GO
BYZANCE
rons bientôt, étaient décorés de Christs sévères et de croix. Son attitude était celle d'une idole. Le Basileus, qui n'était pas un souverain héréditaire, mais, comme les empereurs romains, un chef élu (au moins en théorie), se défendait contre une révolution semblable à celle qui, le plus souvent, l'avait sorti de son humilité pour le porter au pouvoir, par un magnifique isolement divin. Les empereurs romains ne devenaient dieux qu'après leur mort et, pour leur assurer cette apothéose rapide, il fallait que leurs adversaires leur rendissent le service de les assassiner. Les Basileis qui, en tant que chrétiens, n'étaient plus dieux, mais seulement représentants terrestres de la divinité, avaient cet avantage de l'être dès leur vivant.
Le Basileus, l'Autocrator est donc l'image visible de Dieu. Il suffit, pour en avoir une idée, de regarder son costume. Vêtu comme un prêtre dans la vie civile, il porte, dans les cérémonies, sur une chlamyde blanche pareille à une aube ecclésiastique, une longue chasuble étincelante d'or et de pierreries, rigide et pesante comme une chappe, qui descend couvrir les bras. Sur la tête, il a une couronne surmontée d'une croix, d'une sorte de tiare, d'où descendent, le long des deux joues, des rivières de diamants et de gemmes rejointes sous le menton, les prœpendulia. Comme une icône, il laisse à peine apercevoir, au milieu de l'or et des cabochons, la chair de son visage et de ses doigts. Assis raide sur son trône, les mains occupées par les insignes impériaux, il s'offre à l'adoration dans une immobilité hiératique parmi les flots d'encens et les chants d'église. Et, s'il reçoit un ambassadeur, il a soin de mettre en évidence, près de sa divinité vi-
sible, un autre dieu caché qui contribue à sa grandeur, le trône \\de du Christ, roi du Ciel, sur lequel on a posé, ou un évangile ouvert, ou une image révérée.
Sa femme, la Basilissa, FAugusta, quelle que soit son origine souvent très plébéienne, partage ces honneurs, ces adorations et figure à côté du Basileus, aussi raide, aussi solennelle que lui, dans les solennités cérémonieuses ainsi que sur les médailles.
En certains jours, cet homme donne encore davantage la représentation de Dieu. A la fête de Pâques, il se montre dans le costume de Jésus ressuscité, avec des bandelettes dorées autour du corps représentant celles du Christ dans le tombeau, les cuisses enveloppées dans un linceul, les sandales dorées aux pieds, tenant d'une main le sceptre surmonté de la croix et, de l'autre, un sachet d'étoffe de pourpre plein de la poussière des tombeaux que l'on appelle l'akakia. Alors, autour de lui, les hauts dignitaires, au nombre de douze comme les apôtres, vêtus de costumes semblables, portent aussi la croix dans leurs mains.
Toute l'existence de ce Basileus est singulière. Le cérémonial lui impose un rituel auguste et compliqué, des apparitions et des disparitions derrière un voile qui se soulève ou s'abaisse, des changements constants de diadème, de sandales, de chasuble semblables à ceux d'un pontife officiant. Les eunuques qui, seuls, peuvent toucher à sa personne sacrée, lui revêtent tour à tour des brodequins de pourpre ou des sandales dorées; il se coiffe du diadème impérial ou de la krinonia, décorée de lis en l'honneur de la Vierge. Il met la chappe dorée ou
BYZAXCE.
le scaramangion aux fourrures précieuses. Il passe sa vie au milieu des cantiques, des psaumes et des processions, quand il ne la passe pas dans son harem. Les portes de son palais sont des portes saintes qui ne roulent sur leurs gonds qu'à certaines heures et selon certains rites. Sa salle à manger, sa chambre à coucher sont décorées des images gigantesques sur fond d'or du Christ ou de la Panagia. Il est des jours déterminés par le cérémonial où il doit aller s'agenouiller devant telle ou telle tombe, visiter tel ou tel monastère, présider à telle ou telle fête.
A ce caractère sacerdotal du maître toute la cour se confirme et, du haut en bas, comme il arrive toujours dans un pays monarchique, l'impulsion partie d'en haut pénètre jusqu'aux profondeurs du peuple. Imaginez des moujiks russes, aux mélanges de mysticisme et de frénésie sensuelle, mêlant à tous les actes de leur vie des génuflexions, des prières devant les icônes.
Et toute cette conception si asiatique du pouvoir impérial se trouve encore accentuée à Byzance par le grand rôle qu'y joue le harem, foyer de conjurations et de complots.
L'Asie, en déterminant l'isolement, la réclusion du prince, favorisait ce régime encore accentué par le caractère particulier de la femme asiatique. En Asie, la femme n'est rien; et, par cela même, elle est tout. Elle ne sort guère du gynécée; on ne la voit dehors que voilée ; chrétienne ou musulmane, à cet égard, c'est tout un. Mais elle se venge en faisant passer ses amants de son lit sacro-saint sur le trône. Il est peu d'histoires dans lesquelles le rôle de la femme ait été plus considérable qiie celle des
Byzantins ou, après eux, des Ottomans. C'est la vieille tradition asiatique des Sémiramis, des Nitocris, des Tomiris, des Cléopâtre...
Quant à la population de Byzance, gouvernée de loin par ces souverains demi-dieux, elle était telle qu'on peut l'imaginer dans une très grande ville très pacifique, où n'arrivaient que de loin le contrecoup et la nouvelle des événements belliqueux du dehors. Byzance, on l'a souvent dit, et nous venons de le répéter, a été, pendant tout le Moyen âge, un Paris, mais un Paris asiatique et quelque peu efféminé. Il y avait là de bons bourgeois du Marais n'ayant jamais franchi les fortifications, découvrant la campagne vers leur vingtième ou trentième année. Il y avait aussi des fonctionnaires prêts à tous les serments et à tous les parjures. Il y avait encore une populace, pour laquelle ne comptaient plus que les sports. A Byzance, l'hippodrome tenait une place capitale. Par une tradition où l'on pouvait invoquer l'exemple de la Grèce antique, on attribuait aux athlètes et aux histrions, aux auriges qui sont nos jockeys, aux pugilistes qui sont nos boxeurs, aux mimes qui sont nos cabotins, une place prépondérante dans la cité.
Dans ces conditions, il n'est pas très étonnant que, pendant le millier d'années où Byzance a tenu le premier rang dans la civilisation mondiale, cette ville n'ait produit ni un grand artiste, ni un grand écrivain, ni un savant, ni un philosophe : seulement des critiques littéraires, des compilateurs et des conducteurs de chars. Elle a été frappée alors d'une stérilité, qui a continué à l'affliger pendant cinq cents ans encore sous la domination turque et qui doit bien tenir en partie à sa situation géo-
BYZANCE
graphique, trop influencée par les courants émollients de l'Asie Mineure.
Les écrivains byzantins du x» siècle sont des raffinés semblables à ceux d'Alexandrie, des érudits, des rhéteurs, qui emploient leurs forces débiles à discuter des textes, à ratiociner sur la grammaire, à composer des encyclopédies, des bibliographies, des recueils d'extraits et des commentaires. Leur esprit critique est développé, mais sans enthousiasme, sans élan, sans réelle curiosité scientifique.
De même, les sculpteurs copient sans se lasser d'éternels entrelacements géométriques de rosaces et de triangles, de monotones chapiteaux à palmes sans reliefs et sans saillie. Les mosaïstes, les peintres, les tailleurs d'ivoire reproduisent indéfiniment, d'après des cartons convenus, sur des patrons fixés d'avance, comme peuvent le faire aujourd'hui les moines du mont Athos, les mêmes figures conventionnelles sur les mêmes fonds d'or. Byzance perpétue les traditions, leur assure une sorte de survie qui en fera un jour un levain puissant pour revivifier l'Occident ; mais Byzance n'invente guère.
En même temps, cet empire dont il ne faudrait pas exagérer la réhabilitation, a connu, poussées jusqu'à leur extrême limite, certaines des extravagances qui donnent une si belle couleur romantique à l'histoire de la Rome impériale. L'influence syriaque qui caractérise les folies d'un Caracalla ou d'un Héliogabale, s'y manifeste à un degré supérieur. Ce sont là aussi des révolutions de palais, fruit de «t pronunciamentos » militaires et d'intrigues de harem; c'est un mélange semblable de pompe extérieure, d'apparat théâtral, de boue, de
volupté et de sang. Il y a bien des moments où Byzance a ressemblé à une République sud-américaine.
Et pourtant, comme je le disais en commençant, l'histoire de la civilisation et de l'art byzantin est, pour nous occidentaux, d'un intérêt puissant parce que nous y trouvons la source de courants qui ont passé sur notre sol en le fécondant, le germe, la racine d'une végétation qui, une fois transplantée chez nous, y a poussé toufïue.
Il n'est peut-être pas inutile d'insister sur ce point; car la question est importante et l'on se rend généralement assez mal compte de ces rapports nombreux que l'histoire de Byzance présente avec la nôtre, de même qu'on a trop de tendance à considérer les histoires de l'Asie et de l'Europe comme à peu près toujours distinctes. A certains moments de l'histoire, il semble parfois ainsi, pendant des phases séculaires, qu'il se soit établi des sortes de frontières entre des courants devenus indépendants. Deux civilisations, qui ont été autrefois en contact plus ou moins long, paraissent alors devenues totalement diSérentes, comme deux bras de rivière séparés par une langue de terre. L'évolution s'y effectue indépendamment. Les deux pays ont l'air de s'ignorer. Mais, chez tous deux, ces fruits, qui mûrissent alors indépendamment, ont commencé par être alimentés par la même sève; ils ont été primitivement déterminés par les mêmes facteurs, auxquels sont venus seulement après coup s'ajouter des facteurs indépendants; à chaque instant, il continue à se produire de l'un à l'autre des communications qui échappent au récit trop rapide et trop dédaigneux des annalistes officiels. C'est
BYZANCE
ainsi que l'art de la Grèce a reçu une première impulsion de l'art asiatique et que l'art de l'Asie centrale à son tour, jusque dans l'Inde ou la Chine, a subi un choc en retour des influences grecques. De même, à partir du iv» siècle, le monde occidental ignore presque le monde oriental. Une civilisation, qui fut latine et qui, avant de devenir latine, commença par être grecque, imbibe cependant ces peuples barbares, qui lui infusent seulement un sang nouveau. Ce n'est pas là seulement un legs du passé; c'est un renouvellement de toutes les heures. Une civilisation nouvelle, encore fruste par bien des côtés, quoique nous nous fassions sur elle des illusions d'héritiers, s'est développée dans l'Extrême-Occident, au-delà même de l'Italie, en France, en Flandre, en Allemagne, en Espagne. Vaguement y arrivent les nouvelles de cette très lointaine Byzance, où pendant ce temps, subsiste un foyer plus direct, plus actif, de culture antique, de culture grecque, dont le domaine se raccornit peu à peu. Néanmoins, de Venise ou de Gênes à Byzance, les rapports commerciaux restent trop fréquents pour qu'on s'ignore, pour que l'équilibre ne se rétablisse pas, de même qu'en Espagne, les sciences et les arts byzantins arrivent par l'intermédiaire des Arabes. Il n'est pas besoin, comme on l'a trop souvent répété, d'attendre les croisades pour reconnaître une influence byzantine.
Des trois époques principales où l'art byzantin a prospéré, au v^ siècle sous Justinien, au x^ siècle sous les Comnène, au xiv« siècle sous les Paléologue, les deux premières sont antérieures aux Croisades et partout le contre-coup s'en est fait sentir en Europe Occidentale.
Sans développer tout ce qu'il y aurait à dire sur la question, voici seulement quelques indications plus précises.
A partir du iv^ siècle, l'Occident a décidément le dessous : l'avènement de l'Orient est consommé. L'invention de la croix sous Constantin, la construction du Saint Sépulcre y contribuent. A ce moment, les empereurs d'Orient résident encore à Antioche. Mais, au v^ siècle, Constantinople devient, pour un millier d'années, le centre de l'hellénisme, de l'orthodoxie et de l'art, tandis que s'effacent ses rivales : d'un côté Antioche et Alexandrie, épuisées par l'hérésie monophysite; de l'autre, Rome, qui malgré le séjour des papes, se réduit bientôt à un grand nom. C'est le temps où les architectes de Justinien construisent Sainte-Sophie et de Constantinople émane alors un rayonnement lointain dont on perçoit le contre-coup jusqu'en Gaule.
Au VF siècle, quand l'Italie se concentre dans Raveune. c'est le même art byzantin qui continue à s'y manifester. Remarque bien topique : dans toutes les mosaïques exécutées en Italie, du vii« au ixe siècle, le Christ bénit suivant le rite grec et non suivant le rite romain, avec le quatrième doigt de la main droite replié sur le pouce. En France, les objets mérovingiens du vf et du viP siècle montrent l'influence incontestable de Byzance et même, par son intermédiaire, de la Syrie. Nous savions déjà par Sidoine Apollinaire (mort en 488) que l'on se servait de tapis de Perse en Auvergne. Le trésor de Gourdon (Côte d'Or), nous montre, avec des médailles byzantines allant jusqu'en 527, des objets, plateau, vase, etc. à décoration orientale, de verre rouge et d'or, dont on trouve ensuite
BYZANCE
la technique reproduite dans nombre de sépultures mérovingiennes. Là aussi l'étoile à six rais apparaît comme un emprunt aux Assyriens et aux Perses.
A la fm du \iu^ siècle, la période des iconoclastes, qui fait, pour un temps, dominer à Byzance l'esprit particulièrement asiatique d'un mysticisme auquel tout anthropomorphisme est odieux, chasse vers l'Italie et l'Occident des tribus de moines, sculpteurs et mosaïstes. L'influence byzantine se fait alors sentir dans l'art carolingien, qui subit ce qu'on a appelé une Renaissance directement influencée par l'art grec, non par l'art romain, et cette influence byzantine va en s'accentuant dans la période florissante des Comnène au x^ siècle. C'est, malgré les contradictions intéressées d'un patriotisme local trop jaloux, à Byzance qu'il faut aller chercher l'origine première de bien des formules, de bien des techniques de la France médiévale : l'usage par exemple, de l'orfèvrerie à émaux cloisonnés avec pierres serties en cabochons. Les plus anciens émaux occidentaux des ix^ et x^ siècles sont d'une technique byzantine, avec une tendance toute orientale à la simplification qui a permis leur extension et leur succès.
Enfin, dans nos décorations romanes d'Occident, on trouve de tous côtés des combinaisons orientales : l'arbre de vie, les fleurs stylisées, les animaux affrontés, jusqu'à des inscriptions arabes copiées comme un simple motif d'ornementation.
Sainte-Sophie, Sainte-Irène, etc.
Cette Byzance, dont nous avons essayé de nous représenter l'image effacée, nous allons maintenant
en chercher les restes là où il en subsiste quelque chose : à Sainte-Sophie qui est le monument le plus important et le mieux conservé de l'art byzantin; puis au grand Palais impérial, centre de la vie officielle: à l'Hippodrome, centre de la vie populaire; dans la série des aqueducs et des citernes qui formaient le réseau fécondant d'une ville antique; enfin le long des Murailles, où nous rencontrerons une église qui complétera l'enseignement apporté par Sainte-Sophie, la Kahrié-Djami. Il reste, en outre, dans la \ille, d'autres traces de monuments byzantins, telles que les colonnes de Constantin, d'Arcadius, de Marcien, des Goths et diverses petites églises dont nous dirons seulement deux mots en passant.
• Sainte-Sophie est le centre religieux de l'ancienne Byzance et l'un des édifices chrétiens les plus renommés du monde. C"est l'un des plus grands. C'est, par beaucoup de ses parties, l'un des plus beaux. On ne peut dire cependant que la visite de ce monument, si vanté et si connu d'avance par ses images, réponde absolument à l'idée que l'on s'en était d'ordinaire formée. Dépouillée par les Turcs de ses ornements intérieurs, privée même de tout ce qui, dans la décoration, pouvait rappeler la figure humaine, cette vénérable basilique a eu, en outre, à subir, dans ces dernières années, les effets désastreux de tremblements de terre, auxquels on n'a remédié que superficiellement par des réparations sommaires. Telle même qu'elle put être au temps de sa splendeur, Sainte-Sophie dut toujours évoquer l'image de la grandeur, d'une grandeur un peu fruste, barbare et asiatique, à laquelle il faut s'accoutumer, plutôt que de la
BYZANCE
beauté. Le Dieu que l'on a adoré là est bien l'Autocrator rigide et sévère au regard fier et tenant la boule terrestre dans sa main, dont les mosaïques étalent l'image démesurée sur un fond d'or resplendissant. La simplicité des lignes et l'uniformité de la décoration confinent à la monotonie. Je ne saurais, pour ma part, comparer l'efTet que m'a produit Sainte-Sophie à l'émotion inoubliable que j'ai toujours retrouvée en visitant une autre église bien moins ancienne, bien moins précieuse pour l'archéologue, dont les coupoles, les mosaïques d'or, les revêtements de marbre, les colonnes antiques éveillent l'idée d'une comparaison avec elle : ce merveilleux Saint-Marc de Venise, dont tous les détails s'harmonisent dans le charme et la beauté^... Peut-être même préférerais-je le charme plus intime de la chapelle Palatine à Palerme ou des églises de Ravenne, dans lesquelles la note discordante de l'Islam n'intervient pas. Il faut ajouter que l'on visite Sainte-Sophie, devenue musulmane, dans des conditions de sujétion désagréables, sans la liberté et la solitude qui permettent seules d'apprécier une œuvre d'art où l'on doit sentir revivre l'âme d'un lointain passé. Malgré ces restrictions, Sainte-Sophie présente, surtout dans son narthex, ses bascôtés, ses tribunes du gynécée, dans tout ce qui n'est pas la grande halle centrale, de magnifiques morceaux, dont le style imposant, à la solennité un peu froide et hiératique, évoque bien l'idée du
1. Saint-Marc, commencé vers 1063^ consacré en 1095, offre, malgré la série de ses réfec lions successives prolongées jusqu'au XVI' siècle, l'image la plus forte et la plus pleine du génie byzantin. On peut y joindre en Ualie, Torcello, la Palatine (1132), la Martorana (1143), Cefalu (1148;, Monreale (1174-1189).
culte byzantin et des Basileis au diadème, aux pendeloques, à la chasuble d'or, tels que les représentent, en leurs dessins sommaires et anguleux, les médailles du v« au xiii* siècle.
Quand Constantin éleva les premières églises de sa capitale nouvelle, il choisit, pour leur consacrer ces temples, des attributs divins impersonnels, où la philosophie alexandrine se combinait heureusement avec le christianisme, à l'exclusion des saints, trop comparables à des faux dieux, qu'invoquait ailleurs le culte reconstitué. La divine sagesse (Sophia), la divine Paix (Irène), la divine Résurrection (Anastasis) reçurent l'hommage des trois principaux sanctuaires et devinrent l'origine de < Saintes » qui ont pris une personnalité imprévue dans le calendrier. La première Sainte-Sophie fut alors bâtie sous la forme d'une longue basilique couverte en bois. Agrandie par Constance, elle brûla en 404 dans une émeute sous Arcadius. Théodose la rebâtit; sous Ju8tinien,elle fut incendiée de nouveau en 532 dans la grande insurrection du cirque, que l'on appelle la sédition Nika. A peine le feu était-il éteint que Justinien décidait de la reconstruire avec une magnificence susceptible d'éclipser tous les autres édifices de l'Empire et l'on se mit aux études avec tant de promptitude que, quarante jours plus tard, on commençait déjà les substructions. Premier travail grandiose, dont le régime turc ne permet pas de connaître tout l'ensemble, mais dont on sait assez pour en apprécier l'ampleur. Sur d'énormes voûtes destinées à combler les inégalités du sol et formant des citernes à colonnes, fut alors établie une vaste esplanade de jDéton, épaisse de 7 mètres; puis 10 ÛÛO ouvriers,
JAINTE-SOPHIE : INTERIEUR. — CL. BERG(JREN.