CUTI-REACTIONS TUBERCULINIQUES CHEZ LES ENFANTS VACCINÉS
B. Weill-Hallé et Turpin ont montré que, chez les enfants vaccinés par leurs soins au BCG, la cuti-réaction tuberculinique devenait beaucoup plus souvent positive du troisième au neuvième mois après la vaccination qu'on ne l'avait cru tout d'abord.
Voici les chiffres qu'ils ont relevés, comparativement, sur les enfants vaccinés, vivant en milieu contaminé et sur les enfants vaccinés vivant en milieu apparemment indemne :
1° Enfants vaccinés, vivant en milieu contaminé
Enfants examinés Cuti-réactions positives CutUréactions positives ■A-Qe (nombre) (et moy. pondérales) pour 100
3 mois
2° Enfants vaccinés vivant en milieu apparemment indemne
Enfanta examinés Cuti-réactions positives Cati- réaction* positives
^-ffe (nombre (et moy. pondérale* pour 100
3 mois
Il est donc probable que la prémunition par le BCG suffit à rendre allergiques, c'est-à-dire sensibles à la tuberculine, avant la fin de leur deuxième année, environ un quart des enfants élevés en milieu indemne, et que, si les enfants élevés en milieu contaminé sont déjà allergiques dans la même proportion à l'âge de neuf mois, c'est parce que, chez eux, intervient une infection virulente surajoutée, laquelle reste d'ailleurs inorïensive grâce à la prémunition qui les protège.
Ajoutons qu'il n'est pas rare d'observer que des enfants vaccinés réagissent positivement à la tuberculine pendant quelques semaines ou quelques mois, puis cessent de réagir, ce qui n'implique en aucune manière qu'ils aient perdu leur état de résistance aux infections virulentes, car l'expérimentation sur les animaux, principalement sur les jeunes bovins, nous a appris que la sensibilité à la tuberculine disparaît longtemps avant l'immunité vis-à-vis des infections artificielles, et qu'elle peut n'apparaître que longtemps après que cette immunité est établie.
En conclusion de ce qui précède, nous croyons pouvoir affirmer que l'état de prémunition ou de résistance aux réinfections bacillaires est déterminé non par l'existence d'une ou plusieurs lésions tuberculeuses latentes ou occultes, puisque celles-ci ne sont nullement nécessaires, mais par la symbiose de cellules lymphatiques avec quelques bacilles naturellement devenus, ou artificiellement rendus offensifs.
La conséquence de cette notion est que, pour provoquer l'état de prémunition, il faut donc, avant qu'aucune infection spontanée ait eu le temps d'intervenir, dès les premiers jours après la naissance, assurer Y imprégnation aussi prompte que possible de tous les organes lymphatiques du sujet par un assez grand nombre d'éléments bacillaires susceptibles de se comporter comme un véritable vaccin, c'est-à-dire qui soient privés de virulence et aptes à engendrer des substances défensives (sensibilisatrices, agglutinines, etc.).
Nous croyons que le BCGr répond aussi parfaitement qu'on peut le souhaiter à ce but, vers lequel se sont dirigés tous nos efforts.
DUEEE PEOBABLE
DE L'IMMUNITÉ COXFÉEÉE PAE LE « BCG »
EEVACCIXATIOXS
L'expérimentation sur les animaux de l'espèce bovine nous a permis de constater qu'an regard de l'infection virulente d'épreuve, l'état de prémnnition produit par le BCG dure de quinze à dix-huit mois. Il est possible que, vis-à-vis de la contamination naturelle, ce délai soit beaucoup plus long. Xous n'en savons rien. Mais nous savons, par contre, que les revaccinations peuvent être répétées au besoin chaque année sans le moindre incident, et qu'elles renforcent l'état d'immunité, non seulement chez les bovidés, mais aussi chez les singes anthropoïdes.
En nous basant sur nos observations sur les singes, nous nous sommes donc demandé s'il n'y aurait pas de grands avantages à renouveler, chez l'enfant, à la tin de la première et de la troisième année, l'ingestion d'une quantité suffisante de BCG pour que, alors même que la capacité d'absorption de l'intestin pour les corps microbiens est, ainsi que nous l'avons dit précédemment, très réduite, on puisse espérer qu'un certain nombre de ceux-ci pénètrent avec le chyle dans la circulation lymphatique et se dispersent dans le système ganglionnaire.
Peut-être suffit-il que quelques bacilles réussissent à franchir la muqueuse intestinale pour que la durée de l'état de prémunition soit notablement prolongée (1).
La réponse à cette question ne pourra être fournie que clans un avenir lointain. Mais, dès maintenant, on est en droit de penser que, chez l'enfant prémuni dès sa naissance, l'immunité, traduite par la résistance aux réinfections, dure plus de quatre années, ainsi que le démontrent les essais de vaccination faits avec la collaboration de B. Weill-Hallé et Turpin en 1922. Aucun des enfants vaccinés à cette époque, parmi ceux qui vivaient en milieu contaminé, n'a contracté la tuberculose.
On peut donc considérer comme établi que la vaccination par le BCG suffit à conférer à V enfant pendant toute la période du jeune âge, au cours de laquelle il est le plus exposé aux contagions fréquentes, massives (contagion maternelle ou familiale, infection tuberculeuse du « toucheà-tout »), c'est-à-dire environ jusqu'à l'âge de cinq ans, une protection suffisante contre les contaminations virulentes.
Ce seul résultat justifie l'emploi de la méthode, puisque l'infection tuberculeuse est, ainsi que nous l'avons montré, surtout redoutable au cours des deux premières années de la vie, et que ceux qui y ont échappé pendant cette période se trouvent beaucoup plus rarement exposés, dans la suite, aux infections massives. Ils ont ainsi beaucoup de chances pour rester définitivement indemnes.
(1) Nous conseillons de revacciner seulement à la fin de leur première et de leur troisième année les enfants nés de mères tuberculeuses ou élevés dans une famille où se trouve un tuberculeux. Pour les enfants nés et élevés dans une famille saine, nous croyons cette revaccination superflue.
Celle-ci se pratique en faisant absorber à l'enfant, par voie buccale, exactement comme pour les nouveau-nés, trois doses de 1 centigramme de BCG chacune, à quarante-huit heures d'intervalle, dans un peu de lait tiédi, le matin à jeun, une demi-heure environ avant le premier repas.
Nous possédons actuellement une centaine d'observations bien suivies d'enfants ainsi revaccinés après 1 an. Il n'en est résulté, chez aucun d'entre eux, le moindre incident.