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FORMULÉES CONTRE LA MÉTHODE DE PRÉMUNITION

PAR LE « BCG »

La méthode de prémunition contre la tuberculose par le BCG a été, en général, favorablement accueillie par les médecins, non seulement en France, mais dans beaucoup d'autres pays. Un grand nombre d'accoucheurs et de pédiatres en ont préconisé l'emploi après s'être rendu compte de sa parfaite innocuité. Cependant, comme il fallait s'y attendre, elle a rencontré quelques adversaires de très bonne foi qui, se basant sur leurs conceptions, différentes des nôtres, relativement à la nature de l'immunité antituberculeuse, ou sur quelques expériences faites par eux sur des animaux, ont cru pouvoir douter que le BCG fût réellement dépourvu de virulence et, par conséquent, in offensif.

Il est arrivé aussi que quelques rares enfants, nés débiles, prématurés, hérédo-syphilitiques, ictériques ou présentant des malformations congénitales, ayant ingéré une ou plusieurs doses de BCG après leur naissance, soient morts quelques jours plus tard et que leur décès ait été, sans la moindre raison plausible, attribué à la vaccination antituberculeuse. Cette imputation est certainement injustifiée, puisque aussi bien les vingt et un mille nouveau-nés —

dont plusieurs dizaines de prématurés — qui avaient déjà été vaccinés à la date du 1er janvier 1927 sont là pour attester l'innocuité parfaite de la méthode et que, d'autre part, l'expérimentation montre que les très jeunes cobayes ou lapins à la mamelle ingèrent, sans qu'il en résulte aucun trouble de leur état de santé, des doses de BCG dix et cent fois supérieures à celles qui sont utilisées pour la prémunition des enfants.

1° Objection du retour possible à la virulence

Chacun sait qu'il existe des virus, spontanément ou articiellement atténués, qui peuvent reprendre une haute virulence en se cultivant dans l'organisme d'animaux d'abord très sensibles ou affaiblis, puis de plus en plus résistants ou vigoureux. Ce fut le cas d'un vaccin charbonneux de Pasteuk par exemple, auquel, par des passages par de très jeunes souris, puis par des souris plus âgées, puis par de très jeunes cobayes, puis par des cobayes adultes, et successivement par des lapins, des moutons, des veaux et enfin des bœufs, on a pu restituer l'aptitude à tuer le bœuf.

N'en serait-il pas de même pour le BCG, et n'y a-t-il point à redouter que ce bacille, actuellement privé de sa virulence originelle, récupère celle-ci après un séjour plus ou moins prolongé dans un organisme aussi sensible que celui du jeune enfant f

Ce n'est qu'une hypothèse. Est-elle plausible ?

Il est assurément impossible d'affirmer qu'aucun artifice de laboratoire ne réussira à rendre au BCG tout ou partie de la virulence qu'il a lentement perdue au cours de ses deux cent trente cultures successives sur bile. Mais on peut croire qu'il serait fort difficile et long d'obtenir un tel résultat, si l'on veut bien réfléchir au nombre d'années

qu'il a fallu pour créer une race a virulente dont les caractères soient héréditairement fixés.

Jusqu'à présent, aucun expérimentateur n'a pu, par des passages successifs d'animal sensible à animal sensible, restituer au BCG l'aptitude à créer des lésions tuberculeuses réinoculables. Nous-mêmes avons démontré qu'après un an de séjour sous la peau du bœuf, le BCG, bien que d'origine bovine, a été retrouvé intact, vivant, et qu'il s'est montré parfaitement inoffensif pour le cobaye.

Il n'y a aucune raison de penser qu'il en puisse être autrement chez l'enfant, déjà naturellement peu sensible au type bovin virulent, et l'excellent état de santé de nos premiers prémunis, actuellement âgés de quatre à cinq ans, est de nature à écarter de notre esprit toute crainte d'un retour aussi improbable à la virulence.

Nous n'avons eu qu'une seule fois l'occasion de faire l'autopsie d'un enfant né de mère tuberculeuse et qui, séparé de celle-ci dès la naissance, et vacciné régulièrement avec le BCG, a vécu isolé dans un box de l'hôpital Pasteur et y a succombé à l'âge de six mois. C'était un hérédosyphilitique. Les différents groupes ganglionnaires de cet enfant, qui ne présentaient d'ailleurs aucune lésion macroscopique, ainsi que des fragments de rate, ont été prélevés, soigneusement examinés et inoculés après trituration à des cobayes.

Dans la pulpe des ganglions médiastinanx et mésentériques, on a pu retrouver quelques rares bacilles acidorésistants, mais les cobayes inoculés n'ont pas présenté d'adénite et sont restés indemnes. Les bacilles rencontrés étaient donc du BCG dont les éléments demeuraient avirulents.

2° Objection relative aux constatations nécropsiques

faites sur les animaux du laboratoire

inoculés par voie intra-veineuse avec de fortes doses de BCG.

Nous avons vu que, lorsqu'on inocule dans la veine marginale de l'oreille du lapin, ou par voie intracardiaque au cobaye, de fortes doses de BCG, 5 à 30 milligrammes par exemple, ou des doses moindres grossièrement émulsionnées, contenant des grumeaux, et qu'on sacrifie ces animaux après trois à cinq semaines, on trouve les poumons, quelquefois aussi la rate et le foie, criblés de lésions folliculaires ressemblant à de petits tubercules. Il semble, au premier abord, qu'on est en présence de lésions de tuberculose généralisée en train de se constituer.

Quelques expérimentateurs, devant ces lésions, ont tout de suite conclu que le BCG était virulent et donnait la tuberculose aux rongeurs du laboratoire.

Or, il n'en est rien. Les lésions dont il s'agit n'évoluent jamais vers la caséification. Elles guérissent spontanément, disparaissent au bout de quelques semaines (environ en cent jours chez le lapin) et ne laissent aucune trace — pas même de sclérose — dans les organes qui les présentaient.

D'autre part, si l'on sacrifie un lapin ou un cobaye en pleine période d'éruption folliculaire succédant à une injection intraveineuse, qu'on prélève des fragments de ses viscères, qu'on les broie et qu'on les inocule sous la peau d'animaux sains, on constate que ceux-ci restent en parfaite santé, ne deviennent jamais tuberculeux et qu'ils n'ont même pas d'engorgement des groupes de ganglions voisins du point inoculé.

C'est la preuve évidente que le BCG est privé de virulence, qu'il a perdu définitivement toute aptitude à donner naissance à des tubercules vrais, caséifiables, et que les lésions qu'il détermine sont dues pour une part à des embolies capillaires, pour une autre part à la formation toute provisoire de cellules géantes autour d'éléments microbiens toxiques.

3° Objection relative à l'absence de sensibilité à la tuberculine chez les sujets prémunis

Quelques bactériologistes, en Allemagne principalement, admettent que la réaction tuberculinique positive est indispensable pour qu'il y ait résistance aux réinfections. Or, comme beaucoup d'enfants prémunis au BCG ne réagissent que très tardivement (vers la fin de leur deuxième année) ou même pas du tout à la tuberculine, ils en concluent que ces enfants n'ont aucune immunité.

Cette manière d'interpréter la signification des réactions tuberculiniques est absolument contraire à ce que l'expérimentation nous enseigne. Nous constatons que les animaux, les jeunes bovins par exemple, clans l'organisme desquels on n'introduit, par voie sous-cutanée ou intraveineuse, que quelques bacilles ne réagissent jamais, ou ne réagissent qu'après plusieurs mois, et que, d'autre part, des animaux très légèrement infectés cessent souvent de réagir, après être restés allergiques pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Il est donc inexact de considérer la lésion tuberculeuse ou la sensibilité à la tuberculine comme nécessaire à la manifestation de l'état d'immunité. Celui-ci apparaît lorsque les organes lymphatiques sont parasités par quelques bacilles virulents ou non, et seulement lorsque l'organisme a pu être suffisamment imprégné, d'abord par les produits de sécrétion de ces bacilles, puis par les substances défensives (anticorps, etc..) qui en dérivent.

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