‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 22 sur 116 · QUI PRÉCÈDENT · texte numérisé non relu

QUI PRÉCÈDENT

Les faits que nous avons rapportés ci-dessus démontrent, mieux encore que ceux exposés dans nos recherches antérieures, la possibilité de conférer aux jeunes bovins, pour une période de temps qui peut s'étendre à plus d'une d'une année, une résistance manifeste à l'égard de l'infection tuberculeuse, alors même que, de un à quinze mois après la vaccination, cette infection est réalisée de la manière la plus grave, la plus constamment et rapidement mortelle, c'est-à-dire par voie intraveineuse, avec une dose massive de bacilles très virulents.

Ils apportent également la preuve de l'innocuité parfaite de notre bacille-vaccin. Ce bacille a perdu toute aptitude à provoquer la formation de tubercules. Il est, même à doses fort élevées, inoffensif pour toutes les espèces animales. Il se comporte dans les organes comme un véritable saprophyte, incapable de récupérer sur place sa virulence. Son élimination éventuelle, par le lait ou par l'intestin, n'offre aucun danger pour l'homme ni pour les autres animaux domestiques ou sauvages. Sa dissémination dans les milieux extérieurs ne peut occasionner aucun dommage.

Ce sont là de précieuses qualités que ne possède aucun des bacilles humains, bovins, équins, aviaires, — tous, à des degrés divers, virulents et tuberculigènes, — dont l'emploi comme vaccins a été proposé par divers expérimentateurs (Behring, E. Koch et Schûtz, Th. Smith, Mac Fadyean, S. Arloing, H. Vallée) et dont la dispersion dans la nature ne peut pas être dépourvue d'inconvénients.

Chacun sait, en effet, que l'une des principales raisons qui ont fait écarter jusqu'ici l'emploi de ces bacilles comme

« bovo-vaccins » par les éleveurs, est la crainte, d'ailleurs fort justifiée, de répandre l'infection tuberculeuse parmi d'autres espèces animales, particulièrement chez l'homme (surtout chez l'enfant), et aussi chez le porc, ou encore chez les petits mammifères rongeurs (rats, souris) et chez les oiseaux qui servent trop souvent de véhicules aux infections cl'étables ou de basses-cours (1).

Avec notre bacille BCG, rien de semblable ne peut être redouté. Nous avons même d'excellentes raisons de croire (on en trouvera plus loin les preuves) que sa large utilisation contribuera à raréfier la tuberculose-maladie en généralisant, surtout chez les jeunes sujets, l'infection latente par un bacille vivant, avirulent et non tuberculigène.

Pour nous, en effet, — nous l'avons affirmé et démontré dès 1906, — l'immunité antituberculeuse (ou si l'on préfère la résistance aux réinfections) est liée à la présence de quelques bacilles peu nombreux et peu virulents dans l 'organisme. Tant que celui-ci reste ainsi parasité, sans que ce parasitisme entraîne des désordres cellulaires ou fonctionnels graves, les réinfections, — pourvu qu'elles ne soient ni trop fréquentes, ni trop massives, — n'auront sur lui d'autre effet que d'accroître sa sensibilisation (ou son intolérance) vis-à-vis des corps microbiens bacillaires quels qu'ils soient, vivants ou morts, et vis-à-vis de la tuberculine.

Mais cette immunité cesse dès que la symbiose initiale « vaccinante » cesse elle-même d'exister, soit que les bacilles vaccinants aient été détruits par les processus nor-

(1) Les bacilles normaux, même peu virulents, tués par le chauffage, par les antiseptiques (chlore, iode, formol, fluorure de sodium) ou par immersion prolongée dans la glycérine, dont l'emploi comme vaccin a été également tenté, sont, en général, assez bien tolérés. Nous avons pu constater par de nombreuses expériences, dont quelques unes sont déjà anciennes (Annales de l'Institut Pasteur, avril 1914), que les jeunes bovins auxquels on injecte de tels bacilles acquièrent un faible degré de résistance aux infections virulentes d'épreuve, mais cette résistance fléchit très vite et ne saurait être comparée à celle beaucoup plus solide et relativement durable que réalisent les bacilles vivants. Il en est de même pour les animaux sains auxquels on injecte préventivement, dans la circulation veineuse, de la tuberculine à haute dose, des extraits bacillaires ou des émulsions de lipoïdes bacillaires.

BCG. 7

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maux de digestion cellulaire, soit qu'ils aient été éliminés par les émonctoires naturels des microbes (bile, intestin, glandes mammaires). Et alors les bacilles virulents de réinfection, s'il en existe déjà qui soient restés intacts, ou s'il en est introduit de nouveaux dans un organisme dont l'immunité est ainsi éteinte, reprennent ou gardent toute leur valeur de bacilles pathogènes, telle qu'ils l'auraient vis-àvis d'un organisme vierge de toute infection antérieure.

S'agit-il là d'une véritable immunité, au sens que les bactériologistes donnent à ce mot, c'est-à-dire d'un état réfractaire à la maladie .7

Nous estimons que ce n'est pas niable, car cette immunité est parfaitement analogue à celle que réalisent les virusvaccins vivants atténués, tels que le vaccin jennerien, le vaccin charbonneux, celui du rouget ou celui de la rage. Elle est, comme celle que déterminent ces virus-vaccins, plus ou moins durable suivant la nature, la quantité et la virulence des germes qui la produisent.

Il serait étrange qu'on exigeât d'un vaccin antituberculeux autre chose que ce qu'on exige d'un vaccin anticharbonneux par exemple, c'est-à-dire d'être efficace et inoffensif. Chacun sait que l'immunité acquise par la vaccination contre le charbon ou contre le rouget ne dure guère plus d'un an, et que celle acquise par la vaccination jennérienne ou par la vaccination antirabique s 'efface peu à peu dans l'espace d'environ sept années. Pourquoi en devrait-il être autrement pour l'immunisation artificielle contre la tuberculose .7

Il est seulement vrai que celle-ci se heurte à une difficulté que ne connaissent pas les autres : c'est qu'elle est difficilement applicable, au moins en l'état actuel de la plupart des élevages, aux sujets adultes, parce que ceux-ci sont trop souvent, et à des degrés divers, alors même qu'ils ne réagissent pas à la tuberculine, déjà tuberculisés ou infectés par quelques bacilles virulents. Chez de tels sujets, l'injection de bacilles-vaccins, comme d'ailleurs celle d'autres bacilles virulents ou atténués (ou même morts),

détermine un accroissement de la sensibilité à la tuberculine qui est rendu manifeste par l'apparition du « phénomène de Koch ».

Il est donc préférable, pour cette raison, d'instituer méthodiquement la vaccination contre la tuberculose en s'adressaut aux tout jeunes sujets, dès les premiers jours qui suivent leur naissance, avant qu'ils aient été exposés à des occasions d'infections abondantes, ou même discrètes, mais répétées, par des bacilles virulents.

Telles sont les considérations qui, étayées par nos expériences, nous ont décidés à accepter les généreuses propositions qui nous ont été faites d'essayer les effets préventifs de notre bacille-vaccin BCG dans des exploitations agricoles depuis longtemps gravement infectées de tuberculose.

Dès les premiers jours de 1921, M. Lallemant, alors préfet de la Seine-Inférieure, mis, à la suite d'une conférence, au courant de nos recherches, voulut bien nous offrir l'accès d'une des fermes dépendant de son administration. Presque aussitôt après, M. Le Grand, conseiller général du même département, mit à notre disposition son importante exploitation de Gruville.

Avec le concours de l'Office agricole départemental, l'aide précieuse de M. Richart, vétérinaire-directeur du service sanitaire, et de M. Marcel Boissière, vétérinaire à Valmont, nous avons pu entreprendre une importante série d'essais que nous n'avons pas cessé de poursuivie

Des expériences de même nature ont été laites aussi en Seine-et-Oise, grâce à l'obligeance de M. Pierre de Chézelles et au concours de M. Brixet, vétérinaire à Magny-en-Vexin.

Le problème que nous nous proposions de résoudre était le suivant :

« Dans une exploitation infectée de tuberculose, sans changer quoi que ce soit au mode d'existence ni à l'habitat des animaux, sans modifier les méthodes usuelles d'élevage des jeunes, est-il possible, par le jeu normal des naissances, en vaccinant les nouveau-nés dans les quinze premiers jours de leur vie, et en les revaccinant chaque année, de purger de tuberculose (1) cette exploitation dans un délai de cinq ans ? »

Au début de nos opérations, en janvier et au cours de l'année 1921, nous avions pensé, sans rien connaître des essais effectués par H. Vallée dans un sens un peu différent (mais procédant de la même idée) et qu'il a publiés en 1924 (2), de créer sous la peau des animaux une lésion locale persistante et active.

A cet effet, vingt-huit veaux, nés dans les deux fermes de Seine-Inférieure, ont subi, dans le premier mois de leur naissance, l'insertion, dans le tissu conjonctif sous-cutané du fanon, d'une bille de pierre ponce de 10 millimètres, chargée, sous le vide, d'une émulsion concentrée de bacillesvaccins.

Des essais parallèles, effectués au laboratoire, nous permettaient de suivre la destinée des bacilles ainsi immobilisés et protégés. Nous avons pu constater qu'ils se dégradent rapidement et que la résistance des veaux ainsi traités à l'épreuve expérimentale virulente disparaît très vite, de même que leur aptitude à réagir à la tuberculine.

Nous avons donc abandonné cette méthode et, pour ne pas faire perdre à nos veaux le bénéfice de l'immunité partielle qui pouvait leur avoir été conférée par la bille, nous les avons tous vaccinés en 1922, en même temps que les autres nouveau-nés, par inoculation intraveineuse de

(1) Nous entendons par tuberculose la tuberculose-maladie , contagieuse et évolutive, entraînant, de quelque manière que ce soit, des pertes économiques pour l'éleveur. Nous excluons naturellement Vinfection latente, non manifestée par des lésions folliculaires ou par des tubercules.

(2) Académie des Sciences, 2 janvier 1924.

20 milligrammes de BCGr, dose dont nous connaissions l'efficacité par nos expériences de 1920.

A partir de janvier 1923, mieux éclairés par les constatations que nous avions pu faire et qui ont été relatées ci-dessus, nous avons employé exclusivement la méthode d'inoculation préventive par voie sous-cutanée.

Nous pouvons affirmer que cette intervention est absolument inoffensive. A aucun moment les animaux qui l'ont subie dans les quinze premiers jours de leur naissance n'ont éprouvé le moindre malaise. Ils sont tous demeun's en bonne santé.

Le lecteur que ce problème de l'éradication de la tuberculose du bétail dans les étables ou dans les troupeaux infectés intéresse, trouvera dans un récent mémoire de MM. Guérix, A. Richart et M. Boissière, publié dans les Annales de l'Institut Pasteur (mars 1927), tous les détails de la vaste expérience poursuivie par eux depuis 1921 chez M. Le Graxd, dans son domaine de Gruville.

Ils avaient successivement vacciné :

En 1921 22 veaux

soit, au total, 110 veaux.

Tous ceux de ces animaux que l'on conservait pour reconstituer le cheptel ou pour l'engraissement furent revaccinés chaque année (1).

(1) On se demande peut-être pourquoi nous avons adopté la revaccination annuelle, alors que la résistance conférée par une première inoculation se prolonge, d'après nos expériences, au moins jusqu'à dix-huit mois. A ceci nous répondons que l'opération étant inoft'ensive, nous croyons préférable de ne pas attendre la limite de son efficacité.

A cette raison, on peut ajouter un argument d'ordre psychologique : depuis Pasteur, ceux qui s'adonnent à l'élevage savent qu'ils peuvent, par une vaccination annuelle, préserver leur bétail de quelques-unes des graves maladies qui le décimaient jadis. Il est donc désirable, pour la prévention de la tuberculose, de conserver ce terme passé à l'état d'habitude et de n'apporter ainsi aucun trouble à la vie économique des exploitations agricoles.

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Ceux de 1921 avaient été vaccinés par la méthode de la pastille de pierre-ponce dont il a été parlé ci-dessus, revaccinés en 1922 par l'inoculation intraveineuse de 20 milligrammes de BCG, puis, les années suivantes, par inoculation unique sous-cutanée de 50 milligrammes.

Les veaux nés en 1922 furent vaccinés à leur naissance par injection intraveineuse unique de 1 à 2 milligrammes et revaccinés ensuite chaque année par inoculation souscutanée de 50 milligrammes.

A partir du début de 1923, tous les veaux furent vaccinés par cette dernière méthode, avec la même dose.

En 1924, sept bœufs et deux génisses nés en 1921 et deux bœufs nés en 1922, tous vaccinés à leur naissance et revaccinés chaque année, ont été livrés à la boucherie et soigneusement examinés. Aucun ne présentait de lésion tuberculeuse.

En 1925, on abattit dans les mêmes conditions une génisse née en 1921 et quatre bœufs nés en 1922, vaccinés et revaccinés chaque année. Ils étaient parfaitement indemnes.

En 1926, douze bœufs et deux génisses (un bœuf né en 1922, neuf bœufs et deux génisses nés en 1923 et deux bœufs nés en 1924), tous également vaccinés et revaccinés, furent abattus pour la boucherie. Aucun ne présentait de lésion tuberculeuse.

Le 6 mars 1926, il restait dans la ferme quarante-deux bovins des cinq générations précédentes (dix bœufs et trente-deux femelles), qui furent tous revaccinés : sept de 1921 pour la sixième fois, huit de 1922 pour la cinquième, cinq de 1923 pour la quatrième, huit de 1924 pour la troisième et quinze de 1925 pour la deuxième ; plus les vingtsix, nés en 1926, vaccinés une seconde fois.

De leur expérience, MM. C. Guérin, A. Richart et M. Boisstère ont tiré les conclusions que voici :

« Indépendamment des cinquante-huit vaches et génisses vaccinées et revaccinées, qui peuplent actuellement (janvier 1927) l 'étable de Gruville, et qui se sont substituées successivement, et avec le minimum de frais, à l'ancien effectif

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tuberculeux, trente bovidés vaccinés et revaccinés (vingtcinq bœufs et cinq vaches) nés et élevés dans cette exploitation infectée, sont arrivés, au cours de l'expérience, au terme de leur carrière économique, c'est-à-dire à l'abattoir, sans avoir contracté la tuberculose.

« Parmi ces trente derniers animaux, seize étaient nés de mères tuberculeuses et avaient été nourris, pendant leurs premiers mois, avec le lait de la mère non bouilli. De plus, toutes les mesures d'isolement et de désinfection avaient été suspendues.

« Il ne reste plus qu'à rappeler les trois qualités que doit posséder une méthode de prophylaxie pour entrer dans la pratique courante, savoir : simplicité, innocuité, <<1)iracité.

« Il est inutile d'insister sur la simplicité d'une intervention qui consiste en une inoculation sous-cutanée renouvelée chaque année.

« L'innocuité du BCG est surabondamment démontrée par ce fait que des animaux naissants, vaccinés en 1921, puis revaccinés au cours de trois et quatre années consécutives, ont été trouvés à Tabatage indemnes de toute lésion tuberculeuse. Xous sommes autorisés à en conclure que le BCG est incapable, même dans l'organisme d'origine, celui du bœuf, de redevenir virulent.

« Ajoutons que la croissance normale et Pengraissemenl des animaux vaccinés et revaccinés n'ont nullement été influencés, puisque les rendements en boucherie des bœufs abattus ont été de 17 à 58 ' 1 .

« Quant à l'efficacité, les résultats de l'expérience que nous venons de relater permettent de considérer le problème, tel qu'il était posé au début de nos essais, et (pie nous avons énoncé plus haut, comme pratiquement résolu. »

LE « BCG »

Il importe que les éleveurs soient mis le plus tôt possible en état d'être protégés contre l'infection tuberculeuse bovine par des moyens plus efficaces que ceux, aussi draconiens qu'inopérants, que la législation actuelle en matière de police sanitaire met à leur disposition.

Celle-ci prescrit, il est vrai, l'isolement des animaux tuberculeux ou même réagissant positivement à la tuberculine, mais elle ne pourvoit pas aux moyens de rendre cet isolement complet et réel.

Elle ordonne bien la désinfection des étables contaminées, mais elle est muette sur les mesures à appliquer lorsque cette désinfection est pratiquement impossible en raison de la défectuosité ou de la vétusté des locaux.

Sans doute, les efforts tentés depuis les brillantes campagnes de Bang en Danemark, de Nocard en France, en vue de la prophylaxie de la tuberculose bovine par la tuberculination du bétail, ont produit quelques utiles effets. Mais les déceptions des vétérinaires qui ont appliqué systématiquement, avec le plus de soin, la méthode de Bang, sont devenues nombreuses dans tous les pays, bien que cette méthode ait certainement contribué à réduire notablement la morbidité tuberculeuse. C'est qu'il est arrivé maintes fois que des animaux, reconnus indemnes par l'absence de réaction à la tuberculine, mais provenant d 'étables contaminées et qui avaient été introduits dans des milieux où toute contagion intérieure était évitée, ont manifesté cependant, après des temps variables, souvent après un vêlage, une réaction tuberculinique positive. De tels soi-disant « échecs de la méthode de Bang » sont aisément explicables aujourd'hui que nous savons avec quelle lenteur une infection bacillaire discrète crée parfois le parasitisme cellulaire symbiotique qui, seul, rend l'organisme qui l'héberge sensible à la tuberculine. Chez le bovin,

comme chez l'homme, la réaction tuberculinique peut ne devenir positive que de longs mois, parfois plusieurs années après que la contamination s'est réalisée.

On ne peut donc pas compter sur la tuberculine pour écarter les sujets suspects. Et, dans ces conditions, il paraît assurément préférable de vacciner tout le cheptel, en commençant par les très jeunes animaux, qui sont beaucoup plus sensibles que les adultes à l'infection bacillaire et auxquels, ainsi que nous l'avons établi, il est possible de conférer une résistance manifeste et suffisamment durable à l'égard des contaminations graves, même artificiellement provoquées.

EFFETS DU « BCG »

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