LA PASSANTE
C'est vers toi, chère, toi qui passes lente allante
Dans la ville effarée, à l'approche du soir,
Oue vont les seuls désirs dont notre âme dolente
En mal d'inassouvi veuille encor s'émouvoir. Et vers toi tout ce fiel que notre ennui distille Avec l'éveil subit du somnolent espoir.
l6 LA VAINE AVENTURE.
Cependant que tu vas lente au long de la ville, Dans tes yeux entrevus nous buvons la fraîcheur Et ton souffle caresse notre front stérile ;
Dans tes bras nous goûtons l'incertaine douceur
De paroles que nul n'a jamais entendues
Et de pleurs imprégnés d'une étrange langueur,
Cependant que tu vas le long des avenues. Tu es, dans le flot noir du fleuve limoneux, La barque dérivant aux îles inconnues,
Et nous tendons vers toi nos gestes hasardeux, Car toi seule peux nous donner la certitude Et le baiser de paix à nos lèvres en feu ;
LA VAIXE AVENTURE. 17
Et toi seule pressens, malgré notre attitude, Que notre cœur saurait sans doute encor aimer, Et tandis qu'à jamais ton image s'élude
Au lointain horizon des faubourgs embrumés, O sœur d'élection, ô maîtresse éphémère, Dans notre cœur grandit, éternelle chimère.
Le regret doux amer de n'avoir pas parlé.
(LiRDEX-PARTY
Le jardin s'est paré d'une grâce hypocrite, Et ce beau nonchaloir des calices défunts Prohibe la fiance en leurs furtifs parfums Issus d'un art trop apprêté selon le rite.
Pourtant les volontés s'effeuillent une à une Malgré les soirs prévus et les matins aigris, Parce qu'en le jardin sans souci du mépris Tant d'abandon naïf désarme l'amertume.
Et puis cette langueur des molles étamines Jointe au rire candide et grêle emmi la vasque Fête une telle entente de ruses mesquines
Que l'on sait pardonner non sans quelque dédain ,
Et qu'admirant le tour joli du baladin
On goûte une joie perverse à friper son masque.