‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 37 sur 195 · Pax, op. cit., p · texte numérisé non relu

Pax, op. cit., p

vert éclatant de l'oseille sauvage, la campanule karpatique balance ses grosses fleurs bleues allongées, les belles inflorescences du telekia (Telekm specio&a), une des plantes les plus caractéristiques des Karpates valaques (v. figure 18), se groupent, ainsi que les chardons, en touffes pittoresques 1.

Figure 18. — Plantes caractéristiques des Karpates méridionales (d'après Paxi.

A gauche, llieracium transylvanicum , zone forestière (1/3 grandeur naturelle). — A droite, Saxifraga luteo-viridis, rochers calcaires (2,3). — Au milieu, inllorescences de Telekia spcciosa (2/3).

1. Brandza, op. cit. et Prodromui florei romane. Pax, op. cit. — Un certain nombre de chardons ont des stations bien définies : Cirsium eriophorum, C. decussatum, C. erisithales, Carduus alpestris, rochers et rocailles ; Cirsium pauciflorum, lieux humides ; Carduus personata, bord des torrents.

Vers 1,400 à 1,500 mètres, les dauphinelles (Delphinium alpinum), les ancolies (Aquilcgia alpina), les trolles, commencent à abonder. Les grandes violettes, les gentianes, annoncent le voisinage des prairies alpines.

La limite entre la zone du hêtre et la zone du sapin est rarement nette. Ces deux arbres se rencontrent fréquemment mêlés, du haut en bas des pentes boisées. Souvent le sapin manque complètement, sauf dans la zone la plus élevée où la forêt commence à s'éclaircir. D'une façon générale, le sapin paraît prédominer sur le versant N. des Karpates. Notre carte botanique et forestière met nettement ce fait en évidence.

Il est probable que l'extension du sapin a dû être jadis beaucoup plus considérable. Le hêtre est visiblement en progrès. Partout où il réussit à s'établir, le sapin est destiné à disparaître. L'épicéa, surtout, est atteint de maladies qui respectent davantage le hêtre. De gros champignons ligneux forment des saillies sur les troncs, des lichens blanchâtres (Usnea longissima) pendent en touffes épaisses des branches à demi-mortes. On peut voir, en quelque sorte, sous ses yeux s'opérer l'étouffement du sapin par le hêtre. Là, c'est un jeune hêtre qui commence à pousser entre deux sapins élevés. Plus loin, un autre, plus avancé, a dressé sa haute colonne au milieu d'un bouquet de conifères ; ses branches vigoureuses s'étalent tout autour, pénètrent le feuillage déjà décoloré des sapins, les dépassent, les enserrent, tandis que ses racines noueuses, qu'on voit saillir du sol, viennent s'enlacer à celles des arbres voisins et leur disputer la terre nourricière.

Il n'est pas impossible qu'on ait là un phénomène naturel ; mais l'homme a certainement contribué pour beaucoup au recul des conifères. La hache imprudente du paysan roumain abat, de préférence, le moliv au tronc robuste, aux branches résineuses, qui crépitent toutes vertes dans les grands feux allumés à la hâte. Les montagnes les plus sauvages, les moins habitées en été, sont aussi presque toujours celles où la forêt de sapin est la plus belle et la plus étendue. Là où le sapin n'existe en abondance que dans la partie la plus élevée de la zone subalpine, comme, par exemple, dans la chaîne du Cozia, dans les monts du Buzeu, sur les pentes méridionales des monts du Lotru, les bergeries, qui sont toujours établies à la limite de la forêt et des hauts pâturages, sont un agent de destruction qui peut faire disparaître complètement les conifères. On trouve, sur le versant S.

du Paringu, sur le flanc E. de la chaîne du Godeanu, dans les monts de la Cerna, de vastes étendues où la forêt est exclusivement formée de hêtres, jusqu'à la limite supérieure des arbres. La haute vallée de Capra, dans les monts de Fogarash (sources de i'Arges), a comme derniers représentants de la végétation arborescente, des érables fauxplatane et des aulnes.

L'exposition, le caractère du relief, le voisinage plus ou moins grand des bergeries contribuent donc à donner à la forêt des caractères différents. Les plantes herbacées de cette zone ne sont pas indifférentes à la nature du sol ; les massifs de calcaire secondaire et les grès du flysch ont une flore beaucoup plus riche que les régions cristallines 1. Les pentes de Piatra Craiului, les prés-bois du massif du Csukas, les vallées du Bucegiu, sont de vrais édens pour le botaniste. Les stations sont là plus distinctes que partout ailleurs, plus riches en espèces et en individus 2. A Piatra Craiului, dans les gorges des torrents, l'abondance des valérianes est étonnante. Les campanules karpatiques forment de vrais buissons le long de l'eau ; les caltha et les séneçons constituent un tapis épais ; à l'ombre des blocs rocheux, pousse une saxifrage à fleurs blanches tachées de rouge (Saœ. cuneifolia), que remplace une autre espèce, du côté exposé au soleil (Sax. cochlearis) 3.

La hauteur à laquelle finit la forêt est très variable. Parement la limite est nettement tranchée, comme on le voit sur le versant S. du Paringu, au Molidvis, et dans certains points des montagnes de la Cerna. Le plus souvent, la forêt s'égrène peu à peu, en passant par une série de formations curieuses, qui occupent une zone d'une largeur moyenne de 200 mètres en altitude. C'est notre zone alpine inférieure, allant en moyenne de 1,700 à 1,900 mètres. L'étude de cette zone offre le plus grand intérêt, et il serait désirable qu'elle fût accompagnée d'observations météorologiques; nous ne connaissons malheureusement aucun essai de ce genre, même pour les Alpes et les Pyrénées.

1. Noté par Kotsghy. Beitroge zur Kenntniss des Alpenlandes in Siebenburgen, Verh. Zool. Botan. Vereins, Wien, III, 1853.

2. Pax (Grundzûge, p. 132) remarque que sur les pentes rocheuses ensoleillées on retrouve des espèces de la région des collines, à l'ombre des plantes alpines.

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