I. — IMMUNISATION ACTIVE
Nous ne pouvions, sans nous éloigner du thème de ce travail, nous étendre plus longuement sur les recherches relatives à l’immunisation passive contre le typhus. Au surplus, indépendamment du grand intérêt au point de vue thérapeutique de l'étude de tous ces sérums, il n’en reste pas moins vrai que leur, valeur préventive s'avère très fugace et ne dure guère plus de quelques semaines.
C’est pourquoi de très nombreux chercheurs se sont efforcés d'obtenir directement chez l'homme une immunité certaine et de longue durée par une méthode à la fois sûre et inoffensive. Les travaux à ce sujet sont si nombreux que, sans même nous arrêter à toutes les méthodes qui ne présentent plus
Lo pie te maintenant qu’un intérêt historique, nous ne pou: vons que rappeler ici les méthodes de vaccination réellement appliquées à l’homme, ou susceptibles de l'être.
VACCINS VIVANTS. | ;
Ch. Nicolle, H. Sparrow et leurs collaborateurs (14) sont d’abord parvenus à obtenir une immunité certaine contre le typhus par inoculation aux animaux de laboratoire et à l’homme de virus murin 1 de Tunis, et même de virus historique prélevés sur les animaux de passage ou sur le pou, et inoculés à doses massives par voie oculaire, nasale, digestive ou intradermique. Ils montrent surtout ainsi Fimportance de la voie d'introduction dans la détermination de la maladie expérimentale. Leurs expérien-
ces prouvent de plus que ces virus purs, et non mo-
difiés, sont soumis au cours des passages à des variations de virulence si considérables, que ces méthodes sont à la fois incertaines et dangereuses. Ch. Nicolle, Sparrow et Conseil (1927) (14 bis) inoculent à plusieurs reprises un broyat de cerveaux de cobayes infectés de typhus épidémique. L'essai pratiqué sur 10 enfants donne le typhus à 6 d’entre eux. Une telle méthode présente aussi un danger pour la collectivité. Ramsine (1929) (15) a montré en effet que le sang de malades inapparents peut infecter le cobaye. Ces porteurs sains seraient susceptibles d'allumer un foyer de typhus. C'est pourquoi on chercha
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à obtenir une maladaie inapparente par inoculation d'un virus murin moins dangereux que le virus historique, qui, sans déterminer de réactions appréciables, laisse à sa suite une immunité suffisante.
Méruops DE G. BLanc
G. Blanc, à l’Institut Pasteur du Maroc, montre, avec Noury et Baltazard (1935) (16), le faible pouvoir pathogène pour l’homme du virus de Casablanca et l'immunité qu’il crée vis-à-vis des autres virus murins et du virus historique lui-même. Comme le virus de la dengue étudié par G. Blanc et Caminopetros, le virus murin est atténué par la bile et non tué. Blanc prouve en outre que sa souche conserve sa faible virulence au cours des passages, et qu’elle ne crée pas de porteurs sains capables d’infecter le pou. Apte
Technique de préparation (15)
Au 6° jour suivant l'inoculation virulente, le cobaye mâle présentant une vaginalite fébrile est sa- ‘crifié. Les vaginales, les surrénales et Ja rate sont prélevées aseptiquement et broyées à sec dans 1.000 cc. le plus souvent, 2.600 ou 3:000 ce. d'eau physiologique stérile. Au moment de l'emploi, on ajoute au liquide filtré ainsi obtenu 5 % de bile précipitée par séjour de 30 minutes à l’autoclave à 120”, et stérilisée 20 minutes à r10°. On laisse en contact
Re Neue
exactement 15 minutes. L’injection se fait dans la masse du muscle deltoïde à la dose de x cc.
Réactions vaccinales
= Laurens, Fort et Bernier (1939) (18) les étudient
très minutieusement parmi les troupes vaccinées à Casablanca au cours de l'épidémie de 1937-1938. Ils notent chez l’indigène une proportion de 1,22 % de réactions, ayant nécessité une mise en observation à l'hôpital, mais inégalement réparties entre les différents lots de vaccinés, prouvant ainsi que le virus n'est pas constant.
L'injection vaccinale ne cause aucune douleur locale, et la température reste normale. Quand la réaction se produit, elle apparaît du 9° au 13° jour en général ; elle est caractérisée par un réveil douloureux du point d'injection, suivi d'un typhus murin généralement atténué, d'une durée de ro à r2 jours. Le sang des malades infecte les animaux d’épreuve. On note parfois des cas graves avec température oscillante s'élevant au-dessus de 40°, délire, exanthème papuleux intense et albuminurie. Chez l'Européen, les réactions sont particulièrement sévères et s’observent dans 30 % des cas.
Efficacité
Grâce à cette méthode pratiquée sur une très large échelle (1.242.825 vaccinations de Juin 1934 à Décembre 1938), on a pu noter un arrêt brusque de la marche de l'épidémie dans les foyers vaccinés,
- tel le succès obtenu en 1935 à Petitjean (rg). Les cas de typhus à Casablanca et Marrakech furent moins nombreux en 1939 qu'en 1938, alors que l'épidémie continuait dans les foyers non vaccinés. À Marrakech, sur 2.000 vaccinés, on observe 22 cas de typhus murin, et 9 cas de typhus historique dont 2 décès. À Casablanca, sur 1.949 vaccinés, on observe 24 typhus murins, et 3 cas de typhus historique dont 1 décès.
Mé£ÉTHoDE DE BLANC ET BALTAZARD
La méthode précédente comportait des risques en particulier pour la population de souche européenne, risques qui sont dus à l'instabilité du virus employé, et à ce qu'il n’est pas dosable. De plus, elle a des inconvéhñients d'ordre technique : nécessité de préparer extemporanément le vaccin, donc l’obligation de recourir à des équipes de vaccinateurs spécialisés. De plus, ce vaccin ne peut être stocké.
Le virus typhique se conservant longtemps à sec, surtout en dehors de l'organisme infecté et par- : ticulièrement dans les crottes de puces où Dyer (1932) révèle sa présence (20), c'est ce matériel que Blanc et Baltazard (1936) utilisent dans leur tech-
nique (21).
Technique de préparation (22)
Dans une euve contenant 50.000 Xenopsylla Cheopis, on met 2 rats blancs infectés avec le virus
murin TMC II 48 heures auparavant, et on les remplace de 2 en 2 jours par de nouveaux rats infectés. À partir du 15° jour, les puces étant suffisamment infectées, les rats, après un séjour de 48 heures dans la cuve sont sacrifiés et épilés ; les poils sont desséchés et tamisés sur des soies à bluter, pour recueillir les crottes des puces. Après 30 à 4o récoltes, on supprime la cuve qui s’appauvrit en puces. On peut recueillir ainsi ro grammes de crottes de puces par cuve. Le produit de la récolte est réparti en ampoules, desséché dans le vide à 1/100 de mm. de mercure en présence de chlorure de calcium. Ce vaccin peut être stocké.
Lors de la vaccination, on dilue une ampoule de r mer. de virus sec dans 100 cc. de solution biliée tamponnée à pH = 7,4. Le vaccin ainsi préparé est utilisable plusieurs heures. IL est injecté comme le précédent dans le muscle deltoïde à la dose de 1 cc.
Application de la méthode (23)
D'après les auteurs, sur 183.927 personnes (dont 37.848 militaires) vaccinés pendant le premier semestre de l’année 1939, on n'observa que 5 réactions vaccinales. On n'a pas noté de réaction locale ni générale chez les 30 Européens vaccinés.
Efficacité
Les auteurs pratiquent des inoculations d’épreuve de virus historique dans un pénitencier indigène
Jamais vacciné antérieurement ; ils observent que 60 % des vaccinés au moins résistent à l'épreuve, en mettant au passif de la méthode toutes les réactions fébriles même les plus frustes.
- Méruone pE Nicozze ET LAIGRET
Le principe de la méthode est le même que pour le vaccin de Blanc : créer par un virus murin atténué, une maladie inapparente qui laisse ensuite une immunité importante (24).
Technique de préparation du vaccin (25)
La souche de virus murin TuP 1 de H. Sparrow est entretenue sur le rat par passages successifs cerveau-péritoine. Le rat est sacrifié le 2° jour de fièvre.
Le cerveau, prélevé aseptiquement, essoré dans un buvard stérile, est broyé dans 2,50 gr. d’un mélange de 100 gr. de phosphate disodique et de 15 gr. de phosphate monopotassique ; puis desséché dans le vide à + 5° en présence de ClCa. Cette poudremère conserve sa virulence 2 mois à — 15°. Au début et à la fin de ces opérations, on s'assure de la stérilité et de la virulence du matériel employé.
L'atténuation de la virulence est obtenue par « enrobage » dans le jaune d'œuf : on triture 2,50 gr. de poudre de cerveau phosphaté avec 8 ce. de jaune d'œuf stérile. Le mélange est desséché à + 5° par exposition 24 heures dans le vide en présence de
tot
CFCa, puis il est broyé et tamisé, enfin réparti en ampoules scellées dans le vide à raison de 5 cgr. par ampoule, après un dernier contrôle de stérilité.
Le contenu d’une ampoule correspond à 1/200 de cerveau de rat. On peut encore présenter le vaccin sous forme de comprimés de 20 doses.
Au moment de l'emploi on broie la poudre dans un mortier stérile en présence d’huile d'olive stérilisée et lavée à l'alcool, à raison de 1 cc. pour une dose ; ce vaccin pourrait être conservé au moins un mois à — 15°, ou 48 heures à la température ordinaire.
Application de la méthode
Laigret, R.Durand, Belfort et Lefaucheur (1937) (26) donnent un exposé critique de la méthode pratiquée sur 32.481 individus, presque tous indigènes.
On injecte à 25-30 jours d'intervalle une dose correspondant à 1/200 de cerveau de rat. La première injéction peut être omise.
On n'observa que 5 cas de typhus murin vaccinal, dont 2 chez les Européens ; après une incubation de 10 à 13 jours, on observe une maladie typique d’une durée de 12 à 15 jours. Le début est marqué par un réveil douloureux à l'épaule. La réaction de Weil-Félix devient positive au cours de la fièvre ou lors de la défervescence. On a observé en outre 8 réactions fébriles douteuses, dont 6 chez les Européens ou Arabes urbanisés. Ges réactions s’observent avec une plus grande fréquence pour cer-
tains lots de vaccins que pour d’autres, prouvant ainsi l'instabilité du virus.
Après vaccination, la réaction de Weil-Félix n'est que très rarement positive, mais elle est susceptible de le devenir ultérieurement lors d’une poussée fébrile même de nature non typhique.
Dans les foyers épidémiques vaccinés, les épidémies s'arrêtent dans les 3 semaines qui suivent la vaccination, et les foyers vaccinés restent encore indemnes l’année suivante.
On peut observer des cas de typhus chez certains sujets, vaccinés alors qu'ils étaient déjà en incubation. Ces cas sont plus rares et moins graves que chez les sujets non vaccinés. On connaît à Tunis 3 cas de typhus historique chez des vaccinés anciens, 15 en Algérie sur 821 sujets vaccinés. On observe aussi des fièvres bénignes rappelant les fièvres de réinfection qu'on peut observer chez les sujets qui ont déjà eu antérieurement une atteinte spontanée
de typhus.
MéTuope DE LAIGRET ET R. DurAND
Le vaccin précédent est de préparation délicate, et se conserve peu à température ordinaire. Le virus est instable et par conséquent les réactions vaccinales, de même que l’immunité conférée, sont difficiles à prévoir. De plus, l'injection huileuse est difficile à pratiquer. C’est pourquoi Laigret et R. Durand (1939) mirent au point une technique leur permettant de doser le virus, en contrôlant son activité,
tout comme pour le virus amaryl, par l'apparition de paralysies chez la souris. Le virus murin Tu P x, de Ch. Nicolle et H. Sparrow est adapté à cet animal.
“Technique de préparation (27)
La souris paralysée est sacrifiée et son cerveau broyé avec 12,5 gr. de phosphate et 4o gr. de jaune d'œuf stérile. On dessèche 48 heures dans le vide en présence de ClCa, on broie et on tamise. La virulence du produit est titrée par injection intrapéritonéale de dilutions différentes à des souris. Le produit est réparti en ampoules de 1, 2, 5 et 10 doses et en tablettes de 20 doses. Le vaccin conserve son activité après 5 mois de conservation au frigorifique. I suffit de le diluer dans l’eau au moment de l’emploi ; le titrage représentant une garantie suffisante, l’enrobage huileux est jugé inutile.
Application de la méthode (28) :
Chez l’indigène, on pratique une injection unique de 1 cc. correspondant à 16 unités-souris. Chez l'Européen on pratique deux injections successives de 1/16, puis 1 ce., à 2b jours d'intervalle (ou mèême trois injections dont la première tuée par la chaleur). Sur 130 cas, aucune réaction fâcheuse n’a été notée. |
De Mai 1939 à Mai 1940, 200.488 vaccinations ont été pratiquées par cette méthode. Dans tous les centres vaccinés l'épidémie s’est rapidement arrêtée.
Dans un centre seulement, on obsérva 20 cas de typhus confirmé sur 25.600 vaccinations.