh: QUE L'OX VOIT.

une indépendance plus ou moins farouche, Byzance, Carthage, Venise et Londres, ont pratiqué le même système de faire avant tout « de la monnaie », de développer leurs armements dans la mesure où cette dépense de guerre constituait un placement utile destiné à fructifier dans leurs opérations commerciales et de pratiquer des alliances avantageuses, sans grand souci d'y demeurer fidèles.

Et c'est peut-être ce cosmopolitisme presque forcé de Constantinople qui facilitera la solution d'un problème, devant lequel l'Europe hésite depuis tant d'années et qui, suivant toute probabilité, est destiné à se poser encore longtemps à elle. Une fois les Turcs renvoyés en Asie Mineure, en attendant qu'on les réexpédie plus loin encore, dans leur patrienaturelle, vers l'Asie Centrale, que fera-t-on de Constantinople? Russe, Bulgare, Hellène, toutes les solutions qui se présentent aussitôt à l'esprit, ont leurs graves défauts. S'il est, au contraire, une ville qui, provisoirement au moins, puisse être convertie en ville libre et neutralisée, sous le contrôle jaloux des grands états européens, c'est bien assurément celle-là. Quand on aura essayé quelque temps, comme on va le faire, du procédé, assez analogue mais moins net, qui consiste à laisser Constantinople entre les mains d'une Turquie tellement accablée, enchaînée et muselée qu'elle ne comptera plus, il est bien possible qu'un jour, on en vienne au régime plus franc d'une Constantinople telle que fut jadis Hambourg, \i\\e libre hanséatique.

En tout cas, l'histoire de Constantinople n'est pas terminée, elle commence à peine et l'on écrira encore bien des pages, après celles-ci, sur une position qui ne paraît pas avoir son pendant autre part au monde.

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