Sur tout ceci, voir Mrazec et Teisseyre, op. cit
Il en est autrement du pétrole, qui, depuis plusieurs années surtout a contribué à éveiller dans toute une partie de la Valachie, une véritable fièvre chez une population jusque-là si insouciante de tout ce qui ne touchait pas à l'agriculture .
Avant d'avoir aperçu les cheminées des sondes, entendu les sifflements des machines et senti l'odeur caractéristique des puits d'extraction, on peut aisément s'apercevoir qu'on est arrivé dans une région pétrolifère. Les conditions de la vie rurale sont changées. Tout est plus cher : guides, chevaux, provisions, logement, coûtent le triple ou le quadruple. Et ici, il n'est point question de discuter. Le paysan regarde l'étranger avec méfiance, et en attendant de lui vendre peutêtre son champ, ne songe qu'à lui faire tout payer le plus cher possible ; il sait qu'on ne lui refusera rien, que l'ingénieur ne regarde pas à l'argent, tient à se faire des amis de tout le monde. Dans les villages voisins d'exploitations régulières, on trouve une population hétéroclite, où il y a des Juifs, des Italiens terrassiers, des ouvriers et contremaîtres Polonais ou Allemands ; même des paysans que l'appât du gain a décidé à abandonner leur champ, les uns pour une saison seulement, les autres pour plus longtemps *.
La statistique des puits de pétrole montre qu'un grand nombre appartiennent encore à des paysans qui les exploitent pour leur propre compte. Ce sont les moins bien tenus, et les moins productifs. Leurs propriétaires n'ont généralement pas de registres, et l'on ne peut savoir qu'approximativement ce qu'ils en tirent. Il en est qui raffinent eux-mêmes le pétrole et écoulent un produit nauséabond et dangereux dans les villages voisins, sans aucun contrôle possible. L'ingénieur qui se présente pour obtenir des renseignements est regardé comme un espion, accueilli avec méfiance et obséquiosité. La transformation brusque d'une population agricole en une population industrielle n'est pas le fait le moins curieux qu'offre la situation économique actuelle de la Valachie.
La zone du pétrole est à peu près la même que la zone salifère, c'est la région des collines tertiaires de Munténie, spécialement à l'E. de la Prahova. La carte des centres d'exploitations actuels, dessine à peu près deux zones, l'une au contact des hautes Karpates
1. Statistica industriel minière din tara, Serviciul minelor, Bue, 1899.
La Société Steaua Româna a créé une école de maîtres sondeurs pour les paysans roumains, qui promettait de donner de bon résultat. Il n'a pas malheureusement été donné suite à cette tentative.
et de la région des collines avec la région de Câmpina-Vâleni et les exploitations moins importantes du Buzeu, l'autre au contact de la région des collines et de la terrasse diluviale, avec Baicoiu et Glodeni. La première était connue déjà depuis longtemps, on y signalait dès le début du siècle des sources de pétrole. En 1835, un puits foré à Pacure^i (Prahova) donnait 23 tonnes par an 1. Mais c'est seulement depuis trente ans que les recherches géologiques de Fuchs, Sarassiii, Coquand et autres, ont précisé un peu les conditions du gisement 2 et c'est dans les dernières années que l'exploitation s'est élevée jusqu'à faire de la Yalachie un des premiers pays producteurs de pétrole.
Si les études scientifiques n'ont pas résolu la question si controversée de l'origine du pétrole, elles n'ont révélé aucun fait susceptible de rendre un regain de vogue à la théorie généralement abandonnée maintenant de l'origine interne. Elles ont montré que les horizons pétrolifères existent dans presque toutes les couches tertiaires, mais particulièrement dans le néogène, où la relation du pétrole avec le sel est frappante. Leur richesse qui va généralement en augmentant avec la profondeur est aussi plus grande dans les régions fortement disloquées, si bien qu'il est souvent impossible de savoir à quelle profondeur on retrouvera un horizon dont on a reconnu la richesse. La région de Baicoi a révélé à cet égard des faits étonnants. En général c'est dans les anticlinaux que sont localisées les venues pétrolifères les plus abondantes mais les plis néogènes sont presque toujours renversés, souvent étirés, parfois complètement laminés 3.
Il est très difficile de prévoir l'avenir d'un puits. Les rendements sont généralement faibles, comparés aux autres régions pétrolifères, mais les poches paraissent innombrables. La présence de sources n'est pas toujours un signe de la richesse d'une région ; elles avertissent souvent au contraire de l' épuisement d'une poche voisine de la surface. Les puits jaillissants sont relativement rares. On en a eu pourtant des exemples fameux : telle la sonde n° 12 de la Steaua Româna à Câmpina, dont l'éruption dura plusieurs