SUR LES RONGEURS DE LABORATOIRE
ESSAIS DE PREMUNITION DE CES ANIMAUX CONTRE L'INFECTION TUBERCULEUSE EXPÉRIMENTALE
{en collaboration avec A. Boquet et L. Nègre) (1)
L'extrême sensibilité des rongeurs de laboratoire, surtout du cobaye et du lapin, à l'infection tuberculeuse qui peut être réalisée et entretenue, chez ces petits animaux, par quelques imités de bacilles virulents, rend particulièrement difficile leur prémunition.
Cependant celle-ci, comme le démontrent les expériences relatées dans ce chapitre, peut être manifestement obtenue en se plaçant dans les conditions que nous allons essayer de définir. Mais elle n'est jamais durable. Elle ne produit des effets protecteurs vis-à-vis des infections expérimentales que pendant quelques semaines ou, au plus, quelques mois. Et il n'est pas possible de mesurer son efficacité, ni la durée de celle-ci, vis-à-vis des contaminations naturelles, car l'infection du cobaye, et aussi celle du lapin, par
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 35, sept. 1921, p. 561 ; 36, sept. 1922, p. 625 ; 38, mai 1924, p. 399.
ÉTUDE EXPÉBIMEXTALE 107
cohabitation dans les cages avec des animaux de même espèce, tuberculeux, est exceptionnelle à ce point que l'on peut dire que, chaque fois qu'on l'observe, elle est l'effet d'un hasard.
On a donc, depuis longtemps, pris l'habitude, dans les laboratoires, d'injecter sous la peau du cobaye ou dans la reine marginale de l'oreille du lapin, un centième ou un millième de milligramme de bacilles bovins de virulence moyenne, c'est-à-dire respectivement 400.000 ou 40.000 bacilles. De telles doses, relativement minimes, déterminent chez tous les animaux, neufs ou déjà vaccinés avec le BCG, des lésions si étendues et si graves que la résistance dos vaccinés finit toujours par fléchir après une lutte de plus ou moins longue durée. Toutefois, chez les vaccinés, les lésions prennent un caractère très particulier de « lésions de résistance » circonscrites et à marche lente.
Dans ces modes d'infection ou d'épreuve, il n'y a rien qui puisse être comparé aux effets d'une contamination naturelle. Or, c'est de ceux-ci qu'il faudrait se rapprocher le plus possible pour apprécier l'efficacité d'une méthode de vaccination sur des animaux qui — l'expérience le prouve — peuvent être sûrement infectés et contracter une tuberculose mortelle en cinq à huit mois par l'inoculation (intraveineuse au lapin, sous-cutanée au cobaye) de quarante bacilles, soit un millionième de milligramme de culture essorée, pesée à l'état frais.
C'est pourquoi nous préférons, surtout chez le cobaye, recourir au procédé si simple et si pratique d'infection par instillation oculaire, que nous avons proposé et étudié depuis 1913 avec C. GKjérin et V. Grysez (1), et qui consiste à laisser tomber sur l'oeil de l'animal, dont un aide tient les paupières légèrement écartées, une goutte d'émulsion bacillaire titrée de telle sorte que 1 centimètre cube contienne 1 centigramme de bacilles en suspension fine (donc une goutte : 0 mgr. 5). Cette méthode ne crée aucune
(1) Soc. de Bioh, 15 février 1913.
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lésion locale et elle provoque, avec une parfaite régularité, d'abord la tuberculisation des ganglions du cou, qui deviennent perceptibles au toucher en vingt-cinq à trente jours, puis l'extension lente et progressive du processus tuberculeux aux poumons, ensuite aux viscères abdominaux, amenant la mort le plus souvent en quatre à cinq mois.
Nous y avons eu recours surtout pour l'épreuve de la résistance aux réinfections chez les petits animaux que nous avions essayé de vacciner par voie buccale.