‹ La Vaccinothérapie TyphiqueChapitre 7 sur 33 · MODE D'ACTION DES VACCINS · texte numérisé non relu

MODE D'ACTION DES VACCINS

Lorsque pour la première fois Fraenkel traita les ty- | phiques par la bactériothérapie, il n’eut pas d'imitateurs, car à première vue il semblait extraordinaire de traiter une maladie toxinienne en ajoutant une nouvelle dose de cette toxine. Et cependant cette méthode dont les bons effets sont aujourd’hui incontestables repose sur des données sérieuses que nous allons maintenant étudier. |

La fièvre typhoïde est une maladie infectieuse qui ne récidive en général jamais.

Si on étudie les propriétés du sérum d’un sujet qui a été atteint autrefois de fièvre typhoïde,on voit que celuici possède un certain nombre de caractères nouveaux : propriété agglutinante, propriété bactéricide, propriété bactériolytique toutes spécifiques et qui rendent impossible le développement ultérieur de colonies éberthiennes dans l’organisme. Enfin, en même temps, le pouvoir opsonique s'élève.

Or ces propriétés se sont formées lentement, au cours et pendant la convalescence de Ja fièvre typhoïde,

au fur et à mesure que les microbes ont été détruits.

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Le microbe,corps étranger de l'organisme, sé retrouvant dans la circulation va, suivant une loi générale, donner naissance à un anticorps. Celui-ci présentera une affinité spécifique par son antigène ; il se combinera à lui, le détruira pour peu qu’il soit plus résistant que ce dernier, et le rendra plus apte à être phagocyté. De sa destruction va naître une nouvelle dose de substances protectrices, et le mème phénomène se reproduisant, la destruction complète des bacilles aura lieu et la guérison surviendra. |

Si telle est la pathogénie de la guérison d’une fièvre typhoïde non traitée : pour produire ou pour hâter cette guérison, il suffisait de provoquer dans l’organisme une formation plus rapide et plus régulière d’ anticorps.

Or, et c’est là-dessus qu’est basée la vaccination pré:ventive de la fièvre typhoïde, nous savons provoquer cette formation d'anticorps.

Si on injecte en effet en un point quelconque de l'organisme des bacilles d'Eberth, nous voyons rapidement apparaître dans le sérum du vacciné les diverses propriétés que nous avons signalées dans le sérum du convalescent. Avec le vaccin chauffé, les agglutinines commencent à apparaître vers le neuvième jour; le pouvoir bactéricide apparaît vers la mème époque ; et le pouvoir bactériolytique se rencontre d’après Leishman dès le septième jour ; et rapidement toutes ces propriétés s’accentuent et atteignent leur maximum.

Comme la typhoïde est une maladie à évolution lente qui n’aboutit pas en général à la guérison avant la troi-

sième semaine, nous avons le temps de provoquer la

formation de ces anticorps de défense, et cela de manière beaucoup plus intensive et plus régulière que par l'évolution normale de la malade.

En effet, dans une fièvre typhoïde normale, on ne retrouve pas les circonstances favorables à la production rapide des substances protectrices. Les microbes, continuellement introduits dans le courant sanguin sont en trop petit nombre et trop dilués pour pouvoir donner naissance à de fortes doses d'anticorps ; tandis que si on les injecte sous forme de vaccin et à haute dose en un point déterminé de l'organisme on constitue ainsi à cetendroit un véritable foyer de substances bactériotropiques, protectrices qui va incessamment déverser ses produits dans Ja circulation.

Aux anticorps normaux provoqués par les microbes, cause de la maladie, on surajoute ainsi des anticorps étrangers qui vont hâter le processus de guérison. Ceuxci ne surajoutent pas leurs effets nocifs à ceux de l'infection spontanée, car ils sont retenus dans les tissus et évoluent sur place.

Mais nous avons vu que la réponse donnée à cette injection était lente et tardive et qu'il fallait un certain

temps avant que les substances protectrices soient for-

mées,.

Et alors se pose la question de la PHASE NÉGATIVE qui est une des plus grosses objections théoriques qu’on puisse faire à la méthode. En effet, au moment où on fait l'injection se trouvent déjà dans le sang des anticorps

défensifs dont les uns sont normaux dans le sérum, et

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les autres sont dus au processus évolutif de la maladie. Au lieu de se combiner aux microbes virulents, ils vont se combiner à l’antigène que nous introduisons et ainsi le liquide circulatoire se trouve appauvri en substances protectrices. La méthode au début aurait donc pour effet, non pas d’aider l’organisme à réagir, mais bien de détruire ses substances bactéricides ; loin d’être immunisé le sujet serait sensibilisé.

Wright à la suite des injections préventives aurait fréquemment remarqué cette diminution du pouvoir bactéricide normal du sérum et considérait que pendant une période de deux à trois semaines le sujet vacciné était plus apte à contracter la maladie.

Il rapporte, ainsi que Castellani, des observations cliniques en faveur de l’existence de cette phase négative.

Aussi à la suite de ces travaux, était-il classique de refuser la vaccination en temps d’épidémie. Cependant déjà à cette époque Friedberger et Pfeiffer avaient discuté le danger de cette phase et remarqué que chez le cobaye, même très peu de temps après l’injection vaccinale, les animaux inoculés étaient plus résistants que lès témoins, j

Vincent étudiant ses autolysats montre de même qu’expérimentalement l'injection de macération bacillaire sous la peau des animaux n’a pas abaissé le titre bactéricide du sérum. |

En réalité les phénomènes qui constituent la phase négative sont généralement peu marqués avec les modes de vaccination usuels, et il semble bien que l’im-

portance de cette phase négative ait été très exagérée,

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Dans tous les Cas, NOUS avons vu qu'on pouvait l’éviter presque complètement par l'emploi des virus vaccins sensibilisés de Besredka dans lesquels les bacilles sont préventivement saturés de leur sensibilisatrice.

Comme la typhoïde d’autre part n’est pas une maladie chronique et qu'il faut avoir une action thérapeutique le plus rapidement possible, la rapidité avec laquelle il provoque l’immunisation est encore un gros avan-

tage en faveur de ce procédé.

Une fois ce mode d’action du vaccin ainsi précisé, il fallait maintenant se demander où se produisaient les anticorps et quels étaient les phénomènes réactionnels que l’on pouvait observer au niveau du lieu d'injection. Ceci nous conduisait à rechercher le mécanisme intime de cette production.

Les différents auteurs s’accordent à admettre que c’est au niveau même du point d’inoculation que les tissus vivants produisent leurs substances protectrices.

Wassermann et Citron ont fait de nombreuses expériences qui toutes tendent à prouver que ce sont les cellules qui se trouvent en contact avec les microbes qui élaborent les produits défensifs.

Ils injectent chez les animaux une culture de bacilles typhiques dans la plèvre. Dans la pleurésie produite il y a plus d’anticorps, plus d'éléments bactéricides que dans le sang ou les autres séreuses.

Faisant l'injection de l’antigène sous la peau de l’oreille d’un lapin, on retrouve rapidement dans le sang

des anticorps protecteurs. Amputant l'oreille, le pouvoir

bactériolytique du sérum tombe rapidement. C'était donc bien localement, au niveau même de l'injection que s'était constitué le nid de production des éléments défensifs. Et cette production n’est pas égale à celle qui serait nécessaire pour saturer l’antigène, il y a une véritable surproduction, un excès de corps immunisants qui va passer dans la circulation et qui va venir s’attaquer aux bactéries vivantes causes de la fièvre.

Le processus défensif est done un processus local; il y a là une véritable sécrétion d'anticorps de défense, et cette sécrétion a vraisemblablement son point de départ dans les cellules de l'organisme.

En effet, M. Besredka, étudiant de plus près le mécanisme intime de cette réaction de défense au niveau du foyer d'injection de ses vaccins sensibilisés, montre qu’il y a rapidement un véritable afflux leucocytaire. Le premier effet de l'injection est donc de réveiller lhypéractivité des organes lymphoïdes, cé qui est d’ailleurs prouvé cliniquement par l’hÿpertrophie des ganglions de la région inoculée ét surtout par l’hypertrophie constante et souvent considérable de la rate.

Et ces globules blancs ainsi déversés dans la cireulation sont conduits en grand nombre par une véritable chimiotaxie positive vers les antigènes qu’ils vont englober, phagocyter et détruire.

I! est très vraisemblable de conclure que ce sont les produits de désassimilation de ces phagocytes soumis ainsi à un travail intensif qui donnent naissance aux anticorps spécifiques que nous avons étudiés.

Mais si tel est le mécanisme de la vaccinothérapie

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