‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 13 sur 116 · PAR INOCULATION DE BACILLES VIVANTS ET VIRULENTS · texte numérisé non relu

PAR INOCULATION DE BACILLES VIVANTS ET VIRULENTS

Peut-être sous l'influence de cette idée exprimée par Romer, et qui est entièrement controversée par nos recherches, que le pouvoir immunisant d'un bacille doit être d'autant plus actif que ce bacille est plus virulent, et à la suite de recherches sur les effets de l'injection répétée de très faibles doses de microbes virulents, Gerald Webb et W. Williams (1) ont essayé de vaeciner des lapins et des cobayes contre le charbon et contre la tuberculose à l'aide de ce procédé. Ces expérimentateurs ont conservé neuf mois un cobaye auquel ils avaient injecté progressivement, en commençant par quelques unités, un total de 141.000 bacilles de Koch. Ils n'ont trouvé chez cet animal, préalablement éprouvé par la tuberculine avec résultat négatif, aucune trace de lésions tuberculeuses. Gilbert et Forster (2), puis Lieb, ont fait la même constatation chez deux singes et chez des lapins.

Gerald \Vebb et W. Williams ont également tenté d'immuniser deux enfants, l'un âgé de trois ans, l'autre de trois mois, nés de parents tuberculeux, avec les quantités suivantes de bacilles vivants, chaque injection étant faite huit jours après la précédente : 1, 3, 5, 8, 12, 18, 25, 35, 50, 75, 100, et 150 bacilles.

Ces enfants, qui ne réagissaient pas à la tuberculine avant l'expérience, restèrent en état d'anergie après cette série d'inoculations.

Un peu plus tard (1911), Webb et Gilbert (3) ont rapporté l'histoire d'un autre enfant qui a reçu, à sept jours d'intervalle, successivement 2, 3, 5, 7, 10 et 12 bacilles.

(1) Joum. of Meâ. Research, 1909, 20, 1 ; 1911. !

(2) Ibid., 1910. 22, 75.

(3) Joum. of Amer. Meâ. Ass., 1914, 63, 1098.

Six semaines après la première injection, un petit nodule s'était formé à l'endroit inoculé, et deux autres nodules apparurent au bout de dix jours. Tous les trois furent extirpés sous anesthésie générale. On y trouva de nombreux bacilles. Ultérieurement, il se produisit un engorgement des ganglions de l'aisselle. Ceux-ci furent enlevés et l'enfant se maintint apparemment bien portant. Toutefois, chez lui, la cutiréaction était positive. On n'a pas su ce qu'il était devenu dans la suite.

L. Bruyant (1) a étudié expérimentalement, dans notre laboratoire, cette méthode de vaccination, en variant les conditions d'expérience, afin de voir s'il est préférable d'inoculer plusieurs fois, et pendant plus ou moins longtemps, un très petit nombre de bacilles, quatre à dix par exemple, ou s 'il vaut mieux, en partant de quelques unités, augmenter progressivement les doses. Nous avons pu nous convaincre que, dans les deux cas, avec la souche très virulente utilisée, il n'était pas possible de rendre les animaux aptes à éliminer ou à résorber leurs bacilles, dont les doses successives, si minimes fussent-elles, s'accumulent dans l'organisme et y créent, non une infection aiguë, mais des lésions de résistance caractérisées par la dégénérescence scléro-graisseuse hypertrophique du foie et de la rate, sans nodules distincts.

Mais si, comme nous l'avons fait ultérieurement, on se borne à injecter au cobaye, une seule ou deux fois, à quelques semaines d'intervalle, quatre bacilles au maximum (c'est-à-dire un dix-millionième de 'milligramme pesés à l 'état frais, essorés et émulsionnés dans un centimètre cube d'eau salée physiologique, on constate que ces animaux ne présentent, dans la suite, aucun engorgement ganglionnaire au voisinage du point d'inoculation et qu'ils restent en bon état apparent. Si on les sacrifie après un an ou dix-huit mois, on trouve chez quelques-uns d'entre eux des lésions tuberculeuses très discrètes, incapables d'entraver le fonc-

(1)' Soc. de Biol, 1911, 71, 143.

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tionnement régulier des organes, et qui sont généralement localisées au foie ou dans les ganglions du média stin. Ces lésions, souvent enkystées dans une coque de tissu fibreux, sont tout à fait analogues à celles que l'on rencontre chez les enfants qui, ayant été infectés de tuberculose bénigne, succombent au cours d'une maladie intercurrente. Elles représentent assez exactement cette infection bacillaire latente à laquelle tant d'expérimentateurs ont attribué, — à tort d'ailleurs, ainsi que nous le savons aujourd'hui, — un rôle essentiel dans la protection vis-à-vis des réinfections. C'est aussi la conclusion à laquelle ont abouti les recherches analogues, postérieurement effectuées par Lawrasox Browx, F. H. Heise et P. A. Petroff (1).

Récemment, Selter (2) a fait connaître les essais de vaccination qu'il a effectués, lui aussi, avec des bacilles vivants, sur neuf enfants. Tl a inoculé ceux-ci avec des doses variant de dix à dix mille bacilles de type humain virulent. Les doses fortes produisaient des nodules suppures, mais les doses minimes paraissaient bien supportées. Chez tous les enfants, la réaction tuberculinique devint positive, ce que Selter considère comme indispensable pour la production de l'immunité. Leur état général resta satisfaisant. Pourtant l'un deux succomba, trois mois après l'inoculation, à une pneumonie. Son autopsie montra un petit nodule tuberculeux ulcéré à l'endroit inoculé, mais les émulsions d'organes viscéraux n'infectèrent pas les cobayes, bien qu'il existât des bacilles dans les ganglions lymphatiques. Selter ne veut rien préjuger de l'avenir de ces enfants, mais il pense qu'il est permis de recourir à cette méthode d'infection préventive lorsqu'il s'agit d'enfants particulièrement exposés à des contagions familiales massives.

Il a utilisé pour ses expériences un mélange de bacilles vivants intacts et de protoplasma bacillaire soi-disant

(1) Journ. med. Research, 1914, 30, 475.

(2) Deutsch med. Woch., 1924, 50, 1825 ; 1925, 51, 1181.

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vivant, qu'il obtient en broyant des corps microbiens. Il désigne cette préparation sous le nom de tnberculine vitale.

On peut difficilement imaginer que cette méthode, ni aucune autre basée sur l'emploi d'éléments bacillaires virulents, fût-ce à la dose de quelques unités, ait jamais la moindre chance d'entrer dans la pratique, car les sujets ainsi infectés, et non vaccinés, demeurent fatalement sous la menace constante d'une généralisation tuberculeuse pouvant survenir à la suite de la caséification lente d'un tubercule.

Citons enfin les essais de vaccination récemment tentés par A. Borrel, L. Boez et A. de Coulon (1) sur les cobayes avec une souche BB (provenant de la collection de l'Institut Pasteur) qui avait été isolée par E. Burnet en 1910 et qui, à des doses inférieures à 2 milligrammes injectées par voie intracardiaque, est bien tolérée. Elle ne détermine que des lésions discrètes et confère aux animaux une résistance appréciable aux inoculations virulentes d'épreuve. Cependant tous les cobayes préparés finissent par succomber plus ou moins tardivement à l'infection tuberculeuse.

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1923, 37, 1012.

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