‹ La vaine aventureChapitre 4 sur 21 · SOMMEIL · texte numérisé non relu

SOMMEIL

Elle ne comprend ni ne comprendra jamais! Qu'importe le geste et qu'importe la parole

Si ses yeux stagnent inhumés Sous le givre glacé de leur double alvéole.

I-e vent de mes soupirs n'a pas ridé les lacs, Le soleil s'est couché derrière la montagne

Et la mollesse des hamacs A versé le sommeil à ma faible compagne.

26 LA VAIXE AVEXTURE.

Elle dort jusqu'au jour qui jamais ne viendra. O ruisseler le sang sur sa neige étonn'îe

Et souffler sur sa destinée Comme un Simoun fiévreux issu du Sahara.

O briser ce front dur cerclé de bandelettes, (jcôle de mes désirs, chaînes de mes espoirs,

Et serrer dans mes bras d'athlète Cette âme qui s'évade en l'onde des miroirs.

Mais épuiser ma force à des luttes obscures... Xon, non... mouiller mon corps d'inutiles sueurs

Et rouvrir mes propres blessui-es En frappant au hasard des stupides fureurs !

Elle dort... nul regret ne rôde sur sa bouche, Nul songe intérieur ne plane sur ce front, Torpeur implacable et farouche, Sol rebelle où le soc heurte un roc infécond...

Ah ! si seulement elle entr'ouvrait les paupières , Clartés de l'immanent, elle vous percevrait

Et le sublime effort des pierres A dresser vers le ciel l'édifice du vrai.

Elle verrait les champs où j'ai semé la graine L'arbre au tronc nourricier abandonner son fruit,

Et la sagesse souveraine Du désordre apparent que son sommeil construit.

Mais, démenti funeste au prodige de naître, Son ventre rond s'accorde au mâle triomphal

Pour la gésine de quelque être Qu'étouffe h jamais le néant ombilical.

Page 1