I. — ESSAIS DE VACCINATION PAR ÉMULSIONS DE GANGLIONS TUBERCULEUX
A. Rodet et Garnier (1) ont eu les premiers, en 1903, l'idée de rechercher si certains organes d'animaux tuberculeux, en particulier les ganglions lymphatiques, ne posséderaient pas, mieux que les bacilles eux-mêmes, ou nue leurs produits isolés des cultures, des propriétés préventives à l'égard de la tuberculose expérimentale. Ils ont utilisé, pour leurs expériences, des ganglions de cobaye non caséines, dont ils faisaient des émulsions qu'ils conservaient pendant plusieurs jours, additionnées de thymol pour assurer la mort des bacilles. Les résultats obtenus furent complètement négatifs.
Plus tard, Livierato (2), puis Bartel et Neumann (3) après Manfredi et Frisco (4), reprirent l'étude de cette question. D'après ces expérimentateurs, les ganglions lymphatiques retiennent non seulement les bacilles tuberculeux à la manière d'un filtre, mais exercent sur eux une action en quelque sorte spécifique, en modifiant leur virulence.
Bartel (5) attribue cette propriété surtout aux lymphocytes et principalement aux ganglions mésentériques. Neumann et Wittgenstein (6) pensent qu'elle est également partagée par les tissus de certains autres organes, en particulier le foie, la rate, l'ovaire, tandis que les poumons et le sang sont inactifs.
Trudeau et Krause (7) essayèrent de traiter préventi-
(1) Soc. de Biol., 1903, 55 ; 1109, 1111, 1112.
(2) Zeitschr. f. Immun. Befer., 1909, n° 3.
(3) Centr. f. BaM., 1908-09, 48, 657 ; — Wlen. Min. Woch., 1907,
(4) Ibicl., 1902-1903, référ. 32, 295.
(5) Wien. Min. Woch., 1909, 22, 117.
(6) Ibicl., 1906, 19, 898.
(7) Journ of Mcd. Besearch., 1910, 22, 277.
vement des cobayes avec des émulsions filtrées de glandes lymphatiques homologues, et d'autres cobayes avec des émulsions de ganglions humains tuberculeux, mais non caséeux. Dans les deux séries d'expériences, les animaux n'accusèrent aucune résistance nettement marquée à l'infection d'épreuve.
Par contre, Fontes (1) a fait macérer, en proportions déterminées, des bacilles dans des émulsions glandulaires tuberculeuses et, parallèlement, d'autres bacilles dans des émulsions de ganglions normaux. Après les avoir portés à l'étuve, il a compté les éléments microbiens à différents intervalles jusqu'à cent vingt heures et il en a retrouvé un moins grand nombre dans Pémulsion de glandes tuberculeuses que dans Pémulsion de glandes saines. Mais nous avons pu nous assurer qu'il ne s'agit là que d'une apparence résultant de ce fait que le suc ganglionnaire des animaux tuberculeux agglutine les bacilles, ce que ne fait pas le suc ganglionnaire normal.
J. — METHODE DE BRUSCHETTIN1 (de Gênes)
Bruschettixi (2) a étudié, sur des cobayes et des lapins, un procédé de vaccination qui lui sert à traiter des animaux en vue de l'obtention d'un sérum destiné à des essais de traitement de la tuberculose humaine.
Ce vaccin est préparé de la manière suivante : Des bacilles virulents, provenant d'une culture sur pommes de terre, sont soigneusement émulsionnés a ver de la poudre de quartz et du chloroforme, filtrés sur l'ouate, maintenus pendant douze à dix-huit heures à la température de 40° dans un bain-marie, rassemblés sur un filtre, séchés rapidement, mis en suspension dans l'eau physiolo-
(1) Centr. f. Bàkt., 3 909, 50, 7
(2) Ibid,, 1913, 68, 337.
gique, puis injectés dans la plèvre de lapins qui ont reçu, au préalable, une injection d'aleurone de Mellin's food (farine de bananes). Au bout de douze heures, on injecte une nouvelle dose d'aleurone et, douze heures plus tard, l'animal est sacrifié. L 'exsudât, recueilli aseptiquement, longuement broyé avec de la poudre de quartz et de l'eau physiologique, décanté pour séparer le quartz, enfin additionné de quelques gouttes de chloroforme, est porté pendant vingt-quatre heures à 37°, puis centrifugé. Le produit obtenu est injecté, après vérification de la pureté bactériologique, aux doses de 1 centimètre cube par voie souscutanée, ou de 0 ce. 1 par voie intraveineuse.
Les animaux ainsi traités préventivement se montreraient, d'après l'auteur, plus résistants que les témoins à l'infection d'épreuve.
K. — ESSAIS DE VACCINATION DE H. VALLEE (d'Alfort) PAR BACILLES D'ORIGINE ÉQUINE EN EXCIPIENT NON RÉSORBABLE
Ayant fait, en 1906, avec Rossignol, alors qu'il expérimentait à Melun la méthode de vaccination de Behring, cette constatation fortuite qu'un bovin réagissant à la tuberculine présentait une résistance manifeste à une réinfection grave, H. Vallée pensa qu'il s'agissait sans doute, dans ce cas, d'un phénomène identique à celui qu'on observe chez les veaux qui ont reçu le bovo-vaccin dans les veines.
Les faits que, dans le même temps, nous observions avec C. Guérin, qui ont été publiés dans nos mémoires de 1906 et 1907 des Annales de l'Institut Pasteur et qui furent ultérieurement confirmés par les travaux de Finzi, puis par ceux de Romer (1908), apportèrent bientôt la preuve qu'il en est réellement ainsi, et incitèrent H. Vallée à s'engager dans la voie que nous suivions nous-mêmes,
DE VACCINATION ANTITUBERCULEUSE 49
c'est-à-dire à concevoir l'immunité antituberculeuse comme résultant d'une infection bacillaire préexistante.
Il eut alors l'idée d'utiliser, pour essayer de réaliser la vaccination, un bacille d'origine équine peu virulent pour le lapin et pour le cobaye (1), qui était entretenu depuis plusieurs années dans les collections de l'Institut Pasteur et qui provenait vraisemblablement d'un cas de tuberculose du cheval observé en 1896 par Xocard. Ses caractères sont très voisins de ceux du type aviaire.
Pour rendre ce bacille équin plus indigeste pour les leucocytes et pour assurer sa persistance plus longue dans l'organisme animal, H. Vallée imagina d'en émulsionner la culture dans de l'huile de vaseline tenant en suspension de la poudre de talc ou de grès porphyrisé.
Nous avions eu jadis, avec C. Gtuébin, une idée semblable et, pendant plusieurs années, jusqu'à la fin de 1921, nous avions cherché à abriter notre BCG de l'action destructive des éléments cellulaires migrateurs en le faisant pénétrer, par l'action du Vide, dans les pores d'une petite bille de pierre ponce que nous introduisions, avec un trocart spécialement construit à cet effet, dans le fanon des jeunes veaux. Disons tout de suite que nous dûmes renoncer à cette technique parce que d'autres expériences nous montrèrent qu'il n'existait d'immunité antituberculeuse qu'à condition que les bacilles vaccins soient, le plus possible, dispersés dans tout le système lymphatique de Vorganismi , et qu'ils ne restent pas localisés.
Avec 10 à 50 milligrammes de bacilles équins émulsionnés dans son excipient irrésorbable, H. Vallée fit plusieurs séries d'expériences sur des jeunes bovins, en prenant soin, bien entendu, d'inoculer simultanément d'autres bovins avec les mêmes doses de bacilles sans excipient irrésorbable (2). Quelques-uns des sujets, dans chaque
(1) Seules des doses supérieures à 1 milligramme sout pathogènes pour le cobaye.
(2) Acad. des Se, 1924, 178, 152.
BCG. 4
«r>0 LES DIVERSES TENTATIVES
série, étaient éprouvés six mois plus tard, soit par cohabitation avec des animaux tuberculeux, soit par inoculation intraveineuse de bacilles virulents. On pouvait alors constater que, tandis que les bovins non pourvus d'excipient irrésorbable avaient déjà perdu toute faculté de résistance aux infections d'épreuve, ceux qui avaient reçu l'excipient restaient apparemment en bon état de santé et ne présentaient, lorsqu'on les sacrifiait après plus d'un an, que des lésions discrètes, presque exclusivement ganglionnaires, dans lesquelles on retrouvait, par inoculation au cobaye, les bacilles virulents d'épreuve.
Des essais d'application pratique de cette méthode ont été effectués avec le concours de la Société de Médecine vétérinaire pratique dans l'exploitation rurale de M. le vétérinaire Even, à Jagny, depuis 1924 (1).
Les résultats n'ayant pas été tels qu'on les espérait, il a été décidé (janvier 1926) de refaire, à Alfort même, de nouvelles expériences.