‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 3 sur 116 · PAR LES TUBEECULIXES ET PAR LES EXTRAITS BACILLAIRES · texte numérisé non relu

PAR LES TUBEECULIXES ET PAR LES EXTRAITS BACILLAIRES

Lorsqu'on concentre par évaporation au bain-marie, aux environs de 100° ou par le vide, jusqu'à réduction au dixième de leur volume primitif, des cultures de bacilles tuberculeux en bouillon de viande peptoné, glycérine à 5 %, et qu'on en sépare ensuite les corps microbiens par filtration, on obtient un liquide brun foncé, sirupeux, qui est la tuberculine brute (vieille tuberculine de Robert Koch). Cette substance, fort complexe, renferme à la fois les matières protéiques du bouillon de viande et de la peptoné, leurs sels et les produits d'excrétion ou d'extraction des bacilles. Lorsqu'on l'introduit par injection souscutanée dans l'organisme d'un sujet ou d'un animal sain, à la dose de quelques milligrammes, elle est parfaitement tolérée. Elle ne détermine aucune réaction générale thermique, aucun accident d'intoxication, ni aucun phénomène inflammatoire au lieu d'inoculation.

Par contre, elle manifeste une extrême toxicité à des doses infiniment moindres, au centième, au millième et même au dix-millième de milligramme, pour la plupart des sujets ou des animaux déjà infectés de tuberculose, et pour ceux-là seulement.

Il est évident qu'elle doit cette propriété spécifique à certains poisons dont la constitution chimique nous échappe, parce qu'il n'a pas été possible, jusqu'à présent, de les isoler de leur excipient, mais qui paraissent liés à des lipoides et à des protéines.

Dès qu'on a pu les obtenir, on a, naturellement, cherché à les utiliser soit pour immuniser activement contre l'infection tuberculeuse, soit pour tenter de préparer des sérums susceptibles d'être employés dans le traitement des diverses tuberculoses.

Les essais entrepris par de nombreux expérimentateurs en vue de réaliser l'immunisation active de sujets ou d'animaux sains avec diverses tuberculines brutes, ou plus ou moins purifiées, ont été fort décevants.

Dans un mémoire qu'en collaboration avec C. Guérin nous avons publié en avril 1914 (1) nous avons relaté les deux expériences suivantes, particulièrement démonstratives à cet égard :

Une première génisse, reconnue indemne par une tuberculination préalable, reçoit dans la veine jugulaire, à dix jours d'intervalle, deux inoculations de 10 centimètres cubes de tuberculine brute de Koch. Ces inoculations sont bien tolérées. Trente jours plus tard, on l'éprouve par injection intraveineuse de 3 milligrammes de tuberculose bovine virulente, dose mortelle en vingt-huit à trente-cinq jours environ pour les témoins. Pendant les semaines qui suivent, la température est irrégulière, avec des poussées allant à 40°. L'animal maigrit ; son état général devient mauvais. On l'abat in extremis le cinquante-huitième jour après l'épreuve. Ses poumons sont trouvés farcis de tubercules, les uns translucides, la plupart caséeux. Les ganglions bronchiques et médiastinaux, ainsi que le foie, sont également tuberculeux. Cette génisse a donc fait une tuberculose aiguë à marche rapide.

Un second bovin, de même âge, a reçu préventivement,

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1914, 28, p. 329.

DE VACCINATION ANTITUBERCULEUSE ^

dans les mêmes conditions, par voie intraveineuse, d'abord 0 gr. 20, puis, dix jours après, 0 gr. 50 de tuberculine purifiée par précipitation à l'alcool. L'inoculation d'épreuve fut également faite, trente jours plus tard, avec 3 milligrammes de la même culture virulente. L'animal succomua le cinquante-septième jour, avec des lésions aussi étendues que celles du précédent.

F. Klopstock (1) a fait des observations identiques chez le cobaye. Il a essayé d'immuniser cet animal par des injections de tuberculine à doses progressivement croissantes pendant de longs mois. Les cobayes ainsi préparés succombèrent à l'infection d'épreuve, sans qu'au cours de la tuberculose et à l'autopsie on découvrît de différences avec les animaux témoins.

Beaucoup d'autres expérimentateurs, en particulier S. Arloixg et L. Guixard en France, Trudeau et L. Browx aux Etats-Unis, B. Mollers et Aineman en Allemagne, ont dû se convaincre que les tuberculines brutes, ou purifiées, injectées même à hautes doses longtemps répétées, n'entraînent aucun processus d'immunisation chez les animaux sains. On ne peut donc songer à les utiliser que pour faire acquérir aux sujets déjà in ferlés ■. — et seulement dans des conditions particulières que la clinique permet de préciser (tuberculoses non évolutives) — une résistance plus grande à l'intoxication par ces poisons. C'est là expressément le but de la tuberculinothérapie.

Les extraits préparés dans le but d'isoler les lipoïdes que renferment en assez grande abondance les bacilles tuberculeux, — l'extrait méthylique de L. Nègre et A. Boquet (2) par exemple, — lorsqu'on les injecte à fortes doses aux animaux sains, provoquent l'apparition, dans le sérum de ceux-ci, de sensibilisatrices spécifiques que la réaction de fixation de Bordet-Gexgou met en évidence, mais qui ne protègent pas contre les effets d'une inoculation virulente

(1) Zeitsch. f. c.vp. Path. und Thérapie, 1913, 18, p. 56.

(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1921, 35, p. 300, et 1925, 39, p. 101

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d'épreuve. Cependant, ces extraits paraissent exercer une action nettement favorable sur certaines formes d'infection tuberculeuse, principalement sur les tuberculoses cutanées et ganglionnaires, et leur emploi, de plus en plus répandu par les phtisiologues, sert aujourd'hui de base à Vantigénothérapie (1).

(1) Voir Antigénothérapie de la Tuberculose, par L. Nègre et A. Boquet, Masson et Cie, éditeurs, 1927.

ESSAIS DE VACCINATION

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