‹ La vaine aventureChapitre 3 sur 21 · UNE DEMOISELLE RÊVAIT · texte numérisé non relu

UNE DEMOISELLE RÊVAIT

Je songe : à cette même heure Elle doit, docile tige, Pencher aux rides du lac.

Son cœur s'éperd, elle pleure Et cherche le vain vestige Du palais agonisant —

Or et moire du couchant — Qui s'enfonce lentement Dans la tombe violette.

Tout à l'heure, oui tout à l'heure Le prince allait lui parler ; Il s'était déjà levé

Sur son trône d'émeraude Pour dire de tendres choses...

Mais sa voix resta muette.

Pourquoi rien n'est-il que fraude?

Il avait — c'est singulier — (Tout d'un coup il lui souvient) Une rouge rose au cœur.

D'où lui venait cette fleur?

Sans doute aimait-il ailleurs , Quelque fille sans honneur.

Pourquoi rien n'est-il que leurre?

Alors elle sent soudain

Un grand mal dans tous les membres

Mal du meurtrier dédain

Déjà sans nul souvenir, Cœur frappé prêt à te fendre Quoi le désir de mourir?

Ah pourquoi ne pas attendre ;

Demain l'aube aux cheveux d'ambre Viendra jouer avec toi ; Demain quelque fils de roi

Viendra heurter à ta chambre Et sur ton front rougissant Placera le diadème.

Mais non ! ce cœur innocent Exige le cœur qu'il aime Et le frêle col se ploie

Vers l'image qui ondoie Parmi l'ombre du lac noir Où son âme va descendre.

Pourquoi rien n'cst-il que cendre?

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