IDYLLE
Assez de ce faux dandysme sentimental, Assez de cette allure de snob désœuvré. C'est très facile au fond de prendre un air fatal, Et j'aime ce matin le seul aimable Vrai. Ainsi si quelque part il est une innocence Rêvant, la douce, d'un cœur en convalescence. Comme qui dirait une enfant bien élevée, J'attends. Mais qu'elle m'annonce son arrivée.
Je saurai s'il le faut, tenant aux doigts le lys,
Marcher vêtu de lin sous des ciels apâlis,
Croire à la pureté de son âme niaise
Et hausser mon vieux luth désaccordé d'un dièse.
Je tremblerai frôlant sa robe ou son mouchoir
Et n'exigerai rien, par crainte de déchoir.
Oh le printemps ! Oh les longues, longues allées
Où l'on va la main dans la main, âmes soldées,
Sans rien dire (ô silence !) — et sans penser à rien :
Nous les aurons, et, tu verras, ce sera bien.
La nuit, quand la lune allonge l'ombre des couples,
Je ne pétrirai point son corps en mes mains souples,
Mais je ferai serment de l'aimer tant et tant
Qu'elle me croira gris du philtre de Tristan.
Le matin, en passant auprès de sa fenêtre.
Un regard suffira pour apaiser mon être
Et je m'en irai seul respirer une fleur
Qu'elle aura jetée en pâture à ma douleur.
Une lettre ou seulement un gant de l'Aimée
Evoqueront des vers en mon âme charmée,
Des vers où rimeront, ainsi qu'à l'Opéra,
LA VAINE AVENITRE. 67
Rose, morose, jour, amour et cœtera.
Enfin, si nul rival n'attise ma torture, J'en ferai surgir un pour corser l'aventure, Nous nous battrons en duel, et je serai blessé, Bras en écbarpe et par ses blanches mains pansé ; Et de peur que tel intime ami ne ni'évince. Ceci se passera très loin dans la province.