‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 103 sur 195 · Martaxu. Vraji, farmece, p · texte numérisé non relu

Martaxu. Vraji, farmece, p

5. Mariant. Nascerea, pp. 26 et sqq. Cf. Hasdeu. Etymologicum Magnum, p. 2105.

6. Voir pour la Bibliographie Saineanu. Istoria Qiologiei romane.

paysans révoltés, las de payer l'impôt et d'être battus et pillés à chaque saison nouvelle l.

Les chants de fête, de nature plus ou moins religieuse (colinde), étudiés surtout en Transylvanie, ne prêtent à aucune remarque intéressante. Leur pauvreté est cependant un indice du manque complet de sentiment religieux, signalé plus d'une fois chez le paysan roumain. La religion ne représente pour lui qu'un ensemble d'habitudes et de pratiques : jeûnes, présence à l'église le dimanche, génuflexions devant les icônes, qu'il respecte avec le même soin superstitieux que les anciennes coutumes et les fêtes païennes, conservées encore surtout dans les régions montagneuses : fête des brebis, fête des loups, fête de Baba Dochia, etc. 2.

Ce qui a, dès longtemps, attiré l'attention des curieux de poésie populaire, ce sont les doine, chants passionnés et tristes, que le lâutar accompagne sur le violon. La haine et l'amour y trouvent des expressions dont la vivacité et la beauté contrastent avec l'insignifiance des formulettes et récits soi-disant religieux. Telle doina, célébrant la colère concentrée du Roumain contre les envahisseurs étrangers, et contre le ciocoï, a, dans sa sauvagerie, une réelle grandeur :

Corbeau, corbeau petit frère, pourquoi croasses-tu au soleil? As-tu faim? As-tu soif? ou veux-tu t'en aller dans la verte forêt? — J'ai faim, j'ai soif et je voudrais être dans la forêt verte. Je mangerais des cœurs, je boirais du sang de païen ; je mangerais des feuilles de chêne et je boirais du sang de Tartare ; je mangerais des ruches de miel et je boirais du sang de ciocoï 3.

Mais c'est l'amour que la doina se plaît surtout à exprimer; encore sa note est-elle le plus souvent triste. La musique qui l'accompagne, avec ses fioritures donnant un cachet particulier aux mélodies, conçues en des modes anciens, est, d'habitude, langoureuse et plaintive. Les chants du lâutar roumain, qui traîne la voix et vibre d'une façon parfois énervante, n'ont rien de la nerveuse sauvagerie qui fait l'originalité de la musique hongroise.

1. \ oirCRÂ.ciuNESco. Le peuple roumain d'après ses chants nationaux, chap. VII, et F. Eliade, op. cit., p. 25.

2. Voir Marianu. Serbâlorite la Romani, I. Cârnilegile, spéc. pp. 112 et sqq.

'■>. ALexandri, Poésies pop., p. 246.

Sans vouloir pousser plus loin cette rapide analyse, qui nous entraînerait hors du cadre d'une étude géographique, qu'il nous suffise d'avoir dégagé quelques-unes des tendances reflétées, aussi bien par la littérature, que par les usages ruraux. Si ces coutumes sont l'héritage d'un passé lointain, que la civilisation tend à effacer, si cette littérature paraît actuellement quelque chose de mort, les idées qu'on en peut dégager subsisteront encore longtemps chez une population qui a pris l'habitude d'une vie végétative, où l'initiative est quelque chose d'inconnu, et où l'instruction ne pénètre que très lentement. Malgré les efforts faits depuis 20 ans pour l'éducation du peuple, la proportion des illettrés, en Yalachie, est de 83,2 % 1. Le paysan valaque restera longtemps encore un être assez primitif, ni religieux, ni mystique, superstitieux devant la maladie, qui l'effraye plus que la nature, méfiant, dissimulé, humble, apathique en apparence, mais, en réalité, insouciant et prodigue, vaniteux et grand parleur, observateur ironique, sensible au ridicule, aussi passionné dans ses haines que dans son amour, et, toujours, quoiqu'on dise et qu'on fasse, invinciblement attaché à tout ce qui vient des ancêtres, qu'il s'agisse de costumes pittoresques et d'usages curieux, ou d'habitudes de vie et de procédés de culture arriérés.

C'est ce qu'il faut bien avoir compris si l'on veut entrer en rapport avec lui, même et peut-être surtout, si l'on veut lui faire du bien, quitte à se tromper complètement de route. Quelle conception le paysan roumain a-t-il de la famille, de la société, de la propriété ? C'est ce que pourrait dire seule une étude impartiale et approfondie de ses mœurs et de la littérature populaire 2.

Il n'est pas sans intérêt de constater que l'organisation slave de la famille ne se retrouve que très imparfaitement chez le Yalaque. Dans tout le matériel folkloristique que nous avons pu consulter, nous n'avons à peu près rien trouvé qui rappelle la Zadrouga, telle

1. Voici les proportions par départements. Région montagneuse, Oiténie : Mehedin^i, 86 ; Gorj, 86 ; Vâlcea, 88,5. — Munténie, Arge.s, 85,(5 ; Muscel, 78 ; Dâmbovita, 86 ; Prahova, 82,4 ; Buzeu, 85,6. — Région des plaines et collines, Oiténie : Dolj, 84 ; Romanaji, 89,1 ; — Munténie, Oit, 90,4 ; Teleorman, 90 ; Vlasca, 92,3 ; Ilfov, 67,5 ; lalomita, 81,5 ; Brâila, 71,4.

2. Les chapitres de Craciunesco : Le peuple roumain d'après ses chants nationaux, sur la famille, la patrie, etc., se tiennent dans une note superficielle et trop visiblement apologétique.

qu'on l'observe encore en Bulgarie 1, Qu'il en ait toujours été ainsi, c'est ce dont certains détails pourraient faire douter. La parenté, telle que l'entend le paysan roumain ((rudenia), est encore quelque chose de très large. On est souvent étonné d'entendre un paysan citer, comme ses parents (rude), presque tous les habitants de son village, ou même des gens du village voisin. Le sentiment de la communauté d'origine est encore très vif chez les immigrants transylvains, qui viennent par bandes s'établir en Valachie, sous la conduite d'un chef, et gardent longtemps un nom commun. Les traditions populaires représentent très souvent un village comme fondé par un chef de famille, dont les habitants actuels sont tous plus ou moins les descendants 2.

Actuellement, il arrive que le fils récemment marié habite la même maison que son père, ou, du moins, la même cour fermée, surtout dans la région montagneuse ; mais, quand les enfants viennent en nombre, il songe à se bâtir une maison à part. La famille, au sens strict du mot, paraît fortement constituée. Le mariage est considéré, généralement, comme indissoluble; le mari seul peut le rompre, mais à la condition de restituer la dot de sa femme à sa famille 3. Il semble que la tendance ait toujours été vers ce que les sociologues appellent l'exogamie. C'est souvent dans un village voisin qu'on va chercher femme ; les foires, les balci, sont pour cela d'excellentes occasions. N'existe-t-il pas encore, en Transylvanie, un Targui de fête (marché de filles) 4. Une foule d'interdictions, considérées comme absolues, empêchent les mariages entre parents, rude, et l'on peut devenir rude par le seul fait d'avoir été ensemble parrains à un baptême, à un mariage, et même d'avoir été baptisés le même jour5. Il y a sans doute, quelque rapport entre ces idées et la coutume très générale de l'enlèvement réel, pratiqué encore une fois sur trois dans certaines régions, soit avec le consentement de la jeune fille, soit même avec l'assentiment tacite des parents, qui veulent éviter les frais d'une noce 6.

1. Jirecek. Bulgarien. Cf. J. Peisker. Die Serbische Zadruga, Zeitschr. /. Social, mul Wirllischaitgescltichte, VII, pp. 211-326.

2. Voir les Dict. Géogr. clép. de la Soc. Géogr. Rom., passim, donnant les traditions sur la fondation d'un grand nombre de villages.

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