UNE DEMOISELLE RÊVAIT
Je songe : à cette même heure Elle doit, docile tige, Pencher aux rides du lac.
Son cœur s'éperd, elle pleure Et cherche le vain vestige Du palais agonisant —
Or et moire du couchant — Qui s'enfonce lentement Dans la tombe violette.
Tout à l'heure, oui tout à l'heure Le prince allait lui parler ; Il s'était déjà levé
Sur son trône d'émeraude Pour dire de tendres choses...
Mais sa voix resta muette.
Pourquoi rien n'est-il que fraude?
Il avait — c'est singulier — (Tout d'un coup il lui souvient) Une rouge rose au cœur.
D'où lui venait cette fleur?
Sans doute aimait-il ailleurs , Quelque fille sans honneur.
Pourquoi rien n'est-il que leurre?
Alors elle sent soudain
Un grand mal dans tous les membres
Mal du meurtrier dédain
Déjà sans nul souvenir, Cœur frappé prêt à te fendre Quoi le désir de mourir?
Ah pourquoi ne pas attendre ;
Demain l'aube aux cheveux d'ambre Viendra jouer avec toi ; Demain quelque fils de roi
Viendra heurter à ta chambre Et sur ton front rougissant Placera le diadème.
Mais non ! ce cœur innocent Exige le cœur qu'il aime Et le frêle col se ploie
Vers l'image qui ondoie Parmi l'ombre du lac noir Où son âme va descendre.
Pourquoi rien n'cst-il que cendre?