‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 2 sur 116 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

en voyons actuellement la raison clans ce fait, — déjà reconnu probable dès 1886 par les observations cliniques du professeur Marfan, et qui fut nettement mis en lumière par les recherches expérimentales récentes, — que l'immunité antituberculeuse diffère dans son essence de l'immunité contre la plupart des autres maladies microbiennes.

Pour celles de ces dernières qui nous sont le mieux connues, la fièvre charbonneuse du bétail qu'a si bien étudiée Pasteur par exemple, la diphtérie, le tétanos, la fièvre typhoïde, les paratyphoïdes, la dysenterie bacillaire, le choléra, la peste et beaucoup d'autres, l'état réfractaire, chez les sujets sensibles, résulte soit de la maladie ellemême, spontanément guérie, soit d'une imprégnation artificielle de l'organisme par le microbe spécifique ou par les toxines qui en dérivent.

Dans la tuberculose, comme dans la syphilis, comme aussi dans quelques maladies dues à des protozoaires, telles que les piroplasmoses bovines, V immunité, traduite par la résistance aux réinfections, ne se manifeste qu'autant que V organisme héberge déjà quelques éléments du parasite, à la condition expresse que ces éléments soient vivants, en assez petit nombre et assez peu virulents pour ne pas déterminer par leur seule présence, — ou par leur multiplication assez rapide pour que les défenses naturelles de l'organisme ne puissent plus s'exercer utilement, — des troubles fonctionnels ou des lésions graves, incompatibles avec la vie.

Un sujet dont les organes lymphatiques, - — car la tuberculose est essentiellement une maladie de ces organes, — sont parasités par quelques bacilles peu virulents ou peu nombreux, se trouve ainsi prémuni contre les réinfections virulentes auxquelles il serait ultérieurement exposé, et cet état de prémunition ou, si l'on préfère, de résistance aux réinfections, persiste aussi longtemps que les bacilles protecteurs, ou les substances défensives que les cellules de l 'organisme ont élaborées à leur contact, ne sont ni éliminés, ni détruits par les processus phagocytaires. Lorsque leur

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élimination on leur destruction s'est accomplie, ce qui arrive quelquefois à la longue, le sujet redevient apte à contracter, à la suite d'une infection accidentelle virulente, une tuberculose évolutive, mortelle à plus ou moins brève échéance.

Ainsi que nous l'avons établi expérimentalement pour la première fois avec C. Guérix dès 1906 (1), l'immunité antituberculeuse est donc liée, au moins clans sa première phase, à la présence de quelques bacilles virants, mais peu virulents, dans l'organisme, c'est-à-dire à la préexistence d'une infection légère, bénigne, compatible avec la plus parfaite santé et qui ne se manifeste — très irrégulièrement d'ailleurs — par aucun autre signe clinique que la sensibilité à la tuberculine.

Le large emploi qui, depuis 1908, a été fait de cette substance pour démasquer les tuberculoses occultes ou latentes, surtout chez les jeunes enfants, nous a fourni d'abondantes preuves de l'extrême diffusion de l'infection bacillaire à travers le monde et de la précocité de cette infection dès la première enfance, surtout dans les familles de tuberculeux semeurs de germes. C'est ainsi que J. Parisot (de Nancy) a récemment montré que, dans les foyers familiaux infectés, 40 % des enfants âgés de moins de deux ans gui ont survécu, et 90 % de ceux âgés de quatre â dix ans, réagissent â la tuberculine, tandis que, dans les milieux non infectés, la proportion des réagissants est nulle de la naissance à deux ans, et de 31 % à dix ans.

Cette infection bacillaire précoce, si souvent mortelle, du nonrrisson élevé par une mère tuberculeuse ou dans un foyer contaminé, s'effectue par l'absorption presque quotidienne par les muqueuses — le plus souvent par la muqueuse digestive — d'un nombre plus ou moins grand de bacilles dont la virulence est d'autant plus considérable qu'ils émanent d'un malade porteur de lésions évolutives ou excréteur d'une grande quantité de germes microbiens.

(.1) Annales de l'Institut Pas+cur, XX, mai et août 1906.

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Or, cette absorption par les voies digestives est extrêmement facilitée dans le très jeune âge par ce fait que la muqueuse intestinale du nourrison, surtout dans les premières semaines de la vie, se laisse pénétrer, comme l'ont démontré depuis longtemps les expériences de Disse, puis celles d'EHRLicH, non seulement par une foule de microbes, mais même par lés substances albuminoïdes et par les antitoxines.

On verra, dans les pages qui suivent, que la méthode de vaccination par le BCG utilise précisément ce phénomène pour provoquer l'imprégnation du système lymphatique du nouveau-né, dès après sa naissance, par un bacille vivant, mais privé de virulence et incapable de produire de vraies lésions tuberculeuses réinoculables en séries.

Les réactions tuberculiniques nous ont encore enseigné qu'aujourd'hui, dans tous les pays d'ancienne civilisation, presque aucun sujet ne parvient à l'âge adulte en ayant échappé à l'infection bacillaire. Or, parmi les si nombreux individus que les réactions tuberculiniques nous obligent à considérer comme parasités par le bacille, il n'en est environ qu'un sur cinq chez qui l'infection tuberculeuse détermine une maladie mortelle. Les quatre autres restent parfaitement indemnes et manifestent une résistance évidente aux réinfections auxquelles ils sont ou ont été exposés, surtout lorsqu'ils cohabitent avec des malades tuberculeux semeurs de bacilles.

Les observations faites en médecine vétérinaire et l'expérimentation montrent qu'il en est également ainsi chez les animaux sensibles à l'infection tuberculeuse.

Il apparaît donc évident que, si l'on veut provoquer, chez les sujets indemnes, cet état particulier de résistance aux réinfections qui caractérise l'immunité antituberculeuse, il faut dès leur plus jeune âge, voire dès après la naissance, peupler leurs organes lymphatiques de quelques bacilles aussi peu offensifs que possible, et vivants, — les bacilles morts et les extraits bacillaires ne possédant aucun pouvoir de protection, — et il semble bien que ce

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soit là l'obstacle difficile à vaincre auquel se sont heurtés tant d'expérimentateurs.

Avant d'exposer nos recherches et d'en relater plus explicitement la genèse, nous croyons devoir rappeler les nombreuses tentatives qui ont été effectuées depuis un quart de siècle et dont la plupart sont contemporaines de celles, qu'avec la collaboration de C. Gtjérin, nous avions entreprises dès 1903.

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